Bonjour !
Je me doute que vous savez ce que vous réserve ce chapitre... le premier rencard ! J'espère qu'il répondra à vos attentes :)
Gigibulle : merci pour ton commentaire. Tu auras la réponse à ton interrogation dans ce chapitre ;) et j'espère tout particulièrement que ce "date" te plaira. Pour Maz, je pense que c'était le bon moment d'en parler. Quant à Ben et Rey, ils n'ont pas fini avec leurs petits jeux ^^
Chapitre 9
Elle gémit et enfonça davantage ses ongles dans la chair de ses épaules. Assise sur le petit établi de sa tante, Ben entre les cuisses, elle savourait leur nouveau petit rendez-vous. Son corps était secoué de délicieux soubresauts et pour lui montrer sa satisfaction, elle l'embrassa avec volupté. Il la saisit par la taille et la pencha légèrement en arrière pour changer l'angle de ses assauts. Elle descendit ses mains le long de son pull pour atteindre ses fesses nues en s'arrêtant à la lisière de la ceinture qu'elle sentait juste en dessous.
Elle sourit, ils n'avaient même pas pris le temps de se déshabiller plus que nécessaire. Il lui avait retiré tous ses vêtements depuis la taille mais lui s'était contenté de baisser son pantalon et son caleçon avant de la faire sienne, trop pressé pour attendre plus longtemps.
C'était bon, chaud et moelleux en même temps. Il était dur en elle et dans leur état d'excitation, ils fusionnaient littéralement. C'était agréable et elle aimait la crispation qui s'élevait en elle et qui ne tarderait pas à se diffuser à l'ensemble de son corps quand elle atteindrait enfin l'orgasme. Elle avait envie de se libérer. Son clitoris était en feu et elle n'hésita pas à y mettre ses propres doigts.
Pour y accéder encore plus rapidement, elle l'observa. Le mouvement de ses hanches contre elle, la moiteur de sa peau, l'ondulation de ses cheveux sous les à-coups et les sons qu'il peinait de plus en plus à retenir allait la faire succomber sans tarder.
Le bruit que leurs corps emboîtés faisaient sur le petit support en bois était aussi équivoque qu'alléchant. Avec tous leurs ébats sur ce dernier, elle avait fini par penser qu'un jour le pauvre finirait par lâcher mais se faire culbuter ici n'était pas prêt de la lasser. Loin de là.
Elle lâcha un nouveau cri puis se redressa et se remit à l'embrasser. Elle allait bientôt venir à ce rythme et elle sourit contre ses lèvres en lui avouant.
« C'est tout ce que tu mérites… lui susurra Ben en réponse.
-Ah vraiment ? Alors qu'est-ce que tu attends ? Vas-y plus fort, le provoqua-t-elle.
-C'est pas vrai ! »
Cette voix qui hurla Rey ne put que constater qu'il ne s'agissait ni de la sienne, malgré son émoi récent, ni de celle de Ben mais bien de celle de sa tante. La suite alla à une vitesse incroyable quand ils réalisèrent qu'ils n'étaient plus seuls et qu'ils bougèrent dans un mélange de bras, de corps à moitié nus et de gêne. Ben s'était séparé d'elle avant de s'écarter en remettant son pantalon quand sa tante s'était retournée pour ne pas en voir plus que nécessaire. De son côté, elle avait sauté de son piédestal complètement affolée pour se mettre à chercher activement sons sous-vêtement. Elle se pencha et le chercha près de son pantalon mais sans le trouver. Elle releva le visage vers Maz, rouge de honte, puis constata que Ben lui tendait sa culotte avec insistance. Elle la récupéra et enfila son jean.
« On est présentables, finit-elle par marmonner. »
Elle passa une main dans ses cheveux, Ben en fit de même tout en observant sa tante se retourner et enlever la main qui cachait sa vue. Elle les scruta un à un d'un œil perçant, un mélange d'étonnement et d'inquisition, s'attardant quelques secondes supplémentaires sur le jeune homme face à elle.
« Dis quelque chose, c'est encore pire de te voir nous dévisager de la sorte, finit par dire Rey avec désespoir.
-Pour sûr que je ne m'attendais pas à ça en venant chercher mon sécateur dans le cabanon… ni à découvrir un tel, elle chercha son mot, rapprochement entre vous. »
Rey crut voir un sourire moqueur parcourir les lèvres de sa tante une demi-seconde. Elle la fixa et son regard sembla lui dire « Le voisin, franchement ? ».
« Est-ce qu'il peut partir ? J'aimerais autant qu'on en discute toutes les deux, insista Rey qui voulait en finir.
-Pourquoi ? répliqua Maz. Il est tout autant impliqué que toi. Il semblait d'ailleurs mettre plein de vigueur dans l'exercice jusqu'à mon arrivée. Elle souffla face à l'œil suppliant de sa nièce. Soit, tu peux y aller, on va d'abord en parler entre nous mais ça ne veut pas dire qu'on n'a rien à se dire toi et moi.
-Je peux rester, répondit Ben d'une voix grave. »
Bien que flattée, Rey l'invita tout de même à sortir préférant réellement en discuter seule à seule avec Maz et ne pas le mêler outre-mesure à tout ce déballage. Il finit par sortir à son grand soulagement.
« On ne va pas stagner ici, rentrons boire un thé. »
Rey acquiesça et la suivit à l'intérieur. Dans un silence de plomb, elles le préparèrent avant de s'installer confortablement côte à côte dans le canapé. Toujours chamboulée, elle n'osa rien dire attendant le jugement qui ne saurait tarder.
« Alors, commença-t-elle enfin, Ben et toi ? Dit comme ça, ça ne paraît pas incohérent. Vous êtes les deux seuls à avoir moins de 25 ans à des kilomètres à la ronde. L'instinct de reproduction vous aura dit de vous jeter l'un sur l'autre. Tu as bien caché votre petit jeu en tout cas. Je dois bien avouer que je ne m'en étais pas doutée bien que j'avais noté quelques regards intéressés. »
Elle ne préféra pas répondre. Sans être en colère, elle n'avait pour autant jamais connu Maz aussi froide et distante avec elle.
