Hello :)
Oui, nous sommes encore mardi mais je ne pourrai publier demain donc j'avance à nouveau la publication d'une journée. J'espère que ce long chapitre vous plaira !
Gigibulle : oui il fallait qu'il parte pour le bien de l'histoire ;) mdr pour la Condor, je suis sûre qu'on a la même image en tête de ce que ça pourrait donner. Alors, le chapitre à suivre est long, il y a de l'émotion mais à voir si tu auras ce que tu attends avec impatience ;) En réalité c'est plutôt la première partie que je vous livre aujourd'hui, la suite sera semaine pro mais je ne pouvais pas tout rassembler car sinon le chap aurait été trop long ^^ donc il faut le lire en se disant qu'il y aura une suite directe la semaine pro ;)
Chapitre 12
Elle n'était pas peu fière de sa tenue de sport. Elle avait passé un temps considérable pour adopter un look à la fois sexy et sportif mais le résultat dépassait ses espérances. Elle ne regretterait jamais l'achat de ce legging de sport ultra moulant et rehausseur de fessier. Même elle avait eu du mal à ne pas s'observer dans le miroir. En haut, elle avait opté pour un maillot tout aussi près du corps mais pour le moment recouvert d'un petit sweat car la température avait clairement chuté avec l'hiver qui approchait doucement mais sûrement. Elle resserra sa queue de cheval, récupéra ensuite son sac dans lequel elle avait roulé ses affaires de ville en boule avant de prendre la direction du gymnase. La journée de cours avait été intéressante mais ce jour méritait d'être vécu uniquement pour le rendez-vous auquel elle se rendait, un petit sourire aux lèvres.
« Tu fais du sport ? »
Elle leva les yeux de son téléphone pour croiser ceux de Finn.
« J'ignorais que tu avais repris la gym, continua-t-il.
-Ce n'est pas le cas. Je n'ai pas ressorti mon justaucorps. Elle lui fit un clin d'œil.
-On pourrait y croire pourtant, reprit son ami aussi vite. »
Elle leva un sourcil étonné dans sa direction et il s'empourpra. Au moins, c'était efficace, se consola Rey bien qu'elle aussi un peu mal à l'aise.
« Je vais jouer au basket, préféra-t-elle rebondir.
-Bien évidemment. Il pratique ce sport, ironisa Finn sans s'en cacher. »
Elle fut un peu surprise qu'il le sache. Visiblement son colocataire l'avait vraiment bien briefé, au-delà de leur passé commun.
« Je ne savais pas que vous continuiez à vous voir de façon si régulière et, il hésita, pour autre chose. Tu en parles peu, pour ne pas dire pas du tout.
-C'est ma vie privée, le coupa Rey sèchement.
-On est tes amis, on parle de ça en général entre potes.
-Sauf quand les amis en question ont décidé de haïr la personne qui m'intéresse. Je ne vois pas pourquoi j'en dirais quoi que ce soit si c'est pour voir vos regards désapprobateurs. Vous m'avez fait le coup les rares fois où je l'ai évoqué malgré les belles paroles de Poe sur le bénéfice du doute. Puis, à ce que je sache, je ne suis jamais venue vers vous pour me plaindre qu'il ait fait une chose répréhensible au niveau de la loi ou de la morale.
-C'est juste, admit Finn mais peut-être qu'il te plaît trop pour que tu le remarques.
-J'ai les yeux bien ouverts, je te rassure. Je ne suis pas stupide et je ne suis pas du genre à me faire avoir. J'ai confiance en lui. Bref, si tu veux bien m'excuser, je vais être en retard. Je dois m'échauffer avant de m'y mettre. »
Elle lui sourit sans saveur et partit. Lorsqu'elle aperçut le terrain de basket, cette rencontre impromptue avec son ami s'effaça aussitôt de son esprit et un sourire franc regagna ses lèvres. Elle l'aperçut au loin, moulé dans un t-shirt blanc et un short bleu. Elle ouvrit la grille qui encerclait le terrain et soigna son entrée. Elle s'approcha de lui, déposa ses affaires au sol avec innocence puis s'approcha.
« Bonjour Ben, j'espère ne pas être trop en retard. On m'a un peu retenue mais du coup ça m'a permis de m'échauffer car j'ai couru pour venir te rejoindre.
-Ça se voit, tu as les joues rosées. »
Il passa rapidement un doigt sur son visage avant de se diriger vers son grand sac de sport. Elle en profita pour enlever son sweat, se recoiffer et pivoter pour observer sa réaction. Elle se concentra pour ne pas trembler bien qu'elle mourrait de froid.
« C'est dans la tête, se murmura-t-elle à elle-même. Bordel ça caille ! Pourquoi on ne joue pas à l'intérieur bon sang ! »
Elle avait hâte de se remettre à courir car elle commençait à congeler sur place et fut écœurée de voir que lui ne semblait pas ressentir les quelques degrés comme elle. Tous ses poils étaient hérissés alors que lui fouillait dans ses affaires sans sentir le froid polaire contre sa peau. Il finit par sortir un ballon et se rapprocha d'elle. Elle avait repris son assurance et souriait dans une pose sportive et déterminée sous ses yeux presque rieurs.
« J'apprécie l'effort et je te confirme que ça te va très bien mais je préférais que tu ne tombes pas malade. Remets ton sweat, tu es aussi appréciable à regarder avec que sans. »
Elle sourit, se retourna et se pencha pour le récupérer. Elle se figea quand elle sentit l'une des grandes mains de Ben se mettre à caresser son cul. Il était juste derrière-elle, courbé dans sa direction.
« Ça non plus ce n'est pas très réglementaire. Le port d'un string n'est pas vraiment recommandé dans la pratique sportive mais la vue est agréable, l'effet seconde peau de cette chose que l'on ne peut décemment pas appeler pantalon te met foutrement bien en valeur. »
Il lui frappa le postérieur sans plus de cérémonie avant de reculer. Elle repassa son pull tandis qu'il faisait tourner le ballon entre ses doigts.
« Tu as déjà joué ? demanda Ben.
-Tu en doutes ? lui répondit-elle joueuse. Tout le monde en a déjà fait, c'est quasi-obligatoire dans tous les cursus scolaires.
-Donc tu te souviens des règles ?
-Oui, enfin à peu près. Au pire, inflige-moi une punition si je ne les ai pas respectées comme il le faudrait. »
Il esquissa un léger sourire et sembla noter l'idée dans un coin de sa tête. Il se plaça au milieu du terrain et ils commencèrent à s'entraîner. Elle adora particulièrement être en position défensive où elle pouvait, sous couvert de vouloir protéger le ballon, se frotter impunément à son bas-ventre. Plus d'une fois, elle jura réussir à la déconcentrer dans la manœuvre.
« Tu fais de l'antijeu, lui chuchota-t-il à l'oreille quand elle recommença une énième fois.
