- Viens! Je connais un chemin pour traverser!
La jeune fille avait un sourire assuré et des yeux pétillants, face auxquels il était vraiment très difficile de résister. Tifa voulait absolument gravir la montagne, alors que l'accès en avait été interdit. La Shinra avait installé un de ses réacteurs à Mako et d'étranges rumeurs circulaient sur ce que l'entreprise réalisait vraiment là haut, dans les rocheuses. S'en approcher était particulièrement dangereux, surtout pour des enfants.
- Tu vas pas me laisser toi aussi?!
- Hein? Non... Bien sûr que non...
Les amis de la fillette étaient tous redescendus, trouvant le chemin trop accidentés et estimant qu'ils allaient se faire méchamment gronder par leurs parents. A ce moment là, la petite fille s'était mise à pleurer, de déception, et la voir dans cet état avait été insupportable. Il s'était donc rapproché d'elle, pour lui faire comprendre qu'il l'accompagnerait, peu importe où elle voudrait aller. Le rythme de son cœur avait basculé dans quelque chose de plus erratique, paradoxalement douloureux, lorsque le regard carmin avait croisé le sien, et qu'elle avait pris cette position qui le faisait rougir à chaque fois. Les mains dans le dos, elle s'était penchée légèrement vers lui, un brin malicieuse.
- C'est tout de même un peu dangereux...
- Point de gloire sans péril!
Un sourcil arqué, Cloud se demanda d'où elle pouvait sortir une phrase pareille. Sans compter qu'elle cherchait donc, la gloire? Et quel genre? Avançant calmement derrière son amie, ses yeux vagabondèrent sur le paysage alentour, où la verdure se rarifiait, à mesure que l'altitude augmentait. Les mains dans les poches, il réfléchissait à ce que Tifa venait de dire. Mince, elle espérait vraiment trouver la gloire dans une montagne?
- Là! Regardes comme c'est beau!
Au loin, il vit la petite brune courir pour atteindre le bord d'une falaise, duquel un point de vue formidable s'offrait aux plus téméraires, et sautiller de joie.
- Allez! Qu'est que ce tu fabriques!?
Le temps d'un sourire, il vit, sans comprendre, le regard de Tifa s'agrandir d'effroi, lorsque son pied glissa dans le vide. Et, au ralenti, tout le corps de la jeune fille bascula. Le souffle coupé par cette vision d'horreur, son cœur trouva malgré tout l'énergie nécessaire pour une course contre la montre.
- CLOUD!
- TIFA!
Ses jambes le menèrent en quelques secondes au bord du gouffre, mais c'était trop tard. Leurs mains se frôlèrent. Alors, sans réfléchir, il se jeta après elle.
D'un geste rapide, il attrapa la petite fille par le poignet et de son autre main, chercha à tout prix un objet, une pierre, n'importe quoi, auquel se raccrocher. Sa main contre la roche, alors qu'ils chutaient tous les deux, s'ouvrit au sang. Mais le désir de vivre se fit plus fort, et malgré sa douleur, s'accrocha avec hargne à une racine.
Reprenant son souffle, il tourna la tête vers le bas.
- Tifa?! Tu vas bien?!
Mais la jeune fille ne lui répondit pas. Il remarqua rapidement sa tête baissée et l'absence totale de réaction, alors qu'ils pendaient littéralement, tous les deux, dans le vide. La tenir se faisait de plus en plus difficile et alors qu'il essayait de la remonter jusqu'à lui, la racine se délita, sortant davantage de la roche et menaçant leur survie.
- Tifa! Réveilles toi!
Un poids inconscient était infiniment plus difficile à porter et cette découverte insupportable apparue nettement dans son esprit, lorsqu'il sentit le poignet de Tifa glisser dans sa main.
- TIFA!
C'était une sensation horrible, que celle de voir une personne à laquelle on tient, et plus largement une vie, se détacher du monde et sombrer dans l'obscurité.
- TIFAA!
Les yeux grands ouverts et un palpitant en pleine déroute, Cloud mit du temps à réaliser où il se trouvait. Et où il ne se trouvait plus, surtout. Toujours sous l'emprise des émotions de son cauchemar, il chercha le cœur de la jeune femme pour vérifier qu'elle était toujours vivante.
