RON POV
Après trois jours de travail, la pièce pour accueillir la transformation de Drago est enfin prête. Ron n'a pas arrêté de travailler dessus, du lever au coucher du soleil. Les deux pièces ont été creusées, les trappes installées et les chaînes accrochées. Elles sont moins épaisses que ce qu'elles auraient dû être, comme ce sort ne fonctionne pas bien, mais au moins il y en a. Ron sait que ça rassure Drago.
Ils ont aussi insonnorisés les salles de l'intérieur et de l'extérieur. Personne ne devrait entendre le serpentard, aucun hurlement ne parviendra aux cannibales et au cerf s'il est toujours vivant.
Drago pourra huler de douleur, personne ne le saura, pas même lui. Cette pensée lui a glacé le sang tout le long des travaux. Il n'a cessé de se rappeler les mots de Remus :
"A cette époque, mes transformations étaient…. étaient épouvantables. C'est très douloureux de se métamoprhoser en loup-garou. je ne pouvais mordre personne, puisque j'étais seul, je me mordais donc moi-même. Les villageois entendaient le bruit que je faisais, les hurlements que je poussais et ils pensaient qu'il s'agissait de fantômes particulièrement agressifs."
Pour la première fois de sa vie, il regrette de ne pas pouvoir faire une potion. La salle de classe de Rogue lui manque presque. Rien ne pourra aider Drago à traverser cette épreuve. Ils sont impuissants. Ça le ronge intérieurement d'être démuni face à la souffrance du serpentard. Pour compenser sa culpabilité, il passe ses nuits à tenir Drago contre lui et à l'embrasser dès qu'il le peut.
Il est d'ailleurs satisfait de l'effet que cela provoque chez Drago. A chaque fois qu'il l'embrasse et malgré la répétition de l'acte, son amant est toujours aussi écarlate. Il le sent frémir dans ses bras et c'est une sensation qu'il ne pensait pas un jour autant aimer. Il en est devenu addict. Qui eut cru qu'un jour il adorerait avoir Drago contre lui, dans ses bras, pour autre chose que pour lui donner un coup de poing. Il s'est surpris la nuit dernière à humer longuement son odeur qu'il apprécit de plus en plus. Même Hermione ne l'a jamais rendue dans cet état. C'est comme si chaque jour, ses sentiments pour Drago s'intensifient et s'introduisent plus profondémment en lui.
Ce matin-là, il se réveille d'ailleurs avec le serpentard dans ses bras. Il sent des doigts caresser sa tempe et sa pommette. C'est le frisson du tendre geste de Drago qui le réveille. Il ouvre doucement les yeux et croise le regard céruléen du médecin posé sur lui. Il sourit mollement, l'esprit encore embrumé.
Il voit Drago rougir malgré l'état maladif dans lequel l'approche de la pleine lune le plonge. Puis il le voit sourire avant de parler doucement :
"Bonjour… Je t'ai réveillé ?
-Ouais, répond Ron en posant une main sur le bras de Drago pour l'empêcher de s'éloigner. Mais c'est pas un mauvais réveil."
Il pose une main dans la nuque de son compagnon et il l'entraîne vers lui pour l'embrasser chastement. Plus la lune approche et plus Drago intensifie les baisers. Il le sent s'accrocher à lui et approfondir le baiser. Leurs langues se rencontrent dans une danse passionnante. En quelques secondes, leur simple baiser du matin, devient un échange passionnant qui fait bouillonner sa peau. Il vient presser plus fort le corps maigre de Drago contre le sien. Il échange leur place en faisant rouler le serpentard sous lui. Ses hanches ondulent lentement contre celles de son amant, faisant gonfler son membre de désir. Depuis deux jours, leurs baisers se terminent toujours ainsi. Ils ne sont jamais allés plus loin que s'embrasser à en perdre le souffle et se frotter l'un à l'autre avec envie. Pour le moment, ça lui convient. Il n'a jamais eu de relation aussi poussée avec un autre homme alors ça lui va s'ils prennent leur temps. D'autant plus que l'attitude de Drago et ces simples contacts, font monter progressivement l'impatience et le désir profond en lui.
C'est d'ailleurs Ron qui coupe le baiser, laissant Drago pantelant sous lui et les pupilles dilatées.
"... On s'arrête là, demande Ron avec le souffle court.
-Oui, murmure le serpentard en hochant doucement la tête. Je suis pas prêt à aller plus loin… Mais… Le loup… Ça réveille des choses en moi.
