Bonjour :)
Après une pause estivale un peu plus longue que prévue me voici de retour pour la suite de cette fic :) j'espère que vous serez toujours au rendez-vous et que ce chapitre répondra à vos attentes !
Merci à Gigibulle et Nympha5951 pour leur soutien sur cette fic ! :)
Je publie exceptionnellement un jeudi mais on va repartir sur le rythme du mercredi pour la suite.
Chapitre 7
Les rendez-vous dans le cabanon se répétèrent de façon régulière le mois suivant, à la manière de leurs échanges auprès de la rambarde. Rey avait même osé demander à Maz de changer la balancelle de place, sans lui avouer la véritable raison de cette soudaine envie, afin de pouvoir s'y installer tout en discutant avec lui plus confortablement. Heureusement pour elle, sa tante avait consenti à le faire, n'y voyant aucune objection.
Cette nuit ne faisait pas exception à la règle et Rey bénissait, une fois de plus, sa tante de se coucher si tôt lui permettant ainsi d'avoir ces moments précieux avec Ben. Elle ignorait comment lui pouvait les cacher à Leia mais ne s'en inquiétait plus depuis longtemps.
« Alors réponds ! insista Ben en la ramenant sur terre.
-Bien… laissa-t-elle traîner, cédant enfin à sa demande. Je voudrais bien essayer, je dis bien essayer de conduire. Abaisse-moi ce sourcil surpris ! s'agaça-t-elle face à sa réaction. Ce que tu as dit l'autre fois, à propos de mes craintes et sur ma projection avec ce qui s'est passé avec mes parents, m'a peut-être fait un peu réfléchir… Et puis j'en ai un peu ras-le-bol que tout le monde se moque de moi avec ça ! ajouta Rey avec plus d'aplomb suite à sa gêne initiale d'évoquer le sujet. »
Elle esquissa un vague sourire en l'observant si dubitatif face à elle. Ils devenaient de plus en plus intimes, tant physiquement que moralement et elle savait désormais par un simple regard, ce qu'il pouvait bien penser quand il la dévisageait de cette façon. Il en allait de même pour lui et elle était forcée de reconnaître qu'il s'était révélé bien meilleur qu'elle à ce petit défi.
« Ça peut s'arranger, finit-il par chuchoter. »
Assise dans sa balancelle, les jambes entourées de ses bras, elle crut avoir mal entendu.
« Tu me laisserais conduire ta précieuse Condor ? Sérieusement ? C'est ça ta première idée ? Quelqu'un de sain d'esprit m'aurait dit de me rendre dans un centre spécialisé.
-Pas pour simplement essayer. Ma technique te permettra de tâter le terrain et d'étudier tes options. La faisabilité de l'idée. C'est déjà bien que tu reconsidères la question, c'est même une excellente chose.
-La faute à qui, marmonna Rey faussement ronchon. C'est toi qui m'a embrouillé ! Tu as conscience des risques pour sa sécurité et la tienne accessoirement ? Je ne voudrais pas bousiller le dernier souvenir que t'aies laissé ton père. Je me sentirais mal.
-Crois-moi une nouvelle fois. Si tu l'avais connu, je pense que tu aurais su qu'il aurait trouvé ça plutôt cocasse voir amusant.
-Ah vraiment, et elle sourit. Tu parlais sérieusement ? »
Elle ne réalisa toujours pas quand elle le vit faire « oui » de la tête.
« Je serais trop stressée pour y arriver, lâcha-t-elle en se secouant légèrement.
-Je peux te détendre s'il le faut... Et ne te dégonfle pas. »
Elle lui lança un regard entendu.
« J'ai parfaitement conscience que ça t'aiderait incontestablement à te relaxer mais dans le contexte je ne pense pas que ça serait très utile. J'avais une autre suggestion à te proposer.
-Quoi ? Me filer un rail de coke ? plaisanta Rey.
-Tu y vas fort ! Néanmoins, il sourit d'un air amusé, je pensais à quelque chose dans ce genre bien que je ne vendais pas des trucs aussi costauds. Un petit joint pourrait avoir l'effet escompté pour te lancer.
