Voilà, voilà, chapitre 2 ! Je garderai à peu près ce rythme de publication pour toute la fic.
Chapitre 2
Quelque chose s'enfonçant douloureusement entre ses omoplates le fit grogner dans son sommeil, l'arrachant à la nuit agitée qu'il avait eue. Nagato se retourna, ouvrant les yeux, et il constata avec surprise qu'il était dans le canapé, encore habillé et il se demanda pourquoi.
Une horreur nouvelle teinta ses traits et il grimaça, passant ses mains dans son dos pour retirer la barrette ornée d'une coccinelle qui l'avait sorti d'un sommeil peu réparateur. Il resta allongé quelques instants, contemplant les ombres qui dansaient dans le salon, accompagnant le lever du soleil qui ne tarderait pas à filtrer entre les interstices des volets qu'il n'avait pas totalement baissés la veille. Il jeta la barrette sur la table basse et elle rebondit avec un son métallique pour atterrir sur le carrelage, lui tirant un soupir agacé.
Le silence résonnait désagréablement à ses oreilles, les faisant bourdonner, et il passa les doigts sur son visage pour tenter de s'extirper de ce rêve affreux qu'il avait fait, où Konan lui demandait du temps, où Konan exigeait qu'ils fissent une pause dans leur mariage.
Quand la certitude que ce n'était pas seulement un cauchemar lui parvint, il se redressa, ses pieds touchant le carrelage glacé et lui arrachant un frisson. Il contourna la table et se pencha pour ramasser la barrette, ses yeux se levant d'instinct vers la chambre de sa fille. Elle devait encore dormir : sept heures n'avaient pas sonné.
Choisissant de ne pas repenser à la discussion qu'il avait eue la veille afin de ne pas présenter une figure chiffonnée de tristesse à sa petite princesse, Nagato secoua la tête, ses cheveux bruissant curieusement en suivant le mouvement. Il traversa le salon, prenant garde de ne pas piétiner les jouets qui étaient restés éparpillés – c'était aussi pour cela qu'il n'aimait pas vraiment lorsque c'était Moegi qui gardait Mikan, c'était un chantier sans nom quand il rentrait –, il se dirigea vers la cuisine machinalement, dressant la table du petit-déjeuner pour trois.
Douloureusement, il retira un couvert en se souvenant que Konan n'avait pas dormi là, qu'elle ne dormirait pas là pendant quelques jours. Il enclencha la cafetière, contempla son visage qui se reflétait sur la porte du four. Les valises sous ses yeux avaient pris des teintes à faire peur et son regard lui paraissait éteint. Il ferma brutalement les paupières et se détourna, quittant la pièce pour se rendre dans sa chambre.
Quand il poussa la porte, il balaya l'endroit du regard, constatant qu'un tiroir de la commode était ouvert et avait été vidé, que le placard était entrebâillé, que le sac de voyage de son épouse avait disparu et que des cintres pendaient tristement, esseulés, sans vêtement et il se trouva aussi pathétique qu'eux.
Il s'interrogea sur l'amie qui l'hébergeait. Qui avait su avant lui qu'elle avait l'intention de partir ? Laquelle de ses amies l'avait encouragée dans ce choix plutôt que l'inciter à réparer ce qui n'allait pas ?
Il écarta ces pensées d'un mouvement de tête s'exhortant à ne pas blâmer les copines de sa compagne : Konan ne se laissait dicter sa conduite par personne et c'était une des nombreuses qualités qui lui avait plu quand il l'avait rencontrée.
Une tristesse soudaine l'accabla, le forçant à s'asseoir au bord du lit alors que ses jambes se dérobaient sous le poids nouveau qui tombait sur ses épaules. Il n'avait rien vu venir. Rien du tout. De nouveau, ses yeux se chargèrent de larmes et il les laissa s'écouler, s'écraser sur ses genoux alors que bien malgré lui, il énumérait tout ce qu'il aimait chez elle.