-Ça je le vois, rit un peu le gryffondor. Mais je préfère qu'on attende d'être prêts tous les deux."
De toute façon, il ne sait même pas vraiment comment ça se déroule. Evidemment, il sait comment ça se passe dans les grandes lignes mais il se demande entre autres s'il doit faire des préliminaires, comme aux filles. Surement… Alors même si son corps réagit très rapidement à celui de Drago et que son sexe demande de l'attention, les nombreuses questions qu'il se pose ne le motivent pas à passer le cap.
Alors il s'écarte en embrassant à nouveau rapidement Drago sur les lèvres. Ça le rassure qu'ils soient tous les deux patients à ce sujet.
"Tu es réveillé depuis longtemps ?
-Non, avoue Drago en se redressant et en essayant de cacher son entre-jambes. Ça ne fait pas une demie heure je pense."
Ron remarque la bosse similaire à la sienne dans le pyjamas de Drago alors il lui montre d'un signe de tête.
"Tu veux…"
Mais il est coupé par Drago:
"Non. Pas besoin."
Et sur ces mots, il le regarde sortir et descendre. Il soupire en s'habillant. Il aimerait vraiment pouvoir satisfaire Drago. Ils devraient parler de toutes les questions qu'il se pose. mais il n'est pas totalement sûr que l'état dans lequel est le serpentard est dû à son désir ou à la bête en lui qui grandit progressivement à l'approche de la lune. Il se demande si Lupin aussi avait ce genre d'envie avant la métamorphose. Mais il s'empresse de penser à autre chose. Il ne veut pas devoir réfléchir à ça concernant leur ancien ami et professeur de défense contre les forces du mal.
Une fois habillé et le corps calmé, il se sert un thé avant de descendre. Il croise Drago qui monte s'habiller.
"Je vais vérifier que tout est bon pour ce soir, explique le rouquin. "
Il traverse le pont et il continue de parler comme Drago s'est arrêté pour l'écouter.
"Et ensuite, je m'occuperai d'améliorer notre arbre. Il est temps de nous faire une salle d'eau et une "vraie chambre".
-On ne pourra jamais avoir un vrai matelas, lance d'une voix traînante Drago. Il faudrait retourner à l'avion récupérer la mousse des sièges.
-En voilà une bonne idée, s'exclame Ron avec un grand sourire.
-Pas question, s'empresse Drago, on ne part plus !"
Ron fronce légèrement les sourcils et ouvre la bouche pour rétorquer mais le serpentard s'empresse d'ajouter:
"C'est non ! Définitivement Ron. Alors sors toi cette idée de la tête."
Et avant qu'il puisse dire quelque chose, le blond est remonté dans la cuisine. Il soupire et retourne alors à la prison nocturne de Drago. Il monte l'échelle et entre dans la première pièce. Il n'y a aucune fenêtre. Il est obligé de lancer Lumos pour voir quelque chose. Il ouvre ensuite la trappe au centre de la pièce et il saute dans le trou. Il a essayé de faire quelque chose d'assez spacieux pour que Drago ne se sente pas trop à l'étroit. Mais il n'y a aucune source de lumière alors c'est assez oppressant. En revanche, l'éclat de son sort vient faire briller les menottes et les chaînes qui trainent par terre. Il serre les dents. Il éprouve une haine contre Greyback comme il n'en a pas ressenti depuis longtemps, depuis la fin de la guerre. Si ce monstre était encore en vie, il se serait occupé de son cas à coeur joie ! Mais cette ordure est morte et il ignore même comment. Il espère qu'il a souffert.
Alors qu'il tire sur les chaînes pour vérifier leur solidité, il repense au jour où il a appris pour Remus. Il se souvient du dégoût et de la crainte qu'il a ressenti. Il se souvient s'être dit que c'était évident que leur professeur les avait trahis puisqu'il était un loup-garou. Quel crétin il était. Remus, comme Drago aujourd'hui, ont subi la morsure. ils ne sont que des victimes mais la société des sorciers s'en fiche. Ils ne voient en eux que des monstres dangereux.
Il quitte la salle et sort de l'arbre alors qu'il n'arrête pas de penser à Drago. Il est un Malfoy, un ancien mangemort et un loup-garou. Il se demande comment il a fait pour tenir. Comment il fait pour tenir aujourd'hui. Il est un paria de la société. Et pourtant, il est parvenu à trouver du travail et il continue de tenir.
Il le trouve courageux. Jamais il n'aurait pensé lui trouver cette qualité. Mais c'est bien le cas, il trouve Drago Malfoy plus courageux que la plupart des gryffondors.
