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Chapitre 4

« Vous êtes bien sur la messagerie de Konan Uzumaki, laissez-moi vos coordonnées et je vous rappellerai. »

Le signal sonore annonçant le début de l'enregistrement résonna dans ses oreilles et un rictus amer retroussa sa lippe.

— Il est mensonger, ton message d'accueil, lança-t-il sur le ton de la plaisanterie, j'ai beau laisser mes coordonnées, tu ne me rappelles pas…

Un silence passa et il se redressa dans leur lit où il dormait seul depuis dix jours.

— Je… Je voulais savoir si tu penses rentrer bientôt. Mikan est toujours chez ma mère et elle doit revenir à la fin de la semaine… Est-ce que tu veux que je demande à Maman de la garder jusqu'à août ?

Il humecta ses lèvres et les mordilla.

— Je… Tu me… Tu me manques et… Rappelle-moi, s'il te plaît.

Il raccrocha en se maudissant de paraître si suppliant, observant la place qu'il prenait dans le lit. Même si cela faisait déjà quelques nuits qu'il dormait sans elle, il veillait toujours à laisser l'espace exact du corps qu'il avait serré si souvent.

Ses rétines effleurèrent la poignée du tiroir où se trouvaient auparavant les affaires de son épouse. C'était elle qui avait choisi cette ouverture. Il se souvenait très bien qu'elle avait dit les préférer pendantes, un peu cuivrées, pouvoir les tirer d'un seul doigt.

La solitude et le manque qui l'accablaient s'étaient encore aggravés à présent qu'il devait aussi composer avec l'absence de Mikan. Quand elle était présente, son attention était tellement focalisée sur elle qu'il oubliait tout le reste et l'inconfort de sa situation ne pouvait qu'aller en s'empirant sans elle.

Incapable de s'endormir, il se tira des draps, sa voûte plantaire caressant le parquet qui habillait le sol de la chambre de sa maison, le conduisant à ouvrir son placard pour en sortir des vêtements propres. Quitte à ne pas trouver le sommeil, il pouvait tout aussi bien retourner au commissariat, le dossier avec lequel il se débattait actuellement l'attendait toujours sur son ordinateur. Son supérieur était tellement satisfait de son travail – au moins une chose qui allait bien dans sa vie – qu'il lui avait confié le plus gros client de la brigade, le trésor national. Il devait analyser et vérifier l'intégralité des comptes des Sharingan Industries, incluant les différentes filiales à l'étranger, bien entendu, pour s'assurer qu'aucune fraude fiscale n'était en cours.

Son patron lui avait précisé que le seuil de tolérance aux opérations d'optimisation fiscale était un peu plus élevé pour cette entreprise, parce qu'elle générait une grande partie du produit intérieur brut du pays à elle toute seule. Nagato s'était habitué à cette sorte de complaisance envers les puissants et compte tenu de ses états de service, il aimait encore mieux celle-ci.

Terminant de s'habiller, il sortit de la chambre sans un regret pour le lit qu'il avait quitté. Il descendit les escaliers jusqu'au meuble à chaussures où il attrapa les siennes, exaspéré par le bazar ambiant qui s'étalait depuis que Konan était partie.

En claquant la porte d'entrée, tâtonnant les poches de la veste qu'il avait emportée pour trouver ses clés de voiture, il se promit de faire le ménage en rentrant.

Quand il arriva dans le commissariat en passant par le portail donnant accès au parking des personnels, il tomba nez à nez avec Kakashi, la main serrée sur un verre en plastique lavable d'un rose vieilli qui jurait presque avec ses cheveux gris. Les doigts de l'autre officier recouvraient l'inscription sur le récipient et l'homme hocha la tête en s'arrêtant dans sa course.

— Bonsoir, Uzumaki, qu'est-ce que tu fais là ? Il est tard.

— Je suis seul à la maison et j'arrivais pas à dormir. Me suis dit que je pouvais tout aussi bien venir pour avancer. Tu aimes le rose ?