-Je t'annonce que je voudrais pour la première fois de ma vie passer derrière le volant et tout ce que tu trouves à me proposer c'est un joint ? Elle se retenait pour ne pas rire. Je serais dans l'illégalité avant même d'avoir commencé ! Conduite sans permis et sous stupéfiant ! Je préférais encore ma suggestion de s'envoyer en l'air juste ! C'était moins risqué ! »
Elle se rassit dans une position correcte pour lui faire face avant de poursuivre.
« Et tu m'expliques comment tu as encore de la came alors que tu as mis fin à ton petit business ? M'aurais-tu menti ? »
Elle n'y croyait pas une seconde mais prenait un malin plaisir à le provoquer.
« J'ai arrêté mais ça ne veut pas dire que je n'ai pas un très léger stock pour une consommation perso. Ça ne fait pas de mal de temps en temps. »
Elle éclata de rire, nullement choquée par cette vérité.
« Tu sais le plus fou là-dedans ? Je me sens capable d'accepter car je crois que ça pourrait marcher.
-Je ne te l'aurais jamais proposé sinon.
-On ferait ça quand ? s'impatienta Rey.
-Te voilà bien pressée subitement.
-C'est pour éviter de me dégonfler… elle lui lança un regard déterminé pour en avoir douté il y a moins d'une minute. Si je réfléchis trop je ne vais plus oser me décider. Là, je suis chaude !
-Tu finis à quelle heure demain ?
-Euh…15h, balbutia-t-elle un peu étonnée. Tu viendrais me chercher pour une petite virée ?
-Je n'ai exceptionnellement pas cours l'après-midi donc, on peut prévoir ça là. Mieux vaut agir vite.
-Marché conclu ! J'attendrai ton message. »
Elle sourit, ravie de voir qu'elle se sentait enfin capable de franchir ce cap. Elle alla se coucher euphorique, probablement inconsciente de ce qu'elle venait de concéder à faire.
/
La journée du lendemain se déroula sans encombre. Elle écouta avec attention, plaisanta avec Finn, Rose et Kaydel au déjeuner mais vers 13h, elle se mit à stresser de manière croissante au point de ne presque plus rien écouter de son dernier cours. Malgré toute sa bonne volonté, elle n'arrivait pas à mettre une raison valable sur cette tension irrationnelle, ne pouvant s'empêcher de jouer avec ses doigts de manière presque compulsive. Elle tenta de se rassurer comme elle le pouvait. Ben serait avec elle, se répéta-t-elle pour la énième fois et il ne permettrait pas qu'ils finissent dans le fossé ou qu'une personne se retrouve sous ses roues. Dans tous les cas, il l'emmènerait dans un lieu désaffecté pour éviter d'y croiser trop de nombre. N'est-ce pas ? se demanda-t-elle. Il n'irait pas la balancer en ville ?
Elle essaya de se calmer en contrôlant sa respiration et se rappela qu'ils allaient le faire à sa demande, elle devrait donc en assumer les conséquences.
« Ca va ? Tu as l'air affreusement tendue. »
La voix de Rose l'extirpa de ses craintes et elle hocha la tête pour la rassurer un faux sourire plaqué sur ses lèvres alors qu'elle n'en menait vraiment pas large.
« Oui, j'étais simplement perdue dans mes songes. »
Complètement flippée oui, pensa Rey mais elle chassa vite ses propres préoccupations en voyant la mine déconfite de son amie. Comment n'avait-elle pas réussi à le voir plus tôt ? Si elle était paralysée par la peur, Rose arborait un air triste qui ne pouvait pas passer inaperçu.
« C'est plutôt à toi qu'il faudrait poser la question, se lança Rey culpabilisant de l'avoir négligée, davantage concentrée sur son rendez-vous de l'après-midi que sur son amie. Tu sembles avoir perdu ton sourire. Pourtant, tu rayonnais ce matin. »
Rose avait un sourire communicatif et d'une grande douceur, impossible de ne pas éprouver de la joie en la fixant, se fit-elle la remarque.
« Tu m'avais dit de tenter le coup avec Finn, de lui proposer un rendez-vous pour être fixée. Et bien je l'ai fait.
-C'est une excellente nouvelle ! s'excita Rey. Je n'avais pas osé t'en reparler, malgré quelques perches vers ce sujet, car tu semblais vouloir l'éviter donc je n'ai pas insisté mais depuis tout ce temps tu as dû avoir une réponse.
