- Qu'est ce que tu lui as fait?!

Le mur derrière lui venait de se fendre à la place de sa tête. Barret explosait, littéralement, de rage. Et Cloud ne comprenait pas pourquoi il devrait en faire les frais, surtout maintenant.

Sans ciller, il leva les yeux pour défier la fureur du mastodonte qu'était l'ancien chef d'Avalanche.

- J'ai pas de compte à te rendre.

Mais la poigne qui se referma sur le col de son pull fut le signe incontestable d'une colère, chaque minute plus exacerbée que la précédente.

- Tifa est comme ma fille ou ma petite sœur... Alors...

Plaqué violemment contre le mur, Cloud saisit par réflexe le poignet de cette main qui se refermait dangereusement sur sa gorge.

Il n'avait rien mangé de la journée et malgré la douche, la fatigue persistait. Toutefois, lui aussi se sentit soudainement envahie d'une grande colère.

- Ta fille? Ta sœur...?

Usant de la force qui lui restait, il repoussa violemment le père de Marlène.

- TE FOUS PAS DE MOI!

Des lames électriques parcoururent son corps, crépitant autour de lui telle une armure. Ses yeux se firent reptiliens quand ses muscles se tendirent sous la pression de son cœur. Il était à bout de nerfs et absolument plus en mesure d'encaisser sans répondre. Si c'était la guerre qu'il voulait, il allait l'avoir...

- Et c'était toujours ta fille, ou ta sœur, quand tu la jetais dans les pattes de gros pervers...?

Barret recula d'un pas, aussi surprit par l'aura tempétueuse du jeune homme que par les mots tranchants lancés à son attention.

- Si elle t'a parlé de ça...

Cela voulait dire qu'elle avait vraiment confiance en lui. Leur relation avait manifestement évolué même si l'état de la jeune femme aujourd'hui semblait dire l'inverse.

- Alors elle t'a certainement dit aussi de fermer ta gueule! Tu sais rien, je te défend de me balancer ton jugement...

- Mais qu'est-ce que...

L'espace d'un éclair, Cloud combla la distance avec l'artilleur et frappa, du plat de sa main, droit dans le thorax, propulsant la montagne à l'autre bout de la pièce et brisant tables et chaises sur son passage.

- TU CROIS FAIRE, TOI?!

Essoufflé, plus à cause de ses émotions multiples qu'à celle de l'énergie dégagée, ses yeux ne se détachèrent pas de l'imbécile à terre.

Ils n'avaient jamais su se parler sans s'agresser, au point que c'était presque devenu un jeu. Mais là, maintenant, il en avait assez.

- T'as prit fait et cause pour elle. Et t'as sûrement raison... Mais là... Tu vas me foutre la paix. Je...

Il recula d'un pas, avant de tomber au sol. Il en avait tellement marre.

- Je suis fatigué...

Le bois craqua sous les mouvements de Barret, qui se remettait debout, un peu sonné. Le chef était sûrement aller trop loin. Mais s'excuser ne faisant pas partie de son tempérament, ce dernier allait saisir la perche tendue pour arrêter cet échange stérile.

- Vous êtes vraiment chiants tous les deux...

C'était sans compter l'autre blond de la pièce. Cid avait regardé les deux hommes se taper dessus, dans le plus grand des calmes. Cela faisait un moment maintenant que tout le monde avait comprit à quelle point la relation entre ces deux là était compliquée. Et si au début, beaucoup avait tenté de calmer leur jeu stupide, au final, ils avaient tous laissé tomber.

Seule Tifa, le lien qui les unissait, arrivait encore à se faire entendre. Parfois.

- Vous trouvez toujours des raisons pour vous sauter à la gorge, même quand il y en a pas.

Installé au bar, le pilote profitait de cette accalmie pour se resservir un café et piocher dans la réserve de petits gâteaux des enfants.

- La prochaine fois, vérifiez votre public, c'est pas un spectacle pour les gosses...

Alors que ces deux imbéciles d'amis le regardaient avec effarement, il désigna du menton les escaliers.

Cloud et Barret réalisèrent subitement qu'ils venaient de se battre et de s'insulter, sous les yeux effrayés de Denzel, assis en haut des marches.

- Putain... Je vais chercher Marlène. J'ai besoin de marcher...

Sans plus de cérémonie, le chef attrapa son manteau et quitta le bar, refermant la porte derrière lui.