— J'aime l'érotisme, s'amusa Kakashi en sachant très bien que le sujet mettrait Nagato mal à l'aise. C'est l'éco-cup qu'ils distribuaient au salon de l'érotisme d'il y a deux ans, j'y étais allé pour assister à la grande première de Gamers Bait, avec la plantureuse Hime dans le rôle de Pixel. Excellent film, d'ailleurs. Immense critique de la femme comme objet du désir sexuel dans les jeux vidéo. Je te le conseille.

Nagato grimaça avec dégoût, arrachant un rire amusé à son vis-à-vis, mais il se retint de réagir à la réflexion sur les jeux vidéo. Depuis que son ancienne unité avait appris son amour un peu trop grand pour les activités vidéoludiques, ils saisissaient toutes les occasions pour le vanner à ce sujet. C'était de bonne guerre et une façon délicate de montrer qu'il faisait toujours partie des leurs, même s'il n'allait plus sur le terrain avec eux.

Kakashi prit finalement congé en le laissant rejoindre son bureau dans lequel il s'enferma.

Il passa le reste de la nuit à étudier les comptes des Sharingan Industries et sursauta avec force quand des coups cognèrent contre la vitre de la porte de son espace de travail. Le battant s'ouvrit, laissant apparaître Yahiko qui l'observa craintivement avant de pénétrer dans le lieu fermé. Il s'avança jusqu'au bureau et tendit un sourire contrit à son meilleur ami.

— C'est Kakashi qui m'a dit que tu étais venu, je pensais que tu étais reparti.

Nagato secoua la tête, ses yeux revenant sur l'écran.

— J'arrivais pas à dormir.

— Excuse, j'ai pas répondu à ton message, hier soir, j'étais… J'étais occupé et après j'ai pris mon service, et tu sais bien comment c'est…

L'inspecteur hocha brièvement le menton, sans quitter les lignes de compte qu'il épluchait avec attention, et mal à l'aise, Yahiko hésita à s'asseoir sur la seconde chaise du bureau. Quand, finalement, Nagato leva ses yeux violets vers lui, il baissa les siens.

— Tu voulais quelque chose en particulier ?

— J'ai l'impression que tu m'en veux, prononça Yahiko avec réluctance.

L'étonnement qui se lut sur le visage de Nagato le rassura : son meilleur ami ne se doutait de rien pour l'instant.

Il n'allait pas pouvoir tenir longtemps, à ce rythme, c'était épuisant de jouer sur les deux tableaux. Quand Konan n'avait pas encore lancé cette idée de pause, c'était plus facile, il suffisait de ne pas parler d'elle, mais à présent, en tant que meilleur ami, il était bien obligé de s'enquérir de l'état moral de Nagato, donc de mettre Konan sur le tapis, au risque de se trahir. Peut-être était-ce un moindre prix à payer, au final, pour être un si mauvais ami.

— Pas du tout, sourit Nagato, excuse-moi, je suis un peu fatigué.

Il appuya sur le bouton d'extinction de l'écran afin de ne plus être distrait comme il l'avait été jusqu'à présent et invita Yahiko à s'installer sur la chaise.

— Tu as eu des nouvelles ? demanda-t-il finalement, même s'il connaissait parfaitement la réponse.

Nagato réfuta d'un geste avant de déglutir, baissant les yeux sur son clavier. La barre espace avait une légère résistance quand il appuyait dessus et il n'avait pas encore eu le courage de le démonter pour le nettoyer, de peur de ce qu'il allait trouver coincé entre les touches. L'objet était tellement ancestral que le blanc avait tourné au jaune de façon définitive et le dessin des lettres s'était effacé sur beaucoup d'entre elles, le pavé numérique étant désormais vierge de tout numéro.

Le pire était sans doute qu'il avait fallu un long, très long moment à Nagato pour noter la disparition des caractères, tant il était rompu à la pratique. À présent qu'il l'avait remarqué, il était certain qu'il ne verrait plus que ça.

— Elle ne me rappellera pas, hein ? demanda-t-il d'une voix faible.

Il paraissait tellement fragile que Yahiko ferma brutalement les paupières, refusant d'affronter le spectacle qui s'offrait à ses yeux et dont il se savait partiellement responsable.