« Depuis combien de temps ça dure votre petit tour de passe-passe dans mon cabanon ? reprit-elle. Ça avait l'air chaud là-dedans en tout cas. »
Elle la scruta avec attention et Rey se sentit comme attachée au pilori. Elle ne voulait pas mentir mais se sentait mal à l'aise de l'évoquer malgré leur bonne entente.
« A la tête mortifiée que tu fais, je crois comprendre que ça a été rapide. Il t'a eu au bout de combien de jours ?
-Je suis arrivée le samedi, il m'a sauté le lundi, s'entendit-elle répondre d'une voix claire tel un automate. »
Maz haussa un sourcil face à cette franchise brute mais finit par émettre un petit rire moqueur.
« Le jour de la rentrée, nous n'avez pas perdu de temps ! Qu'auraient pensé tes parents ? Rey lui fit les gros yeux, blessée. Je suis censée m'occuper de toi et je n'ai même pas vu ça ! Deux jours sous ma surveillance que tu te fais déjà serrer par le fils d'à côté ! J'hésite entre l'admiration d'avoir réussi un tel coup de maître aussi rapidement ou le rôle de parent qui doit réprimander son enfant pris en faute. Je dois juste m'assurer d'un point. Ton consentement ?
-Total. C'est même moi qui l'ai provoqué la première. Je voulais clairement en arriver là avec lui. C'était le but recherché par chacun de nous. Il me plaît. »
Maz plissa des yeux face à cette précision.
« Ben et le garçon ne forment qu'un ou pas ? Celui de la pistache, précisa-t-elle mais Rey avait parfaitement compris.
-Oui, avoua-t-elle. Le soir de mon arrivée ici tu m'as offert pour dessert un cornet à ce parfum. Il est possible que je l'ai croisé un peu plus tard sur la terrasse et que je lui ai proposé de venir y goûter…
-Tu ne manques pas d'audace, souffla Maz. Mais bon ça se comprend vu que tu m'as avoué que tu l'aimes bien. Au vu de la posture dans laquelle je vous ai trouvés, j'en déduis que c'est réciproque ? »
Sa tante l'espérait vivement en tout cas, constata Rey. Elle voyait la pointe d'inquiétude dans ses yeux de potentiellement se faire berner par un garçon.
« Oui, reconnut-elle. Il me l'a dit et ses actes parlent pour lui.
-Coucher avec une fille ne signifie pas toujours qu'on l'apprécie, je pense que tu le sais.
-Oui mais il n'est pas comme ça et on fait plus que simplement s'envoyer en l'air.
-Il y a quoi exactement entre vous dans ce cas ? Maintenant, malgré tes dires précédents, je sais que vous avez passé le cap de l'intimité mais il est quoi pour toi ? C'est ton copain ? Ton plan-cul ?
-Ce n'est pas encore clairement défini. On tâtonne.
-Il t'a invité au moins ?
-Justement on a un rencard demain. Le premier.
-Excitée ?
-Et terrifiée en même temps mais oui je suis impatiente. »
Rey dévisagea sa tante une longe seconde avant de prendre sa main libre dans la sienne et de la serrer doucement.
« Maz je suis désolée de t'avoir menti et que tu l'aies découvert de cette façon. J'aurais dû t'en parler.
-Tu es libre d'avoir tes secrets ma Rey. Tu l'as dit toi-même, rappelle-toi, tu voulais m'en parler quand tu te sentirais prête. Je savais bien qu'il y avait quelqu'un, j'ignorais juste qu'il se trouvait aussi près.
-Ca te gêne ?
-Non et même si c'était le cas, ce n'est pas à moi d'en juger. Ben est un bon garçon, bien élevé et il est mignon. Je l'ai toujours apprécié.
-Oui mais, elle gigota avec embarras, je sais que tu connais son passé…. On m'en a parlé et il me l'a confirmé et je me doute que Leia, en tant qu'amie, a forcément dû t'en toucher deux mots.
-Oui, je suis au courant. On fait tous des choses plus ou moins recommandables mais, une fois encore, c'est surtout ton avis qui compte. On est de la même famille toi et moi donc je ne pense pas me tromper en disant que tu t'en fous. C'est du passé, ça n'a plus d'importance maintenant et c'est sûrement ce que tu lui as dit. J'apprécie sa franchise en tout cas.
-Il était obligé. Poe était un de ses clients et donc… mais il a reconnu plus tard qu'il attendait le bon moment pour m'en parler car il savait que cela finirait par arriver jusqu'à mes oreilles. A vrai dire, tu as raison même s'il n'avait rien dit je m'en fichais. Ce n'est plus d'actualité.
-Tu as de belles fréquentations ! rigola Maz. Un dealer et un camé. »
Rey, heureuse de ce revirement, lui frappa le bras avec gentillesse.
« Poe ne consomme plus et c'est quelqu'un de bien. Quant à Ben, elle inspira, il est adorable ! avoua-t-elle un peu mal à l'aise. Je suis contente que tu approuves, enfin se reprit-elle, que tu le considères comme quelqu'un de bien. Ça compte pour moi tu sais.
-Dire que je t'ai pomponné pour lui ! Quel souvenir ! Comment aurais-je pu imaginer un seul instant qu'en venant t'installer ici il te suffirait d'à peine quelques heures pour avoir une telle révélation. Lui qui ne vivait plus à côté, il a fallu que tu débarques pile quand il se trouvait chez sa mère. Ça pourrait s'apparenter au destin cette histoire. »
Rey esquissa un demi-sourire, rassurée néanmoins de voir que sa tante approuvait ce flirt. Dans le cas contraire, elle aurait été très peinée.
« Tu sais ce qui me choque le plus ? reprit sa tante soudainement. Je viens de faire le lien mais avec tout ça, ça veut dire qu'il t'a fait conduire sa voiture ! Rey acquiesça d'un signe de tête. C'est un sacré privilège. Han nous en parlait souvent de cette Condor et de sa joie future à l'offrir à son fils unique comme cadeau de fin d'études. Je crois même qu'il avait prévu une virée entre hommes pour fêter l'occasion, je ne sais même pas si Ben est au courant de cette partie. Durant ces six derniers mois, je l'ai vu emprunter la voiture de sa mère pour aller dans ce garage et finir le travail entrepris. Plus d'une fois, il y a passé la nuit car ses journées étaient trop chargées avec les cours pour avancer suffisamment. Leia était si fière le jour où elle l'a vu revenir avec. Pour elle, cette voiture avait toujours été une poubelle ambulante mais je crois bien l'avoir vu pleurer ce jour-là.