- Denzel...

Le soldat, quant à lui, se releva péniblement pour se diriger vers le jeune garçon. Son visage, horrifié, dénué de larmes, était un vrai supplice. Il n'aurait jamais du voir ça car cela n'aurait tout simplement jamais dû se produire...

Sa première journée à Edge se révélait être un échec cuisant.

- A moi... Tu peux le dire...

Un pied sur la première marche, Cloud se stoppa net. Sous le regard inquiet du garçon, il pouvait entendre son cœur battre au ralenti. L'heure du jugement était venue et il ne pourrait pas l'éviter. Denzel connaissait les secrets de Corel, alors se taire ou mentir n'étaient pas des options envisageables.

Reprenant son mouvement, il gravit les escaliers pour se rapprocher de l'enfant, dont les yeux ne quittaient pas les siens. Avant de s'arrêter une fois à sa hauteur et tendre une main vers lui.

- Denzel... Je te promet... Je te promet que ce n'est pas ce que tu penses...

Les pupilles du blond tremblaient sous la crainte du verdict et Denzel dû se rendre à l'évidence. Jamais, depuis qu'ils se connaissaient, Cloud lui avait menti. Et puis, il ne savait pas exactement ce qui était arrivé à Tifa. Il avait juste compris que quelque chose de grave avait dû se produire en écoutant l'échange musclé des deux hommes.

Sans compter que... si le Soldat avait réellement levé la main sur la jeune femme, il aurait préféré disparaître que de se représenter devant eux.

Un fin sourire se dessina sur ses lèvres, au souvenir de Tifa et de Marlène qui n'avaient jamais douté de lui.

Se levant, il prit la décision de ne plus se laisser envahir par un tel sentiment à l'avenir vis à vis des membres de sa famille.

En quelques pas, il franchit les marches qui les séparaient et se jeta contre Cloud. Ce dernier posa sur sa tête une main réconfortante, paternelle, qui suscita le réveil de sa mémoire, le rendant nostalgique d'une vie qu'il pensait perdue pour toujours.

Alors les larmes déferlèrent le long de ses joues sans qu'il ne puisse les retenir.

- Je... Je veux la voir...

- Moi aussi...

Devant ce retournement de situation inattendu, car Cid avait beau secouer sa cervelle, il n'avait aucun souvenir du blond faisant face aux sentiments des autres avec autant de calme et d'humilité, le pilote se leva pour contourner le bar et ouvrir le frigo.

- Venez manger un morceau avant.

Dans les bras du Soldat, Denzel avait rajeunit de quelques années. La tête calée dans son cou, les mains fermement accrochées à son pull, il avait tout d'un tout petit garçon sous la protection de son père.

- Tu as l'air d'être chez toi ici.

- Hmm? Ah, ben faut dire qu'en votre absence, le Heaven est un peu devenu un quartier général. Entre ceux qui avaient besoin d'une piaule pour dormir, ceux qui voulaient un endroit pour faire une sieste d'une heure et boire du café et ceux qui n'avaient pas d'endroit où se réunir pour gérer les crises...

Cloud installa Denzel sur une chaise du bar et en fit de même, en écoutant son ami. Cela ne le ravissait pas plus que ça de voir leur maison transformée en base avancée d'une bande d'imbéciles. Mais il se savait dans l'incapacité de râler à ce sujet.

Et puis il détestait cet endroit quand Tifa n'y était pas. Donc, au fond, il n'en avait rien à faire.

- Fais pas cette tête. Et pardonnes Barret... Il n'aurait pas du te parler comme ça. Mais... Toute cette histoire, ça le touche plus qu'il ne l'aurait voulu.

Sans doute. Il lui aurait quand même bien défoncé le crâne, s'il avait été en meilleure forme. Quel piètre accueil lui avait-il fait... Et toujours partant pour le déclarer coupable de tous les crimes, en plus.

- Très franchement, là tout de suite, s'il pouvait rester hors de ma vue, ça arrangerait mes nerfs.

Hélas, le cosmos accordait rarement ce type de voeux. Cloud le saurait depuis le temps.


- Ho là, tout va bien! C'est moi, Elena!

La médecin en herbe évita de justesse un coup de poing d'une soit disant comateuse. Elle allait lui installer une perfusion, quant au moment de piquer, la jeune femme s'était réveillée d'un coup, le regard confus, et l'avait attaqué.

