Un faisceau de lumière fendit l'obscurité glaciale, percutant des parois de béton et de terre effondrées, à la recherche d'une petite perle.
Cette petite perle n'était pas un vulgaire caillou, comme il y en avait des millions sous leurs pieds. Non. C'était un concentré d'énergie mako, la dernière en son genre, et, pour ne rien arranger, l'ultime solution a de nombreuses épreuves.
- Comment t'as pu la perdre, bon sang!?
Reno pestait méchamment, épuisé qu'il était, devant ce labyrinthe de Pan effrayant, mis au jour par les récents séismes. Ce n'était pas une surprise que les sous-sols de Midgar puissent regorger d'autant de tunnels. Et le roux avait eu longtemps pour mission d'affronter tous les foutus cadeaux architecturaux en question.
Mais là, il du admettre que le monde pouvait encore se foutre de sa gueule.
Ils étaient proche du secteur cinq. Un secteur qu'il avait longuement arpenté, sans, toutefois, n'avoir jamais entendu parler de l'existence de telles galeries souterraines.
Mais ce qui picotait réellement son intérêt, ce n'était pas cet étrange dédale.
Dirigeant sa lampe sur une ouverture dans la roche, il aventura une main, pour essayer de découvrir les secrets de son artisan. Le béton des fondations avait été arraché avec une telle violence, que le revêtement restait mordant, lui entaillant les doigts.
- As ton avis, qui a bien pu faire ça...?
- Qui... ou quoi, tu veux dire.
Son meilleur partenaire de tous les temps, quand il ne perdait pas des materias sur lesquelles l'avenir de plusieurs vies reposaient, venait de confirmer l'affreux pressentiment qui l'envahissait vicieusement depuis qu'ils avaient mis les pieds au fond de cette faille.
Rude s'était lui aussi approché pour toucher la roche et chercher quelques indices.
- C'est pas l'œuvre d'une machine. Beaucoup trop irrégulier. Grossier même. Comme si une grosse bête avait tout traversé sans se poser de questions.
Sous l'implacable diagnostic de son pote, dont le crâne lisse était recouvert d'un épais bonnet rouge et vert avec des petits sapins brodés dessus, Reno se sentit faiblir légèrement. Rien qu'un chouia.
Une grosse bête, qu'il disait?
Le roux en avait assez vu pour aujourd'hui, des grosses bêtes. Il en avait marre, d'ailleurs, de toutes ces bestioles qui en voulaient à sa peau. Ses nuits n'en avaient pas fini de virer terreurs, avec toutes ces histoires.
- Concentrons nous sur la matéria. On prendra l'option "grosse bête" quand j'aurai pioncé dix heures et pris un repas digne de ce nom.
Reprenant leurs recherches, pointant leurs lampes vers le sol, ni lui, ni son ami ne virent, au loin dans le tunnel, noyés dans l'obscurité, deux reflets cornéens, apparaissant et disparaissant au gré d'une lumière artificielle, et à la couleur étonnement brûlante, pour un hiver aussi franc.
Les fantômes ne saignaient pas.
Êtres éthérés, ils filaient comme la brise, traversant les feuillages, emportant les pétales de fleurs et caressaient les cheveux avec une douceur infinie. Baignés d'une lumière bienfaitrice, ils illuminaient le ciel, éternels rayons de soleil le jour, parfaits éclats lunaires la nuit. Il était possible de les repousser, de ne pas les voir, de ne pas les écouter. Mais rien ne pouvait les détruire. La liberté les incarnait, leur offrant comme ultime cadeau, celui d'intégrer le monde, d'en faire partie à jamais.
Alors, pourquoi un fil rouge longeait cette lame maudite? Pourquoi des gouttes de vie, telle une pluie écarlate, recouvrait peu à peu une terre asséchée?
Pourquoi Cloud, de son regard tremblant, voyait son ami, son frère, élevé au dessus du sol, trophée suspendu à la griffe tranchante de son bourreau, qui le traversait de part en part?