-Leia ne sait pas. Pour Ben et moi, précisa Rey, et j'aimerais autant que ça reste comme ça. Seuls mes amis sont au courant.
-Je ne dirai rien, la rassura Maz. Pas mon style de cafter et puis c'est à son fils de lui en parler.
-Je suis contente que tu saches, reconnut-elle. Si tu savais comme c'était stressant ! Bien que ce petit côté rencontre interdit avait quelque chose de très stimulant ! Et puis on va enfin pouvoir en parler toutes les deux ! »
Maz roula des yeux.
« C'est pour lui que je t'ai demandé de déplacer la balancelle. On discute souvent le soir sur la terrasse, avoua Rey. Il est intéressant et plus bavard que je ne l'aurais cru. Je me demande comment tu as fait pour ne jamais t'en rendre compte ? Je n'ai pas vraiment un rire discret.
-Il te fait rire ? C'est bien. A lui aussi, le sourire lui va bien. Il devrait s'y mettre plus souvent. J'ai le sommeil lourd et à mon âge à 22h je dors déjà d'une nuit réparatrice. Je ne suis pas là pour t'espionner de surcroît et tu semblais vraiment aimer y passer tes soirées.
-Cet endroit est apaisant au-delà de la compagnie agréable que j'y ai trouvée. J'aime bien la vue sur les jardins. C'est la première fois que je vis dans une maison de ce standing avec une aussi jolie chambre et un si bel extérieur. J'apprécie ma vie ici tatie. Pas uniquement pour le confort mais surtout pour le plaisir de t'avoir à mes côtés. Je me sens enfin en famille. Protégée et cocoonée mais surtout comprise. Tu avais l'air naturellement choquée tout à l'heure mais tu paraissais surtout amusée que contrariée. Tu ne juges pas sans savoir, tu me laisses libre et pourtant j'ai le sentiment que tu tuerais quiconque oserait me faire du mal.
-C'est le cas. Tu es tout pour moi Rey. Tu es, tout comme je le suis pour toi, ma seule famille. Bon, maintenant raconte-moi tout d ! J'ai dû en louper des chapitres. Toi et Ben, rigola Maz. Je ne l'aurais pas dit mais finalement vous allez bien ensemble. »
Le reste de la soirée se déroula dans la bonne humeur et Rey se permit d'en dévoiler un peu plus.
« Tu as une idée de que ce que l'on pourrait dîner ce soir ? demanda Maz en se rendant vers la cuisine avec leurs mugs. »
Rey profita de son absence pour se saisir de son téléphone et taper à toute vitesse un SMS à Ben. Elle se doutait qu'il avait dû attendre un signe de vie de sa part depuis l'incident.
Ras. Maz ne dira rien, elle est cool. Elle te trouve à son goût pour info ) Il faudra terminer ça…. Ps : j'ai hâte de te voir demain soir.
« Aucune idée ! finit-elle par répondre en rangeant son smartphone. »
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« Non mais non, on ne voit strictement rien ! Je suis emmaillotée comme si on m'avait mis une camisole. Je ne pourrais pas au moins ouvrir un bouton ? Puis cette coiffure, non franchement je me sens comme Anne Boleyn allant à l'échafaud.
-Elle n'était certainement pas aussi maquillée, répliqua Maz.
-Normal ! C'est la seule chose sur laquelle j'avais la main alors j'ai assuré. »
Elle n'était pas peu fière de ses yeux mais surtout de sa bouche qui tirait entre le bordeaux et la violine mais le reste… elle souffla de désespoir. Ses cheveux étaient certes propres mais ultra-lisse. Elle avait horreur de ça, préférant quand ils séchaient naturellement et qu'ils se mettaient à onduler. Maz lui avait prêté une paire de boucles d'oreilles, certes élégantes mais datant d'une autre époque mais le pire restait les fringues. Ben avait exigé un pantalon. Premier mauvais point pour elle qui préférait les jupes mais elle s'en était accommodée en s'offrant un jean noir qu'elle avait pris bien moulant. Le haut en revanche, elle le détestait mais Maz avait insisté pour qu'elle « ne se dévoile pas trop » ce à quoi elle avait ironiquement répondu que « Ben savait déjà parfaitement ce qui se cachait en dessous », ce à quoi sa tante avait rétorqué « un peu de mystère ne fait jamais de mal, toi qui n'en a pas fait preuve, ça va le changer ! ». Voilà comment elle s'était retrouvée avec cette immonde chemise blanche, boutonnée presque jusqu'au cou et dans un style rétro qui l'horripilait.
« Arrête d'y toucher ! lui cria Maz en lui tapant la main incriminée. Fais-moi donc un peu confiance !
-Je ressemble à rien là-dedans ! Il ne va même pas me reconnaître si ça continue entre les cheveux et le reste.
-Il saura que c'est toi puisque tu sortiras de ma maison. »
Rey la dévisagea avec amertume.
« Tu es très mignonne. Je ne sais pas pourquoi les filles de ta génération se sont persuadées que pour être désirables, elles devaient dévoiler le plus de peau possible.
-Tu me complimentes toujours sur mes tenues, la retoqua Rey sèchement.
-Car elles te vont à ravir mais parfois c'est bien de changer de look. Je me demande pourquoi il t'a dit de mettre un pantalon… et Maz leva les yeux vers le plafond, visiblement en pleine réflexion.
-Moi aussi, pas son genre. Il est plutôt du style à profiter de pouvoir passer sa main sous ma jupe, argumenta Rey en se rendant compte trop tard de ce qu'elle venait de dire quand elle croisa le regard éloquent de sa tante. Elle finit d'appliquer une nouvelle couche de son rouge à lèvres dans le silence.
-Tu n'as pas une petite idée ? continua Maz et Rey rigola.
-Tu es encore plus impatience et curieuse que moi.
