La lumière fendit l'obscurité, se reflétant sur le verre brisé et le métal polissé, éclairant un chemin sinueux parmi les gravats du premier étage. Cloud avançait en silence, et avec prudence, se baissant un peu pour contourner une poutre effondrée ou passant par dessus un pan de mur partiellement détruit. Il était le bouclier, celui qui ouvrait la voie.
Derrière lui, Reno, se faufilait dans ses pas, tel un chat. D'une agilité déconcertante, ce parcours sonnait comme un jeu à ses yeux. Ses muscles, aiguisés, rendaient ses mouvements incroyablement souples et silencieux. Il était l'attaquant, celui qui causerait indéniablement le plus de dommages à la seconde.
Un peu plus loin en arrière, trainait Rufus. Attentif au moindre bruit suspect, son corps se muait au travers des obstacles comme une douce brise. Dans son long manteau blanc, il en devenait fantomatique. Il était le tireur d'élite, le soutien de l'escouade.
En surface, Reeve se faisait appui tactique, même si cela ne durerait pas. Dans une trentaine de minutes, un peu moins peut être, le trio aurait atteint le troisième sous-sol et il les perdrait.
Arrivé aux escaliers, la suite allait pouvoir s'enchaîner plus rapidement . Ils ne feraient aucune halte et descendraient jusqu'au troisième niveau. Au delà, il leur sera nécessaire de traverser le laboratoire numéro quatre pour rejoindre un autre escalier qui les emmènerai plus en profondeur.
S'engageant sur les premières marches, en partie détruites, le Soldat fut stoppé par un coup léger sur l'épaule. Derrière lui, le roux lui faisait signe de ralentir.
- Dis lui d'accélérer.
Malgré le ton chuchotant pris par Cloud, son agacement était plus que flagrant.
- Son corps n'a pas encore tout récupéré. Sois compréhensif.
- Compréhensif? S'il ne peut pas suivre, il n'a rien à faire là. C'est pas une visite touristique.
Ne supportant pas d'attendre pour une telle futilité, le blond repris sa descente, sautant d'une marche à l'autre pour éviter un trou béant. De toute façon, initialement il avait décidé de réaliser cette opération seul. Une aide supplémentaire était toujours la bienvenue, mais il n'avait pas de temps à accorder au fils Shinra. S'il ne pouvait pas suivre leur rythme, il n'avait qu'à faire demi tour.
Le niveau moins deux s'ouvrait devant lui, dans la nuit complète. Plus ils descendaient, plus l'obscurité semblait s'épaissir, la rendant plus menaçante. Sans les lampes torches, ils ne leur seraient même pas possible de voir la main qui leur trancherait la gorge.
Des lunettes infrarouge n'auraient pas été du luxe. Mais l'expédition avait été lancée sans aucune préparation et dans une urgence absolue.
- Ça te coûte quoi de l'attendre? Ses déplacements sont lents maintenant, mais il se donnera à deux cent pourcent au combat. Et ses tirs ne ratent jamais leurs cibles. Ne pas l'avoir à nos côtés serait une connerie sans nom.
Avec une grâce féline, Reno l'avait rejoint sur le pallier, où ce qu'il en restait. Ses yeux braqués vers le haut, il assurait l'arrivée de l'héritier.
- C'est toi qui le dit.
- Parce que tu en doutes ? Super! On a bien fait de venir...
Ses articulations craquèrent alors que Cloud serrait ses poings avec violence. Il n'aimait pas la tournure que prenait cette conversation et surtout le fait que celle-ci ait lieu dans cet espace où tout espoir avait été férocement disloqué. Tout ceci l'angoissait inutilement.
- Que ce soit clair... Je douterai, à jamais, de chacun d'entre vous... Si vous êtes là pour votre salut, vous pouvez vous barrer. Vous ne l'obtiendrez pas dans cette vie.
- Et ton implacable jugement divin, ça vaut aussi pour Elena et Erik...?
Les muscles du roux se tendirent sous la pression soudaine exercée et son cœur ralentit dangereusement, tel un compte à rebours.
- Comme si des assassins pouvaient espérer une quelconque forme de rédemption...
Cinq.
- Vraiment...?
Quatre.
Son corps se fit poudre noire, quand son cœur se fit incendiaire, sous les mots soufflés par le soldat.
Et Rufus, les rejoignant, ne put rien arrêter.
Trois.
- Vraiment.
La foudre surgit de nulle part, éclairant d'une colère sourde l'étage tout entier et vint se réfléchir dans les yeux métalliques d'une âme meurtrière.
