Il neigeait tellement sur la région de Midgar, qu'il était aisé d'imaginer Shiva revendiquer la cité comme royaume. Recouverte d'un amas de coton, l'ancienne capitale se faisait duveteuse, presque accueillante, en l'absence de sa traditionnelle carapace grise et métallique.

Même le vent demeurait doux, malgré sa fraicheur, et entrainait les flocons dans une danse amusée reproduisant d'infinies voltes fines et de petits bonds malicieux.

Ce matin, Midgar était plus belle que jamais, ainsi figée dans le silence et la glace. Son manteau immaculé semblait lui offrir une pureté quasi virginale et à aucun moment elle ne laissait entrevoir son effroyable réalité.

Emily Folia faisait partie de ces braves qui se levaient avant le dieu soleil en personne. Une tasse en porcelaine entre les mains, elle appréciait un cappuccino réconfortant, assise dans son petit fauteuil de velours, au plus près de la fenêtre. D'ici, son regard se posait avec bonheur sur une nouvelle journée, pleine de promesses et de projets qu'elle avait concocté toute la nuit.

L'institutrice vivait au dessus de son école, dans un petit appartement rénové avec soin. Grâce à l'importance de sa mission, elle avait bénéficié d'une aide précieuse de la Neo-Shinra Corporation pour isoler efficacement tout le bâtiment et recevoir au mieux, une partie des enfants de la ville.

Contrairement à de nombreux habitants, elle passait donc un hiver doux, sans trop avoir à s'inquiéter du froid.

Sept heures avait déjà sonné, et elle dû se résoudre à mettre fin à sa contemplation pour finir de se préparer, avant l'arrivée de ses premiers élèves.

Les dernières gouttes de la précieuse caféine jetées sans remerciements au fond de sa gorge, elle posa sa petite tasse au fond de son évier, ses pensées complètement prises dans le planning de sa journée .

Quand un bruit clair, fragile, la ramena soudainement à la réalité. Se demandant d'où cela pouvait bien provenir, elle suivit le son à l'oreille, pour finalement dévisager sa petite tasse.

Celle-ci vibrait légèrement dans l'évier, au contact de la cuillère métallique, posée à l'intérieur.

Immédiatement, le son se projeta en trois dimension dans son appartement, vibrant contre les vitres de ses meubles, de sa vaisselle, craquant son parquet, jusqu'à faire gémir le bâtiment tout entier.

De peur, Emily se précipita sous sa table à manger, comprenant petit à petit ce qui était en train d'arriver. Au loin, elle entendit des hurlements de frayeur, des alarmes de voitures, et des échafaudages s'effondrés. Une secousse plus forte la fit se rétrécir davantage, soufflant un cri et priant la déesse de lui venir en aide.

Les portes de ses meubles s'ouvrirent, vomissant de terreur tout ce qu'elle avait mis tant de temps à rassembler pour faire de cet endroit, son précieux nid.

Ce qui n'était alors l'affaire de quelques secondes lui parut être d'affreuses et longues minutes.

Les vibrations cessèrent presque abruptement, laissant derrière elles un silence de mort. Mais l'institutrice se refusait de bouger le moindre muscle. Il n'était pas rare qu'un séisme soit composé de plusieurs secousses successives.

A quelques kilomètres de l'école, au centre d'un royaume de glace, venait d'apparaître une faille gigantesque.

De cette gueule béante s'échappaient une sorte de fumée noire, telle le souffle macabre d'un passé monstrueux, que l'humanité avait pourtant cru enfoui à jamais.


- Calmes toi ma chérie... Tout va bien... C'est terminé...

Des réveils comme celui-ci, Barret n'en avait pas connu depuis longtemps. Contre son torse, pleurait Marlène, encore choquée par les vibrations et les terribles bruits d'agonie qui avaient envahie la demeure ensommeillée.

- Bon sang! C'était quoi, ça ?!

Dans le couloir, rampait un pilote trop vieux pour se farcir une nouvelle apocalypse. Lui qui dormait si bien, avait rencontré le sol bien trop vite, à son humble avis. Barret avait dû l'enjamber pour porter secours à sa progéniture, manquant de défoncer le mur plutôt que la porte. Viser juste, quand le sol tanguait n'était pas une mince affaire.