-Pas celle espérée. Rose baissa les yeux et Rey perdit son enthousiasme. Si je ne t'en ai pas parlé avant et j'ai bien vu tes tentatives pour essayer de rouvrir le débat, c'est parce que je devais gérer ma déception.
-Il n'éprouve pas le même intérêt que toi ?
-Non, reconnut Rose. Ce n'est pas réciproque. Pourtant, on a essayé. On a fait plusieurs sorties. Resto, ciné et il y a même eu d'autres bisous un soir sur un banc mais je crois que la flamme n'a pas pris de son côté. Je ne voulais rien te dire car je croyais pouvoir le faire changer d'avis au fil des rencards, que ça finirait par s'éclairer mais j'ai fini par m'avouer que ça ne fonctionnerait pas et j'étais dépitée.
-Ce n'est pas grave. Tu étais libre de ne rien dire et je respecte cela, je suis simplement navrée d'entendre ce que tu me dis. Je peux être là pour toi si tu en ressens le besoin.
-Ce n'est pas utile. Ça ira mieux demain. On est tous amis et je ne veux pas que ça aille mettre le bordel entre nous même si je ne doute pas un instant que Poe est aussi parfaitement au courant. Si je t'en ai parlé à toi alors Finn le lui aura probablement dit.
-C'est probablement vrai. »
Rey ne pouvait le nier.
« Finn t'en a parlé ? demanda Rose. Vous êtes proches tous les deux. »
Il était vrai qu'à la fac, pour tous les projets en binôme et même pour les sorties la semaine et le week-end, ils passaient la majeure partie de leur temps ensemble mais ça, il s'était bien gardé de lui dire. Il n'avait jamais évoqué Rose devant elle autrement que comme une amie.
« Non. On ne parle pas de ce genre de sujet lui et moi. Je ne connais quasi rien de sa vie amoureuse et moi, je parle peu de la mienne. Vous savez tous qui je vois et ça s'arrête là. On est plutôt secrets là-dessus Finn et moi.
-Et ça ne t'intrigue pas ?
-Ca devrait ? répondit Rey interloquée de la voir insister à ce point.
-Je ne sais pas, concéda Rose qui se redressa en entendant la sonnerie annonçant la fin des cours. Bref, je voulais juste que tu le saches. Je dois te laisser, ma sœur Paige m'attend. On rentre voir nos parents et la route est longue.
-Passe un bon week-end, on se voit lundi ! »
Rey la regarda partir, un petit pincement au cœur. Elle réalisa ensuite que l'heure fatidique était arrivée.
/
Elle descendait les marches du bâtiment une par une, la main crispée sur son smartphone quand elle croisa Finn.
« On va se boire un truc en ville avec Poe, tu nous accompagnes ? »
Elle était à deux doigts de dire « oui » et de planter Ben pour éviter de monter dans cette foutue voiture. Sa crainte s'était évaporée lors de son échange avec Rose mais à peine lui avait-elle tourné le dos qu'elle était revenue en flèche. Elle se reprit cependant bien vite, elle ne donnerait pas à Ben la satisfaction de la voir renoncer si facilement.
« Ça aurait été avec plaisir mais j'ai déjà un truc de prévu. On peut se voir demain si vous voulez, lança-t-elle distraitement.
-Je ne sais pas ce que tu vas faire mais, Finn rigola en la dévisageant avec amusement, ça te fait perdre la mémoire. Elle plissa des yeux en ne comprenant pas où il voulait en venir et il leva les yeux au ciel avant d'éclaircir la situation. Demain, y a la soirée chez Mike. »
Elle ouvrit la bouche et se tapa le front d'un air stupide, elle avait complètement oublié. Son esprit était trop focalisé à se rappeler ce qu'elle avait étudié la veille sur le net sur la pédale de frein et d'embrayage. Elle n'avait jamais conduit certes mais ne souhaitait pas non plus passer pour une inculte alors elle avait fait des recherches toute la soirée.
« J'ai la tête ailleurs mais bien sûr, on s'y retrouvera ! Amusez-vous bien tous les deux.
-A demain ! »
Elle lui sourit et finit par quitter l'établissement. Son portable vibra dans sa main et elle crut entendre la glas d'une église raisonner dans tout son être. Elle baissa les yeux et lut le message.