- Tu me connais! M'obliges pas à taper sur une patiente!

Mais les yeux carmins posés sur elle, sonnaient le glas de son tout nouveau sens de l'éthique. C'était officiel, ce couple était aussi chiant l'un que l'autre à soigner.

- Franchement, je comprends pas pourquoi Erik interdit les coups de batte!

Courant à travers la pièce et esquivant les attaques d'une cliente visiblement en pleine réclamation, Elena se saisit d'une bande de contention.

- T'es aussi infernale que ton blond!

La soignante prit appui sur un lit, puis un mur et se propulsa dans la direction de la combattante. Cette dernière, affaiblie et dans un état de semi conscience, ne la vit pas venir. Grâce à son élan, Elena s'empara du bras droit de Tifa et le ceintura dans son dos, l'obligeant à stopper tout mouvement, avant de la plaquer au sol.

- Bon sang! Tifa! Tu es en sécurité! Calmes toi!

- Vraiment...?

L'intégralité des poils de l'apprentie se dressèrent instantanément à l'entente de cette voix grave et menaçante. C'était carrément l'heure de sonner la retraite.

- Hiiiii! C'est pas ce que tu crois!

S'écartant vivement de sa patiente infernale, elle fit face presque courageusement à son psychopathe de compagnon.

Celui-ci n'avait pas bougé de l'entrée de la chambre, une main serrant celle de Denzel, l'autre explosant ses propres articulations. Et c'était rien à côté de son regard... invisible, caché derrière ses cheveux et présageant les pires cauchemars.

- Tifa!

Le jeune garçon se détacha du Soldat pour foncer aux côtés de la jeune femme, qui se remettait à genoux.

- Non! Attends Denzel! Elle n'est pas...

Sa main resta en suspension devant la scène. La brune s'était laissée atteindre par Denzel, qui se serrait contre elle, un sourire rassuré sur ses lèvres.

- Denzel...? Qu'est ce que...

Tifa avait du mal à faire le lien entre ce qu'elle voyait et son dernier souvenir. Elle ne connaissait pas cet endroit et ne comprenait pas l'immense soulagement qui submergeait visiblement le jeune garçon.

- Nous ne sommes plus à Corel?

Cherchant des réponses, ses yeux se portèrent sur Elena, dont l'état de choc la mis hors compétition, et puis...

Et puis elle le vit.

- Depuis le début... C'est toi que j'ai choisi...

Les souvenirs affluèrent comme s'ils ne l'avaient jamais quitté.

- Personne ne sait à quel point je t'aime... Mais toi...

Son cœur frappa si fort dans sa poitrine, qu'il lui fit mal. Une main refermé sur sa défaillance, elle le vit s'avancer jusqu'à elle.

- Tifa...

- Tifa...

Il posa un genou à terre, face à elle, Denzel toujours à ses côtés et plongea son regard or dans le sien.

- Est-ce que tu doutes encore de moi?

- Tu ne dois plus jamais en douter.

Devant ses pupilles dorées, mais tremblantes, Tifa prit conscience de ce qui les liait à cet instant : la peur d'être rejeté par cette autre moitié d'eux même.

Denzel toujours serré contre elle, ses mains vinrent encadrer le visage de l'homme qu'elle aimait. Et alors que ses yeux se fermèrent, ses lèvres rejoignirent leurs sœurs, dont elles n'auraient jamais dû s'éloigner, entamant une danse tout en douceur.

Avant de se séparer, à contre cœur.

- Ne me poses plus jamais cette question.

Pour toute réponse, elle reçut un sourire tellement éclatant qu'elle en fut éblouie. S'habituerait elle un jour à cette image? Assurément.

- Dites. Il y a de la fumée qui s'échappe de Tifa. Merci de pas mettre le feu à mon établissement, on n'a pas de caserne de pompiers dans le quartier.

Erik, qui était arrivé au moment où un blond et sa brune se disaient bonjour, se rendit compte que ses deux apprentis n'en glandaient pas une, assis par terre, totalement statufiés.

- Hep. C'est quoi le concept, Elena? Tu penses avoir une meilleure vue depuis le carrelage? Et vous deux là, c'est pas un lupanar ici. Nous pondez pas des mômes alors que vous avez déjà totalement oublié celui que vous avez dans les pattes!