Les fantômes ne saignaient pas...
- Cloud... Si tu ne veux pas le voir mourir, une seconde fois, il va falloir arrêter de fuir...
La sentence tombait et le cadet se sentit basculer. N'entendant que le rythme de son cœur, battre d'horreur, son cerveau restait bloqué sur des questions sans réponses. Pourquoi? Comment?
Sephiroth s'était finalement libéré, après avoir trompé leur vigilance. Zack n'avait pas eu le temps de s'écarter qu'il s'était fait embrocher, par un katana sorti de nulle part. Et il luttait désormais contre la gravité surprise de ce lieu oublié, à la seule force de ses bras. Touché en plein ventre, la blessure était assurément mortelle.
Mais les fantômes ne saignaient pas... Alors, pourquoi !?
- Non... Ne l'écoutes pas...
Le soldat de seconde classe n'avait pas abandonné. Sous des yeux verts prédateurs, il poussait son corps vers la pointe de la lame, désireux de conserver une liberté pour laquelle il avait, déjà, tout sacrifié. De façon étonnante, il ressentait une douleur effroyable, chacun de ses muscles tremblants sous l'effort à fournir, alors que la lame, forcée de faire le chemin inverse, tranchait un peu plus ses entrailles. Et lorsqu'il réussit enfin, son enveloppe meurtrit, captée par le vide, fut récupérée in extremis par un cadet sous le choc.
Tenu avec fermeté dans les bras puissants de son ami, Zack s'accorda quelques secondes pour souffler, crachant un liquide écarlate qu'il ne croyait plus détenir, sous les yeux moqueurs de leur éternel ennemi.
- Amusant.
La danse reprit. Les réflexes de Cloud s'enclenchèrent, mécanismes parfaitement huilés, et il évita en quelques pas, un coup de tonnerre noir, son frère blessé contre lui.
Mais cette valse, il ne la dominait pas. Ne pouvant que tourner sur lui-même, bondir, sans jamais se laisser toucher, il était contraint de suivre le chemin tracé pour lui, par un partenaire qui ne cherchait que la faute.
Sephiroth jouait. Dieu d'une prison aux barreaux invisibles, il déployait l'étendue de sa force, pour fléchir son esprit et le rendre fou.
- Cloud... Donnes nous du temps...
Chuchotement dans une nuit claire, la voix de Zack raisonna dans son esprit, cloisonnant toute panique et hésitation.
Les fantômes n'étaient pas sensés saigner, mais ils pouvaient se faire entendre, sans prononcer le moindre mot, de toutes les âmes prêtes à les écouter.
Resserrant contre son torse, un corps abandonné à l'inconscience, Cloud releva ses yeux sombres sur l'ombre d'un passé qui n'en finissait pas de le hanter.
Son âme se fit ouragan, assombrissant le ciel, électrisant les nuages, et se prépara à faire front.
Si cela ne devait pas suffire pour le mettre à genoux, il se ferait typhon.
Et s'il devait en passer par là pour le vaincre...
Alors il deviendrait cataclysme.
Un pied sur les marches du Heaven, Tifa gravit les autres sans entrain, la tête basse et la main glissant le long de la rambarde glacée par le froid. Fatiguée d'avoir couru pour rien, elle se contentait d'obéir aux ordres d'un médecin passé colonel dans une bataille éprouvante. Erik avait beau râler jusqu'à l'ivresse qu'il n'avait aucun pouvoir magique, comme il disait, il avait celui de garder le contrôle, sur absolument tout. Sans compter qu'obtenir l'écoute attentive d'un soldat buté, d'un héritier imbu de lui-même et d'un papa-ours était une prouesse digne d'un dieu. Et encore. Ces trois abrutis étaient parfaitement capables de se rebeller contre Minerve en personne.
Mais Erik, lui, ils l'écoutaient.
