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Chapitre 3

— J'ai raté quelque chose ?

Kiba venait à peine d'arriver dans un des bars du centre-ville et, avisant ses amis en terrasse, il avait slalomé entre les tables, offrant un clin d'œil charmeur à une jeune femme qui l'observait à la dérobée, avant de se laisser tomber dans un fauteuil en paille pour saisir ses trois camarades au creux d'une hilarité partagée par Hinata et Kisame, visiblement aux dépens d'Itachi qui s'était légèrement renfrogné, se planquant dans son Cuba Libre.

Hinata tendit la main pour attraper la sienne, lui offrant ce regard qui le faisait se sentir si important et de l'autre, elle dissimula son amusement, mordillant sa lèvre pour tenter de reprendre une contenance, alors que le rire de Kisame revenait de plus belle, sonore, attirant sur eux l'attention de quelques badauds des alentours.

— Un serveur subjugué par Itachi, hoqueta-t-il alors que le susnommé avalait une gorgée d'alcool en grognant.

— Encore ? s'ennuya Kiba en portant une grimace moqueuse sur son collègue mortifié. T'as peut-être pas choisi le bon métier si tu fais cette tête à chaque fois que quelqu'un te reconnaît dans la rue.

Itachi leva les yeux au ciel avec exaspération et Kisame s'étouffa un peu avec le retour de son hilarité :

— « Oh mon dieu, oh mon dieu ! … Est-ce que je peux prendre votre numéro ? Votre commande, je voulais dire votre commande ! », singea-t-il, j'adore aller boire des coups avec toi, c'est toujours un bon moment et celui-là était beaucoup plus mignon que celui qui avait exigé de te retourner sur-le-champ.

Itachi choisit d'ignorer son ami, pour porter son regard sur Kiba avec un soupir :

— Ce n'est pas le bon jour pour ce genre de comportements. Jiraiya ne vous a pas informés ? ET Entertainment a obtenu le droit de présenter ses films à la cérémonie de cette année.

Les rires contenus se turent immédiatement et il put presque entendre la nuque de Kisame craquer quand il tourna la tête vers Itachi.

— Le comité a validé ça ? crachota-t-il sans élégance alors qu'Hinata gémissait d'horreur.

— Comment le prend Sakura ?

Déposant ses yeux sur le serveur qui avait essayé de le draguer, il observa la gestuelle avec beaucoup d'attention, notant les signes du malaise et se promettant de tenter de les reproduire plus tard. Il se décala dans son siège pour se protéger du soleil qui commençait à taper sur son visage puis il humecta ses lèvres avec un soupir.

— Je l'ai renvoyée chez elle, affirma-t-il. Elle était en train de retrouver toutes ses mauvaises habitudes, je ne l'avais pas vue comme ça depuis longtemps. Elle n'avait pas envie et on connaît tous la politique de Jiraiya, mais chez Orochimaru…

— Clairement, intervint Kiba, c'est pas le même délire. Un jour, elle m'a raconté vite fait ce qu'elle avait traversé sur les tournages de cet enfoiré, j'ai envie de lui démonter la gueule, c'est pas comme ça qu'on traite ses acteurs quand on est un minimum décent.

Hinata fit glisser son verre jusqu'à son petit ami, un peu écœurée par l'odeur de la boisson et par la nouvelle qui venait de tomber entre eux.

— Le p-problème, affirma-t-elle de ce ton timide qui marquait sa signature, c'est qu-qu'il paie grassem-ment le c-comité p-pour p-pouvoir avoir les p-prix.

— Et Deidara ne peut rien faire, précisa Kisame. Je lui ai demandé si une action en justice n'était pas possible, pour dénoncer ce genre de magouilles, mais le problème, c'est qu'on a aucune trace des transactions financières qui sont opérées, donc on ne peut pas prouver qu'il y a trafic d'influence.

— Génial, maugréa Kiba. Donc il va encore rafler tous les prix importants et on ne parviendra qu'à grappiller des trophées de seconds rôles…

Un silence se faufila parmi leurs inquiétudes, leurs yeux parcourant la table sans vraiment la voir, chacun plongé dans des pensées assez noires et il leur fallut quelques minutes pour envisager de relancer la conversation pour éloigner ce moment qui pesait sur eux. Kisame fit une tentative en revenant sur le serveur qui s'échinait à éviter leur table, toujours aussi mal à l'aise, et Itachi laissa finalement un léger sourire ourler ses lèvres pendant qu'il troquait ses lunettes de vue contre une paire de solaires adaptée, ses rétines observant le jeune homme gêné avec attention.