Deux.
Reno se sentit ravagé par un puissant tsunami d'émotions multiples et son cerveau coupa les liaisons momentanément.
Un...
- Qu'est ce que tu fais, abruti?!
Zéro.
Les flammes d'une explosion de rage vinrent percuter l'infernale gueule d'ange qui se faisait juge de leurs vies, dans un craquement épouvantable.
La violence du coup déchira cette bouche qui avait osé rendre l'horrible verdict, déviant la mâchoire et faisant baisser cette tête condescendante pour lui apprendre l'humilité.
Et alors que le poing revenait auprès de son propriétaire, marqué du sang de son adversaire, une jambe noire se leva pour défoncer ce cœur de glace, souhaitant briser le prisme sombre, par lequel le Soldat les regardait et le propulsa au travers des débris du niveau où ils se trouvaient.
La lampe valsa en même temps que son détenteur et ce dernier disparu dans les ténèbres et la poussière.
- Reno. Arrêtes ça. Tu régleras tes...
- Boss. Avec tout le respect que je vous dois... Fermez là.
Devant le calme effarant de cette voix, en contraste total avec ce qui venait de se produire, pour la première fois depuis très longtemps, Rufus obtempéra.
Le roux s'avança à son tour au travers l'étage dévasté, dans la direction du bruit que faisait Cloud pour se relever. Le fait qu'il ne réplique pas n'était pas vraiment une surprise, tellement cet imbécile se sentait supérieur à eux. Et, même s'il se trompait, Reno savait à quel point le Soldat était coriace.
- Que tu puisses douter de moi, me mépriser, me menacer, j'en ai absolument rien à foutre. Mais...
Malgré le peu de luminosité offerte par les lampes, dont l'une gisait à terre, le Turk emprisonna l'orage devant lui dans son regard noir de haine.
- Que je ne t'entende plus jamais... plus jamais... te montrer aussi ingrat envers mes amis... qui sont aussi les tiens!
Le court silence qui suivit fut suspendu par le bruit d'un craquement d'os, qu'on remettait en place, suivi d'une voix dangereusement grave.
- Mes amis... Dis tu...?
- Ça te choque, hein... T'as pas idée de tout ce qu'ont fait Erik et Elena pour toi, pour que tu puisses pleurnicher dans ton coin, t'envoyer en l'air ou jouer le parfait père de famille. Et tu sais quoi? Ils ont fait ça sans rien attendre de ta part...
- Encore heur...
- Mais ta gueule, putain! Fermes là, pour une fois!
Coupé dans sa phrase, Cloud choisit de se taire, essuyant comme il pouvait le sang qui coulait de ses lèvres.
- Ils n'ont pas fait ça parce qu'ils se sentaient redevables. Non... Le pire, Strife, c'est qu'ils ont fait tout ça parce qu'ils t'apprécient... Ils t'apprécient... Bon sang... Et toi tu ne leur donnes que du mépris, tel le connard que tu es. Mais je comprends, tu sais... T'es simplement persuadé que tu es le seul à souffrir dans ce monde injuste? Le seul que personne n'a jamais remercié pour ce génial instant de pur héroïsme? Le seul qui a dû sacrifier quasiment tout ce qu'il avait?
Reno tremblait sous l'émotion qui le traversait. L'énergie qui le rongeait de l'intérieur devait sortir, et tant pis pour celui qui se trouverait en face.
- Mais t'es pas le seul à souffrir... T'es pas le seul qui a dû faire des sacrifices énormes pour au final, devoir demeurer à jamais dans l'ombre, de peur que les démons qui vivent en toi ne finissent par s'affranchir de toutes tes barrières et ne s'en prennent... De nouveau... A ceux que tu aimes...
L'orage sembla alors se muer en nuage de pluie. Le visage ensanglanté, les yeux du Soldat semblèrent s'être perdus dans un affreux souvenir.
- Tout le monde a le droit au pardon, même le champion des connards derrière moi...
- Hey!
- De nous tous, c'est lui qui se défonce le plus et qui n'aura jamais aucune chance de se sentir en paix sous la chaleur bienveillante du soleil.
Fermant les yeux, le roux resserra sa prise sur son arme, comme pour se donner le courage d'aller au bout de cet échange à sens unique.
- Personne ne te le demandera jamais, mais moi... moi je vais le faire.
Sa respiration se fit plus lente, comme le rythme de ses mots, qu'il dégaina sous l'impulsion d'un neuf millimètres semi-automatique.
