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Chapitre 6

Il avait passé un long moment à l'observer tailler les tiges de ses fleurs, devinant qu'elle chantonnait à voix basse pour couvrir le silence, avant d'oser entrer et croiser son regard. C'était un rituel, en quelque sorte. Tapis de l'autre côté de la rue, adossé contre un arbre, dissimulé derrière des lunettes de soleil, il la contemplait, mordillant le bout de son pouce, pendant qu'elle sillonnait la boutique.

La cloche tinta quand il pénétra dans le petit magasin, laissant le carillon frapper la vitre de la porte et la jeune femme se trouvant derrière le comptoir se tourna vers lui, abandonnant ce qu'elle était en train de faire, essuyant ses mains sur sa blouse aux couleurs sablées pour s'approcher de lui.

— Bonjour, chantonna-t-elle et Nagato baissa les rétines sur son badge qui indiquait son prénom et sa position dans la hiérarchie du commerce.

— Bonjour, Rin.

Les parfums mélangés des fleurs étaient presque écœurants tant ils étaient puissants. Il laissa ses yeux parcourir les différentes espèces de rose, les lys et les plantes en pot, ses prunelles s'arrêtant sur une orchidée magnifique trônant sur le comptoir de la caisse enregistreuse et la fleuriste renforça davantage encore son sourire.

— Vous êtes ponctuel, affirma-t-elle.

— Les anniversaires tombent chaque année à la même date, plaisanta-t-il avec un demi-rictus, et je n'allais pas manquer le plaisir de notre discussion annuelle, tout de même.

— Vous êtes gentil, rosit-elle en baissant les yeux. De quoi avez-vous besoin, cette fois ?

— Toujours pareil : un bouquet de tulipes orange.

Elle hocha la tête en se détournant et il en profita pour observer sa silhouette avec attention. La démarche chaloupée, les seins lourds, des cheveux châtains qu'elle portait à hauteur des épaules, Rin Nohara était la plus mignonne de toutes les fleuristes de la ville et elle était ravissante, au milieu de ce jardin odorant et coloré.

Cela faisait quelques années, à présent, qu'il passait récupérer un bouquet de tulipes, toujours à la même époque, attendant qu'elle se détournât pour laisser sur elle un regard vibrant d'émotions contradictoires.

La première fois qu'il était venu, elle avait dix-sept ans et les yeux rougis de chagrin, elle avait essayé de toutes ses forces de sourire entre ses larmes et il lui avait acheté son premier bouquet de tulipes, tirant la plus jolie pour la lui remettre. À présent, elle avait vingt-quatre ans. Et, autour de son cou, toujours le même collier.

Chaque année, il mordillait les lèvres et hésitait à prendre la parole, contemplant le nez retroussé, les petites dents et la bouche rosie par un gloss au parfum de framboise. Et chaque année, il renonçait, se contentant de régler la facture du bouquet et de la saluer.

Il lui était arrivé de faire demi-tour, voyant qu'elle n'était pas présente, c'était à elle et personne d'autre qu'il voulait s'adresser quand il passait le seuil de ce commerce où il ne mettait jamais les pieds par ailleurs : son épouse n'aimait pas qu'on lui offrît des fleurs, elle avait été formelle à ce sujet dès leur premier rencard.

Cette année, quand elle revint de l'arrière-boutique en chantonnant, il détourna encore les yeux, mais quelque chose avait changé. Il s'avança vers le guichet, il osa affronter son regard et, surprise, elle lui tendit un sourire timide, rosissant davantage.

— Est-ce que… Est-ce que je pourrais vous inviter à prendre un café ? demanda-t-il avant de se rattraper, mortifié. Ce n'est pas de la drague, précisa-t-il, je suis toujours marié et… Pardonnez-moi, je…

Mal à l'aise, il évita de la regarder, se sentant rougir face au manque d'habileté dont il faisait montre. Fut un temps, Konan trouvait ça adorable chez lui. Ses rétines effleurèrent la bague qu'elle portait en pendentif et il posa les doigts sur son alliance, encore plus embarrassé qu'il ne l'était déjà, constatant qu'elle avait cessé tout mouvement.

Elle le jaugea un moment, considérant ses mains légèrement tremblantes et déglutit, conscient qu'il ne devait pas avoir la moindre crédibilité. Pourtant, longuement, elle chercha son regard, qu'il finit par lui offrir et il la laissa se plonger dans ses yeux. Elle était encore plus mignonne de près, pensa-t-il en sentant son cœur se serrer avec tristesse. Elle lui tendit un sourire doux et il détourna les prunelles.