La vision encore troublée, il s'efforça de reprendre une contenance : ouvrir le placard, faire défiler les cintres, sentir son cœur se serrer à chaque emplacement vide, hésiter sur sa tenue, choisir un tee-shirt, se rappeler qu'elle le lui avait acheté en disant qu'elle adorait quand il portait cette couleur, reposer le vêtement, se promettre qu'il le mettrait à leur prochaine rencontre, en sélectionner un autre, ne pas être sûr duquel il attrapait à cause des pleurs qui bouchaient sa vue. Les essuyer d'un revers d'avant-bras. Refermer le placard. Aller prendre une douche dans laquelle il sangloterait en silence, réfléchissant à quel moment il avait laissé croire à son épouse que leur mariage ne fonctionnait plus.
Adossé au mur carrelé de la salle de bains, il permit à l'eau brûlante de mouiller sa peau, se savonnant avec détachement. Il trembla et le frisson se répandit sur l'ensemble de son corps alors qu'il retirait les dernières traces de la mousse lavante. Il frictionna ses cheveux, ses mains glissèrent sur ses joues, lui arrachant un sourire en se disant que Mikan l'accuserait encore de piquer puis il coupa l'écoulement d'eau, tendant les doigts vers la serviette qui l'attendait. Il s'enroula dedans, dressa l'oreille quand des grattements se firent entendre.
— Papa ? demanda une petite voix de l'autre côté de la porte. J'ai faim.
— J'arrive, laisse-moi cinq minutes, sourit-il. Descends te mettre à table, je vais te préparer le petit-déjeuner.
Quand il émergea de la salle de bains, il était habillé et parfaitement éveillé. Il avait inspecté son visage et aucune trace de sa tristesse ne se voyait sur ses traits. Il rejoignit sa fille qui attendait patiemment, assise sur la chaise qui lui était réservée, son doudou serré contre elle. C'était un ours en peluche borgne et manchot, mais jamais Mikan n'avait voulu qu'on réparer le jouet : elle disait qu'elle l'aimait mieux cassé.
Une bouffée d'amour le saisit en voyant sa fille mal réveillée qui patientait en se rendormant un peu. Konan aurait beau dire, il avait devant ses yeux la preuve formelle que leur mariage était une réussite totale. Grâce à lui, Mikan avait vu le jour. Il saurait le lui faire comprendre, se jura-t-il en ouvrant le frigo pour tirer la bouteille de lait pour sa fille. Elle aimait Mikan autant que lui, c'était bien qu'il subsistait encore des braises à raviver et il y mettrait tout son cœur.
Quand son téléphone vibra, lui annonçant un nouveau courriel, il jura en silence, posant le déjeuner de la petite devant elle, embrassant ses cheveux. Il quitta la cuisine pour récupérer son l'appareil et consulter la relance pour le règlement des frais de scolarité pour Mikan.
— Cette école me saigne à blanc, soupira-t-il avant de porter un regard à sa merveille.
Ça valait le coup. Bien sûr que ça valait le coup. Il voulait ce qu'il y avait de mieux pour sa fille, quitte à payer une école privée hors de prix.
Il s'installa à table après s'être servi un café puis il tartina de la confiture sur un morceau de pain. Même s'il n'aimait pas vraiment manger le matin, il se forçait toujours pour garder cet instant privilégié avec Mikan.
Pendant qu'elle avalait ses céréales avec appétit, il acheva de se convaincre que rien n'était fini entre Konan et lui. Leur vie de famille et le bonheur qui s'en dégageait réussiraient à revenir dans l'esprit de son épouse et elle rentrerait. C'était évident. Elle se trompait.
— Papa, demanda Mikan en levant ses yeux presque jaunes vers son père. Maman, elle est partie au travail ?
— Oui, confirma-t-il d'une voix égale. Et elle va y rester pendant quelques jours. Tu te souviens ? Elle t'a dit bonnes vacances chez Mamie.
— Ah oui, approuva l'enfant en hochant la tête. Même qu'elle a dit qu'on ira au parc toutes les deux quand je serai plus chez Mamie. Et qu'on jouera au policier et au voleur.
Cette enfant lui faisait un bien fou. Quelques minutes avec elle permettaient de laver tous ses doutes, tous ses problèmes. Il lui sourit, puis plissant le nez, il lui demanda :
— Tu veux m'aider à préparer le pique-nique ?
Quand Jiraiya finit par crier « Coupez, on la garde ! », Itachi roula des yeux, dardant sur le nouveau un regard assassin avant de consulter l'horloge silencieuse qui ornait le mur derrière le réalisateur. L'heure du repas était écoulée depuis longtemps et tous les restaurants alentour avaient fermé leur porte. Il devrait donc se passer de déjeuner à cause de l'imbécilité de ce jeune acteur qui baissa les yeux sous la colère évidente d'Itachi.