Rejoins-moi au gymnase derrière le bâtiment des sciences, côté est. Dis-moi quand tu es arrivée.
Elle souffla un bon coup et prit la direction indiquée.
Arrivée sur place, elle lança un regard dubitatif aux sportifs qui faisaient des tours de piste avant d'observer de gauche à droite si elle l'apercevait. Ne voyant rien, elle lui envoya un message pour le prévenir qu'elle était arrivée et qu'elle se trouvait devant l'entrée du gymnase. Presque aussitôt, elle se tourna et le vit en sortir son téléphone à la main. Il marcha jusqu'à elle, un sac de sport passé en bandoulière sur une épaule.
« Tu as fait du sport ? Je croyais que tu n'avais pas cours.
-Exact, quitte à venir sur le campus pour te retrouver, j'en ai profité pour m'entraîner un peu. »
Elle le contourna pour essayer de voir derrière-lui.
« Qu'est-ce que tu fais ?
-J'essaie de repérer où se trouve le terrain. Ça m'intéresserait de te voir jouer mais je ne l'aperçois pas.
-Il est un peu plus loin mais pour les douches, on doit utiliser celle du gymnase. Si tu veux je peux m'arranger pour que tu conduises dans la bonne direction si tu tiens tant à le voir.
-Tu me laisserais venir t'acclamer ? le taquina Rey. Bien que, dans les faits, je ne sais même pas si tu es bon. Je ne tiens pas à être la supportrice du mec à qui on ne donne jamais le ballon.
-Ta sollicitude me touche beaucoup. Suis-moi, allons jusqu'à la voiture. »
Elle grimaça mais fut bien forcée de le suivre tout en notant qu'il n'avait pas répondu à sa demande.
« Simple constatation, reprit Ben, ne va pas t'imaginer des choses mais tu portes bien cette couleur. »
Elle s'arrêta et le dévisagea. Le temps commençait à se rafraîchir de plus en plus au fur et à mesure que le mois d'octobre progressait et elle avait choisi de porter un petit trench bleu ciel aujourd'hui.
« Merci, répondit-elle simplement mais sans masquer son large sourire. »
Arrivés à la voiture, elle joua tour à tour nerveusement avec sa queue de cheval ou son téléphone. De son côté, Ben mit tranquillement ses affaires dans le coffre avant de lui prendre la main et de la conduire jusqu'à un banc situé un peu plus loin. Il s'assit et l'invita à faire de même.
« Je ne viens jamais dans cette partie du campus, nota Rey. C'est sympa, je ne savais pas qu'on bénéficiait d'autant d'infrastructures dédiées à la pratique d'une activité physique.
-C'est parce que tu ne fais pas de sport. Si tu avais un club, tu connaîtrais.
-C'est faux, elle le vit sortir un briquet de sa poche, je dois me contorsionner comme jamais pour nos petites séances dans le jardin. Tu as de la chance que je sois plutôt souple. Et je fais bien partie d'un club, le tien. Il sortit le joint avec naturel. Tu comptes vraiment faire ça ici ?
-Oui, pourquoi ? Au grand air, l'odeur sera plus discrète. Puis il est hors de question de polluer ma voiture et tu sais, plus tu fais ça à découvert, moins tu as de chance de te faire prendre. Sois juste toi-même, rappelle-toi qu'on est dans le même club toi et moi, ironisa-t-il. »
Il le porta à sa bouche, l'alluma, tira une taffe et lui tendit. Elle le prit et le mit à ses lèvres.
« Ça fait un moment que je n'ai pas fumé. Espérons que je n'ai pas perdu la main, s'amusa-t-elle.
-Tu le gérais bien ?
-Oui sinon je ne le ferais pas surtout pour conduire juste après.
-Pour en revenir à ta grande souplesse et aux exercices que je t'impose, la météo se dégrade… ça va devenir impossible de continuer là-bas quand ma mère et ta tante sont dans les parages et nous privent de pouvoir faire ça dans le confort d'une chambre. D'ici la fin du mois, il faudra trouver un autre endroit. »
Rey le fixa. Elle était retournée plus d'une fois dans le lit de Ben, très agréable d'ailleurs, mais lui n'avait pas encore mis le pied dans la sienne. Maz ne s'absentait jamais ou presque de sa demeure hormis avec elle et pour son club de lecture. Leia était un peu plus flexible et avait une vie bien chargée en dehors de son foyer.