— D'accord, dit-elle en finissant de nouer le bolduc autour des fleurs.

Elle poussa le bouquet vers lui et attrapa une des cartes de la boutique pour la retourner et inscrire son numéro à l'arrière. Elle lui donna le tout en lui portant un regard plein d'attente, puis il lui tendit sa carte bancaire en la remerciant, récupérant la carte pour la ranger précieusement dans son portefeuille.

— Je vous appellerai, jura-t-il avant d'attraper le bouquet avec délicatesse. Je vous le promets.

Il quitta les lieux d'un pas rapide, consultant sa montre qui lui indiqua que la visite de l'appartement était prévue pour quelques heures plus tard. Il soupira et chaussa ses lunettes de soleil, s'engageant sur le trottoir face à la boutique de Rin Nohara.


Débarrassé de l'encombrant bouquet de tulipes et plus que largement en avance, Nagato avait pris le temps de faire le tour du quartier pour calculer, montre en main, à quelle distance se trouvait l'école de la résidence Phénix. Devant l'établissement scolaire, il avait profité de sa présence pour vérifier le tableau d'informations et, alors qu'il pivotait les talons pour rejoindre son lieu de rendez-vous, la voix douce d'Iruka Umino l'avait interrompu, le saluant.

— Comment vous portez-vous, M. Uzumaki ? s'enquit le professeur Iruka en saisissant sa main.

— À merveille, répondit-il, je ne pensais pas trouver le personnel enseignant encore dans les locaux fin juillet.

Iruka retira ses doigts de la poigne du père de famille avec un sourire.

— Je suis venu pour commencer à préparer les programmes de mes élèves, j'ai eu quelques idées que j'ai hâte de leur montrer ! Je suis sûr que Mikan va adorer nos jeux, cette année. Comment va-t-elle ?

— Elle est en vacances chez sa grand-mère, actuellement, elle doit sans doute cacher des insectes un peu partout pour rigoler sans se rendre compte que ma mère est réellement terrifiée par les mantes religieuses qu'elle glisse dans les draps.

Iruka eut un léger rire en se massant la nuque et Nagato perdit son sourire en soupirant.

— À vrai dire, c'est une chance de vous croiser, affirma-t-il, il va y avoir quelques changements dans la vie de Mikan, d'ici peu. Sa maman et moi nous sommes en quelque sorte séparés, temporairement…

— Je suis navré de l'apprendre, ponctua Iruka. En garde alternée ?

— Selon toute probabilité, oui. Dois-je effectuer des démarches auprès de l'administration à ce propos ?

Iruka parut réfléchir quelques instants puis il secoua la tête en guise d'ignorance, croisant les bras.

— Je vais me renseigner et je vous ferai parvenir un courriel avec toutes les informations, mais j'imagine que tant qu'il n'y a pas de jugement, les démarches resteront de l'ordre de l'officieux, quelques mots glissés au gardien et au directeur…

Le professeur tendit sa main, que Nagato empoigna, puis ils se détournèrent, se saluant. Le policier enclencha de nouveau son chronomètre pour remonter le trajet qui conduirait jusqu'à son probable futur domicile.

Il flâna autant que possible, tentant de se rappeler à quelle allure sa fille marchait, ses rétines analysèrent en passant la vitrine d'une boutique spécialisée dans le jeu vidéo – qu'il s'empressa d'oublier immédiatement après l'avoir dépassée – puis, parvenu à un croisement, il hésita une seconde sur la direction à prendre, baissant les yeux sur son GPS.

Une voix à sa gauche siffla « n'allez pas à droite, le diable hante ces lieux » et il papillonna des cils en jetant un vague regard à la personne qui s'était adressé à lui. Une soutane, une collerette de prêtre, une cicatrice au menton et l'air assez âge, c'était probablement l'homme qui officiait dans l'église du quartier.

Il insista, proposant à Nagato d'assister à une de ses messes et, afin de ne pas le vexer, ce dernier accepta de venir faire un tour, un jour. Il n'avait jamais mis les pieds dans une église catholique, à vrai dire, ce serait peut-être l'occasion.

L'homme prit une respiration fébrile et hocha la tête, signant la croix « pour vous protéger du démon » et le policier s'engagea à droite, pressant le pas quand il remarqua que Naruto Uzumaki patientait au pied de l'immeuble.

Il s'approcha finalement de lui, légèrement essoufflé.

— Excusez-moi, s'annonça-t-il, j'en ai profité pour aller jusqu'à l'école de ma fille pour dire un mot à son professeur.