Bon sang. Son cerveau n'en finissait pas de le torturer. Pourquoi fallait-il que cet affreux souvenir lui revienne maintenant?
Ses doigts caressaient le bas du cou de Tifa, endormie sur lui. Elle n'avait pas bougé de la position dans laquelle il l'avait mise, quelques heures auparavant. Dos contre lui, entre ses jambes, la couverture l'enveloppant au mieux.
Le soleil perçait par la fenêtre, et ses doux rayons marquaient le début d'une nouvelle journée.
Il était temps d'appeler Cid et Erik.
L'état de santé de la jeune femme l'inquiétait et il n'allait pas pouvoir la ramener dans de bonnes conditions, si ce n'était en sollicitant de l'aide. Le pilote allait râler, mais il était déjà sûr de sa réponse.
Et il aimerait avoir l'avis du médecin sur cette situation. Sans compter le fait qu'une crapule avait essayé de le joindre une dizaine de fois, lui laissant de des messages aussi stupides qu'inutiles, et que c'était carrément suspect. Mais il était hors de question de le rappeler. Ce type l'insupportait de façon viscérale. Lui et tout ce qu'il évoquait de plus sombre dans sa fragile mémoire.
Bon. Opération extraction avant de partir en fumée à la simple pensée d'un roux surexcité. Sans mettre la princesse par terre, ce serait préférable. Même pas certain que ça la réveillerai en plus.
La température de son corps était redescendue et elle ne frissonnait plus. Ce qui était une bonne nouvelle après la frayeur qu'elle lui avait faites. Il ne comprenait toujours pas comment il avait pu passer à côté de toute cette souffrance...
Avec beaucoup de douceur, il se redressa en position assise, emportant son amie avec lui, pour ensuite la prendre dans ses bras, sans enlever la couverture, et la placer contre lui. Cela lui permis de libérer ses jambes et de se lever. Avant de replacer la belle sur le canapé, bien emmitouflée.
Belle... Oui, elle était vraiment belle. Il n'en avait jamais douté, mais il n'avait pas toujours su le voir. Encore moins lui dire. Et ces deux dernières années avaient manquer de les rendre complètement indifférent l'un à l'autre.
Enfin. Lui plutôt qu'elle, apparemment.
Tifa n'avait pas cesser de l'attendre, de l'espérer et de l'aimer. Alors qu'il ne faisait que fuir, hanté par ses cauchemars. Mais cela avait été plus fort que lui. Il y avait toujours des choses plus fortes que lui...
- dzzzz... dzzzzz... dzzzzz... dzzzzzz...
Le téléphone! Où l'avait il mis?! Pas de les poches de son manteau, en tous cas. Pourtant les vibrations venaient de là! Près du canapé!
- dzzzzz... dzzzz... dzzzz...
Il n'était quand même pas tombé sous le canapé. La tête par terre, rien à l'horizon. Si ce n'était un tas de poussière. Ne jamais regarder sous un canapé.
- dzzzz... dzzzz... dzzzz...
Et ça s'acharnait en plus! Mais où l'avait il mis ?! C'était pas compliqué, il le tenait avant de s'endormir... Oh.
Son regard se posa sur l'actuelle occupante du canapé avant de se rapprocher pour vérifier.
- dzzzz... dzzzz... dzzzzz...
Pas de doute. Ce traitre était tombé dans les plis et l'imbécile qu'il était avait allongé Tifa par dessus! Une fois entre ses mains, il décrocha pour répondre à son harceleur, bien agacé.
- Oui ?!
- Ah ben enfin! J'étais à deux doigts de valider l'expédition de Rufus pour te ramener par les miches, vu l'énergie que tu mets à pas répondre aux gens qui s'inquiètent pour toi!
- Erik? Si c'est pour me parler de cet idiot, j'ai d'autres choses à faire je te préviens.
Le médecin souffla et se frotta les yeux. Son lit lui manquait et son cœur ne supportait plus tout le café qu'il buvait en ce moment. Il avait passé l'âge de faire des journées doubles.
- Pas vraiment. Mais d'abord... Est ce que tu vas bien?
La question le surprit tellement qu'il s'effondra dans un fauteuil. Les yeux posés sur sa nouvelle obsession.
- Oui. Je crois.
- Bien. Et Tifa?
Soupirant, il se redressa pour poser ses coudes sur ses genoux, le regard planté droit devant lui.