-Non, je te montre pourquoi le basket n'est pas mixte. Les filles auraient trop d'avantages sur les garçons…mais à ce que je sens ça ne te déplaît pas.
-On est là pour jouer et pas pour autre chose. Tu voulais en apprendre plus sur moi, découvrir mes passions mais tu t'arranges pour me faire perdre mes moyens et je me retrouve à ne plus savoir aligner deux pas correctement. »
Elle lâcha le ballon précipitamment et se retourna tout aussi vite pour se coller à lui et passer ses bras autour de son cou. Il la rapprocha dans un geste possessif.
« C'est ça qui est excitant justement ! Elle s'approcha de ses lèvres. C'est de voir à quel point tu as beau tout faire pour rester concentrer sur ce foutu ballon mais que ton regard vivote malgré tout à droite et à gauche dans ma direction. Et je compte bien te voir jouer, vraiment jouer. Je viendrai te voir à ton prochain match pour voir réellement ton talent car là ce n'est pas brillant. Elle rigola. Et pourtant je suis sûre que tu te débrouilles très bien quand tu n'as pas d'autres envies en tête. »
Il se pencha dans le but évident de l'embrasser mais elle s'écarta en faisant quelques pas tout en restant néanmoins collés ensemble.
« Bonjour Ben ! lança une voix féminine. »
Rey se tourna automatiquement dans la direction de la personne, de la fille, qui osait les déranger dans ce moment. Connasse, songea-t-elle, elle venait de tout gâcher et sa colère augmenta encore quand elle la reconnut. A croire que cette nana était la seule à faire du basket dans tout le campus ! Inconsciemment, elle raffermit sa prise sur le corps de Ben et fut heureuse qu'il n'ait pas non plus le réflexe de se séparer d'elle immédiatement. Ce qu'il fit finalement par faire par pure politesse.
« Bonjour Eva. »
Rey se crispa et se força à sourire en songeant qu'elle mettait enfin un prénom sur un visage. Elle se demanda brièvement si elle n'aurait pas préféré l'ignorer.
« Tu ne me présentes pas ta copine ? finit par demander Eva face à ce silence.
-Je m'appelle Rey, enchaîna-t-elle tout de suite, pas peu fière d'être identifiée comme telle et espérant secrètement que Ben ne la reprendrait pas. Enchantée de te rencontrer. Ta cheville va mieux ? la questionna-t-elle avec une pointe de sarcasme non retenue. »
Eva parut surprise mais elle baissa finalement les yeux vers ses pieds sous le regard inquisiteur de Rey.
« Oui, ce n'était qu'une petite entorse, je dois juste être vigilante et ne pas trop la solliciter même si j'ai repris l'entraînement depuis un moment déjà. Elle rigola. Je suis trop passionnée pour m'arrêter et on a des compétitions importantes ces temps-ci ! »
Rey sourit mais il n'avait rien de sincère.
« Heureusement que Ben était là pour te ramener, répliqua-t-elle en caressant distraitement d'une main le torse de son compagnon. »
Il est si serviable, songea Rey avec mépris avant de froncer des sourcils en voyant un échange de regards curieux entre les deux.
« Tu viendras nous voir au prochain ? enchaîna Eva.
-Mais bien sûr, confirma Rey. Avec grand plaisir, je n'en ai pas encore eu l'occasion. La dernière fois, je déjeunais avec sa mère, elle montra Ben du doigt, mais cette fois je suis disponible. Elle se tourna et lui sourit. J'ai hâte d'y être !
-Tant mieux, Eva baissa les yeux, je vais vous laisser vous entraîner. Ne le déconcentre pas trop ! s'amusa-t-elle. »
Elle se retourna et Rey grimaça puis un hoquet moqueur sortit de ses lèvres en voyant son large maillot de basket sur lequel était inscrit « Phasma » flotter autour de son corps. Cette tenue était immonde mais cette file était impressionnante. Elle était aussi grande que Ben mais son sens du style était clairement à revoir même si elle devait bien avouer qu'elle avait du potentiel. Rey se tourna vers Ben et voulut remettre ses bras autour de lui mais il la repoussa.
« Quoi ? Tu n'as pas envie de reprendre là où on en était avant d'être interrompus ? Devant son manque de réaction, elle lâcha l'affaire et ramassa le ballon. Bien, jouons alors ! »
Elle le fit tourner entre ses paumes. C'est vachement moins intéressant, pensa-t-elle.
« Je peux savoir pourquoi tu t'es montrée aussi hautaine avec elle ? C'est une amie à moi, de longue date et j'aimerais que tu la traites comme telle, sans mépris ni arrogance. Elle venait gentiment se présenter. Elle t'a même prise pour ma copine et ça a eu l'air de te plaire mais si tu entends l'être, ou du moins espérer le devenir car je te rappelle que ce n'est pas le cas, tu devras adopter un autre comportement.
-Tu ne supportes pas Finn et Poe et je ne réagis pas de cette façon ! Et à ce que je sache je ne l'ai pas agressée.
-Oui et c'est bien la raison pour laquelle je les évite pour ne pas avoir à vivre ce genre de situation mais si cela devait arriver, je me montrerais poli et bien élevé contrairement à toi ! Eux savent qu'on se fréquente, ce n'était pas son cas. Je n'ai parlé de toi à personne et pourtant, elle a tout fait pour te mettre à l'aise. »
Rey recula d'un pas, blessée par ses propos. Il n'avait parlé d'elle à personne ? Pas même pour se vanter d'avoir couché avec elle comme tous les autres ? Ou pour simplement avouer à quelqu'un qu'elle lui plaisait ? De tout ce qu'il avait à lui reprocher, c'était de loin cet aveu qui lui fit le plus de mal. Elle ne comptait pas, ne serait-ce qu'un peu à ses yeux, au point de devoir l'avouer à quelqu'un comme elle pouvait le faire avec Maz ? Pourquoi voulait-il garder cela secret alors qu'il ne se gênait pas pour l'embrasser en public ?
« Et pourquoi es-tu encore revenue sur cette histoire ? Tu dois me faire confiance et ce n'est pas le cas. Je n'aime pas qu'on questionne mes amis pour les pousser à avouer une vérité inexistante. Tu aurais préféré qu'elle te dise quoi ? Qu'elle et moi on entretient les mêmes rapports que les nôtres ? Pour t'assurer que ta psychose était bien réelle et te prouver que tu avais raison ? C'est plus facile pour toi que d'admettre avoir tort ou pire faire confiance à l'autre ? Ton côté cash et provocateur est plaisant même amusant mais sache qu'il cache en réalité très mal ton manque de confiance en toi ! Ta carapace est intéressante à regarder, il la dévisagea de haut en bas, tu es séductrice mais quand on te connait, c'est un peu humiliant de te voir agir de cette façon. Ton mécanisme de protection mériterait que tu t'y penches sérieusement. »
Elle encaissa le coup et il lui fallut plusieurs secondes pour organiser sa réflexion. Il s'aventurait sur un terrain dangereux, sur celui qu'elle refusait elle-même à affronter. Il commençait à la connaître, un peu trop bien à son goût et elle se refusait à lui en montrer plus. Elle devrait à nouveau ériger un mur plus solide entre eux, pour se protéger. Elle balbutia mais hésita clairement sur la démarche à adopter, ayant comme perdu son aplomb habituel face au ton employé et aux reproches qu'il lui faisait. Elle n'était pas du genre à pleurer, une marque de faiblesse à son sens, mais en cet instant elle en avait cruellement envie.