-Ca ne t'inquiète pas ?
-Non, je suis sûre que ça me plaira. Je lui fais confiance là-dessus. Il sait ce que j'aime.
-Hormis lui ? lui balança sa tante avec un hoquet moqueur.
-Je trouve que pour quelqu'un qui est censé m'apporter son soutien inconditionnel, j'en prends vachement pour mon grade ! Le lieu où on va ne me stresse pas, en revanche, me retrouver toute seule avec lui de cette façon m'intimide énormément.
-C'est vrai ? la questionna-t-elle soudain sérieusement. Rey s'assit sur son lit et souffla.
-Oui. Imagine que ça se passe mal… Qu'on n'ait rien à se dire. Je ne m'étais jamais posée la question avant aujourd'hui car pour moi ce n'était pas le cas mais si finalement on se rendait compte qu'il n'y avait que le sexe entre nous ?
-C'est ridicule, balaya sa tante d'un geste. Primo, tu l'aurais constaté beaucoup plus tôt et secundo, vous avez déjà partagé ce genre de moments tous les deux. Souviens-toi de ce que tu m'as raconté avec la voiture par exemple, c'est juste la première fois que le mot hautement effrayant de rencard est collé dessus. Les autres fois tu as agi avec spontanéité, sois dans le même état d'esprit.
-C'est différent… ne put-elle s'empêcher de murmurer.
-En quoi ? »
Maz croisa son regard et Rey sut que sa tante venait de saisir le problème. Cette dernière vint s'asseoir près d'elle. Elle passa tendrement un bras autour d'elle.
« J'ai dans l'idée que tu as envie de plus… non ? Que ça devienne sérieux entre vous ? Peut-être même officiel sans oser lui exprimer ou même te l'avouer ?
-Comment fais-tu pour toujours savoir avec autant de justesse ce qui se passe dans ma tête ?
-Ça fait partie de mon boulot de le savoir et de t'aider à surmonter tes craintes. Il t'a déjà montré des signes sur le fait qu'il ne voudrait pas plus avec toi ? Rey fit non de la tête. Donc je suppose qu'il s'est plutôt montré entreprenant dans l'autre direction, ce rendez-vous le prouve.
-Je l'ai un peu mis au défi de s'y tenir. Il avait simplement parlé d'une autre soirée tous les deux. On était en public quand il m'en a parlé. C'était peut-être des paroles en l'air.
-Tu ne serais pas assise ici à te poser toutes ces questions si c'était le cas. Vous vous êtes déjà montrés en public ? Ma vision de vos corps entrelacés dans la cabane ne compte pas, plaisanta Maz.
-Je ne sais pas si l'une compte mais je dirais deux fois. Elle préféra garder pour elle l'événement du bar et pensait plutôt à la voiture et à la soirée étudiante chez Mike.
-Et qu'est-ce que vous avez fait ? Simplement discuter comme deux personnes qui se connaissent ou plus ?
-Les deux, avoua Rey. La première fois, c'était lors de ma séance de conduite improvisée. Le stress devait m'avoir rendue plus entreprenante car je l'ai embrassé alors que nous étions dehors. Il n'y avait pas vraiment de monde mais ça compte quand même pour moi. Et la seconde fois, c'était à une soirée et là… elle roula des yeux, on s'est carrément galochés devant tout le monde pendant un petit moment mais sans pour autant rester accrochés l'un à l'autre toute la nuit.
-Bien, ça prouve déjà que vous êtes en capacité d'assumer. Il faut juste remettre les pièces dans le bon ordre maintenant.
-Comment ça ? demanda Rey.
-Vous êtes déjà allés, disons ça comme ça, à « la phase finale » tout en apprenant à vous connaître certes mais là vous envisagez une autre optique.
-Laquelle ?
-Tu le sais ma chérie et il serait temps de le dire.
-Celle d'une relation amoureuse. Maz acquiesça d'un signe de tête. J'ai peur que ça casse tout, avoua Rey. On joue tous les deux, on se chamaille, se taquine quand on se parle. Si ça devient trop sérieux, j'ai peur qu'on perde ce qu'on a déjà.
-Ce n'est maintenant plus qu'à vous de faire que cela fonctionne, de préserver votre complicité mais de bâtir quelque chose de plus fort autour.
-Tu as sûrement raison. Merci, ça m'a fait du bien d'en parler.
-Bon, maintenant il ne faudrait pas le faire attendre ! Va chercher tes petites baskets, ça ira bien avec le reste et guette son arrivée par la fenêtre. Il a beau n'être pas loin du tout, je sais que tu ne pourras pas t'en empêcher ! »
Rey embrassa sa joue et fit exactement ce que sa tante venait d'annoncer.
Lorsqu'elle vit la Condor se garer juste devant chez elle, elle ne put s'empêcher de sourire bêtement louant une fois de plus l'absence de Leia.
« Il est là ! s'écria Rey. Maz, j'ai une dernière question ! »
Sa tante arriva du salon et l'écouta.
« Dis-moi tout, je t'écoute.
-Je l'embrasse ou pas ? hésita Rey.
-Je ne sais pas, à toi de voir si durant la soirée ça s'y prête.
-Euh non… reprit Rey gênée, je ne parlais pas pendant la soirée mais là. Tout de suite, maintenant pour le rejoindre. Tu vois pour commencer la soirée, le remercier d'être passé me prendre et ne me dis pas qu'il habite à côté, mais simplement pour marquer le début du rendez-vous ?
-Tu en as envie ?
-Oui, naturellement.
-Alors fais comme tu le sens ! Mais pour ça il faut que tu partes donc go ! »
Rey lui sourit avant de serrer les poings dans un petit geste d'impatience et de sortir en trottinant. Elle arriva bien vite vers Ben mais ne sut plus quoi faire en étant aussi près. Contre toute attente, il la prit par le coude et l'approcha pour lui donner un baiser. Il la relâcha ensuite et l'invita à monter.
Revigorée par cette attention inattendue, elle fut surprise de sentir son portable vibrer.
« Ça te dérange si je regarde ? Promis après il reste dans mon sac. Ça m'insupporte ces gens qui sont sur leur téléphone au lieu de se concentrer sur la personne devant elle.