— Je suis désolé, murmura le débutant, c'est que c'est impressionnant de jouer avec une star comme toi.
Itachi ne prit même pas la peine de répondre et se détourna, s'enveloppant dans un peignoir avant d'aller s'asseoir auprès de Jiraiya qui semblait avoir eu pitié d'eux plutôt qu'avoir obtenu une scène correcte.
— C'était si mauvais ? s'enquit l'acteur et le réalisateur grimaça.
— Erreur de casting, probablement. La moitié des scènes sont bonnes à jeter. Pas toi, tu es brillant, comme toujours, c'est lui le problème, je vais régler ça fissa, on a perdu trop de temps avec lui. Changement de programme pour cet après-midi, on tournera la scène 14:3 et la scène 16:2, ça te va ?
Itachi hocha brièvement le menton en s'étirant, alors que son assistante s'approchait de lui à toute vitesse, lui apportant une bouteille d'eau et le scénario. Il n'était bien évidemment pas nécessaire qu'il le consultât, il avait suffisamment répété ses apparitions pour les connaître par cœur. Il savait comment exécuter les gestes, quel timing leur impliquer, les mouvements, les répliques, il pouvait moduler le son de sa voix à la perfection.
Art était un personnage comme Jiraiya aimait les écrire : tout en nuances de gris, en subtilité, il avait un background complexe, des secrets profondément enfouis et Itachi adorait ce rôle.
Il tourna le regard vers la jeune femme aux yeux verts et aux cheveux roses qui lui tenait lieu d'assistante depuis deux ans quand elle posa sur ses mains sur ses épaules, comme à son habitude, pour entreprendre de dénouer les muscles tendus, afin qu'il fût tout à fait au mieux de sa forme pour les prochaines scènes. Il se laissa faire, savourant le massage, puis il accrocha les prunelles de Jiraiya.
— Tu es sûr que ça ira ? On peut reporter à demain, je sais que tu n'aimes pas enchaîner les scènes sans prendre de pause pour manger.
— Demain, c'est mon jour de repos, refusa Itachi. Je vais le faire. Je suis de toute façon très insatisfait de ce qu'on a tourné ce matin. Je veux faire mieux.
Il regarda les techniciens qui s'attelaient à démonter le décor pour en reconstruire un autre, poussant et tirant les meubles, déplaçant les murs pour les remplacer par d'autres, symbolisant une pièce emblématique de la série. Les hommes préposés à l'éclairage se hâtèrent. Petit à petit, la fausse cuisine dans laquelle il avait évolué le matin, faisant encore et encore les mêmes scènes, devint une chambre douillette et confortable.
Il souffla et ferma les paupières, masquant ainsi ses rétines qui semblaient peut-être un peu plus larges quand il portait ses lentilles. Petit à petit, il revint dans la peau d'Art, ce personnage tout en nuances de gris, il se força à se souvenir de son histoire, de ses répliques, des manies qu'il avait offertes à son rôle et, à côté de lui, Jiraiya hocha la tête.
— Tu me dis quand tu es prêt à reprendre.
Il lui fallut quelques minutes supplémentaires pour se remettre en forme. Sakura lui tendit son spray pour la gorge avec un sourire et il la remercia, prenant le soin d'utiliser le ton dont se servait son personnage pour s'adresser à tout le monde. Elle rosit à peine et il se leva, rejoignant le plateau, alors qu'elle se mettait à sa place pour observer son jeu.
— Cette capacité à se glisser dans la peau de n'importe quel personnage, ça m'impressionne toujours autant, chuchota-t-elle à l'adresse du réalisateur qui hocha la tête avec satisfaction.
— Il est fait pour ce métier, approuva-t-il. Je ne regrette pas de lui avoir donné sa chance, Akatsuki Productions lui doit énormément.
Le tournage de l'après-midi se passa bien mieux. Itachi préférait tout de même donner la réplique à des acteurs un peu plus rodés que celui à qui il avait eu affaire le matin. Pour lui, devenir une personne différente était facile, c'était presque inné. À présent qu'il avait un peu de bouteille dans le milieu – huit ans de carrière, de nombreux films, quelques séries et quelques prix – il savait qu'il ne voudrait jamais rien faire d'autre de son existence.