« Je…. Je voulais juste lui montrer que je tiens à toi, que tu me plais et que j'aimerais continuer dans cette direction, à creuser et que je sais me montrer sur mes gardes. Je voulais juste lui souligner mon intérêt, se répéta Rey avec hésitation.
-Tu ne crois pas qu'elle l'avait déjà compris en te trouvant dans mes bras et en te désignant comme ma copine ? Tu n'as même pris la peine de démentir, plongeant volontiers dans son mensonge pour te rassurer. Ce n'est pas en m'étouffant ou en me définissant comme étant ta propriété que tu me garderas près de toi et ce n'est pas en repoussant les gens qui t'aiment que tu te sentiras mieux.
-J'ai bien fait de le faire puisque cette fille et tous les autres, les gens que tu fréquentes et auquel tu ne m'as jamais présentée, ignorent mon existence. Je pouvais être n'importe qui. Après tout, je ne dois pas être la première gonzesse à être surprise dans cette situation par l'un de tes amis !
-C'est ma vie privée, je suis encore libre d'en dire ce que j'ai envie et à qui je le désire. Toi non plus, tu ne l'as pas crié sur tous les toits.
-Poe et Finn le savent. Maz le sait ! Ils savent tous que tu es quelqu'un pour moi ! Toi, même ta mère qui vit à côté de chez moi ignore tout ! Je parle de nous chaque jour à ma tante, avoua-t-elle sans cacher son émotion. Je croyais qu'on était sur la même longueur d'onde. »
Elle repensa à tous ces échanges, à toutes ces petites allusions lors de leurs rencards, notamment chez lui quand ils avaient parlé d'amour. S'était-elle trompée à ce point ? Fourvoyée au point de ne pas comprendre qu'il pouvait la manipuler pour lui faire croire qu'elle pouvait espérer plus ? Elle était très clairement en train de tomber amoureuse mais désormais elle avait le sentiment qu'il avait honte d'elle.
« Je voulais simplement te montrer mon affection mais si tu n'es pas prêt à la recevoir ou si tu n'en veux pas, même si je reconnais que c'était maladroit et inconvenant mais la jalousie a tendance à avoir cet effet sur les personnes qui la subissent, alors je crois qu'on devrait en rester là. On n'aspire pas à la même chose toi et moi. Tu n'es pas prêt pour ça et je crois que moi non plus mais moi au moins j'ai la force de l'admettre. Bref mon problème de confiance et moi, on va rentrer. Merci pour le basket, bonne soirée Ben. »
Elle pivota en lâchant le ballon et courut presque jusqu'à son sac. Elle désirait partir au plus vite. Non, s'enfuir de cet endroit. Elle hasarda un regard vers l'arrière mitigée entre son envie qu'il la rattrape et la convainque de ne pas partir et sa volonté qu'il la laisse tranquille. Il prit la décision pour elle en ne bougeant pas.
/
Assise dans le bus, elle serra très fort son sac entre ses bras. Elle renifla à plusieurs reprises, s'évertuant à ne pas pleurer bien qu'elle notait les regards de pitié qu'elle pouvait inspirer à un couple de vieux assis juste en face d'elle. Elle tint bon mais la montée de la dernière cote jusqu'à la maison lui parut interminable.
Elle finit par franchir la porte, celle de son cocon et du seul endroit où elle se sentait bien. Maintenant, elle n'attendait plus qu'une chose : retrouver son lieu de sécurité optimal, celui où elle se serait protégée de tout. Elle fit tomber ses affaires dans l'entrée et marcha jusqu'au salon en laissant couler ses larmes sur ses joues.
« Maz… pleura Rey. »
Sa tante, assise dans le canapé, se tourna vers elle avec un air dépité, visiblement surprise et chagrinée de la retrouver dans un tel état. Elle qui l'avait quittée si heureuse ce matin à la perspective de sa fin d'après-midi.
« Ma Rey »
Elle lâcha son livre et se précipita vers elle qui pleurait sans retenue désormais debout à l'entrée du salon et qui tendait déjà ses bras pour être accueillie dans ceux, si réconfortants, de Maz. Elle était enfin rassurée d'être là où elle l'avait espéré.
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Couchée sur son lit, Maz assise près d'elle qui lui caressait doucement les cheveux, elle inspira. Ca allait un peu mieux, elle avait cessé de pleurer mais le chagrin emplissait toujours son être. Elle avait tout raconté à sa tante après sa crise de larmes et maintenant elle se sentait vide, terriblement lasse mais surtout déçue. Elle prenait conscience, avec violence, à quel point elle y avait cru, à quel point elle s'était accrochée et la chute n'en était que plus douloureuse. Elle avait cru trouver en lui un être avec qui construire une chose spéciale, une chose qu'elle avait toujours caressée sans jamais oser se lancer. Elle lui avait menti plus tôt. Elle s'était sentie prête à franchir le pas même avec sa jalousie, ses doutes et ses failles.
Elle avait voulu les combler avec lui et devenir plus forte, plus mature à ses côtés. Il avait le don de l'apaiser, de lui donner confiance, une chose dont elle savait cruellement manquer et lui, il lui avait balancé en plein visage avec des mots affreusement douloureux. Elle avait eu peur, elle avait été simplement effrayée qu'il puisse la laisser, comme tant d'autres personnes avant lui alors elle avait réagi avec imprudence.
Ben, à cette occasion, avait aussi dévoilé à quel point il l'avait très bien cernée et c'était effrayant. Elle se sentirait toujours vulnérable face à lui désormais. Il avait compris qu'elle se cachait derrière ses sourires, ses minauderies et son assurance exacerbée pour cacher en réalité ses failles et sa peur d'être abandonnée.
Mais elle, elle avait compris qu'il avait peur de s'engager malgré sa propension à lui souffler le chaud et le froid. La perte d'un être cher, de son père ne l'avait pas laissé aussi indifférent, aussi froid que ce qu'il voulait bien en montrer aux autres. Lui non plus n'était pas encore prêt à prendre le risque d'aimer une personne qui pourrait ensuite partir subitement et le laisser seul. C'est ce que Maz essayait désespérément de lui faire entendre depuis une heure car il était impossible pour elle qu'il soit indifférent.