Elle aussi, d'ailleurs. Le Doc l'avait renvoyé chez elle, car il n'avait pas le temps pour la colère et les larmes. Perturbée par tous ces événements, il était vrai que la jeune femme ne voyait plus le monde tourné avec raison. Monde dans lequel un bon coup de pieds n'aurait pas fait de mal. Dans chacune de ses veines, coulait la rage du désespoir, brulant sauvagement toute logique, avec cette étrange impression que, si ce sentiment cessait, son cœur s'effondrerait.
Hélas, la rage n'était pas utile dans une clinique, ne sachant que provoquer les maux sans jamais pouvoir les guérir.
Franchissant la porte du bar, elle traversa le salon, le regard perdu dans le vide, cherchant à atteindre le comptoir, pour disparaitre derrière. Elle avait envie d'un verre.
- Euh...
Avant de se statufier, littéralement. La tête tournant avec une extrême lenteur, ses yeux s'agrandirent devant l'énième surprise de ce jour maudit.
Dans sa mémoire, se jouait l'éternité. Et pourtant, elle le reconnu sans hésiter. Ses longs cheveux noirs, tirés en arrière, l'océan tout entier dans le regard et un petit sourire charmeur sur le visage, Zack ne faisait pas mentir sa légende.
Enfin. Si. Pour être une légende, techniquement, il fallait être mort.
Excessivement prudente, Tifa refusa toute conclusion hâtive. Elle était fatiguée et peut être même en hypoglycémie. Avec l'ensemble des chocs psychologiques qu'elle venait de subir, son cerveau pouvait tout à fait halluciner.
Si seulement cette même hallucination pouvait arrêter de faire non de la tête, presque gênée d'avoir raison.
- Disons... Que c'est compliqué?
La jeune femme décida d'ignorer l'apparition et contourna le comptoir pour ouvrir le frigo. Elle avait faim. Il fallait qu'elle mange quelque chose et son cerveau irait mieux. Mais n'était-ce pas inquiétant d'halluciner de façon si précise? Une consultation s'imposait.
Se retournant pour s'assoir, face au salon, un yaourt à la main, son cœur rata un battement en découvrant son bien trop charismatique fantôme, assis nonchalamment sur un siège du bar, qui la regardait.
- Arrêtes de m'ignorer s'il te plait. Cloud a été plus rapide pour m'adresser la parole. Même si c'était pour m'engueuler.
- Donc je n'hallucine pas?
- Non.
Sa tension monta d'un cran.
- Où est Cloud?
- C'est compliqué.
Le yaourt explosa entre les doigts fins d'une main, subitement refermée en un seul poing. Sa rage était toujours là, tapie dans l'ombre, tissant avec vice et colère la flamme rouge dont ses yeux s'embrasèrent. Un verre. Il lui fallait un verre.
Devant ce volcan menaçant, le Soldat se montra sérieux et calme. Ne sachant pas par quoi la jeune femme venait de passer, pour s'abandonner, sans peur, au brasier de la folie, il se refusa à un quelconque jugement. Déterminé, il présenta ses cartes.
- J'ai besoin que tu m'aides.
Le regard flamboyant se fit suspicieux, mais attentif. Les volcans savaient se montrer impressionnants, terriblement menaçants. En leur cœur, se trouvait la puissance nécessaire à la fin du monde et les ignorer était toujours une erreur. Car chaque cri, chaque souffle, chaque sang versé pouvait briser la terre, faire s'abattre la nuit et pulvériser toute vie.
Mais s'il fallait en passer par là pour vaincre, alors elle se ferait explosive.
- Morveux, arrêtes pour aujourd'hui. T'as atteint ta limite.
Une main posée sur l'épaule d'un trop jeune invocateur, Erik s'attarda quelques minutes sur la scène devant lui.
Épuisés par un épisode au rythme intense, les différents secours s'écroulaient, les uns après les autres, dans des vieux fauteuils abîmés, sur des banquettes défoncées ou sur des chaises d'un autre âge.
Faute de lits, certains patients s'étaient allongés sur un sol glacé, attendant qu'un médecin ne daigne se pencher sur eux, avec l'espoir d'un sort meilleur.
