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Chapitre 5
Le SMS de Shikamaru s'afficha sur la montre connectée de Naruto en même temps que la serveuse du bar lui apportait le troisième verre qu'il avait commandé. Elle retira le précédent pour poser le nouveau sur le sous-boc, lui tendant un sourire amusé auquel il répondit par un rictus franc, en écartant un peu les dossiers pour récupérer son téléphone caché dessous.
« Il est presque vingt-et-une heures et tu n'es toujours pas repassé par l'agence. Tout va bien ? »
Pénétrant dans le menu des messages de son mobile, il le leva pour capturer une photo de ses deux clients qui semblaient pris dans une conversation passionnante. Itachi tournait un touilleur rafraîchissant en plastique – l'objet avait sûrement depuis longtemps cessé de diffuser du froid dans la boisson – et il écoutait religieusement Nagato qui parlait avec calme et sérénité, un début de sourire n'ayant pas quitté ses lèvres.
Naruto composa un léger message pour accompagner la photo « Je t'avais bien dit que ça allait matcher ! » auquel Shikamaru répondit par un emoji qui levait les yeux au ciel.
La luminosité avait décru lentement sans parvenir à troubler les deux hommes qui n'avaient même pas réagi quand les lampadaires avaient commencé à clignoter et répandre leur lueur autour d'eux.
Portant la main à sa boisson, Naruto posa finalement son stylo, fermant son dossier et tendit l'oreille pour tenter de percevoir où ils en étaient dans leur conversation. Itachi avait repris la parole pour énoncer « je suis moi-même un fervent amateur de thrillers et de polars ».
Nagato glissa ses rétines sur la couverture du livre qu'Itachi avait conservé sous son coude — « L'esthétique cinématographique du polar de 1940 à nos jours » – puis il attrapa son verre, constatant pour la quatrième fois avec un grand désarroi qu'il était vide.
— J'avais cru le comprendre, compte tenu de votre lecture.
Itachi baissa les yeux sur le titre avec une moue amusée.
— À vrai dire, je préfère les romans policiers aux films. Je suis une série, en ce moment, les aventures de l'inspecteur Nobody, ces ouvrages me tiennent en éveil jusqu'à tard dans la nuit.
— Dan Katô, c'est un bon choix.
— Le lisez-vous ? Il me surprend sans cesse.
Nagato hésita et releva les yeux vers le jeune homme puis il secoua la tête avec douceur.
— Je lis très peu de polars et je dois bien avouer trouver Dan Katô… prévisible.
— Vraiment ?
— Il s'inspire énormément de véritables enquêtes, parfois, il en remixe plusieurs, mais… Son titre, Les Verres Brisés, par exemple, c'est le mélange de deux études de cas d'infanticide assez célèbres, on travaillait dessus à l'école de police, en criminologie. C'était le tronc commun, précisa-t-il, on devait tous en passer par là.
Itachi mordilla ses lèvres et se pencha, plongeant la main dans le sac qu'il avait empli de livres à la librairie. Il en tira un, qu'il posa sur la table.
— Et celui-là, vous pourriez me dire qui est l'assassin en lisant le premier chapitre ?
Nagato empoigna le bouquin, le retournant et parcourant la quatrième de couverture. Il n'avait pas l'habitude d'être le point de mire d'une attention aussi admirative, lui, inspecteur de la brigade financière. Le dernier mot de son grade détournait généralement les gens de lui, se disant qu'il n'aurait sûrement rien de romanesque à raconter, que son métier consistait en une série de lignes de chiffres et de calculs.
— C'est le père, prononça-t-il sans la moindre hésitation. Mais c'était un accident.
— C'est fantastique, s'horrifia Itachi. Ne me faites jamais ça. Ne me dites jamais comment finit mon livre et qui est l'assassin si je n'ai pas déjà lu l'histoire.
Éclatant de rire, Nagato hocha la tête, cillant quand le propriétaire de l'appartement s'aventura à le questionner sur ses hobbies. Il se massa la nuque, humecta ses lèvres et finalement, il soupira :
— Je fais beaucoup de sport en salle.