— Ce n'est pas un souci. J'ai cru vous voir rencontrer le prêcheur local, sourit l'agent immobilier. Que voulait-il ?

Nagato jeta un regard par-dessus son épaule, constatant que l'homme en soutane avait déjà disparu.

— Me vendre ses sermons du dimanche ? suggéra-t-il. Ça n'a pas d'importance, il m'a plus l'air d'être un doux illuminé qu'un dangereux malade.

— C'est là le trouble le plus marqué du quartier, rebondit Naruto avec un ton commercial, donc comme vous pouvez le voir, même si l'avenue est fréquentée, il n'y a pas de risque majeur. Suivez-moi, je vous prie, nous allons commencer la visite.

— Itachi n'est pas présent ?

Naruto s'avança jusqu'au portail, composa le code d'entrée et salua le gardien derrière la vitre de la porte, tout en répondant à Nagato :

— Non, il est absent, nous allons faire la visite tous les deux.

La porte se déverrouilla et Naruto monta rapidement les quelques marches conduisant jusqu'à la porte, talonné par le futur locataire.

La présentation au gardien fut succincte, ils échangèrent quelques mots puis Asuma Sarutobi hocha la tête en direction de Naruto. Ce dernier mena Nagato jusqu'au parc de la résidence, restant à l'ombre de l'immeuble pour lui désigner les différentes zones, précisant qu'elles étaient toutes communes.

Il y avait un potager – qu'Itachi n'utilisait jamais –, une aire de jeu pour les enfants et un coin pique-nique avec des tables. Naruto montra chacune d'entre elles en ponctuant d'un commentaire et Nagato demanda s'il pouvait, lui, se servir du potager, pendant qu'ils s'engouffraient dans l'ascenseur, appuyant sur le bouton qui les conduiraient au dernier étage.

Naruto approuva, expliquant seulement qu'il devrait sans doute faire ses propres plantations, celles fournies avec la vente de l'appartement étant probablement mortes depuis longtemps.

Nagato allait répliquer, mais l'agent immobilier venait d'ouvrir la porte du logement, et il resta bouche bée.

— Wow, lança-t-il en laissant ses yeux aller et venir d'un bout à l'autre de l'immense pièce qui se dévoilait sous son regard. J'ai consulté les plans, mais ça fait de suite un autre effet quand on le voit en vrai.

Naruto étouffa un rire qui se mua en gloussement discret alors qu'il observait son client parcourir l'enfilade d'ambiances. La cuisine, la salle à manger et le salon étaient réunis dans un style loft, en une seule et même pièce. Les chambres se trouvaient derrière, et, pour les atteindre, il fallait monter des escaliers à la dénivelée douce. Le futur locataire fit quelques pas et tourna sur lui-même, fronçant les sourcils en s'approchant du mur qu'il n'avait pas encore vu, observant la toile avec attention.

— C'est un original ? questionna-t-il sans détourner les yeux de la signature du peintre.

C'était une œuvre contemporaine que lui-même n'appréciait guère, mais il n'était pas bon juge, en matière d'art. Ce qu'il savait, en tout cas, c'était que Sai, le créateur de cette œuvre, se vendait à prix d'or.

Naruto hocha la tête, se décalant à son tour pour observer la toile.

— Oui, en effet, c'est un original, Itachi l'a fait poser dès les premiers jours de son emménagement.

L'agent pivota de nouveau, montrant des fenêtres intérieures qui ouvraient sur le salon dont s'était rapproché Nagato, pour analyser l'installation vidéo. Un écran géant, un home cinéma, un canapé qui semblait confortable, tout appelait à la détente. Il n'osa pas s'avancer vers la vidéothèque, de peur d'être complètement largué et s'en détourna, jetant un œil perplexe à la statuette qui trônait au-dessus du meuble – une sorte de long cylindre doré, aux bouts arrondis, pour finalement porter son attention à ce que désignait Naruto.

— Là, c'est le bureau d'Itachi et la pièce attenante, c'est sa chambre. Les deux vôtres – si vous prenez l'appart, bien sûr – se trouvent de l'autre côté. On va voir ?

Impatient, Nagato hocha la tête avec vigueur, avant de suivre les pas de Naruto dans les escaliers, ignorant les deux portes qu'il avait signalées comme étant les lieux de vie de son propriétaire. Le premier arrêt, expliqua l'agent, était la plus petite des deux chambres. Il poussa le battant et Nagato prit une minute pour s'émerveiller de plus belle.