Ainsi se déroulait une journée post apocalypse. Du sang, beaucoup de sang, des larmes, beaucoup de larmes, des rires, parfois, des cris, souvent. Et au milieu de ce radeau, suspendu aux aiguilles d'un temps brisé, se tenait un homme. Rien qu'un homme.
Pour la première fois, depuis longtemps, Erik doutait.
Son équipe n'avait pas la capacité physique et matérielle de faire face à un tel événement. Et sans l'aide précieuse d'une planète à bout de souffle, il y aurait eu encore plus de morts. La mako était un pouvoir effrayant et, au plus profond de son âme, la question du prix ne cessait de le bousculer.
- Je peux... Je peux encore aider... Je...
Mais Denzel tourna de l'œil, s'effondrant contre son mentor et Mogta, le fidèle mog soigneur, disparu dans une pluie d'étoiles. Avec beaucoup de précaution, le médecin souleva le jeune garçon dans ses bras et le ramena dans la petite salle de repos. Elena courait encore, il ne savait où. Heureusement que des habitants s'étaient portés volontaires pour aider aux soins. Certains, possédant des connaissances en premiers secours, avaient même su se rendre utile, dès leur arrivée. Sans cette solidarité encore existante, dans les moments les plus graves, l'impossible le serait resté.
En déposant son petit apprenti sur un vieux canapé, il détecta sur son visage, une légère tension. Erik n'eut aucune hésitation dans ses gestes suivants. Débarrassant le jeune garçon de son manteau et de son écharpe, qu'il n'avait pas quitté jusqu'à présent, il se servit de ces vêtements pour lui en faire un oreiller de fortune. Le thermomètre frontal indiqua trente-neuf degré cinq, ce qui signait la présence d'une fièvre et d'un ennemi non identifié. Soulevant légèrement son pull, il découvrit la présence d'un réseau veineux plus marqué, trahissant un cœur trop dynamique, ce que confirma son stéthoscope.
Brutalement, les mots de Cloud lui revinrent en mémoire et son regard se porta sur le gant que Denzel portait encore. La perle rouge brillait intensément, pulsant au rythme de son propriétaire et déclencha une alarme dans un cerveau fatigué.
Sans se poser plus de questions, Erik enleva le gant de la petite main enfantine et déposa ce dernier à distance du corps épuisé.
Petit à petit, il vit le jeune garçon se détendre et sombrer dans un sommeil réparateur.
Erik avait lu les résultats des travaux du Professeur Hojo sur la mako et sa théorie concernant les Ansciens, peuple en lien avec une hypothétique Gaia. En tant que scientifique, il ne niait pas ce qu'il ne comprenait pas. Mais il avait beaucoup de mal à croire aveuglement en un pouvoir supérieur et divin.
Au contact de Cloud, il lui avait plus semblé constater les effets d'une drogue puissante que d'une magie onirique. Notamment par les effets secondaires que les utilisateurs de l'énergie mako pure subissaient en contre coup. Pour lui, tout ceci relevait plus de l'irradiation et de mutation forcée que d'une intervention divine.
Pourtant, sur un autre versant, le professeur Gast, collègue de l'éminent Hojo, avait enquêté de façon plus neutre sur le peuple d'Aerith. En tombant amoureux de sa mère, il avait découvert un passé étrange, millénaire et surtout, une quête impossible.
La mako, ou rivière de la vie, était sensée être la clé pour atteindre la terre promise.
Une terre promise à un peuple aujourd'hui décimé, mais qui restait, paradoxalement, au centre d'un grand plan cosmique.
Autant dire que d'un point de vue purement scientifique et médical, tout ceci apparaissait aux yeux d'un médecin, parfois dieu, trop souvent humain, juste une histoire de résilience inachevée.
En regardant la désolation autour de lui, et l'épuisement des héritiers de ce monde blessé, Erik eut la profonde conviction, que seul le pardon absolu et sincère, pourrait ouvrir le chemin vers la guérison.