- Elle a fait un malaise... Elle... Elle m'a fait vraiment peur... Mais je crois que ça va mieux.
Le silence au bout du fil devint rapidement inquiétant. Il n'aimait pas quand Erik faisait ça. En peu de temps, il avait bien compris que c'était le signe d'une profonde réflexion de sa part, souvent menée par une tension nouvelle.
- Erik?
- Faut que tu rentres. Je refuse de me lancer dans une téléconsultation avec l'un de vous deux. A chaque fois ça finit mal et je suis toujours pas capable de me téléporter!
Cloud esquissa un léger sourire devant l'énervement, somme toute, justifié de son ami.
- Toi et le rouquin avez manqué d'épuiser toute la batterie restante de mon téléphone avec vos appels répétés... Et c'est tout ce que tu as à me dire?
- Bien sûr que non, gamin à la manque! Mais finalement, je préférerais t'avoir en face de moi pour te filer les nouvelles. Alors appelles qui tu veux, mais reviens. Et vite.
Cela avait l'air grave pour que le Doc lui raccroche au visage juste après sa dernière tirade.
Par Junon, n'était il pas possible de s'absenter quelques jours, sans que le monde bascule dans le chaos? Bon. S'il devait être honnête, cela faisait plus de quelques jours qu'il avait quitté la capitale. Sans parler de sa période errante où il n'avait fait que causer des problèmes à ses amis.
Son téléphone toujours dans sa main, Cloud se demanda tout de même quel événement avait bien pu arriver pour faire exploser la tension du médecin.
Soupirant, il se lança sur son deuxième appel.
Et la tonalité ne sonna pas longtemps.
- Ouais? Si c'est pour la livraison d'un repas romantique, tu t'es planté de numéro!
Son ventre hurla soudainement à l'idée d'un bon repas. C'était dingue comme il avait tout le temps faim ces derniers temps.
- Dommage. Je suis sur que le concept plairait à beaucoup de gens.
- Pff. Comme si j'avais que ça à faire. Et sinon, elles étaient comment ces dernières vingt quatre heures?
Ses yeux roulèrent sous l'allusion à peine voilée. C'était le problème avec ce genre d'amis. Ils voulaient toujours tout savoir sans rien payer.
- Je vois pas de quoi tu parles.
- Oses me dire que vous n'avez fait que taper les cartes. Tu sais pas mentir de toute façon. Et c'est à moi qu'elle a demandé de redescendre alors qu'on s'apprêtait à partir, je te signale!
Incroyable. Comment avait fait Cid pour survivre toutes ces années à ses côtés sans finir trucider par ses soins?
- De quoi je me mêle?
- Je me mêle que pour une fois, ce serait quand même sympa de partager les bonnes nouvelles!
Sauf que Cloud ne voyait pas bien en quoi sa vie sexuelle pouvait être une bonne nouvelle pour les autres. Sans rire. Si le pilote ou le père de Marlène se mettaient à lui raconter leurs aventures intimes, il n'était pas sur que son esprit bancal le supporterait. Mais les derniers mots de son ami raisonnaient violemment en lui. Il ne pouvait plus nier la souffrance des autres, surtout quand il était à l'origine de celle-ci. Et tout le monde avait justement beaucoup souffert par sa faute.
- De toute façon, il n'y a même plus un jeu de cartes dans cette maison. Les enfants ont tout ramené.
- Sales gosses.
- A qui le dis tu.
Même séparés par quelques milliers de kilomètres, ne sachant pas vraiment où le pilote se trouvait actuellement, il l'imaginait sourire, sa fidèle brindille aux lèvres.
- Bon. Qu'est ce que je peux faire pour toi? Tant que tu me demandes pas de te ramener de la bouffe...
- Viens nous chercher, s'il te plait. La météo est infernale et je crois qu'on nous attend.
- Ça tu peux le dire. OK. Je termine mon chargement à Juno et je passe vous récupérer. Mais il faudra que je fasse une halte à Costa Del Sol ensuite. J'ai une livraison pour le port. C'est urgent.
- Hmm. Pas de problème. Dis, tu as toujours les caissons de régénération?
- Sur le Shera? Un seul. Pourquoi?
- J'en aurais probablement besoin.