— J'en sais rien, murmura-t-il pour toute réponse.

Et c'était la phrase la plus honnête qu'il eût prononcée depuis une semaine et demie. Il ne devinait pas quel était le plan de Konan, il ne comprenait pas plus que lui pourquoi elle agissait de la sorte et n'approuvait certainement pas une telle stratégie. Il était là à chaque fois que le mobile de son amante révélait le nom de Nagato en appel entrant.

Elle contemplait son téléphone sonner et n'écoutait pas les messages – en tout cas, pas devant lui –, laissant ses pensées se perdre pendant que lui se demandait si elle n'était pas en train de regretter la décision qu'elle avait prise. Non, vraiment, la situation n'était agréable pour personne.

— Mais qu'est-ce que je vais faire, sans elle ? questionna Nagato d'une voix éteinte.

Son regard se porta sur le cadre qu'il avait sur son bureau, se chargeant de larmes puis il les détourna pour dissimuler sa tristesse aux yeux de son meilleur ami. La question n'était pas aussi rhétorique qu'il y paraissait et Yahiko connaissait suffisamment Nagato pour pouvoir répondre, s'orienter sur un sujet moins délicat.

— Ce n'est pas pour elle que tu as fait ce choix, c'était pour Mikan.

Peut-être pas forcément empli de tact, se rappela Yahiko au moment où il prononça cette phrase. Nagato secoua la tête, comme pour sortir de pensées néfastes, puis il passa ses mains sur son visage pour en chasser les larmes et la fatigue.

— Oui, tu as raison. Mikan.

Il allait rétorquer quelque chose, mais n'en eut pas le loisir, son téléphone signalant un appel en vibrant dans le tiroir du bureau. Les deux amis échangèrent un regard perplexe et Nagato décala sa chaise pour pouvoir ouvrir. Sur son visage, Yahiko lut que ce n'était pas Konan qui l'appelait : une déception visible restait sur chacun de ses traits, comme s'il espérait qu'au moment où il baisserait les bras, elle reviendrait vers lui.

« Mais ça n'arrive que dans les films, ça », pensa Yahiko alors que Nagato examinait le numéro pour essayer de deviner de qui il s'agissait.

Il finit par décrocher son téléphone d'un air méfiant et le son trop fort l'incita à écarter l'engin de son oreille alors qu'une voix masculine, bien trop enjouée, lui annonçait :

— Bonjour, pardonnez-moi de vous appeler à une heure si matinale ! Naruto Uzumaki, de l'agence Kagemane Immobilier !

— C'est qui ? prononça silencieusement Yahiko et Nagato lui fit signe qu'il lui expliquerait après.

Je vous contacte pour vous annoncer la bonne nouvelle : j'ai trouvé un bien immobilier correspondant à l'ensemble de vos critères.

— C'est impossible, jappa Nagato d'une voix incrédule. Je ne peux pas y croire.

Il tapota des doigts sur le bord de son bureau, levant les yeux vers Yahiko et un rire amusé lui répondit.

Impossible n'est pas Uzumaki, ponctua Naruto avec humour, vous devriez le savoir ! Pourriez-vous venir à l'agence aujourd'hui afin que je vous présente cette opportunité ?

— Bien sûr, affirma Nagato, je finis ma journée de travail vers dix-sept heures, je passerai vous voir.

Ils se saluèrent et Nagato raccrocha, toujours halluciné, portant ses yeux sur son meilleur ami, un début de sourire au bord des lèvres.

C'était une excellente nouvelle. C'était la bouffée d'espoir dont il avait besoin. À présent, il avait peut-être une chance de parvenir à ses fins. Quelque chose dut passer sur ses traits parce que Yahiko s'agita, fronçant les sourcils, posant silencieusement une question qui ne sortit pas l'autre de ses pensées. Il se retint de rouler des yeux avant de dire :

— Hé, c'était qui ?