- Hein!? Nan mais... Je... Raah! Je n'y crois pas! C'est elle! Elle m'a sauté à la gorge alors que je venais juste voir comment elle allait! Et l'autre là, il s'est pointé en mode furtif pour me menacer! Pi après... Ça!

Les deux mains en direction du couple, Elena fulminait.

- Erik! Je veux une augmentation!

- Deux petits gâteaux de plus, ça te va?

- Cinq! Pas moins!

Pendant que les deux toubibs négociaient leurs tarifs, Cloud prit la jeune femme dans ses bras et se releva, pour ensuite la reposer sur le lit.

- Trois!

- C'est mort! Quatre ou je fais grève!

Denzel, quant à lui, resta un peu en arrière. Comme les deux autres adultes, un sourire heureux s'était dessiné sur son visage, en voyant Cloud et Tifa s'embrasser, complices.

Mais la phrase du Doc avait secoué son cœur, le faisant doucement basculer dans le vide. Il ne savait pas grand chose de la vie et à vrai dire, il connaissait même mieux la mort.

Seulement... même s'il ne maîtrisait absolument pas la question, l'allusion du médecin au sujet des enfants avait parfaitement percuté son esprit... et remuait désormais durement dans sa poitrine, plantant la graine d'un autre genre de doute, au plus profond de son âme.

- Vendu pour quatre!

- Yes!

Tifa, assise sur le lit, se délectait de l'étreinte protectrice offerte par un homme dont elle pouvait entendre chaque battement de cœur, la tête contre son torse.

Les yeux fermés, ses bras autour de sa taille, au chaud sous le manteau, elle fit le vœu que cet instant ne s'arrête jamais.

- Y a moyen de faire son taff ici?

Mais encore une fois, si le cosmos en avait quelque chose à faire des souhaits des gens, Tifa le saurait.

- Gamin. Accompagnes Elena s'il te plait.

Sans décoller sa tête de celle de Tifa, Cloud planta son regard dans celui du médecin, venu à leurs côtés. Son sérieux soudain l'inquiéta et il comprit, hélas, qu'une mauvaise nouvelle l'attendait. Prenant une profonde inspiration, il se défit à regret des bras de la jeune femme, et, caressant son visage, l'embrassa sur le front.

- T'as intérêt à en prendre soin...

- Me donnes pas d'ordre, gamin à la manque! Et toi, le morveux, tu restes là.

- Mais...

La caresse dans ses cheveux surprit Denzel qui, levant les yeux, tomba dans ceux de Cloud, redevenus bleus. Bleus et rassurants.

- Restes avec Tifa s'il te plaît. Il y a sans doute des choses que tu comprendras mieux que moi.

Ce cœur, qui basculait dans le vide, se rattrapa soudainement à un espoir un peu fou, mais qui le fit battre plus fort. Il savait à quel point la jeune femme comptait pour le blond et se voir accorder une telle confiance, le regonfla à bloc.

Hochant la tête, il se précipita aux côtés du Tifa, un sourire aux lèvres, qui l'accueilli dans ses bras.

Sous le regard mi-amusé mi-exaspéré d'un médecin qui aimerait bien vérifier les constantes de cette fichue patiente... Si seulement on lui laissait le champ libre!


- Papa!

Barret, les mains dans les poches et un sourire aux lèvres, regardait sa fille terminer de transformer un camarade en bonhomme de neige, devant l'école de Madame Flora.

- Monsieur Wallace! Vous allez bien?

L'institutrice arriva à ses côtés, un petit air joyeux sur le visage, pourtant rougit par le froid.

Il hocha silencieusement la tête pour toute réponse.

- Papa! T'as vu! J'ai fait une armée!

- C'est super ma puce. Mais...

Une question le taraudait.

- Pourquoi tu as enterré tous tes camarades sous la neige? C'est une armée de glaçons que tu veux?

- Hein?

Madame Flora se passa une main sur le visage, pendant que la petite fille, les mains sur les hanches, essayait de comprendre quel était le problème.

- Ben c'est des bonhommes de neige! Pas comme ça qu'on fait?!

- Mamaaaaan! Je veux ma mamaaaaan!

Le chef se demanda si le côté psychopathe de sa gamine n'avait pas pris en niveau depuis un mois. Et surtout, d'où elle tirait toutes ses folles idées!