De ses yeux, lagunes par temps de pluie, Genesis observa ses geôliers. Incapable de se situer dans l'espace et le temps, il se sentait aspirer par un courant qui cherchait à l'arracher de sa prison charnelle, lui offrant alors l'espoir d'un sommeil éternel.
La déesse l'attendait, lui qui avait accompli sa mission, et le libérerait enfin de toute la souffrance de l'être mortel qu'il était.
Mais dans son esprit, un chant de sirène raisonnait, l'affaiblissant encore et toujours plus, manquant de le faire chavirer, avant d'avoir fouler de ses pieds nus, le sable chaud.
"Elle" était là.
"Elle" refusait de le laisser partir.
- Jenova...
Ce qui ne fut qu'un souffle perdu entre des lèvres gelées, fut capté par l'ouïe fine d'un homme revendiquant sa part de rêve. Rufus, dont l'instinct hurlait face à un cauchemar sur le retour, sentit chacun de ses poils blonds se redresser à l'entente de cette sentence.
Le soldat délirait depuis quelques heures, sanglé fermement sur un lit d'infirmerie, au milieu d'une base désertée. Dans son étrange monologue, ses pupilles étaient les plus loquaces, trahissant ses pensées les plus intimes et des conversations inavouables. Tous essayaient de comprendre et de traduire en langage courant ce qu'essayait de dire un être, autrefois un homme, bientôt un spectre.
Et en un mot, tout s'éclaira, de la lumière rouge des alarmes.
- Le doute n'est plus permis...
Cid, à la recherche de quelque chose à mâchouiller, avait lui aussi bien entendu. Jenova, ce fichu extraterrestre pourtant réduit à l'état de poussière, continuait ses ravages, silencieusement et vicieusement.
Un virus. Une vraie plaie des temps anciens.
Tout un tas d'expériences avaient été réalisées sur "elle", sans que jamais sa véritable nature ne soit réellement comprise. Et aujourd'hui, ce savoir faisait cruellement défaut aux habitants de cette planète.
- Pourquoi on l'achève pas? Il souffre... Même moi je le vois! Et il n'arrive plus à aligner ne serait ce qu'un mot après l'autre!
L'ours brun, père quand il avait le temps, mais surtout tank armé prêt à flamber tout ce qui se trouvait dans cette base sinistre, ne supportait plus de voir le visage blafard de ce mutant, la sueur perler le long de sa peau, et la fièvre lui griller la cervelle. S'il avait eu envie de venger ses amis en le massacrant de ses mains, ce funeste désir l'avait quitté, en écoutant l'avis de Rufus.
Comme tous les soldats, Genesis n'avait été qu'un pion entre les tentacules de Jenova. De son vivant, il avait été un homme remarquable, un peu à part, mais habité d'une profonde empathie pour le monde. Longtemps mis sur un pied d'égalité avec Sephiroth, il s'était finalement montré plus faible et plus vulnérable à la puissance maudite que son aîné. Sa foi envers la déesse Minerve l'avait considérablement aidé à tenir et à s'affranchir de l'emprise du démon, sans toutefois s'en libérer totalement.
- On a aucun moyen de le guérir?
Sans lever les yeux de son établi de fortune, les mains en pleine opération d'un petit corps mécanique retrouvé au hasard de ses pérégrinations dans les tréfonds d'une gueule immonde, Reeve posa la question qui susciterait presque la création d'un comité d'éthique.
- La chimère n'a pas réussi. Je ne vois pas tellement ce que nous pourrions faire de plus.
L'héritier de l'empire à l'origine du fabuleux résultat, sous leurs yeux, en pleine agonie, réfléchissait tout de même à cette folle option.
Jenova avait peu de véritables adversaires.