Une nouvelle fois, Jiraiya annonça la fin du tournage. Il n'était pas loin de dix-neuf heures. Itachi remercia chaleureusement ses partenaires, puis le réalisateur, et il finit par quitter le pour aller jusqu'à sa loge et remettre ses vêtements civils. Il sortit de la production sans avoir pu croiser ses amis et une fois à l'air libre, il inspira profondément avant de s'engager sur le chemin le conduisant chez lui.
Il déverrouilla la porte de son immeuble et salua le gardien, Asuma, s'approchant de lui.
— Bonsoir, M. Uchiha, la journée était bonne ? s'enquit l'homme derrière le comptoir en farfouillant pour attraper le courrier qu'il devait remettre à Itachi.
— Fatigante, exhala-t-il en roulant des yeux. On avait un débutant sur le plateau, on a dû tourner plusieurs fois la même scène…
Il saisit les enveloppes qui étaient tendues par Asuma, ne s'étonnant pas de les trouver ouvertes. Le gardien était également payé pour s'assurer que les habitants de la résidence le Phénix n'étaient importunés d'aucune sorte. Il inspectait absolument tout ce qui arrivait et Itachi avait laissé une liste des courriers qu'il ne voulait pas voir. Il était sûr, donc, de n'avoir aucune mauvaise surprise.
Il vérifia rapidement ce qu'annonçaient les résultats expédiés par le laboratoire, consulta le montant de la facture d'électricité et soupira en constatant l'augmentation des impôts qu'il devait payer.
Finalement, il leva les yeux vers Asuma.
— Et la vôtre ? Était-elle à votre convenance ?
— Excellente, monsieur. M. Uzumaki est passé, se souvint-il, il souhaitait savoir si vous étiez présent.
— Très bien, je le contacterai demain. Je vous souhaite une excellente soirée, Asuma.
— Vous de même, M. Uchiha.
Itachi se dirigea vers l'ascenseur qui le conduirait jusqu'à l'étage qui lui appartenait, sentant une nausée malheureusement habituelle remonter le long de son estomac qui vibra d'inconfort. L'engin mécanique s'éleva et il se tint à la paroi, soufflant doucement pour tenter de réguler les haut-le-cœur qui le saisissaient, au moins le temps de pouvoir rentrer chez lui.
La clé glissa dans la serrure, la porte claqua derrière lui et il se précipita jusqu'aux toilettes où il rendit le contenu de son estomac. S'essuyant la bouche avec une grimace, l'acidité de la bile lui brûlant les papilles, il maudit une nouvelle fois le débutant qui n'avait décidément rien pour lui plaire.
Il se lava rapidement les dents pour se débarrasser du goût affreux, puis il choisit de se préparer un repas simple qu'il mangerait en lisant la fin du thriller haletant qu'il avait commencé la veille, avant d'aller voir son oncle. Il pouvait tout à fait se le permettre puisqu'il avait son jour de repos le lendemain.
Pourtant, quand il s'installa sur son canapé, il resta un long moment à observer la terrasse immense et déserte, le tableau accroché sur un des murs du salon, sa vidéothèque principalement composée des DVD de ses propres films et la statuette qu'il avait remportée trois ans auparavant. Ses yeux caressèrent du regard tout l'espace qu'il possédait sans vraiment s'en servir puis il soupira pour écarter ses pensées mélancoliques, sa décision finalement prise.
Il aurait un colocataire.
Il savait que ce serait délicat, compte tenu de sa profession, mais il savait que Kagemane Immobilier ferait tout pour trouver le colocataire idéal, quelqu'un qui ne se soucierait pas vraiment de son métier.
— T'es pas sérieux, se lamenta Zetsu en cherchant sur le visage de Nagato la moindre trace de plaisanterie.
L'air fermé, les cernes et les yeux rougis de son ami montraient qu'il n'y avait rien d'amusant dans ce qu'il venait d'énoncer et Yahiko passa un bras réconfort dans le dos de Nagato qui se voûtait légèrement, toujours sous le choc.
— Je pensais aussi. Qu'elle n'était pas sérieuse. Mais elle n'est pas rentrée de tout le week-end.