- Marlène met beaucoup de créativité dans tout ce qu'elle fait. Mais j'avoue qu'elle m'a beaucoup surprise depuis son retour.

- Et ils se sont tous laissé faire?

- Nan! Mais j'ai fait comme toi! J'ai gueulé! Pi j'ai fait mon regard qui tue, comme Cloud! Et j'ai tapé sur le crâne de ceux qui comprenaient rien, comme fait Tifa!

Sans déconner! C'était carrément leur faute en fait?!

- Ça va, j'ai compris. Libères ces pauvres âmes, on rentre à la maison.

- Attends! Mon doudou!

La petite courut chercher sa peluche, sagement assise à l'entrée du bâtiment et la récupéra avec beaucoup de délicatesse.

Elle semblait capable de passer de la douceur d'une enfant merveilleuse à la froideur extrême des plus grands psychopathes. Et tous ça à cause de leur éducation farfelue.

- Au revoir Madame Flora!

- A demain Marlène.

Son institutrice resserra autour de la tête de la fillette, son bonnet et réajusta son manteau, avant de lui adresser un beau sourire en guise de salut. Marlène, satisfaite, s'approcha de son père pour lui prendre la main.

- Dis! Cloud et Tifa sont rentrés?

- Hmm. Oui. J'ai eu un message de Cid. Le hérisson est parti à la clinique avec Denzel, pour voir Tifa. Elle n'allait pas très bien.

Sautillant à ses côtés, la petite fille tira sur le bras de Barret.

- Je veux voir Tifa!

Son contact prolongé avec le blond avait terriblement accentué sa détermination. Elle avait un regard bien plus confiant et plus exigeant. Ou alors elle grandissait bien trop vite?

- D'accord. Je t'accompagnes là bas et moi je rentrerais ranger le bazar à la maison.

- Hmm. Tu t'es encore disputé avec Cloud?

Fichue gamine perspicace.

- Raah c'est pas tes affaires! Et avances! On se les gèle!

A croire que tout le monde avait décidé de lui taper sur le système aujourd'hui.


Le cœur de Tifa battait un peu vite, mais ne montrait aucun signe de faiblesse. Et la jeune femme ne présentait pas de symptômes post-infactus. Même si elle avait effectivement sombré dans un coma, Erik ne pouvait pas donner d'explications cohérentes aux récents événements.

- Tu ne te souviens vraiment de rien?

La brune, qui n'avait pas lâché la main de Denzel, releva les yeux vers lui.

- Non... Juste une immense fatigue soudaine... Après j'ai cru voir quelque chose mais...

Une main dans ses cheveux, ses yeux semblèrent se perdre dans un souvenir.

- J'ai dû rêver!

- Mouais. J'aimerai quand même que tu restes tranquille quelques temps.

- Mais ça fait un mois que je ne fais rien!

Le bruit d'un ventre, un peu trop oublié, se manifesta comme pour appuyer le mécontentement de sa propriétaire.

- Tu veux rire? Tifa! J'exige que tu restes à l'écart de tout ce qui pourrait être source de stress, au moins pendant un mois, c'est clair?

Devant les quatre billes blanches qui le fixaient, incrédules, une alerte blonde s'alluma dans son cerveau. Comment avait-il pu oublier pareil détail... Un long soupir lui échappa.

- OK. Ça va pas être possible. Mais c'est vraiment trop vous demander de rester tranquille un moment?!

Il fallait impérativement qu'il arrête d'enchaîner les propos débiles, ou les deux jeunes devant lui allaient s'auto désintégrer.

- Bon. D'accord. Rentrez chez vous. Et toi, manges quelque chose. C'est possible ou pas?

Tifa reprit contenance et descendit du lit, un petit sourire aux lèvres, absolument ravie, sous l'œil attentif et perplexe du médecin. Il lui manquait une étape quand même. A part une fatigue qu'il mettait volontiers sous le coup d'une émotion très forte et la faim, elle n'avait aucune séquelle du malaise décrit par Cloud. Il était pourtant certain que son cœur avait encore lâché et deux infarctus en aussi peu de temps, c'était vraiment inquiétant. Qu'il n'en reste rien était une bonne nouvelle. Toutefois, sur le plan scientifique, cela restait une énigme totale.

- Mais Cloud n'est pas revenu...