« Il est peut-être simplement secret. Tu sais, il n'a jamais été très expressif comme garçon sur ce genre de chose. Je ne le vois pas être très démonstratif. Il le sera à sa façon, avec toi, mais il garda jalousement pour lui ce qu'il ressent et ne le montrera pas vraiment aux autres. Pas par manque d'intérêt ou d'amour mais simplement car il se moque de leurs avis. Il est comme ça. Il n'a pas besoin de l'aval, ni de l'assentiment des autres pour diriger sa vie, lui avait expliqué Maz. Il est indépendant, il l'a déjà prouvé mais je conçois que ça peut te blesser car tu as envie d'exister à ses yeux et aux yeux de tous. Ce n'est pas incompatible et il n'a pas honte de toi. Je reste persuadée qu'il tient à toi. »
Ça lui avait donné matière à réfléchir mais pour plus tard. Pour le moment, elle préférait ne penser à rien. Elle savait que cette crise serait passagère, elle n'était pas du genre à s'apitoyer sur son sort. Elle se reprendrait vite mais elle appréciait la douceur de cet instant avec sa tante. Elle sortit de sa rêverie quand elle entendit toquer à la porte d'entrée. Maz se décala avant de se lever et de descendre ouvrir.
« Bonjour »
Rey se redressa aussitôt en reconnaissant la voix qui venait de s'adresser à sa tante. Cette dernière en la quittant avait laissé la porte de sa chambre entrouverte et d'où elle se trouvait, elle pourrait parfaitement entendre la discussion qui se jouerait sur le palier.
« Oh bonjour Ben ! répondit Maz dans un enthousiaste que Rey savait être surjoué.
-Rey est ici ? J'aimerais lui parler, continua-t-il d'un ton posé. »
Elle s'assit, n'en revenant pas qu'il soit venu dans sa maison, à sa porte et qu'il soit en train de discuter avec sa tante mais surtout qu'il demande à la voir. Quel culot ! Mais le tambourinement dans sa poitrine ne tromperait personne. Elle était ravie qu'il ait eu le courage de venir la voir et était touchée par son geste. Cela signifiait à minima qu'il était aussi perturbé qu'elle par la façon dont ils s'étaient quittés sur le terrain. Il faisait le premier pas pour revenir dans sa direction. Elle se leva discrètement et se calla derrière sa porte.
« Elle est dans sa chambre, elle se repose. Je ne sais pas ce que tu lui as fait faire durant votre petite session de sport mais elle est rentrée épuisée. »
Subtile mais piquante, sa tante avait un don pour faire passer les messages et le sien était clair. Il lui avait fait du mal et il ne méritait pas de la voir pour l'instant, Maz y ferait barrage. Bien qu'heureuse de le savoir ici, elle apprécia l'initiative de sa tante. Cette dernière s'était doutée, à raison, qu'elle n'était pas prête à lui parler.
« Très bien, se contenta de répondre Ben mais son ton témoignait clairement sa déception. Je…
-En revanche, le coupa Maz, je lui dirai d'aller te voir quand elle se sentira plus d'aplomb. Elle sera contente de savoir que tu es passé et navrée de t'avoir manqué. Le moment venu, elle viendra te parler, n'en doute pas. »
Ils se saluèrent et Rey retomba contre sa porte. Elle entendit Maz remonter et cette dernière ne fut pas étonnée de la trouver planquée là.
« Il est venu, Maz sourit, c'est bien. Il a fait le premier pas donc tu te bougeras pour faire le second ! Il veut arranger les choses et, elle se pencha et Rey l'observa d'un air surpris en se demandant ce qu'elle pouvait bien faire à plisser des yeux de la sorte vers l'arrière de sa chambre, il a mis moins de deux heures à venir. C'est très bon ça. Ca devait vraiment le tracasser. Maz sourit à nouveau. Il est venu. Il n'a pas appelé, il ne t'a pas envoyé de SMS. Il a conduit jusqu'ici exprès pour toi. J'ai vérifié, il est reparti tout de suite alors qu'il aurait pu aller chez sa mère. »
Rey réalisa que sa tante disait vrai. Son téléphone était resté près d'elle et il n'avait pas vibré une seule fois. Pour lui parler, il avait choisi la confrontation directe et non la facilité.
« Tu penses que j'aurais dû descendre ?
-J'ai cru que tu le ferais, avoua Maz mais je ne t'ai pas entendue. Tu as tout fait pour cacher ta présence enfin le fait que tu étais en réalité éveillée bien qu'on sait toutes les deux qu'il n'y a pas cru une seconde. Bref, tu pouvais mais tu ne l'as pas fait donc j'ai préféré inventer cette histoire. J'en ai déduit que tu n'étais pas encore prête, j'ai bien fait ?
-Bien sûr, la rassura Rey.
-Tu devais déjà avoir le cœur qui s'est emballé…
-Evidemment. Il est venu, répéta-t-elle, ravie de la petite flamme que cette pensée éveillait en elle. »
/
Le dîner se passa en silence. Rey resta dans ses pensées et s'en voulut de faire subir son humeur maussade à sa tante qui s'évertuait pourtant à discuter. N'observant aucune réaction, elle finit par la laisser seule, assise dans l'obscurité du salon à réfléchir. Rey souffla et glissa sa main dans la poche de son long gilet pour en saisir son téléphone.
Rambarde ?
Elle avait envoyé cette simple question mais n'était pas sûre d'obtenir une réponse et encore moins qu'il puisse exaucer son souhait. Après tout, il ne vivait plus dans la maison d'à côté désormais. Lasse, elle s'apprêtait à se lever pour rejoindre son lit quand son portable vibra dans sa main. Il lui avait répondu.
Je suis déjà dehors.
Elle releva les yeux et se mit à observer la baie vitrée qui donnait sur la terrasse. Elle s'y dirigea, ouvrant la fenêtre mais fut tout de même surprise de le trouver accoudé dans la nuit par cette température. Elle déclencha l'interrupteur qui alimentait les petites lampes qui entouraient sa terrasse et elle se retrouva doucement bercée dans une lumière bleutée. Elle s'avança et se positionna à son tour face à lui.
« Tu es bien reposée ? lui demanda-t-il presque aussitôt.
-Oui, je me sens mieux. Que fais-tu ici ? »
Elle était directe mais Maz lui avait assuré qu'il n'était pas retourné chez Leia après être passé les voir.
« J'étais chez moi après avoir parlé à ta tante mais j'ai voulu dîner chez ma mère. Elle le fixa attendant la suite. J'avais le sentiment que je devais être ici ce soir. »
Elle entrouvrit la bouche mais ne dit rien. Il était revenu. Pour elle, une nouvelle fois profitant de la présence de sa mère dans la maison voisine pour pouvoir potentiellement lui reparler.
« Comment pouvais-tu le savoir ? le questionna Rey.
