Bonjour tout le monde ! Voici le nouveau chapitre, merci d'avoir pris le temps de lire jusqu'à présent !
Chapitre 7
— Bonjour, mon chéri !
Nagato bâilla longuement en tentant de maintenir ses yeux ouverts alors qu'il parcourait les derniers mètres jusqu'à sa mère, déposant un baiser sur son front, avant de s'avancer vers Mikan pour l'embrasser à son tour.
— Bonjour M'man. Bonjour mon cœur.
Il tendit la main vers la serviette de sa fille pour s'en saisir et lui essuyer le bout du nez, puis il s'assit à sa place, constatant que Fusô avait déjà dressé la table pour lui, lui servant un petit déjeuner mille fois trop copieux.
— Jamais je pourrai manger tout ça.
— Tu es maigre comme un coucou, fils, il faut que tu manges.
Il retint un grognement exaspéré en lui coulant un regard par-dessus la tasse de matcha.
— Maman, s'il te plaît…
Quand il remarqua les rides de sa mère, son teint jauni, et les pétillements inquiets au fond de ses yeux, il ravala ses récriminations et hocha la tête.
Elle avait vieilli. Bien sûr qu'elle avait vieilli et d'autant plus qu'elle vivait seule à présent que son père était mort. Cette considération dont elle faisait preuve était simplement une façon de compenser la solitude épaisse dans laquelle elle se trouvait depuis que son mari était décédé, huit ans plus tôt.
Il sourit, ignorant la nausée qui le saisissait à l'idée de devoir engloutir toute cette nourriture. Sa fille était déjà happée par les dessins animés qui étaient diffusés à la télévision et Fusô en profita pour s'asseoir près de son enfant, glissant une main dans ses cheveux.
— Tu es si beau, mon fils, dit-elle en le couvant d'un regard doux. Vas-tu enfin m'expliquer ce qu'il se passe avec ton épouse ? Elle m'a appelée hier soir pour me dire qu'elle ne viendrait pas récupérer Mikan et je vous attendais tous les deux, pour le week-end. Tu es arrivé tard, cette nuit.
Il baissa le nez sur le bol de riz et l'omelette, puis sur la marinade de légumes, écarquillant les paupières d'un air écœuré qu'il effaça bien vite, saisissant ses baguettes.
— J'avais un rendez-vous très important, hier, je n'ai pas pu arriver plus tôt. Et c'est lié à l'absence de Konan.
L'attention de Mikan s'arracha de la télévision pour quelques instants et elle regarda son père avec ses grands yeux encore pleins de sommeil.
— Pourquoi elle est pas là, Maman ? murmura-t-elle. Je voulais lui montrer comment je fais du cheval, moi…
Nagato sourit et tendit la main, caressant la joue de sa fille.
— Elle est tellement forte qu'ils ont eu besoin d'elle à l'hôpital pour sauver des gens. Tu me montreras et je lui enverrai une vidéo, d'accord ?
La petite fille hocha la tête et retourna à son dessin animé, alors que Fusô secouait lentement le menton, une question au bord des lèvres.
Oh bien sûr, elle avait compris de quoi il retournait, son garçon n'avait pas besoin de le lui dire. Elle avait pratiqué les hommes et les relations de couple suffisamment longtemps pour savoir quand un mariage avait du plomb dans l'aile et cela faisait déjà un moment qu'elle avait remarqué que sa bru esquivait les gestes tendres de son fils, venait de moins en moins souvent. Elle avait espéré que ce ne serait que temporaire – Konan était, après tout, une membre de la famille, à présent, et Fusô était trop vieille pour simplement accepter de lui retirer ce statut.
Elle offrit un sourire à son fils, ses doigts glissant sur sa nuque, puis elle se tourna vers Mikan.
— Si tu as fini ton déjeuner, ma biche, va t'installer dans le salon, d'accord ?