Imaginer le quadra usé qu'il avait devant en train de pousser de la fonte perturba Itachi qui cligna des yeux à plusieurs reprises, donnant ainsi l'impression qu'il demandait des précisions à son futur locataire – tout du moins espérait-il que l'appartement lui plairait quand il viendrait le visiter. Il se promit de ranger et de nettoyer à fond et Nagato se tortilla d'inconfort sur sa chaise avant d'énumérer :
— Un peu de foot, de volley, des sports d'opposition, du renforcement musculaire… Je passe à la salle tous les jours, mais il n'y a que le jeudi soir que je rentre vraiment tard. En attendant, Mikan est occupée à des activités extrascolaires très diverses, à l'aide aux devoirs… Cette école est très bien. Elle m'a été conseillée et j'en suis très satisfait.
— Naka a bonne réputation, confirma Itachi, en effet. Pourquoi avoir voulu retirer votre fille du public ?
Il regretta la question immédiatement et Nagato leva la main, faisant signe que ce n'était rien.
— Elle souffre de quelques troubles dys. Son ancienne institutrice était une vraie pét… Disons qu'elle ne faisait pas preuve de la patience qu'on espérait, avec mon épouse, et Mikan a commencé à avoir peur d'aller à l'école, elle revenait en larmes tous les soirs… Une des collègues de mon épouse lui a conseillé de se renseigner au niveau de l'école Naka et on a de suite vu les progrès de Mikan. Je n'envisage pas de la remettre dans un établissement public.
Le propriétaire fronça les sourcils, relevant la répétition évoquant une femme, et il étudia plus attentivement la figure de l'homme : ses traits étaient tirés par une fatigue accumulée, le pli sur son front indiquait une contrariété qui tournait en toile de fond dans ses pensées et ses yeux s'étaient légèrement voilés depuis la fin de son explication. Un tremblement de ses lèvres indiquait une respiration troublée. Le regard d'Itachi tomba sur les mains de l'homme qui jouait avec son alliance de façon presque obsessionnelle, la faisant tourner dans un sens, puis dans l'autre et la glissant de haut en bas.
L'acteur cessa son examen, ponctuant le portrait dressé initialement d'un « bientôt divorcé, mais toujours amoureux, décision unilatérale de l'épouse » qui lui parut froid. Son regard tomba sur sa montre et il s'étonna.
— Vingt-et-une heures…
Sur l'instant, Nagato ne comprit pas ce que voulait dire le jeune homme puis il porta son regard sur le reste du monde, un peu hagard, surpris de voir que la nuit était tombée et qu'ils avaient discuté presque trois heures sans discontinuer. Il s'excusa d'avoir trop parlé et Itachi refusa d'entendre un mot de plus :
— Voyons, ne vous excusez pas, je n'étais attendu nulle part, de toute façon.
— Vous aviez visiblement du travail, rétorqua Nagato en désignant le livre.
Itachi sourit, écartant ses cheveux de sur son épaule, Nagato l'observant et rajoutant « irrémédiablement gay » à l'examen minutieux qu'il avait fait de lui.
— J'ai encore du temps devant moi, pour en terminer la lecture.
— Néanmoins, intervint Naruto en se rapprochant de leur table, si ça ne vous ennuie pas, Messieurs, j'aimerais bien rentrer chez moi.
— Une épouse ? interrogea Nagato avec une œillade amusée.
— Pire, grimaça Naruto. Ma mère. Je vis toujours chez mes parents. On dit toujours que les cordonniers sont les plus mal chaussés, eh bien sachez que c'est pareil pour les agents immobiliers, on est les plus mal logés.
La serveuse approcha la note dont Naruto s'empara en indiquant à Nagato que les frais étaient pour l'agence. Ils se séparèrent finalement, après avoir convenu d'un jour de visite de l'appartement.
Le policier observa les deux autres hommes partir en discutant dans la direction opposée à la sienne et il espéra, quelque part au fond de lui, que l'appartement serait à sa convenance, presque prêt à mentir pour avoir une compagnie aussi agréable plus souvent. Sa pensée suivante fut pour sa fille, souhaitant qu'elle s'entende bien avec Itachi.
Cette pensée soudaine lui rappela qu'il n'avait pas consulté son téléphone et il grogna quand il vit qu'il avait raté un appel de Konan. Il essaya de la joindre après avoir écouté le message sur le répondeur où elle s'excusait de ne pas avoir donné signe de vie, affirmant que le boulot était compliqué ces temps-ci et demandant ce qu'il avait décidé pour Mikan.