-Ta tante a dit que tu viendrais me parler. Que je n'avais pas à en douter et à quel autre endroit pouvais-tu le faire que celui où tout a commencé ? »
C'était exactement ce qu'elle avait pensé en lui proposant la rambarde comme lieu de rendez-vous.
« Tu vas passer la nuit ici ? préféra-t-elle se renseigner au lieu de répondre plus directement à sa dernière réplique.
-Non et toi non plus. »
Elle se figea et le dévisagea. Il paraissait vraiment sûr de lui en cet instant.
« Et pour aller où ? l'interrogea Rey qui n'avait toujours pas décroché un sourire depuis son arrivée, à l'image de Ben. J'ai des révisions demain, je dois me concentrer sur mes études et je suis fatiguée. Maz te l'a dit.
-Pourtant on ne peut pas dire que tu aies beaucoup couru pendant notre entraînement. Par contre, pour partir tes petites jambes se sont affolées, je ne pensais pas qu'elles t'auraient emmenées aussi loin, aussi vite. Tu t'es sauvée.
-Il n'y avait plus rien à dire. Et rien de constructif n'en serait ressorti si j'étais restée. J'avais besoin d'air. Et de réfléchir à tout ça sans avoir tes yeux sur moi.
-Pourquoi ?
-Car c'est déstabilisant et je voulais être seule.
-Avec Maz tu veux dire. Je ne savais pas que tu lui confiais absolument tout depuis qu'elle sait. Ça ne me dérange pas, ajouta-t-il après quelques secondes.
-Je ne crois pas avoir dit que ton aval était nécessaire.
-Je sais mais je tenais à ce que tu le saches. Comme tu dois comprendre que pour moi, cette façon de faire, de m'épancher comme tu le fais auprès de quelqu'un, ce n'est pas dans mes habitudes. Voilà pourquoi je n'ai rien dit. Ça ne signifie pas que tu n'es pas importante à mes yeux. Loin de là. Je ne suis simplement pas du genre à en parler à tout le monde et tu as déjà pu remarquer que m'afficher avec toi ne me cause aucun souci. En revanche, j'accorde énormément d'importance à la confiance. Je ne t'ai pas menti et je ne compte pas le faire. J'espère que tu le prendras en considération à l'avenir. Mais assez parlé, va passer une tenue pour sortir, là où je compte t'emmener tu ne peux pas y aller en pyjama. Prends-le avec toi cependant, je te le répète, tu ne dormiras pas ici cette nuit. Je t'attends dans 10 minutes au bout de la rue. A toi de voir si tu viens mais j'y tiens. »
Il partit sans qu'elle ne puisse répliquer mais lui laissant le choix. Stoïque, elle regarda sa tenue et se demanda si elle devait céder aussi facilement à sa demande ou monter et s'emmitoufler dans les couvertures de son lit. Elle songea à Maz. Que dirait sa tante si elle apprenait qu'elle fuyait la maison de cette façon ? En pleine nuit et sans rien lui dire ? Elle rentra et verrouilla la fenêtre avant de monter dans sa chambre. Elle hésita une demi-seconde mais se retrouva bien vite seins nus à enfiler un pull et un jean pour sortir. Elle roula son pyjama dans un sac à dos avec quelques affaires.
Une fois descendue, elle alla dans la cuisine et écrit un mot qu'elle déposa sur l'ilot central. Elle sourit, Maz rigolerait face à l'impertinence de celui-ci. Elle ferma la porte d'entrée, souffla un bon coup et commença à descendre la rue.
Elle le retrouva tranquillement garé, les feux allumés et le moteur qui tournait. Sans réfléchir, elle ouvrit la portière et s'assit sans dire un mot, ni même lui jeter un regard. Il en fit de même et démarra. Elle observa les lumières de la ville et ne silla pas quand il posa de temps à autre sa main sur la sienne entre deux passages de vitesses, comme il avait pris l'habitude de le faire.
Il se gara dans une espèce de grande plaine aménagée temporairement en parking à ciel ouvert et Rey hasarda enfin un regard dans sa direction.
« Je ne savais pas que les drive-in étaient à nouveau à la mode. J'espère que c'est un classique et en VO, précisa Rey avec un certain sarcasme. Pour info, mon film préféré est Autant en emporte le vent. Et malgré notre passif, je n'aime pas me faire peloter aux yeux de tous dans une bagnole où personne n'ignore que nous sommes venus uniquement dans ce but et pas pour mater le film.
-Joli monologue. Très instructif et sache que je considère aussi ce film comme l'un des plus grands classiques du cinéma. Tu as un côté très Scarlett parfois, je comprends pourquoi il s'agit de ton film préféré. Tu sais jouer de ton charme et t'en servir mais contrairement à elle tu sais ouvrir les yeux sur la personne qui te plaît vraiment et t'en rendre compte quand il le faut. Mais passons, nous ne sommes pas venus voir un film. Je te propose une sortie encore plus clichée que ça. »
Elle se tourna et leurs yeux se croisèrent enfin.
« Je compte plutôt te peloter dans une attraction ce soir. Maz m'a confié que tu adorais, étant petite, venir en vacances ici pour profiter de la fête foraine. Donc, tu es prête à retourner dans tes souvenirs ce soir ?
-Quand a-t-elle pu te dire ça sans que je ne le sache ?
-Tu crois être la seule à avoir découvert récemment que Maz savait envoyer des SMS ? »
Rey ouvrit la bouche, complètement abasourdie.
« Tu crois qu'elle t'a laissée sortir la première fois sans me rappeler toutes les règles à suivre pour assurer ta sécurité ? Pour la conduite à avoir ou au sujet de ton petit cœur ? Ca a été utile, ça m'a permis d'obtenir son numéro pour récolter des infos, comme celle-ci. Je me demande juste comment elle a eu le mien. Je suppose qu'elle a dû le récupérer dans ton téléphone.
-Maz a fait quoi ? répéta Rey toujours choquée par la nouvelle. Elle a vraiment fait ça ! »
La traitre, pensa Rey qui ne pouvait dans le même temps s'empêcher de sourire en imaginant la scène surtout en l'imaginant tomber sur son pseudo « Le voisin ». Sa tante était définitivement un ange.
« Je te rassure ce sont les seuls SMS que nous avons échangés, reprit Ben. Elle pour me dire de prendre soin de toi et en contrepartie je lui ai demandé une chose que tu aimais faire. Avec ce qui s'est passé aujourd'hui, j'ai un peu dû avancer notre troisième rencard.
-Quatrième. L'entraînement était le troisième, à sa façon. »
Il ne rebondit pas et se contenta d'ouvrir la portière et d'attendre qu'elle daigne en faire de même. Elle sortit et se rendit compte que derrière les grands arbres, elle pouvait en effet apercevoir les pointes de quelques manèges. Ben se mit près d'elle et remarqua sa grimace.