- Il vous rejoindra après. Faut que je le vois aussi de toute façon. Oust. Veux plus vous voir avant demain.

- Viens Tifa. Cid nous attend et Marlène ne va pas tarder de rentrer.

Le jeune garçon lui prit les deux mains pour l'inciter à le suivre et pendant un bref instant, plongée dans ses yeux verts qui ne tremblaient pas, Tifa eut l'impression d'être retournée quinze ans en arrière, dans un petit village paisible... Se libérant, elle prit Denzel contre elle, pour l'enlacer.

- Oui. Rentrons!


La respiration de Cloud s'était brutalement ralentie, le mécanisme grippé, à la vue du corps sur la table. Reno, Rufus et Elena guettaient sa réaction, tendus et inquiets, intimement persuadés qu'il était désormais leur unique espoir de régler ce problème.

- Reeve a envoyé son chat dans les sous-sols. On attend les images. On te préviendra quand on les aura.

- Et dans tout ce que vous avez récupéré... rien n'appartient à Johnny ou Vincent?

Elena se rapprocha du bureau d'où elle saisit un épais cahier.

- Non. J'ai fait toutes les autopsies et j'ai tout consigné ici. Avec toutes les données qu'on a pu rassembler sur eux, je peux t'affirmer que pas un seul membre ou corps qu'on a récupéré leur appartient.

- Et vous êtes certains qu'ils sont là dessous?

Le soldat vit le doute s'installer chez les anciens Turks, jusqu'à ce que Rufus prenne la parole.

- Ils ont disparu depuis trois jours, environ. Et...

Mais l'héritier garda pour lui un terrible constat qui ne ferait qu'aggraver la tension du soldat. Le fait que les corps réapparaissaient au compte goutte depuis qu'il avait quitté la capitale était sans doute une information importante. En temps normal, il lui aurait tout dit. Sauf que l'avertissement de Bach raisonnait dans sa mémoire. Ce qu'il lui révélait était déjà énorme. Il ne pouvait pas en dire plus, sans prendre le risque de voir Strife voler en éclat.

- La présence des anciens laboratoires et du quartier général détruit du deepground font qu'il reste énormément de matériel dans ces sous-sols. Beaucoup de monde tentait d'ailleurs d'en récupérer, même si cela demeurait dangereux. Vincent et Johnny se sont également rendus là bas pour aider la clinique. Tu te doutes bien qu'ils ne nous ont pas demandé notre avis. Et, en même temps, c'est pas comme si nous étions capables d'empêcher Valentine de faire ce qu'il veut.

- Je suis allé discuté avec les amis de John. Personne ne l'a vu depuis trois jours, et apparemment, c'est clairement pas son genre de disparaître. Mais tous s'accordent à dire qu'il passait nettement plus de temps auprès d'Erik et de Vincent.

Reno s'était adossé à un mur, les bras croisés, et les yeux rivés sur le corps sorti par Elena. Leur enquête n'avancerait pas tant qu'ils n'arriveront pas à fouiller les souterrains du secteur zero.

- Et pourquoi vous n'êtes pas allés voir par vous-même? Les cadavres, c'est pas ce qui vous arrête, d'habitude...

La voix de Cloud se faisait plus grave à mesure que sa tension augmentait.

- C'est exactement ce que nous a dit la Miss Kisaragi... Et elle n'est toujours pas revenue.

- Quoi...?

C'était sur et certain. Il allait repeindre les murs de la clinique avec le sang de Rufus et sa clique. D'un rouge bien sombre.

- Elle n'a pas voulu nous écouter... Maintenant on en est là. Tu comprends, si ni Valentine ni la ninja ne sont pas remontés...

Alors il restait du lourd dans le secteur zéro.

Mais c'était impossible... Le soldat recula jusqu'à s'assoir sur une chaise, prit par une soudaine et immense fatigue.

Pourquoi le monde s'acharnait il de la sorte? Il leur aurait bien dit de se débrouiller tous seuls, et de le laisser en dehors de ça.

Sauf qu'il ne pouvait pas faire ça...

Johnny était un ami précieux pour Tifa et il lui avait été d'un grand soutien... Yuffie était infernale mais c'était leur amie...

Et Vincent...

Bon sang. Quelle chose avait bien pu retenir Vincent?

- Pourquoi n'avez-vous pas envoyé Reeve plus tôt, en inspection?