« Je crois qu'il va nous falloir tenter le mardi soir. C'est le seul moment où Maz sort de la maison sans moi pour son club. »
Et puis elle fantasmait clairement de le voir la prendre dans son lit mais elle garda cette pensée lubrique pour elle.
« Trop court, trancha-t-il. Ce truc ne dure qu'une heure.
-On arrive à être bons avec nettement moins de temps que ça. Elle sourit. L'expérience l'aura prouvé.
-Je sais.
-J'aimerais bien arrêter d'imposer de faire ça tout le temps chez toi. Ou dans ta voiture. C'est excitant certes, reconnut Rey mais j'aimerais bien avoir la chance de me coucher un soir dans des draps qui respirent ton odeur. »
Elle avait finalement osé avouer cette vérité.
« Le cabanon fait partie de ta maison. Elle grimaça face à son attitude. Tu sens bon, avoua Ben soudainement sur un ton autrement plus doux. Ton parfum reste un moment. Tu as raison, c'est très agréable et ça me rappelle ce que nous y avons fait avant de m'endormir… Je vais y réfléchir. »
Ils restèrent quelques minutes à se prêter le joint en silence et à attendre les effets. Elle joua avec la dentelle de sa jupe noire qui dépassait de sous son manteau et réajusta ensuite le col de sa chemise blanche d'un geste nerveux. Agacée de ne pas réussir à se détendre, elle se laissa subitement coucher sur le banc. Elle reposa sa tête sur les cuisses de son partenaire et tendit les jambes sur le reste de l'assise. Elle regarda droit devant elle mais sourit quand le bras de Ben reposa doucement contre son flan. Il ne fit aucun commentaire face à sa nouvelle position.
« Si la conduite se révélait être une révélation pour toi, où aimerais-tu aller ? »
Elle déglutit et pivota pour pouvoir l'observer.
« Tu me jures de ne pas te moquer ?
-Je ne sais pas, tout dépendra de ta réponse. »
Elle reprit sa position initiale et mit sa main dans la sienne au niveau de sa taille.
« J'ai toujours voulu aller à la neige. Je n'ai jamais eu la chance de pouvoir en profiter hormis les quelques rares flocons qui ont réussi à tomber quelque fois. Donc, je dirais la montagne. En plus, j'aurais un look d'enfer en combinaison de ski… »
Il émit un hoquet moqueur.
« Tu retrouves ton assurance, ça doit être le signal que tu es prête à conduire. »
Elle se redressa à toute vitesse.
« Tu es sûr ? C'est encore un peu tôt à mon goût. Je peux me montrer encore plus arrogante si on attend encore un peu. Je ne me sens pas différente.
-Cesse de retarder l'inévitable. »
Sans réfléchir, elle se pencha vers lui avec rapidité et posa sa bouche sur la sienne. Elle s'attendait presque à être repoussée mais il la laissa faire. Elle se tendit davantage et approfondit leur échange. C'était tendre, rassurant et énergisant. Elle ouvrit la bouche, caressa sa langue et posa une main sur sa joue. Le baiser s'éternisa mais elle finit par reculer dans un petit hoquet satisfait.
Néanmoins, elle garda son visage près du sien, ne souhaitant pas briser cette proximité. Elle se permit même la caresse la plus intime qu'elle ne lui ait jamais donnée en laissant glisser ses doigts, de très longues secondes, contre la peau nue de sa joue. Elle garda son regard plongé dans le sien et lui sourit.
« Me voilà parfaitement prête désormais. »
Elle se mit debout et lui tendit la main. Il la prit et elle le tira pour qu'il se relève plus vite. Elle se saisit du col de sa veste et l'approcha d'elle pour lui voler un nouveau baiser.
« Voilà que je deviens désinhibée, c'est que ça commence à faire effet… embrasse-moi. »
Il passa sa main derrière sa nuque et obéit. Elle se colla à lui, le serrant affectueusement par la taille. Il commença à marcher mais sans se détacher d'elle. Elle s'écarta et rigola, penchant la tête en arrière alors qu'il la retenait pour ne pas qu'elle tombe à la renverse.