« J'ai pris le strict minimum. Pyjama, pilule, elle le regarda, téléphone, papier d'identité et les clés de la maison. Je n'ai que ça dans mon sac. Autrement dit, j'ai pas un rond. Je ne savais pas que ça serait utile mais, elle lui sourit enfin, j'adore l'idée et le fait que tu l'aies demandé à ma tante pour me faire plaisir. Ce qui est le cas. »
Tout n'était pas réglé entre eux malgré les quelques mots échangés sur la terrasse mais elle savait que ce n'était pas le moment. Ben proposait de remettre les choses à plat et de simplement passer un bon moment ensemble et elle comptait bien en profiter.
« On s'en fout, dans tous les cas, je comptais payer. Ici tout ce qui est important c'est que tu es majeure pour pouvoir faire ce qui te plaît. On y va ? »
Elle sourit et avança derrière-lui. Durant le trajet il lui prit la main et elle le laissa faire même si cette étreinte n'avait pas encore retrouvé la chaleur d'autrefois. Les mots prononcés avaient encore un écho douloureux dans sa tête mais elle se força à les chasser.
« Je me sens mal à l'aise, essaya-t-elle de plaisanter. On est en rencard et je suis mal fagotée, pas maquillée, à peine coiffée et je porte des baskets qui mériteraient de rencontrer la première poubelle qu'elles croiseraient. »
Il s'arrêta et se plaça face à elle avant de plonger ses yeux dans les siens.
« Pas ici, tu n'es pas obligée de faire ça. Pas de masque ce soir. Sois toi-même. »
Il recula et se remit à marcher mais elle avait très bien compris le message. Il lui demandait d'abaisser ses barrières, celles qu'il avait identifiées si violemment un peu plus tôt et qu'inconsciemment elle venait de sortir pour se sentir plus à l'aise. Elle ne le prit pas mal, au contraire et décida de suivre sa consigne.
/
Main dans la main, ils flânèrent dans les allées de la fête foraine sans, pour le moment, réussir à se décider. Rey souriait, elle ne se souvenait pas que la fête ait pu être aussi grande et certains manèges avaient l'air excitants mais elle n'osait pas encore entraîner Ben dans l'un d'eux.
« Qu'est-ce qui te fait sourire ? lui demanda-t-il.
-Je me rappelle simplement des bons moments que j'ai pu passer ici. Quand on venait en vacances avec mes parents, ils s'arrangeaient toujours pour que ça se coordonne avec le grand festival. Mais ça je crois que tu le savais déjà. Elle lui sourit. Tu n'imagines pas le tas de poissons rouges que j'ai pu ramener chez ma tante. Mes parents étaient toujours dépités…. Et moi si enjouée ! Tout était de la faute de Maz qui cédait toujours à mon caprice.
-Je vois. Et pour les sucreries, que préfères-tu ? Tu es plutôt team barba à papa ou pomme d'amour.
-En général, barbe à papa ou même chichis mais en ta compagnie, ce serait plutôt pomme d'amour. Et toi ?
-Plus classique, la traditionnelle sucette en forme d'escargot. Et question sensations, je t'imagine bien amatrice de celles plutôt fortes !
-C'est pas faux, je dois bien dire que j'ai quelques réussites dont je suis plutôt fière à la chenille. Comme tu le sais, je sais donner de la voix. Cela m'a entre autre été utile pour gagner des tours gratuits ! J'ai compris bien plus tard que ça pouvait servir autrement.
-Je dois dire que cela s'avère particulièrement précieux dans ces deux utilisations. »
Elle rigola en s'accrochant tendrement à son bras, ravie de voir que leur complicité commençait à se rétablir petit à petit.
« Tu veux manger quelque chose ?
-Quoi ? Ta mère te nourrit si mal que ça ? plaisanta-t-elle. Tu as encore faim ? Je croyais que l'excès de sucre n'était pas bon pour les sportifs.
-Si mais je dois dire que toutes ces odeurs sont particulièrement tentantes, même alléchantes. Il baissa les yeux vers elle et elle sourit.
-Peut-être que tu as raison et que moi aussi mon estomac semble s'être éveillé depuis qu'on est passés dans ce coin. »
Ils s'avancèrent donc vers l'un des nombreux vendeurs et Ben lui demanda ce qu'elle souhaitait commander.
« Je nous vois mal partager une sucette. Il la fixa et elle le dévisagea avec un air coquin. Enfin autre que celle que je t'ai déjà donnée, ajouta-t-elle à voix basse. Choisissons quelque chose de simple à manger à deux.
-Tu peux aussi prendre quelque chose séparément.
-Taratata ! Où serait le plaisir ? Tu dois tout apprendre Ben Solo. Quand tu invites une fille dans ce genre d'endroit, elle n'a qu'une idée en tête à savoir comment vos deux corps vont pouvoir se frôler avec subtilité. Tu vois ? Créer un rapprochement et ça passe aussi par la nourriture quand nos mains se toucheront dans un même mouvement pour se saisir d'un bout de barbe à papa, churros ou autre produit comestible. C'est la base. T'as jamais vu La Belle et le Clochard ? Et encore, tu ne sais pas encore jusqu'où peut me porter mon imagination dans une attraction. Clairement, je ne suis pas friande du train fantôme pour avoir peur mais bien pour éprouver d'autres sensations. »
Il laissa échapper un rire et elle en fut surprise.
« Alors prenons une barbe à papa, conclut-il. »
L'immense boule rose atterrit bien vite dans la main de Ben et fut presque aussi vite mise en bouche par Rey qui tira dessus pour en saisir un large morceau.
« Espèce d'ogre, s'amusa-t-il, tu ne m'as même pas laissé le temps de finir de payer pour espérer te faire le coup de la main qui percute la tienne. Elle releva les yeux vers lui en minaudant.
-Toute cette discussion m'avait simplement ouvert l'appétit. Elle en glissa un morceau dans sa bouche. Elle est bonne et ça faisait une éternité que je n'avais pas mangé cette merveille ! »
Elle tendit sa main rosée vers la bouche de Ben et il croqua dedans.
« Pourquoi quand on fait un truc comme ça, ça a toujours l'air vulgaire ? demanda-t-elle.
-J'en sais rien hormis que c'est vrai ! Maintenant que tu manges, il va falloir réfléchir à la suite de la soirée. On est ici depuis 20 minutes et nous n'avons rien fait. Tu te goinfres mais ton estomac devra tenir le coup.
-Crois-moi tu ignores à qui tu as affaire. Je suis une crève la faim, plutôt mourir que de vomir un repas !
-Qu'est-ce que tu veux faire dans ce cas ?
-Je ne sais pas, à toi de me suggérer une idée. Un truc qui pourra me satisfaire et la chenille est interdite car tu sais déjà que j'aime ça.