Rufus s'attendait à cette question et répondit sans ciller.

- Au départ, nous n'avions aucun corps. Puis, ces derniers ont commencé à réapparaitre, mais uniquement en surface. Certes, on les a toujours retrouvé dans le secteur zéro, à proximité de l'entrée des souterrains, mais on a d'abord cherché en surface si le responsable ne s'y cachait pas. Il restait possible d'avoir affaire à un malade mental qui profiterait de ce qui se passe dans les sous-sols pour maquiller ses crimes. Et comme tu le sais, on a rien trouvé. Reno, Rude et Tseng sont allés dans les sous-terrains et sont descendus jusqu'au troisième niveau. A part quelques monstres, aveugles et sourds, ils n'ont rien trouvé d'autres. Ne voulant pas risquer tout de suite la vie de mes meilleurs hommes, j'ai finalement pris contact avec Reeve pour qu'il envoie son chat, un peu plus loin dans les profondeurs. Sauf que ce dernier n'était pas tout à fait terminer. On a du attendre qu'il soit opérationnel pour enfin avoir un début de réponse.

Cloud se frotta le visage, de ses deux mains. Assis sur sa chaise, il avait du mal à encaisser toutes ces informations. Leur manque de matériels et d'unités militaires n'avaient pas permis aux Turks de gérer plus efficacement cette crise. Ces hommes l'insupportaient, viscéralement. Mais jamais il n'avait eu des raisons quelconques de remettre en question leur professionnalisme, dans tout ce qu'ils entreprenaient. Que ce soit dans l'assassinat ou le sauvetage, ils excellaient. Alors entendre que face à cette situation, ils n'avaient pas cesser de piétiner, n'était qu'un aveu, à demi-mot, d'une terrible faiblesse, espérée passagère.

C'était pour cela qu'il était là, dans cette pièce, à les écouter. Ils avaient, désormais, cruellement besoin de lui.

- J'ai une condition. Même deux tiens.

Reno allait parler mais Rufus le somma de se taire, d'un simple regard.

- Le Heaven est devenu, semble-t-il, le quartier général d'une bande d'individus dont je ne voudrais même pas le portrait chez moi. Vous pouvez le garder. Mais trouvez d'abord une nouvelle maison où Tifa et les enfants seront à l'abri et confortablement installés.

- Mais pourquoi...

- Reno. Silence.

L'héritier menaçait le roux des pires souffrances s'il s'entêtait à poser la question qui les emmènerai tout droit en enfer.

- Et pas un mot à Tifa. Elle ne doit rien savoir de tout ça.

- Marché conclut.

- Nan mais! Attendez! Pourquoi on devrait faire ce qu'il demande? Il ira chercher ses potes quoi qu'il advienne, non?

Un éclair jaillit à travers la pièce et dans un fracas assourdissant, vint détruire le mur sur lequel était adossé le roux. Une partie s'effondra, emportant le Turk avec elle, et un nuage de poussière s'éleva dans la pièce.

Un long silence s'en suivit, laissant le temps à la poussière de retomber. Aucun des occupants, mis à part Reno, n'avaient bougé.

Pendant que celui-ci écartait les pans de béton pour se relever, une voix effroyablement calme brisa l'instant.

- Mes conditions... Ce n'est pas pour mes amis. J'irai effectivement les récupérer, quoi qu'il puisse m'en coûter.

Un regard, polaire, se posa sur les trois anciens Turks, et la foudre se mit de nouveau à crépiter autour du Soldat, toujours assis, les bras croisés.

- C'est uniquement en échange de vos vies. Tout ça, c'est à cause de vos conneries...

L'âme de l'héritier et des anciens Turks en présence était sur le poing de quitter leur corps, totalement abandonnés des Dieux, quand une petite voix retentit.

- Cloud...?

Le temps se figea d'une manière bien différente cette fois-ci. Les quatre occupant de la pièce tournèrent leur regard en direction du trou béant dans le mur. De l'autre côté, dans le couloir, se tenait une petite fille, emmitouflée dans un manteau, et dans ses bras, une peluche... Qu'elle laissa tomber à terre... Un mog.

- Merde!

Alors que Rufus se jetait devant le tronc humain toujours en évidence sur la table, un violent courant d'air les percuta tous, les obligeant à baisser les yeux une seconde.