— Kagemane Immobilier, répondit Nagato. Je suis allé chez eux il y a quelques jours…

Il entreprit de raconter sa rencontre avec son quasi-homonyme quelques jours auparavant, la conversation onirique qui en avait découlé, où il s'était lâché sur les critères qu'il recherchait, incluant des options toujours plus folles – un jacuzzi, une terrasse panoramique avec vue, une résidence ultra sécurisée, gardien, garage, piscine, un chauffage réversible, une suite parentale, à deux pas de l'école de Mikan, avec un parc pour qu'elle pût jouer dehors le week-end – et Yahiko finit par se détendre, un sourire s'étalant sur ses lèvres, tant les exigences relevaient de la mission impossible.

— Et j'ai précisé que je ne voulais pas que ça dépasse les cinq cents.

Le rire de Yahiko résonna dans la pièce, il prit le temps d'essuyer les larmes qui perlaient au bord de ses paupières pour hoqueter :

— J'aurais donné n'importe quoi pour voir la tête de l'agent qui t'a reçu.

Il souffla un grand coup pour se calmer finalement, ses yeux bleu clair glissant sur l'arrière du cadre où il savait que Nagato conservait une photo de sa famille.

— Et qu'est-ce qu'il voulait ?

— Figure-toi qu'il a trouvé.

— C'est fantastique ! s'exclama Yahiko d'une voix excitée.

C'était tout ce qu'il y a de plus sincère. Même s'il était partagé entre son meilleur ami et son amante, il espérait plus que personne d'autre que Nagato pût aller mieux, et pas uniquement pour apaiser la culpabilité qui vibrait au fond de son cœur.


La tasse en faïence blanche ornée d'une inscription « Best dad ever » cachait une bonne partie du visage de Jiraiya alors qu'il avalait l'ultime gorgée de son café – qu'il avait rehaussé d'une touche de whisky. La lenteur avec laquelle il effectuait tous ses gestes rendait Itachi incroyablement nerveux, lui donnant envie de s'excuser sans qu'il ne sût vraiment ce qu'il aurait pu faire de mal et il n'aimait pas cette sensation.

Le réalisateur reposa le récipient sur son bureau dans le silence pesant de la petite pièce dans laquelle il s'enfermait pour écrire ses scénarios – et pour réprimander ses acteurs, ce qui amena Itachi à lever un regard timide sur lui, un peu désolé.

— Écoute, Itachi…

Ce dernier déglutit. Il était des plus rares que Jiraiya utilisât les noms véritables des artistes ayant choisi un pseudo, comme c'était son cas. Aussi baissa-t-il la tête et prononça rapidement :

— Je suis désolé, je ne le ferai plus.

Jiraiya fronça les sourcils et cligna longuement des paupières en écoutant son étoile montante se répandre en excuse et il finit par éclater d'un rire sonore, interrompant la diatribe contrite. Il se leva pour emplir sa tasse d'une deuxième tournée de café, en proposa une à Itachi qui confirma par réflexe, la saisissant et crispant ses doigts dessus.

— Je n'ai rien à te reprocher, voyons, précisa le réalisateur.

Le soulagement se lut sur le visage d'Itachi qui accepta alors d'écouter ce que le sexagénaire avait à lui dire.

— Je voudrais te parler de l'avenir d'Art.

Itachi hocha brièvement la tête, tentant de remettre en place ce qu'il savait des prochains épisodes qu'il devait tourner. Art, personnage principal d'une série au grand succès, se trouverait dans une situation délicate, à partir de l'épisode quinze. Itachi humecta ses lèvres, attendant la suite.

— Je vais devoir lui faire prendre du recul et s'exiler pour quelque temps. Tu ne pourras pas prendre son rôle pour le début de la saison quatre.

— Oh, réagit Itachi, déçu. D'accord, je… C'est dommage, j'aime bien ce personnage, il est intéressant.

Il déglutit en baissant les yeux sur la surface du café, portant finalement sa propre tasse à ses lèvres, avalant une gorgée difficile. Une certaine émotion l'envahissait à l'idée qu'il allait devoir prendre du recul par rapport à cette série. Il cligna rapidement les paupières pour éviter de se sentir triste et il remonta son regard vers celui de Jiraiya qui le couvait d'un air doux.