Quand l'enfant eut déserté la cuisine et que l'écho des bruitages des courses-poursuites de son dessin animé parvint jusqu'aux deux adultes, Fusô changea de siège, saisissant la main de son garçon.
— Raconte-moi, mon chéri.
Il haussa les épaules.
— Pour quoi faire ? Tu sais très bien ce qu'il se passe. Konan est en train de me quitter, chuchota-t-il en baissant la voix.
— Et tu espères la récupérer, compléta-t-elle en contemplant la motivation au fond des rétines de son fils.
— Tu me trouves stupide ? confirma-t-il avec une grimace.
Elle ne répondit pas de suite et il noya son malaise dans sa tasse, avalant une gorgée brûlante, puis il s'attaqua à son repas.
— Elle dit qu'on a besoin d'une pause, de se laisser du temps, d'apprendre à se reconquérir…
Il y avait réfléchi tout le trajet conduisant à la maison de son enfance et plus encore quand il s'était glissé dans sa chambre sans le moindre bruit. Si Konan souhaitait vraiment qu'il tentât de la charmer de nouveau, ne devait-elle pas lui laisser l'opportunité de l'approcher ?
Il avait espéré que cette pensée était seulement due à la fatigue, au luxe dont il s'était abreuvé pendant la visite de l'appartement et qui, il devait l'admettre, l'avait séduit, lui permettant d'oublier momentanément la maison qu'ils avaient construite en banlieue.
Pourtant, quand il s'était réveillé, la réponse – « Mais elle ne le veut pas réellement » – lui avait explosé au visage, le faisant grogner avec hargne. Il n'avait pas envie de passer à autre chose, lui. Il avait expédié un message « Lundi matin, je serai parti », espérant qu'elle lui demanderait des précisions, qu'elle lui demanderait comment ça allait se passer pour leur fille, elle s'était contentée d'un lapidaire « ok, bon week-end. » et il avait eu envie de la gifler.
Plutôt que de sauter dans sa voiture pour s'exécuter sur-le-champ, il avait choisi de s'enfoncer dans son oreiller, plaquant le second sur le haut de son crâne en pestant sans un bruit.
— Mais elle ne se comporte pas comme telle, acheva-t-il d'une voix profondément blessée. Alors… Je me dis que c'est parce que je suis toujours à la maison. Qu'elle sera plus ouverte quand j'aurai un nouveau chez-moi.
Fusô fronça les sourcils, comme ne comprenant pas ce que racontait Nagato.
— Tu veux dire que tu vas quitter la maison ?
Il hocha la tête.
— Je déménage en début de semaine prochaine, normalement, j'attends la confirmation de l'agence.
— Tu fais n'importe quoi, souffla sa mère.
Il sourit avec tendresse.
— Tu m'as déjà dit ça, avant.
— Avais-je tort ?
Il tourna ses yeux vers le salon, où la crinière de feu de sa fille s'étalait sur le canapé.
— Oui, tu avais tort.
— As-tu au moins trouvé un lieu correct où aller vivre ? s'enquit-elle d'une voix inquiète.
Le regard de Nagato revint vers sa mère et il lui tendit un sourire.
— À vrai dire, c'est même mieux que la maison. Elle y a plus de place, c'est à côté de l'école et de mon travail, il y a un grand parc où elle pourra jouer… C'est en plein centre et pour pas cher, je n'aurais jamais pu trouver plus avantageux. En plus, je pense que nous pouvons surmonter ça, avec Konan.
Se souvenant du nom de l'agent immobilier, il saisit la main de sa mère :
— Oh, savais-tu qu'il restait des Uzumaki vivants, à part nous trois ? L'agent immobilier qui s'occupe de moi, c'est un Uzumaki.
Le changement de sujet passa comme une lettre à la poste : sa mère entreprit de deviner de quelle branche de l'ancestral clan Uzumaki était issu l'agent immobilier, retraçant les différentes générations depuis deux-cents ans, ponctuant d'anecdotes. Quand elle perçut le regard amusé de son enfant, elle lui tapota la main en faisant la moue.