L'odeur était insoutenable. Impossible de s'y habituer. Un mélange de sang, de pourritures et de poussière.
Ses muscles l'avaient complètement abandonnés, épuisés par toutes ses tentatives d'évasion. Mais il n'était pas un surhomme. Lui. Et quoi? Tentatives? Sans blague. Il fallait qu'il se rende à l'évidence, sa médiocrité était criante dans ce genre de situation.
Sans compter la douleur qui vrillait dans ses jambes et lui donnait la nausée. Une main sur le ventre, bandé maladroitement, il savait qu'il n'avait aucune chance de sortir de cet endroit.
Surtout face à un ennemi comme celui-là...
Cela faisait trop longtemps qu'il était bloqué ici, sans possibilité d'en connaître le nombre de jours.
Devrait il vraiment mourir ici?
Pas sur.
Un fait étrange le maintenait en vie.
Le même qui le retenait ici.
Il lui aurait bien posé la question, mais à chaque fois qu'il avait essayé, il s'était pris une mandale. Le genre de coup bien remuant mais qui ne vous assommait pas non plus. La communication avec ce monstre était aussi complexe qu'inespérée. Lui qui pensait finir en steak tartare, se retrouvait simplement coincé avec un horrible colocataire.
Dommage que le logement était dénué de fenêtres, situé six pieds sous terre et empestait la charogne.
Avec toute la nourriture que l'autre lui ramenait, ça aurait presque pu devenir sympa. Tant qu'il n'essayait pas de s'enfuir.
Mais rien à faire, la déco était à vomir et l'air pur lui manquait.
- Bon sang. Qu'est-ce que tu lui as fait?!
Cid regardait la scène, avec un brin de panique. S'était il passé quelque chose de grave pour que sa barmaid préférée soit plongée dans un sommeil frôlant méchamment le coma?
- Faudra lui demander...
Le caisson refermé, Tifa ressemblait à une princesse endormie, dans son cercueil de verre. Mais Cid ne connaissait pas de conte avec une princesse qui tombait en rade après avoir enfin mit la main sur son prince. C'était quoi ce scenar'? Franchement !
- Remarque, elle a déjà fait un truc comme ça, il y a pas longtemps.
Et il avait encore perdu une occasion de se taire. Autant s'occuper de faire décoller l'aéronef et de terminer sa mission. Vu les tremblements soudains dont Cloud faisait l'objet, il était carrément urgent de rentrer.
- Attends! Attends... Expliques!
- Rofl.
Se dégageant doucement mais fermement de cette main qui le retenait par l'épaule, il invita son ami à le suivre dans le cockpit.
- Assis-toi.
Le Doc leur avait dit pourtant. Dit et répété. Le soldat n'était pas guéri. En tous cas, il était trop tôt pour le dire. Ce qui pouvait susciter une émotion trop violente, faisant appel à sa mémoire, était à proscrire pour le moment. Il était prévu qu'un résumé de la situation lui serait fait, en présence d'une équipe prête à lui sauter sur le poil s'il dérapait.
Et même si le Doc n'avait rien dit à propos de Tifa, le pilote était loin d'être con. Il avait bien senti que la case "émotion trop forte et dangereuse" était désormais à jamais cochée pour tout ce qui concernerait la jeune femme.
- J'attends.
Mordiller sur sa brindille ne le soulageait pas et ne le sauverait pas non plus. Il aurait dû se taire. Mais à qui la faute, si ce n'était à celle de son cerveau, qui était incapable de penser avant de parler! Les mots étaient trop spontanés chez lui pour être retenus.
- Nan. J'ai pas envie que tu pète un câble dans mon vaisseau.
- Me maintenir dans l'ignorance, c'est pas l'idée du siècle non plus.
Les yeux sur le paysage, alors que le Shera s'élançait dans le blizzard, il pouvait sentir sur lui la menace d'un autre phénomène météorologique. Un paratonnerre lui vint à l'esprit.
- Au fait. T'as sanglé ta moto?
- Tch.
Vu comment le jeune homme avait sauté de son fauteuil pour disparaitre, la réponse était non. Ils s'étaient tous deux tellement trop intéressés au bien être de la jeune femme qu'ils en avaient complètement oublié de sécuriser le reste du chargement. A savoir un joli petit bolide qui, jusqu'à il y a peu, avait toute l'exclusivité de son propriétaire.