— Oui, il est pas mal, mais je ne mélange pas privé et professionnel. Sans offense, précisa-t-il pour le jeune couple. C'est différent de sortir avec un collègue et de sortir avec un fan.

Kisame hocha la tête en avalant un biscuit apéritif. Sur ce point-là, il donnait totalement raison à Itachi. Leur mode de vie n'était pas compatible avec celui des civils, ils couraient entre les tournages, voyageaient souvent, se rendaient prioritairement disponibles pour les films et séries dont ils étaient les stars et ça ne convenait pas forcément à tout le monde. Dans toute sa carrière d'acteur, il en avait vues, des ruptures douloureuses parce que les collègues ne voulaient pas arrêter leur métier, ou pire encore parce qu'ils avaient arrêté et en souffraient…

Il leva son verre en prononçant « À Akatsuki Productions, le monde finira par reconnaître notre génie » et les trois autres l'imitèrent sans le moindre souci, avant qu'Itachi ne consultât sa montre.

— Mince, c'est l'heure, je dois y aller.

— Déjà ?

Kiba retroussa une lèvre boudeuse, croisant les bras sur son torse en portant un regard déçu à son ami.

— Je viens seulement d'arriver, tu peux pas me faire ça ! Ça faisait un moment qu'on avait pas pu boire un verre, tous les quatre…

— Désolé, s'excusa Itachi en se levant de son siège et en leur adressant un regard contrit, je me ferai pardonner, on dînera ensemble, un soir, mais j'ai rendez-vous à mon agence immobilière dans vingt minutes.

— Alors tu vas le faire ? Je plaisantais, tu sais, précisa Kisame. Ce n'est pas parce que tu te sens seul que tu dois prendre un colocataire, tu peux aussi acheter un chien.

Itachi esquissa un sourire en se tournant vers la table qu'il venait de quitter.

— Un colocataire, c'est plus indépendant qu'un chien.

— Et un chat ? suggéra Kisame en haussant la voix alors qu'il s'éloignait. Un chat, c'est bien aussi, c'est indépendant, un chat !


Le bureau dans lequel l'agent immobilier qui s'occupait de la gestion de sa résidence devait le recevoir était vaste, désordonné et chaleureux. Il patientait dans une immense banquette, installé par la secrétaire qui avait l'habitude des « clients particuliers », comme Kagemane Immobilier les appelait. C'était un petit groupe de personnes suffisamment riches pour s'acheter une tranquillité plus que bienvenue dans le cas d'Itachi.

Il observa les cadres de travers, la pendule déréglée et se demanda comment diable Uzumaki faisait pour être aussi efficace en étant aussi peu organisé. La première fois qu'il avait rencontré le supérieur d'Uzumaki, ce dernier avait haussé les épaules en prétendant au don particulier et Itachi n'avait pu dédaigner l'explication tant il lui avait paru absurde qu'un simple stagiaire – à l'époque c'était encore la place qu'occupait Naruto – eût pu avec autant de fougue répondre à l'ensemble de ses exigences pourtant un peu démentielles.

Uzumaki était un élément pour lequel Shikamaru Nara s'était longuement battu, quand il avait pris la suite du précédent directeur : d'autres avaient repéré ses immenses talents pour la vente et souhaitaient le débaucher.

Quand l'agent immobilier passa la porte, il salua Itachi d'une voix chaleureuse et douce et l'acteur se permit de l'évaluer du regard. La vingtaine, plutôt beau garçon, l'allure d'un jeune cadre dynamique et le sourire invincible, Naruto était le genre d'hommes qui donnaient envie de croire que les commerciaux ne cherchaient pas nécessairement que le profit.

Il avait l'air sincèrement heureux quand il parvenait à dénicher un bien immobilier qui correspondait à l'ensemble des critères des personnes qui franchissaient le seuil de son bureau et il pouvait passer des nuits entières à tourner et retourner dans la ville en quête de ce qui rendrait ses clients satisfaits, n'hésitant pas une seule seconde à travailler au corps les propriétaires qui ne bossaient pas encore avec l'agence pour obtenir ce qu'il voulait.

C'était grâce à cet acharnement qu'Itachi avait pu acheter son appartement dans la résidence Phénix.

— Que puis-je pour vous, M. Uchiha ? demanda-t-il de cette voix joyeuse.