-Non, je conduis. Sens-toi libre de répondre.
-Merci. »
Elle le sortit et le déverrouilla mais se figea en découvrant le nom de la personne qui lui avait envoyé un message. Elle dut se contenir pour ne pas rire. Maz savait donc utiliser son téléphone en dehors des appels et elle découvrait cela ce soir. L'ironie de la chose lui arracha tout de même un large sourire.
Encore mieux, il a fait ce que j'attendais de lui. Il a pris les devants et a choisi pour toi. Ce petit Ben gagne des points…. Passez une belle soirée et relax !
Elle tapa rapidement une réponse.
« Maz nous souhaite une agréable soirée.
-C'est gentil de sa part. »
Il glissa négligemment sa main droite du pommeau à sa cuisse. Il n'alla pas plus loin, se contentant de la laisser là et de la remettre après avoir passé les vitesses.
« Je constate avec plaisir que tu as écouté mon conseil de mettre un pantalon.
-C'était plus qu'un conseil. Selon tes dires, cela paraissait être inévitable.
-Ça te change, il se tourna vers elle et la scruta, ça te va bien.
-Merci du compliment. »
Le reste du trajet se fit en silence mais Rey garda un œil sur tous les panneaux qui défilaient sous ses yeux, essayant vainement de deviner leur destination. Quand Ben quitta la ville pour la zone industrielle, elle commença à se poser des questions mais ne partagea pas ses interrogations. Il finit par se garer sur un parking où seules quelques voitures stationnaient. Il sortit et vint lui ouvrir la porte.
Elle lui sourit, un peu anxieuse. Il se décala pour fermer la portière et quand il le fit elle découvrit l'enseigne que sa haute stature avait cachée. Elle entrouvrit la bouche et laissa un petit hoquet amusé filtrer entre ses lèvres avant de se tourner vers lui franchement amusée cette fois.
« C'est un message subliminal que tu m'envoies ? plaisanta-t-elle. Je t'assure que c'était inutile, la première fois c'était déjà très clair. »
Il se remit devant elle.
« Je sais mais je me suis dit que ça pourrait être intéressant à regarder. Et j'ai comme dans l'idée que ça te réussira davantage.
-Tu m'étonnes…. Siffla Rey en rigolant. »
Il lui prit la main et la guida vers l'entrée. Un homme derrière un guichet les accueillit et Ben donna son nom pour signaler sa réservation.
« Tu avais réservé ? Tu étais drôlement sûr de toi que j'accepte de venir. Après le coup du pantalon, j'ai pourtant hésité. »
En réalité, elle était toute euphorique qu'il ait pu à ce point anticiper. L'homme les emmena dans une pièce annexe pour les équiper chacun d'un casque. Elle le passa mais le retint quand elle comprit qu'il partait.
« Rassurez-moi vous êtes assuré contre les accidents ou les dégradations ? »
L'homme rigola.
« Oui et lui a l'air d'en avoir déjà fait. Il va vous montrer comment ça marche. »
Il sortit et elle se retourna vers Ben.
« Prête ?
-Oui et impatiente je dois dire. Je trouve ça assez euphorisant, je dois bien l'avouer.
-Tu me confirmes que tu n'en avais jamais fait ? Elle fit « oui » de la tête.
-Toute première fois, promis juré. Je te suis. J'ai hâte que tu me montres comment diriger cet engin. »
Il l'entraîna au bord de la piste et elle prit place dans l'un des karts en pipant d'excitation. Il se pencha vers elle de façon à voir ses pieds sur les pédales.
« C'est simple, ici le frein et là l'accélérateur. Evite si tu arrives trop vite de piler sinon tu vas déraper et potentiellement finir dans le décor. Quand tu peux décélère et ça viendra tout seul. Les dérapages volontaires, on verra peut-être ça dans un second temps. Ok ?
-OUI ! C'est bientôt notre tour ? demanda-t-elle sans retenir son impatience.
-On doit attendre que le groupe précédent termine. Comme nous ne sommes que deux, on sera mélangés avec les cinq jeunes de l'autre côté, pour plus de challenge. On est identifiés donc on aura notre classement à la fin.
-Top, j'ai hâte ! »
Il tira d'un coup sec sur sa sangle pour vérifier qu'elle était bien harnachée avant de monter dans sa propre voiture.
« J'adore ton idée ! cria-t-elle pour qu'il l'entende.
-Attends d'avoir conduit avant de dire ça ! Mais elle percevait l'amusement dans sa voix.
-Non sérieusement, tu peux être fier de toi. Ça me plaît.
-Tu es prête ça va être à nous. Dès qu'il nous fait signe, on se mettra en piste. Tu me suis et quand tu vois que ça part devant toi, tu appuies sur la pédale d'accélération !
-Ok !
- Simple rappel, le but n'est pas de foncer dans les pneus mais bien de suivre la route, je sais que tu éprouves quelques difficultés avec cette règle… »
Elle partit dans un fou rire sonore.
Les débuts furent un peu hésitants mais au bout de quelques tours, elle commença vraiment à se lâcher accélérant comme une folle et n'hésita pas à prendre des risques pour remonter dans la course au point d'être un vrai danger pour les autres mais elle s'éclata. La plupart du temps elle riait toute seule au volant de son kart, cherchant à dépasser Ben. Elle réussit une fois et le provoqua par un petit coucou de la main.
Leur session terminée, il s'approcha d'elle et lui tendit les mains pour l'aider à se redresser. Elle les prit et quitta son véhicule. Il lui enleva ensuite son casque puis fit de même avec le sien et elle lui offrit son plus beau sourire.
Ils sortirent du karting et elle se sentait euphorique d'avoir obtenu avec une fierté non dissimulée le titre de « fou du volant ».
Elle ouvrit les bras en grand et savoura la fraîcheur du soir avant de se retourner pour s'approcher de lui.
« J'ai adoré ! avoua-t-elle. C'était une super idée et j'ai apprécié le clin d'œil. »
Son ventre grogna et elle grimaça d'embarras.