-Je crois ne pas avoir vu l'ampleur des possibilités qu'offre cette fête. On a à peine fait le tour. Une vue plus globale pourrait m'aider à me décider donc on se doit de faire un arrêt à la grande roue.
-Je te suis ! Point positif à cette suggestion, on a le droit de manger ! »
/
Elle s'installa près de lui, une barbe à papa déjà bien entamée toujours à la main. Le forain voulut mettre deux enfants avec eux mais Ben se précipita pour tirer la barrière de sécurité.
« Ils ne sont pas en âge de participer à ça ! »
Le forain lui envoya un clin d'œil et les emmena à la nacelle suivante tandis que la leur se décalait pour continuer l'embarcation. Rey, elle, le dévisageait toujours. Il venait vraiment de virer deux jeunes garçons innocents pour pouvoir la caresser tranquille dans cet espace ? Et avec la bénédiction du proprio ? Elle se dépêcha d'avaler sa dernière bouchée et de balancer le bout de bois dans un coin en priant pour que son haleine ne sente pas trop le sucre.
Ils se mirent à monter tout doucement et elle le regarda.
« J'apprécie que tu voulais qu'on soit seuls. Ils avaient l'air gentil mais à ce que j'ai compris, ils auraient été de trop… »
Il se pencha vers elle, son visage près du sien et attendit. Il voulait son accord, son aval pour lui donner un baiser. Elle le fit en s'approchant à son tour. Il effleura sa bouche puis sa langue rencontra la sienne tendrement dans une glissante délivrance. Elle se rapprocha ayant besoin de le toucher encore plus. Ils s'embrassèrent un moment avec comme seul compagnon le bruit de leurs respirations et celui plus équivoque de succion. Quand ils s'écartèrent enfin l'un de l'autre, ils étaient arrivés au point culminant. Rey se tourna pour pouvoir observer la vue.
D'où ils se trouvaient, ils voyaient effectivement très bien la fête mais également la ville au-delà qui baignait dans un mélange de lumières et d'activités inaudibles.
« Où se trouve ta maison vue d'ici ? demanda-t-elle et il se pencha, tendant la main vers la vitre.
-Approximativement par là.
-Et la mienne ?
-Par ici. »
Sa main s'éloigna franchement pour aller dans un coin plus retiré de la ville et de son effervescence ce qui la fit grimacer.
« Vu comme ça, ça paraît tellement loin. Quand on a fait le trajet en voiture ensemble, ça ne m'a pas paru si long. Sans doute parce que je profitais d'être à tes côtés, avoua Rey.
-La distance n'a que peu d'importance. Je t'ai prouvé ce soir que je pouvais à nouveau être le fils de la voisine d'à côté.
-C'est vrai. Ça ne me stresse plus, reconnut-elle. C'est juste que cette proximité me manque déjà. Je sais qu'on se créera d'autres souvenirs et d'autres habitudes.
-Bien sûr.
-Ben, elle le fixa, je tenais à m'excuser pour mon comportement. Je me suis montrée très désagréable envers ton amie alors qu'elle ne m'avait rien fait et qu'elle essayait simplement de me connaître.
-Elle était curieuse car surprise. Agréablement surprise de me trouver avec quelqu'un car elle sait que les derniers mois n'ont pas été faciles et que ce serait une bonne chose. Je la connais suffisamment pour voir qu'elle souriait intérieurement de m'avoir vu avec toi. Elle se doutait depuis un moment qu'il y avait « une fille ». Tu n'as fait que confirmer. »
Si elle s'en doutait, pourquoi tu ne lui as pas parlé de moi ? s'interrogea Rey qui prenait conscience de son besoin de reconnaissance mais préféra se taire pour ne pas envenimer la situation.
« C'est d'autant plus gênant, elle doit se dire que tu es mal tombé.
-Ca, je suis le seul à pouvoir en juger. Et je pense en avoir plutôt un bon te concernant. Ce que je ne comprends pas, en revanche, c'est ta jalousie. On l'a déjà évoquée par le passé et je n'aime vraiment pas ça. Certains trouvent ça flatteurs, pas moi. Bien que ton petit numéro était assez drôle à regarder dans le fond, reconnut-il sur un ton plus léger. Surtout quand tu t'es mise à parler de ma mère, tu avais l'air si fière de toi d'avoir été avec elle. Comme si c'était l'argument ultime.
-Forcément c'était comme lui balancer à la figure « regarde je fais déjà partie de la famille alors casse-toi ! » et ce n'était même pas un mensonge, lui répondit-elle sur le même ton. C'était imparable. »
Elle pensa qu'il allait aborder la suite, ses reproches mais ne le fit pas se contentant de prendre sa main, d'y apposer la sienne par-dessus et d'y faire de petites caresses.
« On était là pour une bonne raison et tu n'as même pas jeté un œil aux attractions !
-Tu as raison. Il se mit à observer à travers la fenêtre. Je crois que j'ai ma petite idée.
-J'ai hâte dans ce cas ! »
Tout naturellement, il se remit à l'embrasser. Elle était toujours un peu surprise de voir avec quelle tendresse il le faisait surtout quand on connaissait le début de leur relation. Plus ils avançaient, plus ils passaient du temps ensemble et plus elle avait l'impression que l'affection, la douceur se développaient entre eux. Sans rien entacher à la passion néanmoins.
Ils redescendirent tranquillement, toujours main dans la main et Rey attendit avec impatience de voir la suite quand un constat s'imposa à elle subitement.
« Tu sais, débuta-elle, je viens de me rendre compte que c'est toi qui a géré l'intégralité de nos dates. Il est peut-être temps que je t'invite à mon tour. Après tout, tu pourrais être étonné de ce que je te proposerai et puis un peu à moi de dépenser des sous. Qu'en penses-tu ?
-Serais-tu en train de m'inviter ?
-Oui, c'est possible. Fort probable même et j'espère que ta réponse sera celle attendue !
-Alors c'est oui. »
Il s'arrêta et désigna une attraction du doigt en attendant sa réaction et elle finit par sauter sur place d'excitation. Tout s'enchaîna à une vitesse folle ensuite. Ils firent les manèges les plus dangereux et les plus animés de toute la fête foraine dans des mélanges de cris, de rires et de mains baladeuses. Rey ne se faisait pas prier pour s'accrocher à lui. Entre deux, il lui paya même un verre avant que leur frénésie ne reprenne.
Les heures finirent par tourner et la fête foraine allait bientôt fermer mais Ben exigea une dernière attraction.
« Je crois avoir déjà suffisamment abusé de ta générosité, dit-elle en s'accrochant à lui.
-Non et puis on ne peut pas partir sans faire ça. C'est un trop grand classique.
-Le train hanté ? rigola-t-elle. Parce que je t'ai avoué un peu plus tôt qu'il m'est déjà arrivée d'y faire des cochonneries ? Rien de sexuel comme m'envoyer en l'air dans une voiture en plein jour. C'est avec toi que j'ai franchi le pas. Je parlais seulement de baisers un peu appuyés et de caresses sous le maillot, rien de plus.