Il imaginait déjà sa fille sauter sur le lit, bouder au bureau, répandre ses jouets sur le sol et il s'approcha de la fenêtre, constatant avec plaisir qu'il y avait une sécurité enfant. Il hocha la tête pour approuver cette initiative, ricana sous cape en visualisant l'entièreté de l'appartement de Yahiko dans ce petit espace, fit coulisser les portes des placards pour en évaluer la contenance. Satisfait, il demanda à Naruto s'il y avait des possibilités de décoration, s'il pourrait éventuellement repeindre pour s'accorder aux goûts de sa fille et il obtint carte blanche.

Il imaginait bien les rideaux qu'il poserait aux fenêtres, les peluches qui ne manqueraient pas de s'amonceler sur le lit, le cartable jeté n'importe où et repris le lendemain, presque aussi bien qu'il se voyait pelotonné sous un plaid avec Mikan, installés dans le canapé, regardant le dernier dessin animé à la mode pour la troisième fois d'affilée.

C'était plutôt bon signe pour l'appartement s'il parvenait à visualiser sa fille y évoluer. Il hocha la tête et Naruto sortit, pour lui montrer sa chambre, dans laquelle il pénétra sans vraiment faire attention. Du moment qu'il y avait un lit et de quoi ranger ses affaires, il se fichait un peu de la décoration.

Cependant, quand il prit la peine de réellement observer la pièce, il nota la fonctionnalité des lieux et se tourna vers l'agent immobilier.

— Vous m'aviez dit qu'il y avait un coffre-fort dans la chambre.

Naruto hocha la tête et passa dans une alcôve – qui se révéla être le dressing – pour désigner l'objet.

— Ici.

— Et… Vous pouvez me confirmer le prix ?

— Je peux… Quatre cent cinquante plus cinquante de caution pour les meubles. Charges comprises.

— C'est surréaliste, Itachi se rend-il compte qu'il pourrait en tirer trois fois plus ?

Naruto hocha la tête en s'asseyant sur le bord du lit, sortant des papiers de son porte-document pour vérifier qu'il n'avait rien oublié au bureau.

— Il en a conscience, il ne loue pas pour l'argent.

— Alors pour quelles raisons ?

L'agent immobilier se trémoussa sur le lit alors que Nagato revenait vers lui et leurs regards s'affrontèrent un peu. Naruto finit par céder.

— Il se sent seul, j'imagine. Il a acheté assez récemment, il y a cinq ans environ. C'était ma première vente, sourit Naruto. J'étais encore jeune stagiaire à l'époque. Ça vous intéresse ? L'appartement, je veux dire, ça vous intéresse ?

— Très franchement, je serais stupide de dire non. Dites-moi où je signe.

Tournant son porte-document, Naruto désigna une case en bas de la feuille.

— Ici. Bienvenue à la résidence Phénix, monsieur Uzumaki.


Quand Itachi rentra chez lui, quelques heures après le départ de Nagato et Naruto, il fit un tour rapide des lieux, vérifiant une dernière fois si tout était aussi bien rangé que possible et si rien, dans l'appartement, n'aurait pu choquer le quadragénaire bientôt divorcé.

Son téléphone s'était éteint, par manque de batterie, il n'avait donc pas la moindre idée de comment s'était déroulée la visite. L'écho qu'il avait eu par Asuma montrait que le gardien approuvait tout à fait le choix fait par l'agence Kagemane.

Mettant son portable à charger près du canapé, il l'abandonna là pour rejoindre la salle de bains, quitter ses vêtements et enfiler son survêtement préféré.

Il sortit de la salle de bains avec une serviette sur les cheveux, habillé de son seul pantalon et ses pieds nus, fit un arrêt au bureau pour récupérer le scénario d'Un flic à Vice-City et il redescendit les marches pour aller dans la cuisine ouverte où il réchauffa des nouilles instantanées en se promettant d'essayer de faire un effort avec son alimentation. Baissant les yeux sur son ventre, il nota mentalement qu'il devait prendre rendez-vous chez l'esthéticienne pour l'épilation mensuelle, tourna la tête vers les enveloppes qu'il avait jetées sur la table en entrant, ne remarquant rien qui méritait qu'il s'y attardât dans l'instant.

Il finit par se laisser tomber dans le canapé, tapant son code pin sur l'écran du téléphone et lui permettant de s'allumer pendant qu'il saisissait la télécommande pour explorer les programmes de vidéo à la demande, ayant abandonné ses nouilles sur la table basse le temps de sélectionner l'émission qu'il voulait voir.

Il récupéra son repas avant de poser ses pieds nus sur la table basse, écartant légèrement les jambes, puis il se laissa prendre dans les images qui défilaient sur la télévision.