Itachi bougea de la banquette pour s'installer sur le fauteuil au niveau du bureau et Naruto grimaça lorsqu'il reçut entre ses mains les papiers qui s'étaient accumulés sur les places destinées aux clients. En temps normal, il essayait de ranger un minimum, surtout quand il accueillait une personne aussi importante qu'Itachi Uchiha.

— L'appartement ne vous plaît plus ? Vous avez noté des soucis ? s'enquit-il avec curiosité.

Itachi sourit.

— Non, l'appartement est très bien, mais beaucoup trop grand pour moi tout seul. J'aimerais savoir s'il m'était possible de sous-louer les deux chambres qui restent vides et inoccupées.

Surpris, Naruto fronça les sourcils, appuyant son dos contre son fauteuil haut et large et pivotant à un rythme lancinant de gauche à droite puis de droite à gauche. Pensif, il glissa une main dans ses cheveux blonds avant de porter les doigts à sa souris d'ordinateur, sortant l'engin de sa veille.

— Il faudrait que je vérifie la législation. Dans un cas ordinaire, cela ne pose pas de problèmes, mais comme vous bénéficiez de la loi de protection de la vie privée des personnages publics, je ne sais pas s'il n'y a pas des interactions avec les contrats de location.

Il farfouilla dans ses papiers pour tirer un dossier qu'il tendit à Itachi.

— Voici, ceci est le dossier à remplir pour sélectionner les critères qui vous intéressent pour cette location.

Il en donna un second.

— Et ici, ce sont les contrats types et nos tarifs pour la rédaction du contrat de location, de l'état des lieux et pour les visites. Oh !

Il attrapa une dernière feuille.

— Et voici le bénéfice de réduction d'impôts avec le plafonnement du loyer, sourit-il. Je vais me renseigner au niveau des subtilités légales, mais je suis sûr qu'il y a une solution. Je vous invite à remplir toute cette paperasse en étant le plus honnête possible. Vraiment, si vous ne souhaitez pas un certain type de public, dites-le.

— N'est-ce pas une porte à la sélection des locataires sur des critères raciaux ?

Naruto sourit.

— Plus une ouverture sur la sélection de nos clients sur des critères de tolérance. Nous nous réservons le droit de mettre fin au contrat qui nous lie si les critères indiqués ne correspondent pas à notre vision et notre éthique.

Se levant finalement, Itachi tendit sa main que l'agent immobilier saisit avec plaisir et sans la moindre hésitation, le raccompagnant jusqu'à la porte qui donnait sur l'extérieur.

— Je vous informe des fruits de mes recherches au plus vite, dit-il en guise de salut. J'ai entendu dire que vous étiez en course pour le prix du meilleur acteur, en septembre, je croiserai les doigts pour que ce soit vous !

— Je vous remercie, Naruto. Ne vous épuisez pas au travail, surtout.

— Vous me connaissez, depuis le temps, réfuta l'agent immobilier avec un sourire éblouissant.

« Justement », pensa Itachi en se sentant un peu coupable pour le jeune homme qui allait probablement rester à faire des heures supplémentaires pour pouvoir lui apporter toutes les informations dont il avait besoin. Il remit ses lunettes de soleil et, consultant sa montre, il estima que ce n'était pas encore trop tard pour passer à sa librairie habituelle. Dan Kâto, son auteur préféré, venait de sortir un nouvel ouvrage qu'il avait hâte de pouvoir lire.

L'homme était un ancien des forces spéciales qui avait décidé de raccrocher pour s'atteler à l'écriture de romans policiers et de thrillers prenants. Ils sentaient le vécu, ces livres, et Itachi adorait les ambiances qui étaient développées, rêvant de jouer un jour dans un film aussi saisissant.

Ainsi, quand Jiraiya lui avait proposé le premier rôle pour Time Travel, il n'avait pas hésité une seule seconde. Le scénario était bien plus profond que prévu et le réalisateur, bien déterminé à créer une nouvelle catégorie rien que pour ses films, avait mis tout son cœur à bâtir le personnage incarné par Itachi, le Maître du Temps.

Séduit par les ambitions de Jiraiya, Itachi avait depuis longtemps décidé de dédier tous les talents que la nature lui avait offerts à aider le cinéaste à concrétiser ses rêves, convaincu que ça lui permettrait d'accomplir les siens dans le même mouvement. Depuis huit ans qu'ils travaillaient ensemble, l'acteur n'avait jamais eu rien à redire sur les méthodes de Jiraiya et sur la brillante montée de sa propre carrière : ils formaient réellement une équipe inégalable.