Comme elle ne répondit pas, il raccrocha sans laisser de message et il lui expédia un texto rapide : « Bonsoir, je vais déjeuner chez ma mère samedi, je récupérerai Mikan au passage. » qu'il envoya en oubliant de signer convenablement. Dans la foulée, il appela Yahiko qui décrocha quasiment immédiatement avec un « Alors, comment ça s'est passé ? »
— Figure-toi que j'ai rencontré le propriétaire de l'appartement, je vais aller visiter après-demain.
— Il était comment ?
— Un fils à papa ultrariche, mais cultivé, de type étudiant en fac de cinéma, répondit-il évasif. Je rentre chez moi, là. Je vais commencer à réfléchir à ce que je vais emporter.
— Ta décision est prise, alors ?
— Pas encore, mentit-il, j'attends de voir l'appartement. Si ça se trouve, il va être affreux et je ne vais pas avoir envie, mais ce que m'en a dit l'agent immobilier donne l'eau à la bouche.
De toute façon, c'était pas définitif. C'était uniquement le temps de parvenir à séduire de nouveau Konan, ensuite, il retournerait dans sa maison. Leur maison. L'endroit où leur fille et lui avaient gravé leurs initiales dans un cœur, sur l'écorce d'un arbre au fond du jardin. Il accéléra l'allure pour rejoindre le parking où il avait abandonné la voiture.
— Mais tu ne m'as pas donné de détails, tança Yahiko. Fais-moi rêver…
— Hm… L'appartement se situe au dernier étage d'une résidence sécurisée avec gardien, les trois quarts des proprios sont sous le coup de la loi de protection de la vie privée des personnages publics… Il fait deux-cents mètres carrés, auxquels s'ajoutent une vaste terrasse panoramique qui donne vue sur toute la ville. J'ai pu regarder le plan, ma chambre fait environ quarante mètres carrés, avec salle de bains et dressing, celle de Mikan sera un peu plus petite, trente mètres carrés.
— Donc ta fille va avoir le même espace que moi, s'étouffa Yahiko, je suis sacrément jaloux. Ta chambre sera plus grande que mon logement.
Nagato laissa un rire sincère répliquer à sa place, puis il reprit sa description :
— Il y a un jacuzzi sécurisé sur la terrasse, le chauffage est réversible, les vitres de tout l'appartement sont blindées. Il y a des tests d'intrusion qui sont effectués régulièrement, ils se paient le luxe de s'offrir les services d'Anbu Security pour les contrôles. C'est du parquet partout, presque. Du parquet massif. Pas de femme de ménage, par contre, donc il faut se taper l'ensemble de l'appartement. Il y a un parc qui possède même une aire de jeu, et c'est vraiment à cinq minutes à pieds de l'école de Mikan. Il y a des commerces partout, une église catholique, un temple, un cinéma et une librairie, quasiment au pied de la résidence. Et je serai à deux stations de tramway du travail… Enfin, si je le prends, quoi.
— Et tout ça pour combien ?
— Quatre cent cinquante pour le loyer, charges comprises. Et je rajoute cinquante de caution, puisque les chambres seront meublées, le propriétaire m'a confirmé que je n'aurai rien à débourser pour ça, à part la caution.
— Ok, rit Yahiko, je suis vraiment vert de jalousie, je n'arrive pas à croire la chance que tu as eue…
Nagato soupira profondément, cessant sa marche à l'entrée du parking, puis il déglutit, se souvenant finalement des raisons qui l'avaient poussé à mener une recherche d'appartement aussi erratique.
— Façon de parler, murmura-t-il. Je n'aurais pas eu besoin de cette chance si Konan ne m'avait pas…
— Tu as eu des nouvelles ?
— Elle m'a contacté tout à l'heure, j'ai raté l'appel, affirma-t-il. Apparemment, le boulot c'est compliqué, ces temps-ci, et elle n'a pas une minute à elle. J'ai essayé de la rappeler, mais elle devait être déjà « repartie travailler ». Elle me prend vraiment pour un con, comme si je ne savais pas que cette semaine, elle est de jour et pas de nuit. Passons.