La nuit était tombée depuis longtemps, l'horloge indiquait un indécent vingt-trois heures, aussi sursauta-t-il quand son portable vibra pour signaler un appel entrant en provenant de Naruto Uzumaki. Mettant pause à son émission, il décrocha en toute hâte, la voix de l'agent immobilier le saisissant avec bonne humeur :

— Bonsoir M. Uchiha ! Je ne vous réveille pas ?

Les yeux d'Itachi scrutèrent l'écran, passant de l'actrice qui dardait son regard sur lui en léchant ses lèvres au logo qui indiquait « -18 » en bas de l'image et il se redressa légèrement, changeant son téléphone de main.

— Pas le moins du monde, j'étais en train de… travailler, répondit-il en marquant un silence appuyé.

Naruto eut un rire de gorge, puis il cria à sa mère de le laisser tranquille cinq minutes.

— Je trouve ça effarant que vous viviez toujours chez vos parents, indiqua Itachi.

— Je me plains beaucoup et ça a l'air bruyant, comme ça, mais… À vrai dire, il n'y a pas de meilleur endroit au monde que celui qu'on peut appeler « la maison » et c'est chez mes parents que je me sens chez moi. Mais on n'est pas là pour parler de moi. Voulez-vous savoir comment s'est passée la visite ?

Itachi jeta un regard sur l'écran, notant que Samui, l'actrice aguicheuse, avait encore fait de la chirurgie esthétique, qu'elle avait cette fois botoxé ses lèvres et rajouté un bonnet de soutien-gorge.

« Elle ressemblera bientôt à une poupée de plastique » se désespéra-t-il avec une grimace. Il tendit la main vers sa télécommande et pressa le bouton off, se disant qu'il n'avait, en fin de compte, absolument pas envie de voir ce film.

— Bien sûr.

— Il a signé ! Il ne manque plus que votre signature pour conclure et je vous mettrai en contact direct pour déterminer l'emménagement. Comme je vous l'avais initialement expliqué – Oui, Maman, deux minutes, steuplé, je vais aller me coucher ! Laisse-moi finir ma vente tranquille ! Mais oui, je travaille à cette heure-ci, non ce n'est pas une petite amie, c'est un de mes VIP –, comme je vous l'avais initialement expliqué, excusez l'interruption, tous les transferts d'argent et les menus détails administratifs transiteront vers nous.

— Sait-il… ? Sait-il qui je suis ?

— Nous ne lui avons rien dit. Comme vous le savez, la loi vous protège, c'est à vous de décider ce que vous souhaitez lui dire.

— Je sens comme une désapprobation dans votre ton.

Naruto grommela sourdement, claqua la porte de sa chambre en pestant à voix basse contre sa mère, une fois de plus.

— Ouais. Je peux vous parler franchement ? … Vous devriez lui dire. Il finira par savoir quel est le lien entre les Sharingan Industries et vous et je pense qu'il préférerait l'apprendre de votre bouche que de celle d'un tiers.

Mais Itachi refusait d'être associé à son père d'une quelconque façon. Il avait coupé les ponts depuis longtemps déjà, il s'était fait tout seul, à la sueur de son front, et ce qu'il avait, il ne le devait certainement pas à son nom. Il soupira avec force et promit à Naruto d'y réfléchir. L'agent immobilier laissa passer un silence.

— Et si vous choisissez de lui en parler, dites-lui tout. Pas seulement une partie tronquée et déformée, je vous connais, depuis le temps.

— Vous êtes ma mère, mon confesseur ou mon agent immobilier ? esquiva Itachi en roulant des yeux.

— Un peu tout ça à la fois, j'crois bien. Passez me voir demain à l'agence, je prépare les papiers. On est censés être fermés au public, mais bon, j'aimerais conclure ça le plus vite possible pour que Nagato puisse s'installer.

— Très bien, je passerai.

— Parfait, à demain, « travaillez » bien !

— J'ai entendu vos guillemets, Maman. À demain.

Itachi raccrocha, coupant ainsi le rire lointain de Naruto, puis son propre rictus fondit sur ses lèvres alors que ses pensées l'orientaient vers la famille qu'il avait abandonnée dix ans plus tôt.

Quelques minutes passèrent et il secoua la tête, chassant la déprime qu'il sentait monter, se levant pour aller jeter le récipient en carton qui avait contenu ses nouilles, puis il revint sur le canapé, saisissant le scénario qu'il avait laissé là, bien décidé à se perdre dans le travail, et à oublier ce qu'avait très justement dit Naruto.


À bientôt !