Il rentra chez lui avec un sac entier de nouveaux livres qu'il s'empressa de poser sur sa pile à lire désespérément basse, puis il saisit le dernier tome des aventures de l'inspecteur Nobody. Le précédent volume de la série avait laissé le protagoniste aux prises avec un parrain de la mafia difficile à confronter et ne traitait pas des conséquences de cette affaire sur la psyché délicate de Nobody et Itachi avait plus que hâte de savoir comment son héros avait encaissé la mort de son témoin clé.


La capsule de la bouteille de bière atterrit sur la table basse, bientôt suivie par l'affaissement du canapé dans lequel Zetsu se jeta presque et Nagato se délaça dedans, contemplant le capharnaüm qu'était l'appartement de son ami.

— Jamais tu ne ranges ? demanda-t-il en plissant le nez, un peu dégoûté.

Sur la table basse où Zetsu avait posé ses pieds enchaussés, il y avait une tasse pleine d'un liquide qu'il valait mieux ne pas identifier – un café salé abandonné depuis quatre jours et qui prenait des couleurs suspectes donnant à Nagato l'envie d'empoigner une éponge, un sac poubelle et de faire le ménage.

Zetsu haussa les épaules d'un air dépité.

— C'est pas pire que l'appartement qu'on vient de visiter.

La moue dégoûtée de Nagato se changea bientôt en expression amusée alors qu'il portait sa propre boisson à ses lèvres, aspirant une gorgée au fort goût de houblon.

— Il faut du culot pour oser proposer de telles choses à la location, confirma Nagato. C'est effarant, il n'y a que des apparts aussi crades, dans mon budget. Je vais monter à la centaine supérieure, mais ça va considérablement impacter mon niveau de vie. J'aurais vraiment adoré pouvoir m'installer dans le centre, ça m'aurait permis de me passer de la voiture et de réduire les frais d'assurance et de carburant, mais les économies faites à ce niveau ne compensent pas les loyers exorbitants de ces quartiers. Même si je rogne sur le budget repas et que je cesse d'aller à la cantine pour préférer un déjeuner cuisiné à la maison, je vais devoir abandonner quelques loisirs.

Zetsu lui porta une œillade contrariée, retenant tout ce qu'il pensait des efforts que Nagato consacrait à une femme qui, il en était sûr, n'avait nullement l'intention de lui laisser une autre chance, puis il soupira.

— Tu te rends compte que ce serait plus simple si tu divorçais et récupérais ta maison ? Tu paies les traites tout seul depuis quoi ? Dix ans ? Elle n'a aidé que les cinq premières années ? Elle mérite pas de dormir dedans pendant que tu galères et envisages de rogner sur ton budget.

— Tu ne m'aides pas, là, réagit Nagato. Si je pouvais trouver un appartement meublé, ce serait bien plus simple. Je suis sûr que ma mère accepterait de garder Mikan jusqu'à ce que j'ai de quoi lui faire une chambre, mais ça m'embête, Maman n'est plus aussi en forme qu'avant, elle a pris un sacré coup, avec la pneumonie de l'année dernière.

— Je maintiens que tu peux toujours demander le divorce avant qu'elle le fasse, lui coller une procédure pour faute sur le coin du museau et récupérer la maison, la petite et ta liberté de mouvement. Vous deux tout seuls, chez toi, avec ton salaire, ça ira. Bon, ce sera pas le grand luxe, c'est vrai, mais si tu pouvais éviter de sortir un loyer supplémentaire par mois, ce serait quand même bien plus confortable.

Voyant que son petit discours – pourtant raisonnable – ne prenait pas sur son ami, Zetsu soupira.

— Hors de question que tu abandonnes la salle, grommela le coach en s'étirant. Je vais te faire une ristourne, après tout, c'est moi qui décide qui paie quoi, c'est moi le patron. Je refuse que tes loisirs soient saccagés par cette connasse.

— Arrête, je t'en prie, tu parles de mon épouse en des termes qui me déplaisent.

Il y eut un silence et Zetsu finit par baisser les yeux sur sa bière.

— Ouais, pardon, c'est que ça me fout en boule de voir mon pote dans un tel état, t'es une épave, là et j'ai l'impression que t'as pas fini de ramper…

Nagato prit la réflexion comme une marque d'amitié et il entrechoqua leurs bouteilles, le remerciant à voix basse.

— Je peux rester, cette nuit ? Je n'ai pas envie de rentrer chez moi, confessa-t-il.