- Si tu ne peux pardonner personne, fais au moins l'effort de nous séparer de notre passé et de regarder nos actes, ceux de maintenant, dans ce présent qu'on partage désormais tous ensemble. Et... T'as pas idée à quel point ton putain de sourire et ton rire agissent comme des pilules du bonheur pour tous ceux qui te croisent, alors... Imagines... Imagines si tu disais simplement... Merci... Ça t'arracherait moins la gueule que mon poing... et ça nous ferait, à tous... un bien fou.
Le silence qui suivait lui fit rouvrir les yeux et Reno pu constater que ceux de Cloud avaient juste disparu derrière ses cheveux. Une main sur son épaule le sorti de cette torpeur et il découvrit son chef, un fin sourire sur les lèvres, l'intimant de laisser le Soldat tranquille et de reprendre leur route.
Prenant les escaliers pour rejoindre le troisième sous-sol, le roux regarda une dernière fois en arrière pour découvrir, sous une faible lumière artificielle, leur bouclier, effondré à genoux, les mains sur un visage fendu, étouffant un cri de souffrance, alors que son ombre s'étirait dans son dos, telle une aile immense.
Serrant sans ses bras le corps disloqué d'un grand chat noir, Johnny pleurait. Il en avait marre. Son esprit s'était rompu lorsque le monstre avait écraser la tête de son espoir, comme on presserait un vulgaire citron.
Bien sûr, il avait pu découvrir les fils électriques et les parties métalliques qui composaient l'animal, offrant à son cœur un peu de répit. Mais cela ne l'empêchait pas de souffrir terriblement...
Le monstre venait de partir soudainement, en tous cas, il ne l'entendait plus. Combien de jours s'étaient ils écoulés depuis l'attaque? Impossible de se savoir. Le jour et la nuit avaient fusionnés pour ne devenir qu'un amoncellement de peur et de sang.
Une main sur son abdomen, l'autre tenant fermement le chat contre lui, le jeune homme poussa sur ses jambes pour se lever, en s'aidant du mur dans son dos.
Avant de mourir, son nouvel ami lui avait dit de ne pas s'inquiéter... que quelqu'un viendrait le chercher bientôt...
Pouvait-il seulement y croire?
Une fois debout, ses muscles tiraient sur une blessure encore ouverte. Lui qui n'était venu ici que pour le matériel, s'était réveillé en plein dans un cauchemar avec une blessure béante sur le ventre, recouverte d'un bandage approximatif. Mais sa mémoire se montrait réticente à combler les espaces vides et il restait donc dans une incompréhension totale quant à la raison de cette situation. Et puis, cette plaie ne l'inquiétait pas, il ne ressentait pas vraiment la douleur quand il restait tranquille. Elle l'avait tout de même bien gêné à chaque fois qu'il avait tenté de s'enfuir.
Mais, si quelqu'un venait le chercher, alors, il devait se faire violence et essayer d'aller au moins à sa rencontre. Ou au moins rester visible, au milieu de tous ces gravats, en s'approchant des escaliers par exemple.
L'autre ne le laisserait sans doute pas aller plus loin de toute façon. C'était toujours la limite à ne pas franchir.
Johnny voulait croire... Il voulait croire en ce petit messager des dieux.
- Bon sang... Il y en a encore combien de ces sales bestioles...
Rufus, accroupie aux côtés de l'une d'elle, illuminait sa mâchoire pleine de crocs. La taille semblait correspondre aux estimations faites par Elena et Erik. Et vu l'état de son manteau, qui s'était forcément frotté aux murs de laboratoire, il y avait encore beaucoup de sang frais dans cette zone. Mais pas un seul cadavre humain. Ces bêtes les avaient sans doute complètement dévoré.
Le roux récupérait son souffle, quelque peu décontenancé par ces attaques successives. Il s'était chargé de les défendre, refusant que le boss utilise ses munitions maintenant, prétextant surtout un problème de bruit. Mais il voulait, en réalité, le ménager autant que possible. Ce qui n'avait pas empêcher le blond d'en assomer quelques unes, juste avec la crosse de son arme.
- Je suis aussi surprit que toi. C'est incroyable comme ils ont pu résister tout ce temps à une telle profondeur. Vincent avait raison. Ils sont complètement aveugles et sourds.
- Ça ne les empêche de foutre les jetons et d'être sacrément discrets. Bien failli me faire arracher un bras.
Frottant son bras blessé de façon superficielle, Reno pesta de s'être fait avoir comme un bleu et son manque d'attention lui avait couté une manche!