« Je crois qu'après toutes ces émotions, il est l'heure d'aller dîner, souligna Ben. »
Elle acquiesça, il lui reprit la main et ils retournèrent à la voiture où le sourire ne quitta pas ses lèvres. Ils se retrouvèrent devant un petit restaurant à l'allure classique mais quand Rey vit la carte, elle se précipita à l'intérieur et ne se fit pas prier pour s'installer. Elle enleva son manteau et vit le regard étonné de Ben sur son haut. Rey maudit intérieurement Maz. Le karting l'avait précédemment sauvé mais à table, elle n'allait pas dîner tout habillée.
« Tu peux le dire c'est moche mais je ne voulais pas vexer ma tante qui se faisait une joie que je porte cette horreur pour notre premier rencard. Au moins ça sera mémorable, ironisa-t-elle.
- C'est différent et c'est ce qui m'a surpris mais elle n'a pas tort, tu peux aussi porter ça que tu n'en restes pas moi agréable à regarder.
-Je crois bien que c'est la première fois que tu me mens mais je te pardonne.
-A toi de voir mais je t'assure que je ne t'ai jamais menti et puis tu connais le dicton... »
Elle sourit et le dévisagea, se demandant s'il était réellement sérieux. Et de quel dicton parlait-il ? Elle réfléchit une seconde mais fut coupée dans sa réflexion par le serveur qui prit leur commande. Rey se sentit soudain moins à l'aise. Elle y était à ce moment qu'elle redoutait plus que les autres. Avec le karting, elle était restée elle-même mais assise face à lui, elle était soudainement aphone.
« Tu viens souvent ici ? »
Un sujet bateau mais qui ferait l'affaire pour calmer sa nervosité et débuter la conversation.
« Tu portes vraiment un intérêt à cette question ?
-Non, avoua Rey. C'était histoire de briser la glace.
-Elle est brisée depuis longtemps, pourquoi es-tu aussi tendue ? Ce n'est pas comme si tu te posais la question de savoir si j'allais t'embrasser à la fin de la soirée.
-Possible mais je reste impressionnée par tout ça. Elle essaya de reprendre un peu d'aplomb. Et donc, tu vas le faire ?
-Evidemment que oui. Elle sourit. Pour répondre à ta question, je venais parfois ici avec mon père quand j'étais plus jeune. Son garage n'est pas très loin donc parfois le midi ou le soir après son boulot il lui arrivait de m'emmener ici et on passait un moment tous les deux. Ça faisait un certain temps que je n'étais pas venu. Je n'y suis venu qu'avec lui.
-Et c'est ici que tu as choisi de m'emmener, nota Rey avec intérêt.
-C'était proche du karting. Je me doutais que tu aurais faim et retourner en ville nous aurait pris du temps. La nourriture est bonne, c'est un critère important.
-Et le patron te connaît.
-Quelle importance ? S'il est ici, je me ferai un plaisir de le saluer et de te présenter. »
Elle esquissa un nouveau sourire.
« En partant, on pourra passer devant le garage ou bien ça serait malvenu ? Je suis simplement curieuse. Tu me parles souvent de ton père alors je me suis imaginée votre vie. Le voir en vrai me plairait bien.
-Pourquoi pas. Je n'y suis pas retourné depuis le jour où j'y suis allé pour récupérer ses affaires. »
Rey entrouvrit la bouche surprise.
« C'est toi qui t'es occupé de ça ?
-Oui.
-Ce n'est sûrement pas le bon moment, ni le cadre idéal mais au fur et à mesure je me suis bien rendu compte que tu ne parais pas très proche de ta mère hormis pour me dire qu'elle n'est pas souvent là même en ayant arrêté sa carrière. Ce qui a des bons côtés, ajouta-t-elle avec plus de douceur.
-Disons qu'avec son métier, elle était simplement moins disponible. J'ai eu plus de, il chercha son mot, complicité avec mon père. La mécanique, les voitures, les courses… c'était plus intéressant pour un enfant qu'un grand patron ou des entrepreneurs.
-Tu ne te sens pas proche d'elle même avec ce qui est arrivé ? Elle vit son malaise et elle regretta sa question. Pardon, parlons d'autre chose, je suis en train de plomber l'ambiance.
-Je vais te répondre. Ta demande n'est pas indiscrète et après nous pourrons changer de sujet, la coupa Ben. Elle a changé. L'événement l'a transformé et je sens qu'elle essaie de venir vers moi mais disons qu'elle a son caractère et que j'ai le mien donc parfois on se confronte.
-Mais tu as quand même tout quitté pour elle, pour la rejoindre. Maz m'a dit que tu avais un appart en ville, du moins que tu en avais un.
-C'est toujours le cas, je n'y habite simplement plus pour le moment mais je compte bien y retourner un jour quand elle sera prête et moi aussi.
-Ca veut dire que tu déménageras ? comprit subitement Rey et donc de facto qu'il s'éloignerait d'elle.
-Forcément. »
Elle pinça des lèvres mais n'osa pas aller plus loin et lui non plus. Rey songea à sa tante qui la poussait à lui en dire plus, à lui faire comprendre son affection.
« Ça ne me plaît pas, lâcha-t-elle tout à coup tandis que le serveur leur apportait leurs plats.
-Je sais, ça s'est vu à ta tête. Ce n'est pas pour tout de suite, tu peux dormir sur tes deux oreilles, je serai à la rambarde pour de nombreux soirs encore. »
Elle lui sourit mais elle était faussement rassurée. Les choses allaient-elles changer quand il reprendrait sa vie ? Elle regrettait de ne pas avoir abordé ce sujet plus tôt alors qu'elle en avait eu connaissance et d'avoir fait l'autruche en voulant ignorer un départ prochain.
« Comment tu fais pour payer un loyer ? M'aurais-tu caché que tu travaillais en dehors de tes études ?
-Non, je ne te l'ai pas caché, ironisa-t-il et elle lui fit les gros yeux.
-Attends tu veux dire que ? comprit Rey mais n'osa pas le formuler à haute voix.
-Non, je t'ai dit avoir arrêté et c'est le cas mais ça ne veut pas dire que je n'ai pas fait ça un moment. Ça marchait bien et ça m'a rapporté gros, suffisamment pour investir dans cet appartement. Ce n'est pas un temple non plus, ce n'est pas très grand mais c'est chez moi, payé à mes frais et à ceux de mes clients de l'époque. Donc pas de loyer.