« Encore ! »
Elle se jeta à son cou pour le bécoter dans un mouvement presque enfantin. S'ils avaient des spectateurs, elle devait passer pour une folle à lui sauter dessus de cette façon. Elle colla sa bouche à le sienne dans un dernier baiser avant de se détacher tout à coup et de se mettre à courir vers le véhicule d'un air enjoué. Cette attitude joueuse la fit à nouveau rire. Etait-elle due au joint ? Elle en doutait car elle se sentait parfaitement elle-même.
Elle alla sa positionner près de la portière conducteur en souriant et attendit qu'il déverrouille la voiture. Il n'en fit rien et s'approcha d'elle à la place, l'empêchant de se saisir de la poignée. Il le fit lui-même et d'un geste théâtral l'invita à monter. Elle entra dans son jeu et s'installa. Il fit le tour du véhicule et s'assit côté passager. Il lui tendit les clés et elle les mit en place.
« Tu as besoin de revoir les classiques ?
-Je ne suis pas si débile, répliqua-t-elle en le regardant dédaigneusement. Je sais encore comment ça fonctionne. Elle se pencha très proche de lui et d'un air complice lui avoua la vérité. J'ai regardé hier soir sur Internet. »
Il eut un léger sourire.
« Bien, concentre-toi. A cette heure, il n'y a pas grand monde donc ça ne risque rien et on se contentera de faire un petit tour.
-T'as peur de rien toi ! s'amusa Rey. A ta place, je m'aurais emmenée sur un parking.
-Un vendredi ? Indique-moi où en trouver un assez vide pour t'exercer et puis ce n'est pas représentatif de la vérité.
-Bien. Elle pivota dans sa direction. Je veux que tu me jures, elle tendit sa main, de ne pas me tuer si je venais à abîmer ta voiture. Il la balaya.
-Ne dis pas n'importe quoi ! Il n'arrivera rien.
-Tu n'as pas la double pédale, plaisanta-t-elle.
-Tu t'es bien renseignée à ce que je vois. Bref, allons-y. Allume le véhicule. »
Elle s'exécuta et tapa dans ses mains de joie quand le moteur se mit à vrombir.
« C'est bon signe ça hein ? s'extasia Rey. Oh ! Elle rigola. J'ai pas mis ma ceinture ! »
Elle roula des yeux et la mit et Ben en fit de même. Il se pencha vers elle et cette proximité soudaine la titilla.
« Je ne voyais pas ces cours de conduite aussi intéressant. Elle plongea son nez dans ses cheveux. Hummmm cette odeur est agréable. »
Elle posa sa main sur sa cuisse mais il la retira.
« Tu en auras besoin pour passer les vitesses. »
Il aurait pu se montrer énerver face à son attitude mais elle sentait un amusement retenu dans ses gestes. Il se redressa et s'assura que tout était ok.
« Tu vois bien dans les rétros ? Elle y jeta un œil.
-Non, sourit-elle. Tu devrais peut-être te pencher à nouveau pour les régler.
-Tu peux faire ça toute seule. »
Elle fit la moue mais se résigna à le faire.
« Prête ? »
Elle acquiesça, passa la première, enleva le frein à main et appuya doucement sur l'accélérateur dans un cri de joie pour le moins expressif. Elle sortit de la place de parking avec facilité et s'engagea dans la rue.
« Je roule ! cria-t-elle.
-Tu peux aller un peu plus vite, l'encouragea Ben. Elle pinça des lèvres et essaya. Voilà comme ça. Regarde droit devant toi, moi je serai encore là quand on aura terminé. »
Elle rougit et se reconcentra sur la route plutôt que sur son co-pilote. Elle se sentait frémissante, presque en extase que cela se passe aussi bien. C'était bien moins impressionnant que ce qu'elle avait imaginé tout ce temps. Elle y prenait même un plaisir coupable. Ben lui indiqua de tourner à droite et elle frima quand elle déclencha le clignotant. Il se retenait clairement de ne pas sourire et elle trouva cela attendrissant.
« Si Maz me voyait, je crois qu'elle ressemblerait à toutes ces mères qui hurlent la première fois que leur enfant réussit à faire du vélo sans les petites roues !
-Rassure-moi tu sais en faire ?
-Oui ! Elle rigola. Il n'y a que l'art de la conduite que je ne maîtrisais pas encore mais je pense être naturellement douée… »
Il leva les yeux au ciel et la fit continuer.