Ron sort de ses pensées alors qu'il voit justement le médecin aller voir ses plantes. Il le rejoint.
"Alors, demande Ron, rien ne pousse ?
-Je crois que les sorts que j'ai utilisés ne fonctionnent pas, répond Drago inquiet. Si c'est ça, il va falloir attendre que ça pousse naturellement. Mais on n'aura jamais de quoi manger assez vite ! Déjà qu'on avait pas grand chose à planter…
-On mangera de la viande, tente de le rassurer Ron, sois pas si pessimiste. On va trouver de quoi manger.
-Tout à l'air toujours simple avec toi Weasley, boude le serpentard.
-Et tout est toujours compliqué avec toi, Malfoy, balance le gryffondor en s'énervant un peu. Arrête de toujours voir le négatif partout. On a une forêt qui s'étend sous nos pieds ! On va trouver de quoi manger. Alors arrête de te plaindre.
-Je sais, explique Drago en le regardant. Mais c'est plus fort que moi. Je préfère imaginer le pire, surtout sur cette île, pour ne pas être déçu."
Il laisse, avec plaisir, le médecin passer une main dans son dos. Il sent ses doigts fins glisser le long de sa colonne vertébrale.
"Tu es optimiste et je suis pessimiste sur notre survie, c'est parfait, ajoute Drago avec un léger sourire. On se complète."
Ça a le don de détendre complètement Ron qui s'approche de son compagnon pour le prendre dans ses bras. Il colle sa joue contre les cheveux blond, presque blanc.
"Je commençais à regretter de t'avoir complimenté dans ma tête, rit l'auror, mais c'est plus le cas.
-Tu me complimente Ron, demande Drago goguenard , voyez vous ça…"
Mais Ron ne le laisse pas finir.
"Commence pas, Drago."
Et il l'embrasse pour être sûr de l'empêcher de continuer.
Lorsque le soleil descend derrière la montagne, Drago et Ron sont déjà dans la cellule. Ils ont mangé tôt pour être sûr d'être à l'heure dans la prison. Ils se tiennent les mains alors que Drago est déjà enchaîné.
"Ça va aller. Je serai juste au dessus, rassure Ron et lui même également, et dès que le jour se lève, je viens te chercher.
-Non, retourne dans la chambre, vas dormir, demande malgré ses tremblements le serpentard. Ça ne sert à rien de rester au dessus. De toute façon tu ne m'entendras pas.
-Il est pas question que je te laisse tout seul ici, s'énerve Ron en lui prenant les coudes. Tu me prends pour qui ? Je reste au dessus. Je reste avec toi."
Il vient tenir Drago contre lui alors qu'il le sent trembler comme une feuille morte. Son compagnon a peur, très peur. Il redoute la transformation. Il redoute la douleur. L'étreinte est forte. Il voudrait ne faire plus qu'un avec lui pour ne pas avoir à le quitter. Ils restent pourtant ainsi pendant un long moment, l'un contre l'autre à se parler. Malgré l'intention et le temps, ils restent deux. Il se sent impuissant. Il tente par tous les moyens de donner de la force à son amant. Mais la lune apparaît dans le ciel et elle monte. Le corps dans ses bras tremblent de plus en plus. Si seulement, ils pouvaient effacer la morsure d'une étreinte, d'un baiser, d'un regard.
Mais c'est impossible et Drago le repousse.
"Ça… Ça commence, gémit Drago en tombant à genoux. Ron…."
Ron recule en observant le corps maigre de Drago se crisper, comme pétrifié.
"Je suis juste au-dessus. Je suis là, Drago."
Il voudrait rester mais il n'a pas le choix. Il s'empresse de monter. Il a le temps de l'entendre pousser un hurlement alors que le visage maigre et pâle du serpentard s'allonge et se recouvre de poils clairs. Il ferme la trappe et lance un sort pour la sceller. Il n'y a plus aucun bruit. Aucun. Rien. C'est horrible. C'est le néant. C'est comme si Drago n'était plus avec lui. Il serre les dents et les poings alors qu'il s'appuie contre l'un des murs tout en fixant sans siller la trappe. Drago est là dedans, seul, souffrant. Cette pensée qui l'aurait réjouit il y a encore quelques mois, lui tord les trippes et lui serre le cœur. Son souffle s'est coupé quand il a fermé la trappe et il ne pourra respirer à nouveau que lorsque Drago sera à nouveau dans ses bras.