-Pourquoi devoir aller dans le train hanté pour te faire tout ça ? Il me semble ne pas m'être gêné pour te tripoter dans le dernier…. Je pensais plutôt à ça ! »
Il s'arrêta devant un rectangle de machines avec des pinces pour venir saisir un cadeau ou peluche.
« Oh non, non non non non, lança Rey en le lâchant. J'ai horreur de ça ! On ne gagne jamais, on s'agace et on finit par repartir bredouille. Ça ne marche que dans les films.
-Ca coûte rien d'essayer. Choisis le cadeau pour lequel tu veux jouer.
-Allons plutôt au stand de tir, je me débrouille pas mal, je pourrais gagner un gros gorille pour toi ! le taquina Rey. Tout mais pas ça ! »
Cependant, il avait déjà mis une pièce dans la machine infernale et c'était plus fort qu'elle, elle se rapprocha et l'observa surexcitée à l'idée de gagner. Elle vit ses mains s'agiter sur la manette et elle sautiller près de lui en lui hurlant des consignes ou en se mordant les doigts quand il réussissait enfin à attraper le lot mais que ce dernier finissait toujours par tomber juste à côté du trou. Ils étaient frustrés mais n'arrivait pas à s'arrêter.
« C'est ridicule ! s'agaça Rey. On arrête. Si tu veux faire un truc encore plus cliché allons au photomaton ! Pour le coup, ça, j'ai toujours rêvé de faire comme dans les films. Elle le prit par le col. Tu sais… pour y emmener un innocent jeune homme et lui rouler une pelle mémorable face à l'objectif. Et bien sûr de garder ça pour la postérité. Viens, j'en ai repéré un à l'entrée ! »
Elle lui prit les deux mains et le tira vers elle en courant. Avant même d'arriver, ils étaient déjà en train de s'embrasser goulûment devant le photomaton en attendant que les autres terminent. Une fois sortis, il la poussa à l'intérieur. Elle resta debout, adossée à la paroi. Il s'assit et la tira contre lui pour la prendre dans ses bras et se remettre à l'embrasser.
Elle se laissa faire, enfonçant avec la même vigueur sa langue dans sa bouche et sentant clairement l'excitation de ce dernier sous elle.
« On n'a pas payé pour la photo, réussit-elle à articuler entre deux baisers alors que Ben dirigeait ses lèvres dans son cou. »
Il se redressa subitement et chercha une pièce dans la poche de son pantalon à toute vitesse comme pour se débarrasser de cette corvée. Il la balança dans la fente, la tenant toujours de l'autre main et appuya sur sa sélection. Ils obtiendraient 4 photos différentes de ce moment. Il voulut la reprendre contre ses lèvres mais Rey le stoppa.
« Attends, elle poussa sur ses épaules, j'en veux au moins une où on pose. Préparons-nous avant de le déclencher. »
Il la recala plus convenablement sur ses cuisses et elle passa les bras autour de son cou dans une pose tendre. Elle se sentait bien en cet instant. Pour rigoler, elle le recoiffa et appuya sur le bouton pour lancer le minuteur. Elle sourit et Ben la colla encore davantage à lui. Le premier flash se déclencha. Tout de suite après, elle ferma les yeux et sentit ses lèvres remonter contre sa gorge avant de se poser juste à temps sur sa joue pour le deuxième flash. Juste après, ils se regardèrent longuement, yeux dans les yeux jusqu'au troisième flash puis de se mettre à s'embrasser passionnément pour la toute dernière photo.
Ils sortirent une longue minute après, les cheveux en bataille et le souffle court. Ben se posa contre la cabine et ils attendirent de voir le résultat de leurs poses. Lorsque le clic caractéristique retentit, elle se précipita pour les récupérer. Ben se mit au-dessus de son épaule pour observer et elle sourit en voyant le résultat. Ces photos semblaient refléter exactement ce qu'il y avait entre eux : de la passion, de la tendresse, de la complicité et de l'amour osa-t-elle penser.
« On est beaux tous les deux. On rend vraiment bien je trouve. C'était une bonne idée ! se vanta-t-elle en se retournant. Plus sérieusement, je ne savais pas que quand on se regardait toi et moi, c'était de cette manière. Elle baissa les yeux vers la photo trois. Si intensément. »
Il sourit.
« Il est l'heure de rentrer sinon on va se faire jeter et je n'ai pas envie de finir au poste pour avoir bravé l'heure de fermeture de la fête foraine du coin. Elle rigola et lui reprit la main.
-On va chez toi ?
-Oui.
-Pourquoi tu m'as dit d'emmener un pyjama ? J'ai déjà tout ce qu'il me faut sur place. J'espère que tu n'as pas lavé mon t-shirt.
-Je suis forcé d'admettre que non. »
Elle eut un sourire victorieux avant de se mettre en marche.
/
Son entrée dans l'appartement fut nettement plus bruyante que la première fois qu'elle y avait mis les pieds. Elle faillit trébucher quand ils se propulsèrent, bouche contre bouche, à l'intérieur. Il ferma la porte d'un claquement dans un son strident.
« Les voisins vont te maudire ! susurra-t-elle contre ses lèvres.
-Attends qu'ils t'entendent crier ! »
Elle rigola face à sa réplique alors qu'il faisait déjà tomber son manteau au milieu de l'entrée et d'en faire de même avec le sien. Elle en profita pour enlever son pull et vit la surprise dans ses yeux quand elle le fit.
« Tu vas me dire que pendant tout ce temps tu ne portais pas de soutif et que je ne m'en rends compte que maintenant ? Si j'avais su ça plutôt…
-C'est de ta faute, tu n'avais qu'à monter les mains plus hauts. Ce n'était pas interdit ! »
Pour toute réponse, il la fit taire et la souleva brusquement de terre pour la prendre dans ses bras. Elle enroula ses jambes autour de sa taille et se laissa porter jusqu'à la chambre où il les jeta sur le lit.
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Elle profita de la présence de Ben sous la douche pour se faufiler jusqu'au salon, pieds nus avec un feutre noir à la main qu'elle avait volé dans son bureau face au lit. Elle se précipita vers son sac pour y sortir la bande photos prise un peu plus tôt. Elles étaient l'une sous l'autre et elle sourit à nouveau en les voyants. Elle la posa sur le bar de la cuisine et ouvrit le feutre. Dans le coin en haut à droite elle y écrit de sa plus belle écriture « Rey et Ben ». Elle osa même dessiner un petit cœur juste au-dessus. Elle referma le feutre et retourna dans l'entrée près du cadre photo vide. Elle ouvrit l'une des pinces et y glissa la photo. Elle sourit et courut dans la chambre avant qu'il ne sorte.