Cloud avait bondit en direction de la petite fille pour la prendre dans ses bras et maintenir fermement sa tête contre son épaule.

Mais c'était trop tard... Il pouvait sentir son corps, si frêle, trembler contre lui.

- Je peux savoir pourquoi il y a un trou dans mon mur? C'est plus une chambre...

Erik se tut instantanément lorsque ses yeux croisèrent ceux, foudroyant, d'un père foutrement en colère. Il demanderait bien ce qu'il se passait, mais il n'en eut pas besoin.

Dans la chambre froide, Elena s'employait à ranger un corps horriblement meurtrit, qui avait évidemment été vu par une petite fille. Et pas n'importe laquelle. Quelle bande d'incompétents.

Le soldat se releva calmement avec Marlène dans les bras, qui tremblait, mais ne pleurait pas. Elle avait vu quelque chose que son cerveau n'était pas en mesure de comprendre. Et les images tournaient en boucle dans sa tête sans qu'elle ne puisse penser à rien d'autre.

- Tifa et Denzel sont rentrés. La petite est arrivée après, déposée par son père. Elle voulait vous voir tous les trois et je lui ai dit qu'il ne restait que toi. Je lui ai demandé de patienter dans le couloir...

Bon sang. Cloud allait vraiment partir en fumée et cette journée se terminerait dans le sang. Peut être qu'il devrait partir dès maintenant pour les souterrains. Ses muscles le démangeaient sérieusement et se défouler sur des monstres s'avérait être finalement une excellente opportunité.

- Rentres. Je leur dit de t'appeler dès qu'ils ont du nouveau. Si tu as besoin d'aide, tu sais où me trouver.

Mais le blond ne l'entendait déjà plus. Focalisé sur la petite fille, il s'éloignait pour rejoindre la sortie, la peluche mog dépassant d'une de ses poches.

- Cl... Cloud... Qu'est-ce... Qu'est-ce que...

- Un mort, Marlène.

Il lui parut inutile de lui mentir. C'était une enfant intelligente et elle ne pourrait pas se satisfaire d'un mensonge, fut il pieux.

La resserrant contre lui, il réajusta son manteau et le bonnet sur sa tête, avant de mettre le nez dehors.

C'était la fin d'après midi et Edge était plongée dans l'obscurité. Seuls quelques lampadaires fonctionnaient encore, avec l'énergie d'un ancien réacteur de Midgar, remis en marche par la société de Rufus. L'idée pouvait paraître aberrante après la catastrophe qui avait manqué de raser l'humanité. Mais il avait fallu faire quelques concessions en attendant de pouvoir déployer des techniques moins impactantes pour la planète.

- Un mort...? Mais... Pourquoi... Pourquoi il...

Alors qu'il marchait dans la nuit, au milieu des rues désertées, avec pour seul bruit la neige craquant sous ses pieds, Cloud pouvait sentir les mains de la petite fille se refermer davantage sur son manteau.

- Il... Il avait plus de tête...!

Et enfin, elle pleura, sans retenue, cachant son visage dans son cou, son esprit terrifié parce qu'elle avait vu. Mais désormais, elle savait ce que c'était.

- Tu sais... Il y a des milliers de façons de mourir...

- Mais... Mais toi tu... Tu peux pas... Tu peux pas...

Se dirigeant toujours vers le Heaven, Cloud caressa doucement d'une main, la tête de la petite fille.

- Marlène... Tu es une enfant intelligente... Je ne peux pas te mentir...

Il pouvait sentir ses larmes contre sa peau, alors qu'elle raffermissait sa prise autour de son cou.

- Mais je peux te faire une promesse.

- Une... Une promesse?

Sentant qu'elle se calmait, il s'arrêta quelques secondes pour chercher un mouchoir dans l'une de ses poches, et essuyer les joues de l'enfant dans ses bras.

- Oui. Je peux te promettre de tout faire pour rester en vie, le plus longtemps possible, jusqu'à ce que tu en ais marre de moi.

Marlène s'écarta brutalement et plaça ses deux petites mains de part et d'autre du visage de son papa blond, les yeux profondément plongés dans les siens.

- Promis...?

- Promis.

La fin du trajet se déroula dans un grand silence, et alors que la petite fille s'était endormie contre lui, épuisée par ses émotions, Cloud vit enfin la lumière du Heaven, qui illuminait son chemin.