Alors que le blond se hissait enfin jusqu'à la chambre de Tifa, il manqua de se faire aplatir la tête par cette même brune, qui en sortit brutalement, pour disparaitre dans les escaliers.

- Tifa!

Ni Midgar ni Edge n'étaient construites sur une faille sismique. En revanche, les sous-sols étaient remplis d'embrouilles sur plusieurs strates et pour plusieurs siècles. Et à cet instant, les deux adultes encore présents ne pensaient qu'au pire. Avant que le père ne percute qu'il manquait quelque chose. Ou plutôt quelqu'un.

- L'est où le hérisson?

Sa fille se contentant d'hocher la tête de gauche à droite, toujours enfouie dans ses bras, il posa ses yeux sur Denzel, emmitouflé sous une couverture.

- Parti... Tout à l'heure.

- Ah... C'est pour ça que j'ai été réveillé! J'ai cru avoir rêvé de sa pomme, mais il est bien passé dans le bureau, en fait!

Le pilote, toujours couché par terre, arguant qu'il n'avait pas fini sa nuit, hors de question de se lever, se montra soulager. Il se coltinait assez des problèmes du blond le jour, pour ne pas avoir en plus à rêver de lui la nuit. Merci.

- Pourquoi j'ai un mauvais pressentiment...?

Barret n'aimait, lui, pas du tout cette révélation qui expliquait un peu mieux les yeux brillants de panique de son amie actuellement en fuite.

Des pas rapides percutèrent les marches en bois de l'escalier, le faisant craquer de douleurs, et Cid du se protéger le visage pour éviter que son nez ne soit emporté, par une brune revenue à la charge, alors qu'il était toujours couché en travers la porte.

- Tifa! Qu'est-ce que tu fais?! Qu'est-ce qu'il se passe, bon sang!?

- Je... Je sais pas!

Ne prêtant aucune attention à son jeune et moins jeune public, la brune, face à sa penderie, retira son haut de pyjama qu'elle jeta derrière elle, presque sur la tête de Barret, assis sur son lit, et enfila une brassière, par dessus laquelle elle mît un pull. La scène continua avec son bas de pyjama, qu'elle éjecta sans sommation, se retrouvant en petite culotte, brièvement, mais trop longtemps pour deux hommes qui portèrent leur regard sur les nouvelles fissures de la maison, par pudeur ou instinct de survie.

Seul un petit garçon en prit plein les mirettes, ne comprenant pas encore à quel point cette vision allait insidieusement bousculer toute sa vie de futur jeune homme dynamique et en bonne santé.

Tifa s'équipa d'un pantalon d'hiver, plusieurs fois doublé et étanche, avant de chercher dans le bas de son placard, ses chaussures de montagne.

- Tifa! Tu nous dis ce qu'il se...

- J'en sais rien! Je ne sais pas ce qu'il se passe, d'accord!? Mais je vais vite le savoir!

Elle fila dans le couloir...

- Cid! Vires de là!

Avant de se coller contre un mur.

Un grondement sourd percuta la maison, mais personne ne pu dire de quelle direction il provenait. L'étage vibra violemment sous la nouvelle secousse, plus forte que les précédentes, et des lattes de parquet s'arrachèrent sous la pression exercée. Un craquement sinistre raisonna à travers le bâtiment, annonciateur d'un mal infiniment plus sombre et plus profond.

Et dans la courte pause qui suivit, tous entendirent le chant du jugement dernier.

Un hurlement bestiale, chimérique, divin, venait de fendre l'espace et de réduire le temps, aux quelques secondes précédent le chaos.


- RENO!

A quatre pattes au bord du précipice, et encore bien trop loin de la surface, Rufus cherchait désespérément des yeux son précieux subordonné. Il avait perdu ses oreillettes et la tablette n'avait pas supporté de jouer les amortisseurs. Sans eux, impossible de savoir ce qu'il était advenu de son chien fou.

- RENO!

Mais il du reculer, lorsque qu'une nouvelle brûlure lui déchira les voies respiratoires. Toussant à s'en exploser les poumons, il cru mourir bêtement d'étouffement alors qu'il venait d'échapper à une fin dès plus atroce.