Un silence glissa entre les deux amis, les pas de Nagato résonnant dans le sous-sol et il tâta ses poches pour en sortir ses clés, appuyant sur le bouton de déverrouillage et orientant ses pieds vers le son de réponse de son véhicule.
— Je vais aller chez ma mère, ce week-end, je vais en profiter pour lui parler de tout ça. Je sais pas comment je vais expliquer à Mikan que désormais, pour quelques semaines, peut-être quelques mois, il y aura un « chez papa » et un « chez maman ».
Yahiko soupira bruyamment.
— Bah dis-lui comme ça, elle est intelligente, ma filleule, elle comprendra très bien. Je suis sûr qu'elle saura même y trouver un bénéfice. Souviens-toi, quand vous l'avez changée d'école, elle s'est de suite très bien adaptée et y a trouvé son compte.
— Pas tout à fait pareil, contra Nagato en ouvrant la portière conducteur avant de s'installer au volant. Dans son ancienne école, elle était malheureuse. Elle aime notre maison, donc je ne sais pas si elle acceptera facilement de devoir la quitter une semaine sur deux.
— Tu penses faire la garde alternée ?
— J'en sais rien, grogna-t-il, contrarié. Pour décider de ça, il faudrait que Konan veuille décrocher son putain de téléphone quand je l'appelle. Mais vu que ça a l'air d'être devenu compliqué pour elle de me parler, même quand il s'agit de notre fille, je vais finir par prendre la décision avec Mikan et tant pis pour elle.
— Les absents ont toujours tort, philosopha Yahiko. T'es au volant, rajouta-t-il avec un reproche dans la voix quand il entendit le bruit du moteur. Raccroche.
— Oui, on se voit demain au boulot !
Il jeta son téléphone dans la banquette qui lui servait de canapé et foudroya Konan de regard alors qu'elle débarrassait la table pour mettre la vaisselle dans l'évier.
— Tu pourrais au moins lui répondre quand il veut te parler de Mikan.
— On peut communiquer par textos, c'est très bien, les textos.
— Plus facile de mentir à l'écrit, comprit-il. Donc tu me laisses la charge de lui mentir en face à face ?
Elle posa sèchement les verres sur les assiettes sales et se tourna vers lui, croisant les bras sous sa poitrine.
— On savait que cette période allait être difficile. Je gère comme je peux.
— C'est pas bien, ce qu'on fait, se lamenta Yahiko. C'est vraiment pas bien. Je déteste lui mentir, je n'ai jamais aimé ça, et là, c'est dur à encaisser, pour moi. Il espère beaucoup et… Je…
Touchée par la détresse de son compagnon, elle s'approcha, s'asseyant dans le canapé, liant leurs doigts avec tendresse, lui lançant un regard tellement doux que son cœur s'apaisa immédiatement.
— Je t'aime, susurra-t-elle. Je te le promets, dans quelques mois, tout ça sera terminé. Je vais… Je suis désolée, je fais trop peser sur toi, j'oublie souvent que c'était ton meilleur ami.
— Je n'en parle pas au passé, moi, s'attrista Yahiko en se recroquevillant sur lui-même, le dos voûté par la culpabilité. C'est toujours mon ami, à mes yeux. Et j'aurais voulu qu'il le reste…
— Pardonne-moi, demanda-t-elle en le serrant dans ses bras. Je ne voulais pas t'infliger ça, je pensais… Je n'avais pas réalisé… Je vais faire un effort pour prendre ses appels. Pour que tu ne sois pas seul. On la traversera ensemble, cette épreuve, d'accord ?
Il hocha la tête, avec un pâle sourire.
— Mais je vais perdre mon meilleur ami, prédit-il. Et probablement prendre un ou deux coups dans l'opération. Et je l'aurai bien mérité.
— Mais non, rassura-t-elle d'une voix douce, caressant ses cheveux avec délicatesse. Je vais divorcer, puis quand il ira mieux, on lui dira pour nous deux. Une de mes collègues m'a conseillé un avocat, j'ai rendez-vous avec lui début septembre. Encore un mois.
Elle hésita un instant puis soupira :
— Est-ce que tu veux que je parte chez Hanae ?
— Ce serait plus prudent, confirma-t-il. S'il débarque, un soir, alors que tu es là, je ne saurai vraiment pas comment lui expliquer ta présence. Et même si je parvenais à lui mentir en prétendant que tu passais seulement prendre de ses nouvelles, il commence à y avoir des vêtements à toi un peu partout, j'ai cru voir une culotte derrière la télé.