— Roh, comme tu es, avec ta vieille mère, à me faire radoter sur des vétilles… Comment tu vas le dire à la petite ?
— Je sais pas. J'en sais rien. J'ai dû régler tellement de choses rapidement que je n'ai même pas un début de piste sur comment je vais lui dire. Ni ce que je peux bien avoir à dire.
Le poids du stress et du chagrin s'abattit sur lui d'un coup et il sembla à Fusô que son fils avait pris dix ans en quelques secondes. Elle se leva et contourna la table pour le serrer contre lui, faisant mine de ne pas remarquer les larmes qui embuaient ses yeux. Il accepta l'étreinte avec abandon, appuyant sa tête contre le ventre de sa mère et ses doigts lâchèrent les baguettes qu'il tenait toujours.
— Je ne sais pas ce que je vais faire si elle ne revient pas, confessa-t-il. Je ne sais même pas comment réparer, je n'ai pas la moindre idée de ce qui n'allait plus, selon elle…
Il resta un long moment à pleurer, laissant le giron maternel le bercer avec amour, ses sanglots silencieux rythmés par les rires de sa fille, toujours devant ses dessins animés.
La porte s'ouvrit alors que Konan observait le palier sur lequel se trouvait la porte de l'appartement où vivait désormais son mari, ses yeux analysant avec attention la peinture couleur aubergine, la porte visiblement blindée et le tapis qui recouvrait les marches.
Elle avait été surprise du traitement qui lui avait été réservé. Elle avait d'abord dû passer un portail, puis une porte et pour finir le gardien avait demandé à vérifier son identité avant de prévenir son époux qu'elle patientait en bas. Nagato avait eu la largesse de l'autoriser à monter – Mikan n'était pas prête à partir, semblait-il.
Quand, finalement, elle se décida à porter le regard sur son mari, elle eut un coup au cœur, lui adressant un léger sourire, avant de se reprendre, papillonnant des cils. Bien sûr qu'elle le trouvait beau, elle l'avait tout de même épousé. Il s'écarta de la porte en la saluant chaudement et ses yeux pétillaient de joie alors qu'il examinait sa silhouette. Embarrassée, elle avança dans l'appartement et se sentit plus mal à l'aise encore dans cet intérieur qui respirait un luxe qu'elle n'aurait jamais pensé côtoyer d'aussi près.
— Mikan ! appela Nagato. Maman est arrivée, viens ici ! Je t'offre un café ? proposa-t-il en constatant qu'elle avait des cernes épais sous les yeux.
— Je veux bien, s'il te plaît. Tu voulais qu'on parle, il me semble.
L'attention de l'infirmière fut détournée par le rire de sa fille qui provenait de loin dans l'appartement et, bientôt, elle la vit surgir en courant du fond du logement et dévaler les escaliers pour se jeter dans ses bras. Légèrement déséquilibrée par le poids de son enfant, elle se retint à Nagato qui passa une main sur ses reins pour l'aider à se redresser. Elle s'écarta rapidement, embrassant Mikan qui commençait déjà à jacasser sur ses vacances chez Mamie, sans la moindre rancune, comme si sa mère ne lui avait pas fait faux bond et Konan se sentit honteuse.
Elle balaya le sentiment d'un mouvement de tête, s'accroupissant devant sa fille pour dégager les cheveux roux qu'elle avait sur le nez, puis elle lui demanda si elle avait bien préparé son sac, l'enjoignant à aller vérifier, pendant que Nagato lui désignait la table de la salle à manger.
— Installe-toi, je vais faire le café.
Il haussa de nouveau la voix :
— Itachi, souhaitez-vous un café ?
Son colocataire émergea finalement de la pièce de laquelle Mikan s'était enfuie en riant et Konan resta quelques instants interloquée quand elle l'examina de pied en cape. Yahiko avait parlé de lui comme d'un étudiant en ciné, fils à papa, et elle était très loin d'être préparée à voir un tel homme descendre les marches.