- Continuons. D'après la carte, il nous faut descendre d'encore deux niveaux pour trouver Johnny.
L'héritier passa devant, illuminant successivement les pièces qu'ils traversaient. Il n'était pas revenu ici depuis des années et malgré les deux cataclysmes qui avaient frappé, en même temps, ces lieux, il pu constater que les murs porteurs tenaient toujours. Son père n'avait pas lésiné sur la qualité des matériaux pour ces installations. Reeve pourrait peut être les réutiliser en surface?
- Par ici. J'ai trouvé l'escalier.
- Hmm...
Une trace avait attirée l'attention du blond. Positionnée à mi-hauteur sur un mur, elle ressemblait à une traînée de sang laissée par une main. Une main humaine. Et cela continuait le long des murs suivants, se dirigeant étrangement vers les profondeurs. Qui pouvait bien être assez fou pour s'enfoncer toujours plus loin dans les ténèbres, visiblement gravement blessé?
Reno et Rufus descendirent les marches, sous la seule lumière de leur lampe, dans un silence absolu.
Ils ne prirent pas le temps d'étudier le nouvel étage atteint et continuèrent sur leur lancée, si près de leur objectif. Le roux si fit tout de même la réflexion qu'il n'y avait plus de bêtes dans cette section. A croire qu'elles évitaient quelque chose.
- Boss...
Le faisceau de lumière venait de se poser subitement sur un corps, assis sur les marches de l'escalier. Celui-ci était recroquevillé sur lui-même, la tête dans ses bras.
Avec beaucoup de précaution, Rufus s'approcha et posa une main sur l'épaule du jeune homme.
- Johnny?
Et avec lenteur, sans aucun sursaut, la tête bougea légèrement. Le blond entendit le chuchotement d'un oui avant de sentir les tremblements de la victime sous ses doigts.
- Tu es blessé?
Baissant la lumière pour ne pas la mettre dans les yeux du plus jeune, il pu voir les jambes de ce dernier se déplier, révélant à la fois la présence de feu Cait Sith septième du nom et d'un bandage très mal posé, recouvrant une grande partie de son abdomen. La couleur rouge sombre qui avait traversé prouvait l'existence d'une large blessure.
Reno, quant à lui, s'était avancé dans les ténèbres de l'étage, cherchant la présence de Vincent et de Yuffie. Mais rien ne sembla vouloir sortir de cette nuit sans fin.
Sur un mur, en hauteur, il pu lire l'inscription "Laboratoire 2". Mais les portes à côtés étaient complètement fermées. Elles avaient visiblement résisté aux explosions, même si la tôle portait d'étranges impacts, comme si elles avaient été forcées. Si seulement il n'y avait pas ces fichues traces de mains ensanglantées laissées sur le revêtement, ils auraient pu éviter de continuer cette promenade en enfer en ne visitant pas cet espace.
Quoi qu'il en soit, il ne pourrait pas écarter les portes blindées seul. Il lui fallait de l'aide et pour cela, l'héritier allait devoir jouer de ses muscles.
Se retournant, ses yeux captèrent la lumière de la lampe de son co-équipier, ce qui lui permis de le rejoindre rapidement.
- J'ai besoin d'un coup de main. Les traces mènent au labo. Mais les portes sont étrangement fermées.
- Reno.
Le regard du roux découvrit ce que son patron lui montrait. Il avait tiré un peu sur les bandages qui suintaient sur le corps meurtrit de Johnny pour révéler une blessure aussi horrible qu'étrange. Une sorte de morsure aux perforations multiples. L'odeur d'infection sauta brutalement à ses narines et il fit le rapprochement immédiatement. S'étant rapidement éloigné, il n'avait pas vraiment regardé l'état du jeune homme. Mais là, il pouvait clairement voir qu'il était en train de leur faire une fièvre carabinée.
- Septicémie. Il faut qu'on le ramène au plus vite en...
Au loin, un cri strident raisonna, déchirant les ténèbres et stoppant instantanément la marche de leur cœur.
S'en suivit un hurlement de rage, beaucoup plus proche cette fois ci. Quelque chose les frôla et se rua à travers le niveau, ravageant tout sur son chemin, pour s'abattre sur le blindage des portes.
Même si une partie de lui était complètement effrayée, Reno entreprit de s'approcher prudemment de l'origine de ce vacarme. Sa curiosité était trop forte et il avait vu tellement de choses affreuses dans sa vie, qu'il était certain de pouvoir faire face.