— Hey, il va revenir, c'est seulement la première moitié de la saison ! En plus, j'ai autre chose pour toi et je sais que ça va te plaire, j'ai gardé le rôle tout spécifiquement pour toi…

Il ménagea son suspens, un petit sourire glissant sur son visage alors qu'il percevait les signes d'une grande impatience chez son poulain.

— Tu te souviens de ce scénario que tu avais lu, chez moi, en me disant qu'il était mauvais ?

— Il était vraiment mauvais, insista Itachi en dissimulant son amusement dans sa tasse.

Lorsqu'il avait dix-sept ans, il avait passé une nuit entière à lire un des films écrits par Jiraiya, à l'annoter en marge pour soulever toutes les incohérences, tous les dialogues médiocres et les rebondissements ratés. L'homme en avait été vexé pendant des jours, refusant de lui adresser la parole et enterrant le scénario au fin fond d'un placard.

— Sale gosse, ponctua Jiraiya.

À cette époque, Itachi avait déjà envie de devenir acteur, mais Jiraiya l'en empêchait, le tempérant dans cette décision, l'enjoignant à patienter encore une année, ou deux. Souvent raccompagné hors du studio par la sécurité, Itachi n'avait jamais démordu de son choix. Alors Jiraiya lui avait fait signer son premier contrat avec Akatsuki Productions trois mois après ses dix-huit ans, comme chauffeur.

— J'ai décidé de le reprendre et de l'adapter, je voudrais le présenter à la cérémonie de l'année prochaine et je veux que ce soit toi le rôle principal.

— Qui d'autre pourrait l'être ? questionna Itachi avec une pointe d'orgueil. Ce rôle est fait pour moi. C'est donc pour ça que tu fais prendre du recul à Art, pour que je puisse préparer mon nouveau rôle…

Jiraiya hocha la tête avec un sourire puis il inspira profondément, retrouvant d'un coup tout son sérieux.

— C'est un rôle casse-gueule, que je te propose, là. Si on se rate, ça pourrait mettre un grand coup de frein à ta carrière, alors ne me dis pas oui de suite. Je vais te passer le scénario, tu pourras le lire tranquillement. C'est quelque chose de complètement différent de ce que tu fais habituellement, donc j'aimerais mieux que tu acceptes en ton âme et conscience. Je ne m'offenserai pas si tu refuses.

— D'accord, je lirai le scénario, mais tu sais que j'aime prendre des risques.

Jiraiya lui tendit une liasse épaisse de feuilles de papier qu'Itachi posa sur ses genoux le temps que son supérieur répondît :

— Oui, j'ai cru entendre ça, un colocataire ?

— Pas toi aussi, grogna Itachi, Kisame s'est déjà chargé de me dire à quel point c'est une mauvaise idée. De toute façon, tu sais comment travaille Naruto, il ne se risquera pas à me proposer quelqu'un qui ne répond pas à l'ensemble de mes critères.

— C'est vrai, accorda Jiraiya. Dommage qu'il veuille pas bosser dans le cinéma, ce petit, il serait merveilleux à l'écran. Mais fais attention à toi, s'il te plaît. Ça me préoccupe que tu laisses ton intimité entre les mains d'un tiers.

L'acteur fit reculer sa chaise, se levant finalement en vérifiant l'heure.

— Je suis attendu sur le plateau, s'excusa-t-il. Je sais que tu t'angoisses pour moi, mais Naruto connaît la loi de protection de la vie privée des personnages publics mieux que nous. Si c'est nécessaire, il contactera Deidara pour vérifier les subtilités, ne t'inquiète pas tant pour moi. Je suis entre les mains des meilleurs.

Baissant les yeux sur sa tasse déjà vide, Jiraiya accepta de lâcher du lest, pinça les lèvres en une moue résignée.

— Très bien, consentit-il.

La porte claqua derrière Itachi et Jiraiya laissa son regard se perdre sur le cadre photo qui ornait le mur face à son bureau : un immense cliché de toute son équipe réunie – avocat inclus – autour du dernier prix reçu par Akatsuki Productions.