La pauvre venait d'être jetée à fond de cale par la concurrence, dans un atroce mépris.
Et même si Cid en rajoutait un peu quant à la situation réelle, il savait que, contrairement à lui, Cloud avait tout simplement fait le meilleur choix.
- Hep, morveux. Ta mission pour débuter est simple. Tu vas prendre ce bloc note et interroger les personnes qui débarquent à la clinique. Je veux que tu notes leur nom, prénom, date de naissance, motif de leur visite et symptômes. Sans oublier l'heure de l'interrogatoire. Vu?
Erik, une tasse de café entre les mains, s'employait à organiser la formation de son nouvel étudiant. Et cela démarrait par les bases. Accueillir, écouter et prendre des notes. En le mettant en contact direct avec les patients, il souhaitait aussi solliciter sa capacité d'analyse.
- Ah. Et interdiction de leur donner ton avis, c'est clair? Si tu as des suggestions et des questions, c'est uniquement avec Elena ou moi, pigé?
Le jeune garçon hocha la tête en signe d'acquiescement. Le lendemain de son retour, il avait tenu à retourner voir Erik, pour observer son travail. Elena avait râlé, et même engueulé son collègue en lui disant qu'il était vraiment timbré de laisser un gamin voir tout ce qui se passait ici. C'était ses mots. Mais le Doc ne s'était pas démonté, arguant selon lui qu'un môme sorti orphelin d'une guerre, n'était plus tout à fait un môme.
La jeune femme s'était alors enfermée dans un mutisme inquiétant, obligeant son mentor à abattre tous ses coups.
Denzel ne pouvait pourtant donner tort à aucun des deux.
Il avait l'âge d'un enfant. Et trop souvent, en son cœur, battait la souffrance de toute une vie.
Il était dans un entre deux, basculant de l'insouciance à l'incertitude, tel un jouet déséquilibré.
- Allez. Tu fais ça quelques heures et après tu rentres. Elena a raison. On a qu'une seule enfance. Essayes d'en profiter.
Une seule pièce lui avait été interdite. La chambre froide, où reposaient les morts. Alors même qu'il en avait déjà vu des dizaines. Dont les corps de ses propres parents. Mais sur ce point, Elena et Erik avaient fait front commun.
Tant pis. Sa curiosité attendrait pour être assouvie.
Il y avait suffisamment de choses à découvrir par ailleurs, pour ne pas se sentir frustré par cette porte fermée.
A priori.
Après quelques heures de voyage, pendants lesquelles Cloud avait prêté main forte à Cid pour décharger le matériel à Costa, mais aussi fait une petite sieste, en raison d'une nuit trop courte, le Shera arriva enfin à l'aéroport de Edge.
- J'ai prévenu la clinique qu'on arrivait. Elena m'a dit qu'il nous envoyait quelqu'un récupérer Tifa.
Le regard dirigé vers le sol, alors que le vaisseau atterrissait, ils purent voir qu'effectivement un véhicule les attendait sur la piste.
En revanche, le type adossé à la carrosserie fit hérisser tous les poils du blond. Le jeune. Celui qui devrait peut être songer à lui aussi mordiller des brindilles pour lutter contre le stress.
- Tu sais bien qu'ils ne sont pas assez nombreux pour tout faire. Et Reno a été très fiable jusqu'à présent.
Le corps du Soldat était si tendu que Cid eut bien du mal à savoir si l'épaule qu'il avait saisit était composée d'os et de muscles, ou uniquement de pierre.
- Je peux la ramener à pieds.
- Tu déconnes? Il fait si froid en ce moment que c'est pas de la neige qui tombe, mais de la glace!
- Si je me dépêche...
- Tu veux bien arrêter d'être con deux minutes et nous faire un peu confiance?
L'acier de Cid n'était pas le même que le sien, mais tout aussi tranchant quand il était en colère.
- On va confier Tifa à Reno, qui va la conduire rapidement à notre duo improbable de toubibs.
- Non.
- Si. Et toi, tu vas ramener ta moto chez toi, prendre une douche, te changer, manger un morceau et après tout ça seulement, tu seras autorisé à présenter tes plaintes à qui tu veux. C'est clair?
- Mais tu te prends pour...
- Cloud! Une fois dans ta vie, fais ce qu'on te dit!