A ses côtés, était couchée la Miss Kisaragi, toujours vivante malgré le cauchemar qu'était redevenue cette vie, ficelée dans un grand manteau, autrefois blanc. Par miracle, il avait eu le temps de la récupérer et de lui poser un garrot, avant de se faire souffler comme du sable, par... ça.

- RUFUS!

Levant brutalement la tête pour chercher l'origine de cette voix providentielle, il ne vit pourtant qu'un épais nuage de fumée noire, étonnement filandreux et défiant toutes les lois de la gravité.

- RUFUS! ATTRAPES LE CÂBLE!

Son environnement n'était que désolation, son corps luttait pour respirer et son cerveau calculait à toutes vitesses ses chances de survie. Mais il vit le fameux câble de secours, pendre à quelques mètres au dessus de lui, et sans perdre une seconde supplémentaire, il cala sur son épaule, une victime dangereusement inanimée, avant de se jeter sur son fil d'Ariane.

- C'EST BON!

Les yeux littéralement posés sur le vide qui s'ouvrait, effrayant, sous ses pieds, l'héritier eut encore plus de mal à respirer. Alors que Reeve le tractait, lui et son fragile chargement, son esprit, sidéré, refusa de penser à autre chose qu'à sa propre survit. Perfusé à l'adrénaline, il ne sentait plus rien, si ce n'était cette gêne pour respirer et son corps, meurtrit, lui envoyait tout ce qui lui restait en stock.

- Je te tiens!

Reeve récupéra dans ses bras la jeune fille en piteux état, tandis que le blond s'écroulait sur la neige, à côté de lui, cherchant de l'air.

- Laisses moi... Emmènes là... A Erik... Vite!

- Je ne peux pas te laisser là!

Si des yeux bleus pouvaient s'embraser, ceux de l'héritier devinrent fournaise.

- Obéis!

Le tacticien ne se le fit pas dire une deuxième fois et se rua à travers les ruines de Midgar, la jeune ninja contre lui, fendant la neige sous ses longues jambes puissantes, pour rallier la clinique au plus vite et ramener des secours.

Il aurait pu prendre son pick-up, si seulement celui-ci n'avait pas été goulument dévoré par cet affreux gouffre de l'enfer.

Mais le cosmos avait décidé de bien leur faire payer, l'inconscience outrageante, dont ils venaient tous de faire preuve.


Tifa courait aussi vite que ses jambes lui permettait, dégageant son chemin avec l'aide d'une materia de feu, qu'elle avait trouvé dans le coffre de Cloud.

Tout autour, régnait le chaos en maître, et de nombreux habitants se dirigeaient, comme elle, avec vélocité, vers l'origine de ce désastre. D'autres, toutefois, fuyaient en sens inverse, marqué au fer blanc par un passé trop frais pour être ignoré. La jeune femme avait d'ailleurs exigé de Barret et Cid qu'ils éloignent les enfants le plus possible de la capitale, ne sachant pas à quoi ils devaient faire face.

Courant malgré l'air glacial qui lui gelait les poumons, la jeune femme maudit intérieurement sa naïveté et ses sentiments exacerbés. Elle n'avait pas raisonné correctement, et s'était laissée emporter par cette insupportable certitude que tout le monde avait, lorsqu'il était dans les bras d'un amour puissant. Cette folle assurance qu'à partir de maintenant, tout irai forcément pour le mieux et qu'ils seraient heureux!

Le monde aurait pardonné à n'importe quelle jeune femme de s'être fait prendre à ce terrible piège de la vie. Mais pas à Tifa. Elle, comme d'autres, avait traversé des épreuves atroces, perdant sa mère, son père, son mentor, une amie précieuse... Et courant, toujours, indéfiniment, après un homme qui ne savait jouer qu'avec la mort.

Ainsi, elle aurait dû anticiper cet avenir, et rester prudente à chacun de ses pas.

Perdue dans ses pensées, elle ne vit pas la personne qui tournait au coin de la rue, et la percuta de plein fouet. Ses jambes prisent dans les siennes, elle s'écroula, tête en avant, dans la neige, comme un pantin dont les fils venaient d'être subitement coupés.