Il adressa une prière à un dieu au hasard pour que tout se passât pour le mieux pour son acteur fétiche, éloignant comme il le put le sentiment diffus d'angoisse qui se diffusait dans ses veines.


Le soleil cognait dur en cette fin d'après-midi tellement chaud que les deux hommes avaient fait le chemin jusqu'à l'endroit où Naruto avait planifié le rendez-vous en passant de zone d'ombre en zone d'ombre, avec l'espoir qu'un vent rafraîchissant finirait par se lever.

Leurs étés étaient secs, souvent brûlants et même lorsque dix-huit heures sonnaient, il n'était pas rare que les rues fussent toujours peu fréquentées, les passants se massant dans les centres commerciaux climatisés, se regroupant dans les salles de cinéma fraîches ou dans les bars.

Nagato avait failli refuser d'accompagner l'agent immobilier, vu la tête décomposée qu'il traînait après sa nuit blanche, mais il avait craint que reporter le rendez-vous ne donnât une mauvaise image de lui, ce qui avait élevé encore d'un cran le niveau d'anxiété qu'il ressentait.

Naruto lui avait longuement expliqué où se situait l'appartement – en plein centre-ville, dans un des quartiers gentrifiés, près de la gare, qui était devenu un endroit privilégié de la bourgeoisie supérieure – et lui avait touché deux mots du propriétaire qui occupait les lieux et vivrait donc avec Mikan et lui, s'il signait le contrat de location.

Une colocation n'était pas tout à fait ce qu'il avait envisagé, mais si l'appartement ressemblait réellement à ce qui avait été décrit par Naruto, il se pouvait bien qu'il ne refusât pas une telle opportunité. Une part de lui pensait toujours qu'il y avait un problème, un vice caché, que c'était une farce, mais il avait longuement vérifié la crédibilité de Kagemane Immobilier sur internet avant de se rendre à l'agence. Elle était très bien classée parmi les promoteurs de la ville, en règle par rapport au fisc, elle ne touchait pas aux milieux louches, le personnel était compétent. Il y avait donc de grandes chances que la proposition de Naruto fût réellement sérieuse.

Ce dernier l'arrêta en pleine marche, désignant la terrasse du café qui se trouvait de l'autre côté de la rue. Le doigt de l'agent immobilier pointa un homme seul en train de lire :

— Et le voici.

— Il semble si jeune, constata Nagato.

Il resta quelques secondes absorbé par sa contemplation, notant les cheveux longs, les lunettes aux montures noires et rectangulaires, l'apparente concentration, les vêtements légers. De cette première observation, il tira quelques conclusions, puis ils s'avancèrent jusqu'à l'emplacement où était installé Itachi.

Ce dernier leva les yeux quand les deux silhouettes projetèrent leurs ombres sur le livre qu'il était en train de lire. Il le referma, marquant la page à l'aide d'un stylo-bille argenté que Nagato avait déjà vu quelque part sans pouvoir se souvenir où. Il tendit sa main, Itachi se redressa pour l'empoigner et leurs regards s'examinèrent un instant.

Les rétines d'Itachi parcoururent son futur locataire de haut en bas, puis il esquissa un sourire.

La quarantaine, fatigué, travaille trop, père de famille, comptable, probablement chef d'équipe avec pas mal d'ancienneté, montée en grade à l'ancienne, diplôme maximal obtenu : fin de secondaire.

Nagato le lui rendit quand le jeune homme accepta de serrer sa main. Les yeux violets s'arrêtèrent sur la couverture de l'ouvrage.

Moins de trente ans, célibataire, thésard, études de lettres, de cinéma si on en croit le titre du livre, fils à papa, richissime, n'a jamais travaillé de ses mains, certainement attaché aux valeurs traditionnelles.

— Enchanté de vous rencontrer, prononça Itachi d'une voix respectueuse.

— De même, ponctua Nagato alors que Naruto s'installait à la troisième chaise.


À bientôt !