L'orage explosa et la foudre désintégra toute réplique. Le jeune homme décroisa les bras de surprise, prêt à se défendre, devant l'aura très menaçante de son ami.
Il devait céder. Son esprit lui commandait d'arrêter de lutter, mais la sensation qui lui saisissait les entrailles était si désagréable qu'une envie de vomir monta rapidement.
Une main sur les lèvres, il se précipita vers l'issue du vaisseau pour sortir, dans le froid mordant, et libéra toute sa peur sous une aile. La douleur inonda ses yeux de larmes, et ses muscles tremblèrent sous l'intransigeance de son cœur angoissé.
- Bon sang. Maintenant je me demande si c'est pas toi qu'on va mettre dans le camion...
Et une nouvelle occasion de se taire de perdue. Une.
Cloud s'effondra à genoux sur la neige, une main sur le sol glacé et l'autre plantée dans sa poitrine qui le défiait de vivre. Une nouvelle vague le traversa alors qu'il n'avait plus rien à donner, et incendia tout sur son passage.
Sans même faire appel à sa mémoire, son corps se tordait de souffrance et de peur, dans un réflexe puissant de défense.
Sidéré, Cid eut la présence d'esprit de ne rien ajouter, et de placer sur le dos de son fragile ami, le manteau qu'il n'avait pas eu le temps d'enfiler. Ses moments de faiblesses étaient aussi impressionnants qu'ils étaient rares. Bien que ces dernières semaines, ils avaient été bien plus nombreux.
Reno les rejoignit et alors qu'il ouvrait la bouche pour parler, Cid le somma de se taire et de le suivre en silence, laissant le blond reprendre son souffle et ses esprits.
Suffisamment éloignés de ce dernier, il activa l'ouverture de la cale et fit descendre la plates-forme.
- Tu l'embarques comme si c'était ton plus précieux trésor et tu files auprès d'Erik.
- Va falloir me parler mieux que ça. Je ne suis pas votre larbin.
Le caisson s'ouvrit, laissant le champs libre au roux pour soulever la jeune femme, soigneusement emballée dans une couverture. Aucun de ses cheveux ne dépassaient et sa tête avait été protégée d'un bonnet.
Toute cette attention montrait clairement à quel point elle était inestimable et Reno eut quelques sués à l'idée se rater. S'il tombait une fois dehors ou s'il avait un accident sur le trajet, il était sur de finir comme les cadavres du secteur zéro.
- Excuses. La situation s'est tendue d'un coup et j'aimerais éviter que ça empire.
- Mouais. Tâches de le retenir pendant que je me casse. Il arrive.
Cid détourna le regard pour le pointer dans la direction indiquée. A l'entrée du sas, Cloud se tenait debout, le manteau mit mais non fermé, une main contre la carlingue, pour conserver l'équilibre précaire dont il disposait. Il avait un visage rougit par le froid, sur lequel était encore visible les traces des larmes et de la sueur. Quelques mèches de cheveux étaient d'ailleurs encore collées sur ses tempes, et sa respiration restait haletante.
Le voyant au bord de la rupture, les deux pilotes n'osèrent bouger, de peur de déclencher un orage dont ils ne pourraient pas s'échapper.
Toutefois, il fut assez vite évident que le Soldat ne les regardait pas. Ses yeux fixaient intensément la jeune femme dans les bras d'un autre, et son esprit semblait lutter avec férocité.
- Je ne suis là que pour l'emmener auprès d'Erik et Elena. Il ne...
Mais l'affaiblissement soudain du blond stoppa immédiatement Reno dans sa tentative de persuasion. Cloud tomba à genoux, faisant faire un pas en avant au pilote du Shera, qui craignait de voir son ami s'évanouir. Mais il n'en fut rien.
- Je... je te la confie...
Ce revirement les surprit tellement qu'ils crurent d'abord à un subterfuge. Le soldat pouvait faire preuve d'un tel niveau de détermination, même dans l'erreur, qu'il fallait toujours rester prudent avec lui.
La tête baissée, il semblait pourtant avoir cessé le combat et le roux entama sa marche vers la sortie, jusqu'à le dépasser et quitter le vaisseau.
- Tu veux vraiment apprendre la médecine alors?