- Tifa!? C'est toi!?

Reconnaissant instantanément cette voix, elle se redressa rapidement, essoufflée.

- Reeve!? Oh! Par Minerve! Qu'est-ce que...

Le cœur fuyant, ses yeux ne purent se détacher de la couleur écarlate qui inondait horriblement ce qui avait du être un manteau blanc, dans ses bras. Avant de distinguer des mèches de cheveux noirs, dépasser de celui-ci.

- Non...

- Pas le temps de t'expliquer, il faut que je l'emmène auprès d'Erik!

Dans ses mains, elle saisit le doux visage de son amie, tuméfié, alternant entre le bleu sombre de ses blessures et le blanc mortel de sa peau. Qu'avait-elle bien pu vivre et subir pour finir dans cet état...? Qui avait osé lui faire ça?! L'homme réajustant sa prise pour repartir, Tifa dégrafa soudainement l'un de ses gants et l'enfila sur la main la plus accessible de Reeve.

- Je te le confie. Il y a une matéria de soin. C'est la seule que Cloud possède encore. Donnes là à Erik et aides le à l'utiliser.

Les larmes forçaient la porte de ses yeux, mais cette dernière resta immanquablement fermée. Elle aurait le temps de pleurer plus tard. Ici, et maintenant, son cœur lui commandait d'agir et vite. Caressant une dernière fois les cheveux de Yuffie, elle déposa sur son front, un doux baiser, avec la peur écrasante que cela soit le dernier contact avec cet être qu'elle adorait.

Quand elle reprit sa course, une douce lumière bleue entourait Reeve et son amie.


- Hey... Vincent...

D'une voix faible et chuchotante, Johnny tenta de réveiller son ami. Blessé à la poitrine, celle-ci se soulevait difficilement, mais dans un rythme régulier. Il était encore étonné de le voir ici, lui qui avait disparu depuis des jours. Comment s'était-il retrouvé là, à ses côtés, au plus près de la colère de Gaia? Déjà, il lui faudrait répondre à cette question pour sa propre personne. A partir du moment où il avait mis un pied dans secteur zéro, son destin lui avait totalement échappé et il regrettait, amèrement, d'avoir eu pareille idée.

Un hurlement de rage lui vrilla les tympans, l'obligeant à mettre ses deux mains sur ses oreilles, pour adoucir ce son horrifique. Il avait vaguement vu des monstres se battre, mais avait préféré fuir que de rester spectateur et s'était réfugié plus loin dans les décombres, en tirant son ami à bout de bras. Du sang coulait sur son front, sans qu'il ne sache de quelle plaie il provenait et, à part l'essuyer régulièrement, il ne s'en occupait pas. Tout son corps était douloureux, intérieur comme extérieur. Absolument rien allait. Même sa vision se faisait de plus en plus trouble quand son cerveau ne cessait, lui, de se prendre pour un vieux rover sur lequel il fallait frapper à coup de clé pour le faire tourner. Et pourtant, il était toujours vivant.

Les secousses reprirent et il se resserra, instinctivement, contre le corps inerte de son ami, les calant tous les deux, autant que possible, contre un mur encore debout. Ils allaient mourir, il en était désormais persuadé. Rien ni personne ne pourrait les sauver de cette sanction planétaire. Car il était plus que certain d'avoir été abandonné par Minerve.

Ce qui s'échappait des entrailles de la terre, n'était pas de la fumée. C'était infiniment plus dangereux, plus mortel, telles de longues tentacules fluides, intangibles, d'un noir de suie, dont chaque extrémité se faisait incisive et brutale.

Par chance, elles semblaient se désintéresser de lui, et restaient focaliser sur un combat de titans, comme sous le contrôle ou l'obéissance de quelqu'un. A moins que cela ait une conscience propre? Il n'en savait rien, et manquait cruellement de connaissance sur le sujet.

Cloud aurait pu lui expliquer, mais...

- JOHNNY! VINCENT!

Alors que des débris continuaient de tomber sur eux, il entendit une voix familière, hurler leurs prénoms, au travers la pénombre, la poussière et le grondement sourd d'un terrifiant tremblement de terre.