— Sûr, fais comme chez toi.

— Dis pas ça, je vais avoir envie de faire le ménage, rit Nagato.

— Sûr, répéta Zetsu avec une moue amusée, fais comme chez toi. On commande des pizzas et on se cale devant le match ?

Nagato approuva d'un geste du menton, déjà de nouveau perdu dans ses pensées.

Il y avait beaucoup de détails dont il devait tenir compte pour pouvoir choisir un appartement et certains étaient réellement totalement hors de portée. La maison qu'ils avaient fait construire avait été étudiée en fonction de sa profession : il disposait d'un coffre-fort où il pouvait ranger son arme de service, pour éviter de la laisser à portée de Mikan. Il y avait eu des drames, plusieurs dizaines d'années auparavant, quand les officiers de la police avaient pu ramener leurs armes à leur domicile.

Les critères d'obtention du permis port d'armes s'étaient durcis afin d'en éviter de nouveaux, et il ne voulait pas renoncer au sentiment de sécurité que le poids de l'arme sur ses flancs lui procurait, même s'il y renoncerait mille fois pour sa fille.

Quelques jours s'étaient écoulés depuis qu'il avait commencé cette recherche d'appartements et elle lui apparaissait sans fin. Une impatience certaine se diffusait en lui, il voulait avancer à l'étape où il pourrait de nouveau inviter Konan à dîner, la courtiser, la séduire une fois encore. Mais pour ça, il fallait qu'il quittât la maison. Elle ne lui répondrait et accepterait de le rencontrer qu'à cette condition.

Il ne savait pas encore comment il allait expliquer un tel changement à Mikan. Sa fille était une enfant plutôt détachée, qui avait une large préférence pour les objets cassés, mais il ne trouvait comment il pourrait lui annoncer que le mariage de Papa et Maman était ébréché. La fin juillet arrivait rapidement, bien trop à son goût et les rares appartements salubres qu'il avait visités étaient possédés par des propriétaires qui avaient refusé son dossier.

Depuis presque une semaine, tout son temps libre se déroulait dans des logements à moitié inhabitables, à perdre peu à peu l'espoir de finalement trouver quelque chose de potable. Le lendemain, il avait un rendez-vous un peu au nord de la ville pour visiter un appartement. Il souhaitait de tout cœur que cette journée lui permettrait d'y voir plus clair.


Malheureusement, l'appartement n'était dans un meilleur état que les précédents. De la tapisserie portant des traces de moisissure, une odeur tenace d'humidité, des câbles qui couraient sur les plafonds, des prises électriques ancestrales qui n'étaient parfois même pas branchées, laissant apparaître des fils à nu… Nagato s'était indigné auprès du propriétaire qui avait ricané « vous espérez obtenir quoi, avec un budget aussi bas, en fait ? ».

Il avait alors claqué la porte, estimant que le respect donné aux gens ne devait pas dépendre du prix qu'ils étaient prêts à mettre dans la location d'un appartement et ses pas l'avaient conduit à travers centre, chemin le plus court pour rejoindre le studio de Zetsu, son ami lui ayant demandé de passer le voir quand il aurait fini la visite, pour lui raconter comment elle s'était déroulée.

Il releva la tête quand il bouscula un badaud en marchant, tournant la nuque pour s'excuser longuement et son regard fut attiré par la façade d'une de ces agences immobilières des quartiers chics.

Il fit demi-tour pour observer les annonces, analysant les chiffres qui défilaient devant son nez alors qu'il les portait de l'une à l'autre des affichettes, calculant bien malgré lui le prix moyen au mètre carré, exhalant de contrariété quand il constata que ça représentait trois fois plus que son budget ne lui permettait.

Ses yeux glissèrent sur le logo de Kagemane Immobilier, pour revenir sur les photos des appartements qui semblaient mille fois plus beaux que tout ce qu'il avait pu voir jusqu'à présent, et une douleur dans le regard, il commença à se détourner puis tomba nez à nez avec un jeune homme en costume qui tenait un épais dossier serré dans ses bras.

Ce dernier lui adressa un sourire avenant, ses rétines d'un bleu outremer passant de la vitrine à lui, comme s'il cherchait à savoir quel bien pouvait lui avoir plu.

— Je peux vous aider ? Je suis agent immobilier pour Kagemane Immobilier, précisa-t-il.

Nagato jeta un dernier regard à la vitrine avant de secouer la tête, reculant d'un pas.