Derrière lui, il entendit le bruit typique du chargement d'une arme. Rufus marchait dans ses pas, la lampe fixée sur le viseur du canon, prêt à tirer.
La bête, immense devant eux, frappait avec férocité le métal par delà duquel, un nouveau cri perça. Elle semblait obsédée par ce qu'il y avait de l'autre côté, au point de les ignorer complètement.
Le roux identifia finalement ce qu'il avait pris pour un animal, et se souvenant des paroles d'un autre blond, il tenta une approche bien différente que prévue.
- Vincent...?
Mais l'entité ne répondit pas, continuant de massacrer le blindage de cette porte, à mesure que les cris se répétaient. La vision était difficilement soutenable.
- Valentine. Nous sommes tes amis. Yuffie est de l'autre côté?
A la mention du prénom, Chaos stoppa tout mouvement, restant paradoxalement très calme devant la porte, alors qu'un nouveau cri s'en échappait.
Puis, avec une lenteur alarmante, il se retourna pour leur faire face, dépliant ses ailes et un regard or, dénué de pupilles.
La suite se passa trop vite pour que Reno puisse le voir.
D'un bond, le démon se jeta sur eux mais Rufus fut plus rapide. Un pas sur le côté, il tira en plein thorax.
Une fois. Chaos fut stoppé dans son élan.
Deux fois. Il fit un pas en arrière.
Trois fois. Le corps démoniaque fut projeté à l'autre bout de la pièce.
Sans un mot, Rufus rechargea son arme et en sortit une plus petite, de sous son manteau, avant de tirer à travers le site. Une dizaine de fusées éclairantes s'accrochèrent aux murs, au plafond ou aux meubles brisés, illuminant le secteur, presque comme en plein jour.
Le roux, quant à lui, regardait estomaqué son patron en pleine action. A cet instant, le moindre de ces gestes était d'une implacabilité sidérante et sans pitié. Et son cerveau ne manqua pas de lui rappeler qu'il avait insulté cet homme, vraiment très récemment.
L'héritier le dépassa, fusil à l'épaule, et s'approcha prudemment de l'être qui gisait au sol, mais qui respirait encore, avant de pointer son arme sur lui.
- Recommences et je te flambe.
Le cri déchirant d'une jeune femme siffla au travers des portes blindées, et les deux hommes virent le démon se tordre de souffrance, à terre, et se retourner pour ramper dans la direction du laboratoire.
- Boss, faut qu'on ouvre cette maudite porte. Je ne sais pas ce qu'il se passe là dedans, mais ça lui vrille l'esprit!
- Fais la exploser.
Tenant son arme d'une main, il dégrafa de l'autre deux charges explosives de type M2, pour les tendre à son équipier. Reno les prit sans hésiter et, en quelques bonds, se retrouva devant la porte, dans la fente de laquelle, il inséra les deux bombes, avant de les activer et de se dégager vivement.
L'explosion fut si violente, qu'elle ravagea tout l'étage, soulevant un épais nuage de poussière et projetant de nombreux débris.
Eventré, le laboratoire s'ouvrit sous leurs yeux, à mesure que le nuage retombait.
Des bruits de bottes, sur un sol humide, claquèrent, lentement, dans les ténèbres, accompagné de celui, grinçant, d'une lame trainée au sol.
Rufus et Reno réagissèrent immédiatement, activant leurs armes et les pointant dans la direction de la nouvelle porte des enfers.
Quelque chose de grand, humanoïde, s'arracha des ténèbres pour se révéler enfin.
- Je t'attendais...
Une aile noire fendit l'air, s'étendant largement sur un côté, dévoilant un corps mutilé, des cheveux écarlate, une rapière rubis, des yeux dangereusement verts... Rufus n'eut aucun mal à le reconnaitre. Ce qu'il ne reconnaissait pas, en revanche, c'était la partie gauche de ce qui fut, autrefois, l'un des plus puissants soldats de première classe. De son visage au reste de son corps, en passant par ses vêtements, tout semblait avoir fusionné en un mélange organique, tentaculaire, d'une couleur bleu-vert, dont s'échappait ce qui se rapprochait d'un bras, et d'une main... Si ce n'était que cette main était pourvue d'une gueule, pleine de crocs, et qu'elle retenait par les cheveux, une jeune femme inconsciente.
La tête du monstre tourna légèrement, pour fixer de ses pupilles reptiliennes un soldat enfin arrivé, avant de jeter aux pieds de celui-ci, d'un geste puissant, le corps inanimé de sa victime, couverte de sang, un bras arraché.
- Cloud...