Barret regardait avec un peu d'inquiétude le jeune garçon qui était rentré à la maison, exalté par le temps qu'il venait de passer à la clinique. Il papillonnait derrière le bar, se préparant une tournée de chocolat chaud et fouillant le frigo parce qu'il avait faim.
- Oui! Plus que jamais!
- Mais tu avais aussi envie d'être soldat, non? Tu disais tout le temps vouloir être comme le hérisson.
C'était toujours le cas. Mais depuis le retour du blond, Denzel avait fait évoluer sa projection du futur. Il voulait être fort, il voulait protéger. Mais il voulait surtout pouvoir comprendre et guérir tout ce qui ne pouvait être atteint par la seule puissance. Le sentiment d'inutilité qu'il avait ressentit avait été si violent à Corel, que voir le comportement calme et réfléchit d'Erik avait eu sur lui l'effet d'une révélation. Sans parler de la magie curative de Mogta.
Cloud était fort. Mais il n'était pas invincible. Et il avait besoin d'une aide qu'aucun de ses amis n'étaient en mesure de lui donner.
- J'ai compris une chose, récemment.
Le sérieux soudain de l'enfant accentua l'attention du père de Marlène. Ce gosse avait une vie intérieure profonde et, de nombreuses façons, il ressemblait à ce fichu soldat. La même gentillesse, la même détermination, la même souffrance dans le regard... Bien que ne partageant pas le même sang, il paraissait incontestable qu'ils étaient père et fils.
- Notre famille de manque pas de force. Chacun de vous a de la puissance à revendre... Si je veux vous être utile, il me faut devenir plus que ça.
- Plus que quoi?
Denzel se tourna vers l'homme tranquillement assis au bar, un café fumant posé devant lui.
- Plus qu'un protecteur. Je veux être un sauveur.
Les yeux écarquillés, Barret remercia Minerve d'être assis. Ce nouvel objectif était certes la preuve que le garçon avait une belle âme, mais signait aussi sa profonde naïveté.
- Denzel...
- Hoï! Il reste du café dans cette baraque?!
- Cid?!
- Cloud! T'es revenu!
Épuisé par ses récentes émotions, l'ancien soldat accueilli tout de même le jeune garçon contre lui, avec un petit sourire bienveillant. Posant une main sur sa tête, caressant ses cheveux, il se sentait toutefois absent, décalé avec les événements qui se déroulaient sous ses yeux.
- Gamin. Emmènes le jusqu'à votre salle de bain. Faut qu'il prenne une douche chaude, il est gelé.
Ce qui n'était pas vrai, mais Cid savait parfois tenir sa langue.
- Oui!
Les deux hommes regardèrent les plus jeunes partirent à l'étage, sans recevoir le moindre regard du nouvel arrivant.
- Et ben. Faut que je pense quoi de tout ça? Et elle est où Tifa? Ils ne devaient pas rentrer tous les deux?
Le pilote s'installa au bar et attrapa la cafetière pour se servir un café.
- Elle est vers Erik et Elena.
Le bruit de la tasse se brisant dans la poigne armée du chef, fit sursauter le blond, qui en renversa son café. A côté de lui, un sombre nuage de colère s'était emparé de son ami. A croire qu'il ne pouvait pas parler librement sans déclencher une apocalypse.
- Qu'est ce qu'il s'est passé...?
- Rien.
- CID!
- Rofl.
Bureau des plaintes
Cloud : Je vais encore m'en prendre plein la tête, je le sens. *profite de sa douche*
Cid : si seulement vous pouviez arrêter de me mêler à vos histoires... Je suis pilote, pas psy! *Affalé sur le bar*
Erik : J'en peux plus du café. Vais me mettre au thé. *Affalé sur le bar*
Elena : Avec tout plein de petits gâteaux *Affalée sur le bar*
Barret : L'EST OÙ TIFA !? *menace de défoncer la porte de la salle de bain*
Denzel : Moi, vivant, tu ne passeras pas cette porte! *mode Gandalf activé. Fait ce qu'il peut. N'a que douze ans*
J'espère que vous avez passé un bon réveillon de Noël et que vous avez été heureux au moins le temps d'une belle soirée!
Plein de bisous à ceux qui n'ont pas eu la chance d'être avec les gens qu'ils voulaient. La vie n'est qu'une éternelle partie remise!
À très vite!