Ils s'étaient tous trois réunis dans le petit espace de pause de la salle de sport de Zetsu et le coach sportif – un homme tout en musculature fine, dont la moitié du corps était dévoré par une tache de vin qu'il dissimulait sous des vêtements bien couvrants la plupart du temps – était tombé des nues en apprenant la nouvelle.
— Elle te trompe, répliqua-t-il tout de go.
Yahiko déglutit et porta un regard à son meilleur ami qui releva la tête vers le coach et décida de l'ignorer.
— Je veux la récupérer, annonça-t-il. C'est ma femme et je veux qu'elle se rende compte que cette pause est ridicule.
— C'est mal barré, marmonna Zetsu. Tu ferais mieux de la jeter en premier, de divorcer et de vivre avec Mikan tout seul. Elle vaut rien, cette nana.
Fronçant les sourcils, Yahiko se trémoussa sur son bout de banc, saisissant une bouteille de sa main qui ne réconfortait pas Nagato pour avaler une longue gorgée d'eau après laquelle il répliqua :
— Je pensais que tu aimais bien Konan.
— Ah je l'aimais bien tant qu'elle ne quittait pas Nagato.
— Elle ne me quitte pas, réfuta ce dernier en se redressant, c'est seulement une pause et je sais que je peux la charmer de nouveau. Qu'est-ce que je dois faire, selon vous ?
Zetsu roula des yeux, s'affalant sur la table pour mordiller une barre énergétique, faisant signe à un client de la salle qu'il arrivait dans quelques minutes quand celui-ci l'interpela pour un conseil.
— Casse-toi de la maison avec la gosse, affirma Zetsu. Je reviens, il va être pénible, lui.
Il se leva pour s'approcher, tout sourire, du client en demande et Yahiko en profita pour attirer le regard de Nagato sur lui.
— Je suis assez d'accord avec Zetsu. Pas sur la partie avec Mikan, mais au moins sur la partie avec toi qui quittes la maison.
— Mais c'est moi qui la paie, souffla-t-il. Je suis censé trouver un appartement alors que j'ai une maison ?
Durement, le roux hocha la tête, sans ciller.
— Oui. Écoute, c'est pour Mikan que je dis ça, mais Konan n'a pas l'air décidée à revenir. Imagine qu'elle attende que tu aies fait tes valises pour revenir, tu vas laisser Mikan sans voir sa mère tout ce temps ? Alors que si tu trouves un logement, tu pourras… Je ne sais pas… Imposer une garde alternée… En plus, tu verrais Konan tous les week-ends. Et si…
Les mots suivants lui coûtèrent énormément.
— Et si elle voit que tu redeviens l'homme dont elle est tombée amoureuse, alors elle reviendra.
— Tu penses ?
Convaincu, Yahiko hocha la tête avec fougue et Nagato fit la moue.
— Oui, ça se tient, affirma-t-il avant de sourire à son meilleur ami. Merci. D'être là pour moi et de m'aider.
— À ton service, répondit Yahiko et il avait envie de se crever les yeux tellement il se sentait sale.
Il avait passé tout le week-end à argumenter avec Konan, à la supplier de ne pas l'impliquer là-dedans, de ne pas attendre de lui qu'il influençât Nagato dans un sens ou dans l'autre. Il avait tempêté, affirmant qu'il refusait d'être l'instrument qui aiderait son amante à prononcer des mots qu'elle était incapable de dire toute seule et elle avait répliqué sèchement qu'il était déjà jusqu'au cou dans la situation, « je te rappelle tout de même que c'est avec toi que je suis quand il me pense avec Hanae ».
Elle avait fini par retirer sa demande, comprenant bien son malaise : Nagato et lui s'étaient connus à l'école de police, vingt ans auparavant, ils étaient amis depuis lors et avaient tout traversé ensemble.
Il adressa un sourire forcé à Nagato, regrettant un peu de ne pas pouvoir savourer les derniers moments de leur amitié. Contrairement à ce que pensait Konan, Yahiko avait la certitude qu'ils ne pourraient pas cacher leur liaison éternellement, que le mari cocu finirait par l'apprendre et ça allait faire mal. À vrai dire, s'il avait pu disparaître pendant quelque temps, il l'aurait fait sans la moindre hésitation.