« Où on va comme ça ? demanda-t-elle.
-Tu as déjà oublié ton souhait ? Tu nous emmènes vers le terrain de basket.
-Oh, ça me plaît bien d'aller mater des mecs à moitié à poil et transpirants.
-Tu vas être déçue, c'est l'heure de l'entraînement des filles.
-Aucun intérêt à passer par là alors. »
Il lâcha un souffle entre désespoir et exaspération mais ils finirent par arriver à destination. Rey s'engagea dans la rue adjacente.
« Le coin est sympa, commenta-t-elle en observant les lieux. Vous pouvez aussi jouer en intérieur les jours de pluie ?
-Bien évidemment. Là il fait beau donc elles sont dehors. »
Elle sourit et voulut se reconcentrer sur la route quand une silhouette familière au loin attira son attention. Elle se pencha en avant et plissa des yeux pour mieux voir, les mains crispées sur le volant. Elle grimaça et un lâcha un petit « ah » sarcastique en confirmant sa première impression.
« Rey, redresse-toi et reconcentre-toi, demanda Ben posément. »
Elle se tourna vers lui.
« Tu m'as emmenée voir Blondie ? demanda-t-elle sans cacher son amertume. Je rêve !
-Qu'est-ce que tu racontes ? Je ne te suis plus là. »
Il posa ses mains sur le volant et recadra la trajectoire.
« C'était pour me prouver que c'était bien ta coéquipière ou pour me la balancer au visage ? »
Cette fois, il la fixa à son tour d'un air sérieux et mécontent.
« Tu es vraiment en train de remettre ça sur le tapis ? Maintenant ? Et c'est quoi ce surnom débile dont tu l'as affublée ?
-C'est celui que j'utilise quand je pense à elle. Vu que j'ignore son nom, il me fallait bien trouver une alternative pour cette espèce de grand perche qui minaude parce qu'elle joue au même sport que toi !
-Tu penses à elle ? Réellement ? Je vois que ton esprit n'a pas perdu de temps, ni d'imagination, répliqua-t-il agacé.
-En même temps, je ne sais pas ce que tu fais après tes entraînements. Quand vos corps plein de sueur et fatigués par l'effort se croisent par hasard près des douches… Elle le regarda. Et qu'ils se mettent à désirer autre chose.
-Ton cerveau divague, je croyais que tu tenais bien mais tu me prouves le contraire. On ne fumera plus jamais ensemble. Et puis franchement, si nous étions si morts après l'entraînement, pourquoi j'irais me fatiguer encore plus ?
-Un soudain regain d'énergie. J'en ai déjà été la témoin. T'es plutôt téméraire quand tu veux vraiment quelque chose, le provoqua Rey.
-Oui et cette chose c'est toi ! »
Sa bouche forma un « o » parfait face à cet aveu involontaire. Elle le détailla et sourit tendrement face à son agacement.
« Vraiment ? demanda-t-elle d'une petite voix enfantine. C'est ado…
-La poubelle ! hurla Ben. »
Bien qu'il fut rapide à sauter sur elle pour tourner le volant, le choc ne put être évité. La voiture grimpa sur le trottoir et Rey constata avec désolation qu'elle venait de faire sa première victime. La poubelle était couchée sur le côté et les ordures qu'elle contenait déversées sur le sol. Ben tenait toujours fermement le volant et ne bougeait plus. Elle resta inerte de longues secondes elle aussi, tétanisée à l'idée de se faire engueuler.
« Heureusement qu'elle était en plastique, je crois qu'elle a plus souffert que ta voiture, finit-elle par dire d'une voix chevrotante craignant d'avance son courroux. »
Il allait la tuer, pensa-t-elle et elle l'aurait mérité. Elle avait été tellement obsédée par la fille qu'elle en avait oublié la route.
« Je ne suis peut-être pas une déesse du volant finalement. Je suis désolée Ben. »
Pourtant, elle ne put se retenir plus longtemps face à la cocasserie de toute cette scène et explosa dans un rire sonore. Elle rit à gorge déployée avant de poser ses mains sur les siennes, toujours tendues sur le volant, pour les retirer. A son grand étonnement, il se mit à rire à son tour. Le voir pour la première fois dans cette attitude la fit sourire et elle posa un regard tendre sur lui. Ça lui allait bien, vraiment bien d'être aussi détendu. Elle osa passer une main dans ses cheveux tout en continuant à admirer ce sourire sur ses lèvres. Cela ne s'éternisa pas et il reprit sa place bien sagement. Au moins, il ne lui en voulait pas.