-Ca rapportait tant que ça ? Je suis curieuse.
-Ca peut rapporter beaucoup si tu gères bien, que tu investis intelligemment et que tu ne dépenses pas tout futilement. Ce qui a été mon cas. J'ai économisé le moindre sous pour pouvoir me tirer peu de temps après ma majorité. J'y vis depuis que j'ai 21 ans. C'est après cet achat que j'ai arrêté.
-Tu es en train de me dire que tu as fait tout ça, que tu as pris autant de risques avec les flics, pour pouvoir te payer un logement car tu voulais fuir ton foyer ? Il acquiesça avec un vague sourire. Et dire que je n'avais pas osé te demander pourquoi tu l'avais fait suite à ma discussion avec Poe. Si j'avais su… »
Elle s'était secrètement inquiétée pour lui quand son ami avait parlé de souffrance mais finalement Ben avait fait tout ça pour simplement quitter sa famille.
« C'était quoi le problème avec tes parents ? demanda-t-elle cash au lieu de tourner autour du pot.
-Je crois que je viens de t'en dire deux mots.
-Personne ne fait un truc pareil sans une foutue bonne raison derrière. Celle-ci ne peut pas être suffisante !
-Et pourtant. J'ai juste acheté ma liberté. Tu aurais dû m'en parler si ça te tracassait, je te l'aurais dit sans problème. Tu étais bien la seule à qui j'aurais accepté d'y répondre.
-Mais tu es revenu ! Je le répète mais Maz m'a dit que tu n'avais pas hésité une seconde quand ton père est mort, tu t'es imposé dans la vie de ta mère.
-Là est tout le paradoxe, je ne l'ignore pas mais je ne regrette pas mon choix.
-Tu es exactement comme moi. Peu importe ce que l'on peut te faire, on ne doit pas toucher à ceux que tu aimes même si tu te refuses à leur dire. Tu ne laisseras rien se mettre entre toi et ton objectif. J'en étais sûre !
-Vraiment ? s'étonna-t-il.
-J'avais déjà fait cette déduction quand Maz m'en avait parlé.
-Tu seras une bonne psy.
-Je te rappelle que je me spécialise dans les enfants.
-Pourquoi ? Tu as l'air à l'aise avec les adultes, pourquoi préférer la version miniature ?
-Pour que quand une chose horrible leur arrive, ils puissent avoir quelqu'un qui sera là pour eux. »
Elle se tut et continua à manger son plat qu'elle picorait seulement tout en discutant.
« Comme tu aurais aimé que ce soit le cas pour toi, trancha Ben.
-Oui. Si tu en veux autant à ta mère de ne pas avoir été présente pour toi à cause de son métier, pourquoi t'engages-tu dans la même voie qu'elle ? Pour t'en rapprocher ? Pour lui prouver que tu peux être digne de son attention ? Que tu seras meilleur qu'elle ?
-Un mix des trois, répondit-il avec franchise et elle en fut profondément étonnée mais elle aimait cette discussion à cœur ouvert.
-Et tu sacrifieras toi aussi ta famille pour ça ?
-Non, contrairement à elle je veux lui prouver que les deux ne sont pas incompatibles et qu'elle s'est trompée tout ce temps.
-Tu as choisi cette spécialité aussi par vengeance ? Pourquoi ne pas faire quelque chose qui te plaît ? Pour toi.
-Tu l'as très bien compris la première fois en m'indiquant que le travail des parents pouvait se refléter dans le choix de leurs enfants. Les chiens ne font pas des chats, j'ai ça dans le sang. Ça me plaît.
-Un politique avec un passé de dealer connu de tous, elle sourit, je trouve ça tellement ambitieux et incroyablement culotté ! Ca va cartonner auprès des jeunes surtout si tu débutes ton mandat avec comme objectif numéro 1 de t'attaquer aux trafics. »
Il sourit et continua à manger.
« Et toi ?
-Je crois que je suis le stéréotype de l'enfant qui a perdu ses parents et qui construit son avenir sur son traumatisme. C'était psycho ou flic pour vanter la sécurité routière. Le choix a été vite fait.
-Tu ne m'apparais pas comme traumatisée, légèrement perturbée peut-être. Il sourit face à son air courroucé. Au contraire, tu as su prendre ton destin en main sans faiblir. La preuve, tu as même conduit une voiture.
-Oui et on voit où ça nous a menés. »
Elle mima la poubelle étalée sur le sol. Le reste du dîner se déroula dans une ambiance plus détendue et sur des sujets plus de leur âge. Rey lui raconta ses premières années de fac ainsi que des souvenirs d'enfance et Ben lui confia quelques anecdotes cocasses de son passé de dealer. De retour sur le parking face au restaurant, elle eut un grand sourire.
« J'ai vraiment passé une très bonne soirée. Merci Ben. »
Elle s'arrêta près de la voiture et souffla, heureuse de sa nuit mais un peu triste que cela soit déjà terminé.
« Il me reste encore une chose à faire, annonça Ben.
-Lirais-tu dans mes pensées ?
-Non mais je me suis engagé et je n'ai pas encore tenu ma promesse. »
Elle ne voyait pas où il voulait en venir mais tout fut plus clair quand il fonça vers elle pour l'embrasser.
« Ah c'était donc ça, chuchota-t-elle contre ses lèvres.
-Ne me dis pas que tu avais oublié.
-Prouve-moi que j'ai eu tort de ne plus y penser et qu'en rentrant chez moi je serai encore en capacité de m'en rappeler. »
Il reprit sa bouche et elle se laissa totalement faire même quand elle percuta la voiture derrière elle dans leur fougue. Il continua à pousser dans sa direction et elle fut forcée de s'asseoir sur le capot de la Condor. Il l'y aida en se saisissant de l'arrière de ses cuisses pour la caler parfaitement afin de ne pas tomber. Elle écarta les jambes et il s'y plaça n'ayant jamais cesser de l'embrasser durant l'opération.
Elle s'accrocha à sa veste et se cambra pour continuer leur échange sensuel, crochetant ses pieds dans son dos. La soirée se terminait définitivement de façon parfaite.