— Non, répondit-il en contemplant sa montre, je vous remercie, je ne suis plus aussi en avance que je le souhaitais.
Quelle allure, dans ce costume, pensa-t-elle. Elle essuya ses paumes sur son pantalon et tendit la droite en se présentant.
— Konan Uzumaki, enchantée.
Il faillit la dédaigner mais accepta finalement de la serrer.
— Itachi, se contenta-t-il de prononcer.
Elle retira sa main, constatant que celle de son vis-à-vis était douce, manucurée et soignée. Il sentait bon le parfum hors de prix et ses vêtements sortaient d'un magasin qui ne faisait que du sur-mesure, ce qui expliquait sans le moindre doute cette allure.
Discrètement, elle contempla son mari qui détonnait avec sa tenue de travail austère – chemise blanche, pantalon noir –, puis elle lui accorda un point de jury : face à l'autre, il était difficile de rivaliser, semblerait-il.
Elle retourna s'asseoir à table alors que l'étudiant s'avançait jusqu'à l'entrée, tâtant ses poches et s'écartant pour atteindre le meuble qui trônait là afin de récupérer ses clés. Il se tourna vers Nagato :
— Je ne serai pas rentré tard, annonça-t-il.
— Où allez-vous dîner ?
Itachi sourit, ses yeux attirés vers la petite fille qui avait ouvert la porte de sa chambre et descendait précipitamment les marches, un dessin serré dans sa main gauche. Il reporta les rétines sur son colocataire pour annoncer :
— Au Ristretto, mon oncle a privatisé le restaurant pour la soirée.
Puis, pendant que Konan et Nagato échangeaient un regard amusé par l'information, il s'accroupit près de Mikan, l'arrêtant dans sa course de deux doigts posés sur son front.
— Ne cours pas dans les escaliers, dit-il doucement, tu vas finir par tomber et par te faire mal.
— Je voulais te donner ça, expliqua-t-elle en tendant le papier qu'elle tenait, se massant le front à l'endroit où les doigts l'avaient heurtée, après je pars avec Maman et toi tu t'en vas et on se verra plus.
Il examina le dessin, penchant la tête sur la gauche et fronçant les sourcils. Il n'était pas bien sûr de ce que ça représentait mais il la remercia chaleureusement, alors qu'elle montrait un à un tous les gribouillages sur la feuille, pour les commenter. Il jeta un regard taquin à Nagato par-dessus l'épaule de l'enfant puis elle embrassa sa joue avant de repartir dans chambre.
Repliant le dessin, qu'il glissa dans la poche intérieure de sa veste, il se tourna finalement vers Konan, la saluant brièvement puis il franchit la porte. Un silence plana entre le couple, puis Nagato toussota pour masquer son malaise à se retrouver seul avec elle.
Que devait-il faire ? Il évita son regard, le temps de réfléchir à comment amorcer la conversation, mais elle le devança :
— Le colocataire est à l'image de l'appartement. Je ne voyais ni l'un ni l'autre comme ça.
Riant légèrement, il porta sa tasse à ses lèvres.
— En effet, l'un et l'autre sont presque trop beaux pour ne pas avoir de vice caché. Je les cherche encore. Tu es… Tu es très jolie, aujourd'hui, complimenta-t-il.
Elle humecta ses lèvres, serrant ses mains sur la tasse qu'il lui avait remise, ses yeux parcourant la cuisine qui se trouvait un peu plus loin. Un verre en plastique rose traînait sur l'égouttoir, une poêle était en train de sécher et un bol à oreilles attendait patiemment d'être lavé. Elle s'attarda sur le récipient, qu'elle reconnaissait pour être celui de leur fille, puis elle revint vers son mari.
— Je te remercie… De quoi voulais-tu qu'on parle ?
— L'école. Est-ce que tu seras présente pour la rentrée de la petite ?