Zetsu revint vers eux en bougonnant « c'est quand même pas ma faute si tu sais pas pédaler, mon gars » et il se laissa tomber sur le banc libre.
— Y a certains clients, c'est pas des flèches, murmura-t-il.
Nagato leva les yeux vers l'homme dont il était question puis il jeta un regard en biais à Yahiko.
— Il est pas dans ton unité ?
— Si, grogna Yahiko en évitant son regard. Et Zetsu a raison, c'est pas une flèche. Enfin, on l'a pas recruté pour son cerveau.
— Revenons-en à nos moutons, reprit le coach.
— Prendre un appart, confirma Nagato. Le problème c'est que… Entre les traites de la maison et l'école de Mikan, à la fin, je vais jamais avoir les moyens de prendre un appartement convenable… J'ai perdu pas mal de primes en changeant de service, précisa-t-il.
Zetsu grommela puis son visage s'illumina quand il redressa la tête, saisi par une information soudaine.
— Dans l'immeuble à côté du mien, il y a un appartement à louer, tu peux peut-être le visiter !
Nagato sembla peser le pour et le contre. Il savait pertinemment qu'une grande partie de ses contres était liée à son manque d'envie de quitter la maison qu'il payait depuis quinze ans, de laisser son épouse seule dans cette vaste demeure. Il aurait bien trop l'impression que ça sonnait le glas de leur union et lui avait toujours la ferme intention de tenir la promesse d'éternité qu'il avait faite en lui demandant sa main.
Il finit par hocher la tête, tentant de se convaincre que Yahiko avait raison : il fallait qu'il fît ce qu'elle exigeait, pour lui montrer qu'il était prêt à tout pour sauver leur mariage. Briser la routine entre eux permettrait de raviver la flamme et il était vrai que ces deux dernières années avaient été particulièrement chargées en termes d'emploi. Elle avait repris ses études en parallèle de son job pour tenter de devenir infirmière, il avait hérité des plus gros dossiers de la brigade, notamment à cause de son souci du détail, ses capacités d'analyse et cette tendance à s'oublier quand il était lancé dans une affaire.
Peut-être que s'ils parvenaient à se dégager des moments pour eux, pour nourrir leur amour sans transiter par leur enfant, peut-être qu'il pourrait lui rappeler ce qu'elle aimait tant chez lui. C'était seulement une question de temps. Elle devait déjà commencer à manquer de lui autant qu'il manquait d'elle. Depuis la veille, Mikan était en vacances chez sa grand-mère, laissant la maison vide et il s'y sentait mal.
— D'accord, approuva-t-il et Zetsu se fendit d'un sourire qui lui donnait un aspect inquiétant.
— Parfait, petit cul, je m'occupe de tout, je vais appeler le proprio ! On fait la visite ? Ce soir ? Tu viens boire des bières à la maison ?
Il papillonna des cils pour tenter d'apitoyer son ami.
— Tu vas encore essayer de me refiler tes liens pornos ? grimaça Nagato avec inquiétude avant de hocher la tête. Pourquoi pas ?
Zetsu se fendit d'un « YES ! » sonore puis il porta son regard sur l'autre homme :
— Tu peux venir si tu veux, mais la bière ira en priorité dans l'estomac du cocu.
Yahiko se tendit imperceptiblement puis il secoua la tête.
— Merci, mais… Eh merde, grommela-t-il en tirant son téléphone de sa poche après l'avoir senti vibrer. Merci, mais de toute évidence, le boulot m'appelle. La Crim' a quelque chose pour nous, ajouta-t-il en direction de Nagato. Je veux dire pour mon unité, je pense pas que ce soit lié à ton service. Je vais aller faire mon métier de vrai justicier.
Yahiko se leva, lui tirant la langue, oubliant momentanément sa trahison et Nagato roula des yeux.
— Allez, dégage, je penserai à toi en buvant de la bière pendant que tu seras en train d'attendre l'ordre d'intervention qui ne viendra jamais.
« Touché » fut le dernier mot qui flotta derrière Yahiko quand il quitta la salle de sport attenante au commissariat et le client difficile de Zetsu suivit le mouvement, disparaissant dans les escaliers qui permettraient d'émerger à la surface.
À bientôt !