Ils n'allèrent pas plus loin. Après une longue séance de baisers, ils avaient fini par remonter tranquillement en voiture.
Néanmoins, elle s'étonna quand elle vit s'arrêter en plein milieu de la rue sans qu'il n'y ait de feu rouge mais aussitôt elle comprit pourquoi.
« C'est ici ?
-Oui. »
Avec culot, elle ouvrit la portière et sortit de la voiture pour pouvoir mieux observer les lieux. De son siège, elle était du mauvais côté du trottoir et n'y voyait rien, maintenant sa vision était plus nette. Le garage était ouvert sur la rue, remplis de bric-à-brac et avait un style vintage intéressant avec sa peinture rouge écaillée.
Elle se retourna en voyant Ben marcher dans sa direction, ayant laissé la voiture stationnée à l'endroit où ils s'étaient arrêtés sans aucun scrupule.
« Tu gênes la circulation, nota Rey.
-Il n'y a personne qui passe à cette heure ici. Elle n'incommodera personne et puis cette remarque est assez culottée venant de la fille qui s'est tirée comme une fleur en me laissant seul. Elle sourit.
-Pas un chat tu dis ? »
Elle se mit à courir en rigolant et en se précipitant vers la grille qui fermait le lieu. Sans complexe, elle s'y accrocha et commença à l'escalader.
« On peut savoir ce que tu fais ? demanda Ben.
-Je profite qu'il n'y ait personne pour faire un tour ! Tu devrais venir m'aider d'ailleurs, je galère un peu là.
-Et ça se prétend gymnaste. »
Son éclat de rire manqua de la faire tomber à la renverse face à son humour carnassier mais elle eut l'heureuse surprise de retomber dans des bras chauds. Il la tint fermement contre lui et elle se sentit plutôt bien collée à lui dans cette position.
« Qu'est-ce que tu attends ? Je ne vais pas te porter toute la soirée. Grimpe !
-Tu consens à me suivre ? le provoqua-t-elle en passant ses bras autour de son cou.
-Tu m'as donné envie d'aller voir. Et puis s'il y avait une alarme, elle se serait déjà déclenchée.
-Et la vraie raison ? minauda-t-elle en croisant les jambes car elle savait qu'il ne peinait pas.
-Le nouveau proprio est l'ami de toujours de mon père. Chewie. Celui avec qui il avait monté l'affaire. Il ne m'en voudra pas d'y faire un tour, même en pleine nuit et accompagné.
-C'est tout de suite moins sexy si c'est autorisé.
-A ce propos. Il la recala contre lui et s'approcha à nouveau de la grille mais elle ne vit pas ce qu'il fit mais comprit subitement en voyant la porte s'ouvrir. Je connais le code.
-Il est l'heure de descendre ? »
Elle sourit et se laissa glisser de ses bras pour retrouver le sol.
« C'est moins confortable comme ça, se plaignit-elle en avançant.
-Pour toi. »
Elle se retourna et le dévisagea d'un sale œil.
« Je n'aime pas du tout ta façon de te comporter Ben Solo ! Vexer une fille lors d'un premier rencard, tu devrais avoir honte de ta façon d'agir.
-Pourquoi ? La fille en question s'est déjà laissée tripoter sur le capot de ma voiture.
-A toi de voir si tu vas avoir la chance de m'y revoir assise un jour… »
Elle entra dans le cœur du garage et ferma les yeux. Elle avait toujours aimé l'odeur d'huile et d'essence.
« Je me plais à imaginer une version très jeune de toi qui s'amusait à déambuler entre les voitures sous les remontrances de son père et de son ami !
-C'était à-peu-près ça à une époque. Lointaine. »
Rey s'approcha d'une voiture et regarda.
« C'est différent de revenir ici après plus de temps. L'autrefois, j'avais agi comme un robot, je n'avais fait attention à rien, à aucun détail. J'ai le sentiment de redécouvrir les lieux. Les souvenirs, les bons souvenirs remontent à la surface. Ma mère devrait revenir ici elle aussi. Ça lui ferait du bien.
-Tu aimerais la voir plus souvent ? Vous vivez ensemble mais tu as avoué qu'il y avait toujours ce gouffre entre vous malgré un rapprochement certain. Et puis, même si ça m'arrange, je vois bien qu'elle n'est jamais là ou presque.
-Je sais qu'elle s'occupe pour ne pas y penser mais également car elle ne peut pas rester inactive. Elle a peut-être envoyé valser son boulot, elle a toujours ses convictions. Elle a juste revu ses priorités et s'accorde désormais le droit de vivre pour elle et non plus que pour les autres.
-Si tu ne devais lui dire qu'une seule chose, ça serait quoi ? la questionna Rey.
-Que jusqu'à maintenant, nous n'avons fait que nous croiser elle et moi mais que je sais que nous finirons par nous trouver un jour où l'autre. Et toi ? Si tu pouvais avoir la chance de leur parler ne serait-ce qu'une minute ? »
Elle se renfrogna.
« Pardon, se reprit-il immédiatement. La situation est incomparable, je n'aurais pas dû.
-J'ai des difficultés à en parler hormis pour dire à mon entourage qu'ils sont décédés car c'est un passage obligé à chaque rencontre pour m'éviter davantage de questions qui me mettraient mal à l'aise. Ma tante a beau dire qu'elle est fière de moi et toi que je ne suis pas traumatisée, je me sens quand même bousillée. Je n'abandonnerai pas car je ne serai pas celle que je suis si cet événement n'avait pas eu lieu mais ça a laissé des traces en moi. Des traces bien visibles. Si je n'avais qu'une phrase à leur dire alors ça serait une question, êtes-vous contents de ce que je suis maintenant ?
-Tu en doutes ?
-Bien sûr car je ne le saurai jamais.
-Aie confiance en tes proches. Ils te disent la vérité. »
Elle s'apaisa face à ce doux constat. En passant la porte de chez elle un peu plus tard, elle retomba contre cette dernière en souriant niaisement. Elle joint ses mains ensemble, souffla un « ah » de bonheur avant de monter pour se coucher où elle rêverait de sa nuit.