- ICI!

Mais sa respiration se coupa devant l'effort à fournir. L'air était saturé de produits toxiques et pour crier, il lui fallait en ingérer une grande quantité, ce qui lui avait brutalement brulé les poumons.

Un craquement violent surgit au dessus de sa tête, et d'un œil, il vit arriver à grande vitesse le plafond, ne sachant plus s'il tombait la tête en bas ou si le ciel s'effondrait sur lui. Par réflexe, il se serra encore plus contre Vincent, posant sa tête sur son torse, fermant les yeux, agrippant ses vêtements d'une poigne puissante, et attendit l'impact.

Impact qu'une déflagration soudaine balaya dans un souffle.

- TIN! Je hais cette journée!

- Reno...

La vision du roux, blessé, recouvert de poussière et de sang, mais toujours affublé d'un sourire éclatant, provoqua un soulagement énorme à Johnny, et il sentit le regard de la mort se faire plus léger.

- T'es venu... Nous chercher...?

- Non. J'ai vu de la lumière et je suis entré.

Un coup sur le crane le fit gémir de douleur, et le jeune homme porta sa main sur son front, chaud et en sueur.

- Bien sur que oui! Je suis venu vous chercher, abruti!

Il y avait dans son regard, un sentiment étrange, mêlé d'inquiétude, de peur et d'épuisement, mais surmonté d'un éclat de vaillance et d'espoir, ce qui dotait ses yeux d'une légère faille au milieu d'un océan de courage. A cet instant, son sauveur lui apparu tel un dieu, à qui rien, ni personne, ne saurait résister.

- Arrêtes de me fixer comme ça. Tu peux bouger? Il faut qu'on remonte. Je suis toujours en contact avec Reeve, mais il ne m'entend pas. Je sais juste que Rufus et lui sont sains et saufs...

- Et... La fille...?

- Aussi. Je crois. En tous cas, elle est en surface. Contrairement à nous.

Profitant d'une accalmie, Reno souleva d'un geste le corps inanimé de Vincent, pour le mettre sur son épaule, comme s'il s'agissait d'un vulgaire sac de noix de caroubes.

- Bien content qu'il soit redevenu lui-même, celui-là.

Le regard perdu de Johnny l'incita à préciser ses propos.

- S'il avait été encore sous sa forme démoniaque, laisses-tomber, je le portai pas! Et je l'aurai peut être même laissé là!

- Sa forme... Démoniaque?

A croire que le cerveau face à lui venait de buguer façon tourne disque qui cherchait désespérément une piste à jouer.

- Hoï. T'es au courant que l'animal qui squattait ta piaule avec toi depuis des jours, c'était Vincent?

D'après la nouvelle circonférence de ses orbites, Reno pouvait assurément dire que, non, le jeune homme n'avait pas percuté que ce qui le terrifiait le plus était son nouveau meilleur pote. Avoir une vie sociale était tellement complexe aujourd'hui.

- Bon allez, lèves toi.

Il attrapa par le bras, un jeune en mode carpe, de sa main libre, et força sur ses jambes pour diriger son petit groupe vers une sortie.

- J'ai vu un passage qui nous permettra d'atteindre l'étage du dessus, ou ce qu'il en reste. Bouges! C'est pas le moment de clamser!


Toujours dans une course contre la montre, Tifa vit petit à petit, le ciel noir s'ouvrir devant elle, relié à la terre, tel un arbre mort. Elle refusa en bloc de croire ce que ses yeux lui montraient, pourtant, avec implacabilité. Cela devait être de la fumée. Il y avait tellement de produits chimiques dans le secteur zéro qu'une réaction violente et exceptionnelle demeurait toujours possible.

Arrivée dans ce quartier en ruine, elle ne croisait plus personne. Beaucoup avait finalement renoncé à s'approcher, mais elle avait repéré, au loin, plusieurs voitures noires, filées à vive allure, dans la même direction qu'elle.

Coupant à travers les ruelles dévastées, elle stoppa brutalement sa course.