— Je vais la prévenir, accepta Konan, je serai partie demain matin. Et ma culotte aussi. Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Toujours voûté, Yahiko entreprit de raconter en détail ce que lui avait rapporté Nagato de cette rencontre, précisant quand aurait lieu la visite. Konan fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que c'est, la loi de protection de la vie privée des personnages publics ?
— Une véritable purge, pesta Yahiko. Ça nous met des bâtons dans les roues à chaque fois qu'on veut… Hm… Je ne peux pas parler de ça. C'est tout un arsenal juridique qui permet de protéger la vie privée des personnes célèbres, ou des enfants de grands dirigeants, ce qui rend difficile toute intrusion dans leur intimité… et dans leurs comptes en banque, ce qui est diablement pratique pour ces enfoirés, maugréa-t-il de plus belle.
— Donc tous les voisins de Nagato seront des sortes de stars.
— Non, regarde, son propriétaire est un simple fils à papa.
— Deux-cents mètres carrés, réorienta-t-elle. C'est énorme, quel privilège ! En plein centre-ville, en plus, c'est bien, Mikan se plairait dans un tel endroit.
Yahiko cligna des yeux et fronça les sourcils.
— Est-ce que tu envisages de lui laisser la garde totale de votre fille ?
— Je…
Elle baissa les rétines, honteuse, puis détourna le menton, retirant ses bras de la silhouette de son amant.
— Non, souffla-t-elle. Enfin, parfois, oui. Ils ont une relation tellement exclusive que… Tu sais, souvent, je pense que ma fille ne m'aime pas. Qu'elle s'accommode de moi parce que je suis là, mais qu'elle se passerait aisément de ma présence. Elle n'en a que pour son père. Et inversement.
— C'est moche d'être jalouse de sa propre fille.
— Je sais et je m'en veux pour ça.
Finalement, elle se laissa aller contre le dossier du canapé, cherchant les yeux de Yahiko et finit par murmurer :
— Je me demande aussi si c'est elle qui a détruit mon mariage, ou si c'est lui qui interfère dans ma relation mère/fille. Puis je me rappelle qu'elle n'était même pas née quand je l'ai trompé la première fois.
— Je me souviens, grommela-t-il, j'étais là. Et le karma se vengera brutalement, pour ça.
Elle hocha longuement la tête, laissant ses yeux se perdre sur le linoléum légèrement poisseux, puis elle finit par se redresser, déposant un baiser sur le haut de son crâne.
— Je vais me coucher, je me lève à cinq heures.
Il lui sourit, mais resta encore un moment à réfléchir, se demandant comment il pouvait faire pour esquiver toute forme de rencontre sociale avec son meilleur ami, sans donner pour autant l'impression qu'il l'abandonne.
— J'aimerais vraiment, murmura Itachi d'une voix dangereuse à l'adresse de Kisame, que tu cesses de me considérer comme un gaydar ambulant.
Pas une seule seconde l'immense acteur ne se sentit menacé par le ton sévère employé par son ami, lui offrant un sourire des plus inquiétants et Hinata se tortilla d'inconfort sur la chaise. Elle voyait venir la dispute.
Ils s'étaient installés dans la salle à manger chez Itachi, tous les quatre, et avaient commandé des pizzas – apportées par le gardien, Asuma. Kisame leva son verre pour avaler une gorgée de bière et Kiba soupira. Il détestait devoir arbitrer entre ces deux-là.
— Pas de ma faute, répliqua Kisame, si tu es un véritable aimant à pédés.
Itachi roula des yeux et s'apprêta à répondre assez vertement quand Hinata lui coupa l'herbe sous le pied pour gronder Kisame :
— Je… Je… Je p-pense qu'Itachi a r-raison, Kisame… Ce… Ce n'est p-pas t-très am-mical…
Embarrassé, Kisame tordit sa bouche en une grimace contrite alors qu'Hinata frottait ses paumes moites sur le tissu tendu de son pantalon, baissant à son tour le regard sur son assiette.
— D'accord, céda Kisame, je ne le ferai plus, pardon, princesse, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.