« Je crois que pour le retour, je vais conduire. C'est plus sage. »
Elle n'eut pas le temps de répondre qu'il sortit de la voiture et en fit le tour, non sans prendre la peine de remettre la poubelle à sa place et de passer un œil avisé sur sa Condor. Il ouvrit sa portière, s'accoudant à cette dernière avant de se pencher en haussant un sourcil.
« Tu attends quoi pour sortir ?
-Oh euh, je ne sais pas. »
Elle défit sa ceinture et se décida à bouger. Elle se remit en place et il redémarra.
« Elle n'a rien ?
-Non. Il sourit. Ton diagnostic était juste, la poubelle a davantage pris. La voilà cabossée à cause de toi. »
Elle pinça les lèvres, un peu honteuse en y réfléchissant mais préféra se taire plutôt que de reprendre avant leur interruption. Elle n'avait plus eu les idées très claires. Elle le regarda mais lui avait toujours les yeux fixés sur la route et conduisait avec naturel.
Ils arrivèrent devant chez eux mais cette fois il poussa jusqu'à son garage. Elle sortit de la voiture et le rejoignit à l'entrée.
« Merci pour cette sortie. J'ai bien aimé et j'en garderai un souvenir mémorable, elle roula des yeux. Même si tu ne me laisseras plus jamais approcher ta voiture. Je suis encore désolée et merci à toi de n'avoir rien dit alors que j'aurais réellement pu l'abîmer.
-On avait un pacte. Je connaissais les risques et elle n'a rien, c'est tout ce qui compte. Puis, tu as remarqué que j'ai trouvé ça plutôt amusant.
-Oui, elle sourit en y repensant.
-Rentre-bien, remets-toi de tes émotions.
-Ben, l'interpella-t-elle d'une voix douce et en faisant quelques pas vers lui, soudainement intimidée. Ça m'a déstabilisée d'entendre que toi et moi nous voulions la même chose. Mais, elle hésita, ça m'a fait plaisir de te voir le reconnaître. »
Il est vrai qu'ils n'avaient pas reparlé des causes de l'incident. Elle avait un peu honte de son comportement et de cette jalousie qu'elle maîtrisait très mal. Néanmoins, elle remerciait cet interlude qui lui avait permis d'entendre cette confirmation.
« Je ne couche avec personne d'autre et je sais que c'est ton cas également. Tu dois vraiment laisser ça de côté. »
Elle baissa les yeux, gênée de voir qu'il avait parfaitement compris que c'était ce qu'elle avait besoin de savoir. Elle lui faisait confiance, surtout qu'ils n'utilisaient plus de protection mais le voir l'affirmer de cette façon la rassura. Elle reconnaissait enfin qu'elle avait besoin d'être l'unique pour lui.
« Comment tu te sens ? la questionna-t-il pour changer de sujet. J'espère que le débordement avec la poubelle n'a pas fait remonter des souvenirs trop traumatisants. Pour une première, je n'ai pas assez été vigilant. Tu avais peut-être raison en suggérant un parking….
-Je me sens bien, le coupa-t-elle inquiète de le voir douter de la sorte. Au contraire, tout ça m'a fait beaucoup de bien. J'ai passé un excellent moment, encore merci. Passe une bonne soirée.
-A toi aussi. »
Elle quitta le garage mais se retourna tout à coup en se rappelant un détail.
« Une dernière chose, j'aurais le plaisir de te croiser demain ? A la soirée, précisa Rey.
-Peut-être. Mais les chances de m'y voir augmentent si j'ai l'opportunité de t'y côtoyer. »
Elle esquissa un sourire et le conserva jusqu'à son arrivée à son domicile. Elle passa la porte et retira son manteau avant d'être accueillie par sa tante.
« Tu as l'air radieuse, nota Maz.
-Je crois que je suis prête à apprendre à conduire, lâcha Rey sans plus de cérémonie.
-Quoi ? »
Maz se montra surprise d'un tel revirement si soudain mais bien vite elle l'entraina pour en savoir plus.