— Non, je vous remercie, mais ce que vous proposez est totalement hors de ma portée, en termes financiers.

Une moue amusée apparut sur le visage de l'agent immobilier, une lueur intéressée brillant sur ses rétines, comme s'il considérait Nagato et son problème budgétaire comme un défi à relever. Le blond prit un air faussement offensé, portant une main à son cœur :

— Nous nous connaissons à peine et vous pensez déjà que je ne suis plus capable de vous surprendre, ça me blesse.

Amusé malgré lui par les pitreries de l'agent, Nagato se laissa tenter, plus pour rêver un peu que prenant au sérieux la proposition de l'homme.

— Nagato Uzumaki, se présenta-t-il en tendant sa main.

Le promoteur s'en empara avec un sourire plus grand encore.

— Je crois bien que c'est le destin qui nous réunit. Nous portons presque le même nom. Naruto Uzumaki.

Tirant sur la porte, Naruto invita son nouveau client à entrer et à patienter sur la banquette de l'accueil. Un homme émergea d'une pièce dans le fond du local et Nagato se pencha, remarqua que le chef d'agence – c'était ce qui était inscrit sur la plaque, en tout cas – paraissait aussi jeune que son employé.

— Tu t'en occupes ? demanda Shikamaru Nara à Naruto et ce dernier hocha la tête.

— Ouaip, j'assure, t'inquiète. Je reviens de Phénix, là, je traiterai la demande plus tard, c'est du lourd, je pense, connaissant le personnage.

Shikamaru hocha la tête, avant d'attirer l'attention de Nagato sur lui pour dire :

— Je laisse mon collaborateur se charger de votre dossier, vous êtes entre de bonnes mains.

— Les meilleures, confirma Naruto avec orgueil en désignant un bureau qui n'était pas celui sur lequel il avait déposé l'épaisse liasse qu'il avait tenue. Dites-moi, M. Uzumaki, à quoi ressemble la demeure de vos rêves ?

Quand il quitta le bureau, plus d'une heure plus tard, Nagato pouvait sentir que son moral était remonté : l'enthousiasme de son presque homonyme était contagieux et drôlement séduisant. Il se laissa raccompagner jusqu'à la sortie par l'agent qui lui promit de le recontacter au plus vite.

Naruto observa un long moment la silhouette du quadragénaire qui venait de quitter l'agence, pensif, ses yeux passant de la porte qui s'était refermée à son bureau. La main qui s'abattit sur son épaule le fit sursauter puis il contempla le visage de son chef, déjà perdu dans ses réflexions.

— Demande difficile ? devina Shikamaru.

— Un défi à la hauteur de mon talent, plutôt, corrigea Naruto avec un sourire. Monsieur Uzumaki – j'te jure, ça s'invente pas, à deux lettres près, on s'appelle pareil – est à la recherche d'un appartement, de préférence meublé, en centre-ville, pas loin de l'école privée Naka et du commissariat où il travaille, deux chambres, une pour lui, une pour sa fille de sept ans. Il a rajouté des critères comme le coffre-fort pour son arme de service, une résidence sécurisée… pour un loyer de… maximum…

Il se tut et cligna des yeux qu'il dirigea de nouveau vers son bureau encombré et Shikamaru fit claquer sa langue.

— N'y pense même pas, ordonna-t-il sèchement.

Naruto roula des yeux en lui portant un regard plein de défi.

— Pourquoi pas ? Phénix possède tous les critères requis pour correspondre à ce que cherche monsieur Uzumaki.

— Parce que le propriétaire c'est Itachi Uchiha, marmonna Shikamaru, et que le locataire est un homme ayant une enfant de sept ans. Ça va poser problème.

— Et qui dit ça ?

— Moi, je le dis. Naruto, ne fais pas ça.

— Je ne vois pas le problème, s'acharna Naruto en se dirigeant vers le bureau pour récupérer son dossier qu'il ouvrit à une certaine page. Je suis sûr que ça matche.

Il le posa sur l'autre bureau, au-dessous de celui qu'il avait fait remplir au dernier client de la journée.

— vois par toi-même, insista Naruto et Shikamaru déposa un œil rapide sur les papiers en fronçant les sourcils.

— Bougre de toi, murmura-t-il, le pire c'est que tu as raison, ça pourrait matcher.

Le chef d'agence hésita, réfléchit, pesa le pour, le contre puis il capitula d'un large geste de la main.

— Rah, très bien, fais comme tu le sens, mais tu assumeras les conséquences.