— Alors, intervint Kiba, le futur coloc, sur une échelle d'un à dix, il est baisable comment ?
Le propriétaire des lieux leva les yeux sur le plafond, observant les spots allumés et orientés vers le salon, réfléchissant minutieusement, abandonnant le morceau de pizza qu'il tenait dans son assiette.
— Cinq et demi. Peut-être six, répondit Itachi.
Il tendit sa main et abaissa un doigt :
— Déjà, il est comptable et ce n'est clairement pas la profession la plus glamour de tous les temps.
Il plia un deuxième doigt :
— Il est toujours amoureux de son ex-femme, c'est d'une tristesse sans nom.
Son troisième doigt rejoignit les deux autres :
— Il est comptable. J'insiste, ça lui enlève au moins deux points.
Il se tut, laissant à Hinata et Kiba l'occasion d'approuver avec vigueur et Kisame se pencha un peu sur la table avec un grand sourire.
— Oui, mais ça fait sept, ça, pas six. Ni cinq et demi.
— Peut-être, mais je maintiens le six, s'amusa Itachi. De toute façon, je n'ai pas l'intention d'essayer de coucher avec mon colocataire, ça mettrait une ambiance bizarre dans l'appartement et je touche pas aux hétéros. Jiraiya m'a proposé le rôle pour Un flic à Vice-City.
— Tu changes totalement de sujet, s'agaça Kisame, mais je suis content pour toi, tu as dit oui ?
— Pas encore. Il veut que je lise le scénario avant d'accepter. C'est vrai que c'est très différent de tout ce que j'ai fait jusqu'à présent.
Hinata attrapa la carafe d'eau qui était sur la table, servant tout le monde, puis elle saisit son propre verre, pour avaler une longue gorgée – la sauce piquante de la pizza méritait son appellation et des larmes montaient à ses yeux sous la brûlure.
— J-je v-v-vais j-jouer ded-dans, moi, affirma-t-elle. Ji-jiraiya m'a p-propos-sé le r-rôle de Ye-yellow. Ce ser-rait un pl-plaisir de t-t-tourner av-vec toi.
Ravi, Itachi hocha la tête alors que Kiba fronçait les sourcils, écartant une mèche qui tombait sur le visage de sa petite amie, pendant qu'elle louchait sur les assiettes environnant avec envie. « Je peux ? » demanda-t-elle à Kisame en tendant la main sur les restes de sa pizza et il s'amusa de son appétit quand elle mordit, enchantée, dans la nourriture.
— Tu ne m'avais pas dit, tiens, ponctua Kiba d'une voix douce. Je suis super content ! Par contre, ça repousse notre projet bébé…
Hinata hocha la tête, liant leurs doigts et Kiba haussa les épaules.
— Bah tant pis, de toute façon, on a pris du retard, nous, donc ça aurait été compliqué pour moi aussi. Moi, je vais probablement enchaîner des scénarios sans intérêt, mais qui rapportent gros, ça finit par être vexant, à croire que je ne peux être là que pour démonter des gens à la chaîne.
Kisame lui tapota l'épaule avec compassion et Itachi plissa les paupières.
— Mais c'est grâce à toi qu'on peut se permettre d'explorer des genres nouveaux et de tester des trucs. C'est parce que tes films marchent et rapportent gros. Sans toi, Akatsuki Productions s'effondre. Je pense sincèrement qu'on devrait tous te remercier, c'est parce que tu fais un travail acharné qu'on est encore là.
Un peu rassuré, Kiba se redressa et jeta une œillade reconnaissante à son ami, pendant qu'Hinata finissait de vider toutes les assiettes. Il relança la conversation sur la cérémonie qui approchait rapidement, les différents films en lice et les vacances bien méritées qu'ils étaient en train de planifier, Hinata et lui.
Itachi enchaîna en expliquant qu'il espérait que son colocataire emménagerait au début du mois d'août, précisant qu'il lui restait encore à nettoyer l'appartement et vider quelques étagères de-ci de-là, faisant grogner Kisame.
— C'est une mauvaise idée, insista-t-il. On ne peut pas se mélanger aux civils et tu le sais très bien.
Itachi haussa les épaules, s'étirant longuement et lui portant un regard neutre.
— Tu as tort. Tu verras.
Merci d'avoir lu, à bientôt !