Dans l'absolu, et selon les croyances des Ancients, seule Minerve, esprit matériel de Gaia, la terre, pouvait se défendre et repousser cet ennemi. Tout comme les rares Soldats, qui avaient reçu à la fois des injections de Mako pure et les gènes extraterrestres, pouvaient résister et se battre à force égale avec ce pêché cosmique. Même si cet atout demeurait aussi une tragique faiblesse, s'ils venaient à se faire submerger par la conscience maléfique présente dans chacune des cellules noires.
Ces soldats étaient une arme ultime, dont la puissance se révélait à double tranchant.
Ne pouvant rallier un dieu à sa cause, Rufus pouvait toutefois constituer une armée. Enfin, il pouvait essayer. A l'heure actuelle, tout ce qu'il avait de mieux était un Soldat au bord de la mort. L'autre, sur lequel il avait beaucoup trop compté, avait juste disparu. Complètement. Sans rien laisser derrière lui. Si ce n'était une brune anéantie.
Mais voilà, en admettant qu'il arrive à remettre debout l'âme mourante sous ses yeux, ce ne serait jamais suffisant pour éliminer, définitivement, cet envahisseur sournois et mortel.
Dans l'humilité et le silence de l'église du secteur cinq, le monde semblait bien différent.
Il suffisait de passer l'épaisse porte en bois pour découvrir un tout autre champ de couleur et d'odeurs. Les rayons du soleil ne connaissaient, ici, aucune limite. Au travers d'un toit éventré, ils noyaient ce lieu sacré dans une profusion d'éclats et de reflets irréels, promettant des rencontres fortuites, peut être rêvées, mais toujours heureuses.
Le vent s'engouffrait par toutes les ouvertures, apportant fraîcheur et nouvelles, aux pierres saintes de l'édifice. Soufflant avec légèreté, il donnait vie aux fleurs blanches qui tapissaient une grande partie du sol de la nef, les faisant danser sur une musique entendue par elles seules.
En son cœur, coulait une rivière translucide, où rayons et brises se fondaient, formant un puissant maelström porteur de vie et de mort, de magie et de cauchemars. Telle était la vraie nature de la mako.
Elle pouvait tout apporter, tout créer, mais aussi tout reprendre et tout détruire.
Et si elle incarnait le divin, elle détenait un autre secret.
Son apparition en surface était toujours mystérieuse et avait toujours fait l'objet de grandes spéculations. La Shinra avait su exploiter les sources existantes sans jamais en avoir découvert d'autres.
Pourtant, comme toutes rivières, fut elle spéciale, la mako naissait quelque part et prenait un chemin caché, pendant des siècles, voire millénaires, avant de jaillir, à la recherche du soleil.
Ce long parcours la faisait traverser toutes les couches terrestres, alimentant chaque zone, inondant chaque territoire et dispensant vie et mort, sur son passage.
Mais en la prenant dans l'autre sens, où pouvait elle bien mener?
Et pour connaître une destination, ne fallait il pas s'aventurer sur le chemin?
C'était là, le besoin formulé par Zack à Tifa.
Les yeux posés sur la lame émoussée d'une légende, surplombant l'espace de toute sa puissance passée, plantée en lieu et place d'un autel disparu, la jeune femme écouta son cœur battre calmement, sans hâte ni peur.
Cloud avait entreposé l'héritage de son ami, son frère, à l'abri du temps et de l'oubli, offrant ainsi une tombe à ceux dont même les corps avaient été dispersés par les cris et les larmes.
Ne restait que cette épée immense et lourde, culpabilité et souvenir, immuable et rouillée.
Les deux pieds au bord de l'eau, Tifa était prête à plonger de nouveau dans l'abîme, peu importaient les risques.
Elle l'avait déjà fait par le passé, pour lui.
Et elle le fera, encore et toujours, pour lui.
Son regard perdu dans un reflet d'une lame inanimée, le corps tout entier de la brune bascula. Ses bras vinrent se croiser devant sa poitrine, quand ses paupières se fermèrent au contact de l'eau et son âme disparu, dans le bruit clair et pur, d'une goutte rejoignant l'océan.