Une partie de la ville avait disparu, et, à sa place, s'étendait, effrayant, un gouffre sans fond. A bout de souffle, ce dernier lui manqua d'autant plus que Tifa avait peur du vide. Certes, elle était courageuse et affrontait constamment ses peurs les plus tenaces ou les plus absurdes. Mais ses émotions restaient fortes, envahissantes, l'empêchant de raisonner calmement.

A quelques mètres, elle vit qu'un immeuble s'était écroulé en travers de la faille, lui offrant une opportunité pour traverser, ou, au moins, surplomber le site cauchemardesque, ce qui lui permettrait d'aviser.

Longeant le précipice, elle reprit son chemin à une allure plus mesurée, cherchant un moyen de se rapprocher de l'épicentre. Ses muscles fournirent à la jeune femme la puissance nécessaire pour gravir le bâtiment, et atteindre une surface plane où la suite serait plus facile à franchir. A partir de là, une autre vision s'offrit à elle.

De l'autre côté de l'immeuble effondré, un groupe de militaires armés faisaient face au gouffre, installant un équipement dont elle ne connaissait pas l'utilité et courant dans tous les sens. L'un d'eux, qu'elle identifia rapidement comme un Turk, était accroupi près d'un blond, mal en point. Mais de là où elle se trouvait, elle pouvait déjà dire que ce n'était pas celui espéré.

Ne tenant plus, Tifa se rua dans cette direction et les rejoignit rapidement.

- Rufus! Tseng!

Les deux hommes la regardèrent arriver, sans rien dire. L'héritier ne portait qu'un pull taché de sang, des vêtements sales et de longs filets rouges coloraient ses cheveux. Seuls ses yeux révélaient la présence d'un esprit vif et combatif.

Ils laissèrent la jeune femme reprendre son souffle, les deux mains sur ses genoux.

- Où est-il !?

Et comme une réponse, une nouvelle secousse frappa toute la cité. Au plus près de son centre, toutes les âmes en présence tombèrent à même le sol, ne pouvant supporter les vibrations violentes qui impactaient leur équilibre.

- La faille s'agrandit! Il faut quitter la zone!

- Non! Reno n'est toujours pas remonté!

Tseng força son supérieur à se lever et à s'écarter du bord. Les militaires durent abandonner le matériel de secours à la gueule du démon qui ne cessait de s'ouvrir et de tout emporter dans sa folie.

- Tifa! Bouges! C'est dangereux!

Mais, tétanisée par ce qu'elle voyait au fond du gouffre, elle ne sentit pas ses jambes se dérober, faute d'un socle sur lequel se tenir.

Son cœur, avalé par le vide, chuta au plus profond de sa poitrine, percutant les parois, incapable de se raccrocher à la moindre branche et de saisir la moindre chance...

- TIFA!

Un lion, immense, à la crinière or et aux muscles puissants, doté d'ailes rubis si fines qu'il était possible de voir au travers, rugissait si fort que le monde entier semblait trembler sous sa colère.

- Non...

Debout, entre ses pattes aux griffes longues et tranchantes, il manipulait une lumière turquoise et brillante, que Tifa reconnue immédiatement et se ruait avec violence sur un adversaire trop rapide pour être vu.

La chimère, inconnue et pourtant, si familière, poursuivait l'invisible au travers les souterrains de Midgar, démolissant tout sur son passage et entrainant immanquablement la chute d'autres étages.

- CLOUD!

Et le secteur tout entier s'effondra, engloutit par un affrontement d'ordre sidéral, opposant une rivière noire et corrompue, à la magie absolue et vitale de Sacre.


La suite très prochainement!

Quelques nouveautés issues d'une cervelle perfusée à la caféine!

A votre avis, de quelle chimère s'agit il?

Petit indice: elle n'est pas présente dans FF7 alors qu'elle pourrait y avoir totalement sa place! Si si!

Les cailloux sont interdits!

Et un petit cœur si toute cette histoire vous plaît! Ça mange pas de croquettes, contrairement à mes minets, et c'est plus puissant qu'un litre de café!

Le bureau des plaintes reviendra quand l'autrice aura récupéré le contrôle d'un de ses personnages principaux! *tricote un lasso en laine parce qu'il fait très froid*