Elle secoua la tête, puis avala une gorgée de café.
— Non, je ne pourrai pas. Je pensais que tu devais poser un jour pour pouvoir l'accompagner.
Il cilla à peine pour approuver, et refusa de se laisser avoir par le ton passif agressif dont elle faisait preuve.
— Je peux m'arranger, à défaut de poser un jour. La question était plutôt de savoir si tu souhaitais être présente pour expliquer la situation.
Elle grimaça, écartant une mèche de son visage.
— Oui, j'aurais voulu être là, mais je ne peux vraiment pas.
— Ok, et le jeudi soir ?
Elle répéta les mots sans comprendre avant de se souvenir que c'étaient les jours où son mari rentrait tard. Elle pinça les lèvres.
— Ça ne m'arrange pas… Les horaires de mon club d'origami ont changé…
Elle lui porta un regard désolé.
— N'importe quel jour, ça aurait été sans souci, précisa-t-elle pour éviter de laisser penser qu'elle se fichait de sa fille.
— Je me débrouillerai, trancha-t-il en voyant Mikan redescendre avec son petit sac à dos et un autre qu'elle traînait comme elle pouvait derrière elle.
Konan fut plus rapide que lui pour la rejoindre, saisissant le sac et la minuscule main de l'enfant qui sautilla jusqu'en bas, tirant sur les doigts de sa mère pour attirer son attention.
— Itachi, commença la gamine, il est trop cool ! Il m'a promis de m'apprendre à faire des films comme ça je pourrai envoyer des jolies vidéos quand je fais du cheval ! Pas comme les vidéos moches de Papa.
— Ah bon ? Mais il sait faire des films ?
La gamine hocha la tête.
— Il dit qu'il en fait tout plein tout le temps !
Nagato haussa les épaules quand Konan lui consulta pour savoir ce qu'il en était.
— J'imagine qu'il doit avoir son expertise en la matière, prononça-t-il avant de baisser les yeux vers sa fille qui avait lâché sa mère et sautillait vers la porte. Hey, dis-moi au revoir, au moins !
— Au revoir, Papa !
L'émotion qui envahit Nagato à voir Mikan partir et savoir qu'elle serait absente une semaine lui serra la gorge mais il se ressaisit, portant une œillade amoureuse sur sa femme.
— Est-ce que… Je peux t'inviter à dîner, samedi prochain ?
— Non, répondit-elle sèchement avant de se reprendre. Non, samedi prochain, j'ai quelque chose de prévu, mais… Samedi d'après ? proposa-t-elle quand elle perçut le désespoir sur le visage de Nagato. Je serai libre comme l'air.
— D'accord, sourit-il.
Il les raccompagna jusqu'à la porte, attrapa sa fille dans ses bras pour la serrer fort, puis embrassa le haut du crâne de sa femme.
— Rentrez bien, souffla-t-il.
Lorsque le battant se referma, le silence s'abattit sur lui, à la fois réconfortant et terriblement lourd.
Le rire de Madara résonna dans toute la salle de restaurant alors qu'il rendait le papier qu'Itachi avait sorti de sa poche, des larmes d'amusement perlant à ses yeux, le souffle court. Son neveu rangea la feuille avant d'attraper son verre à pied plein d'un vin blanc qu'il n'aimait pas vraiment mais qu'il fallait bien vider.
— Tu as l'air de bien t'amuser, en tout cas, apprécia son oncle quand il eut fini par retrouver une respiration normale.
Itachi hocha la tête, récupérant ses couverts pour terminer son repas, attendant d'avoir avalé sa bouchée pour reprendre :
— L'appartement est devenu incroyablement bruyant, confirma-t-il. Quand ce n'est pas Mikan qui rit aux éclats, c'est son père qui la poursuit pour la coiffer, la laver, la gronder… Je n'avais jamais vu une telle relation entre un père et son enfant.
— Jaloux ? questionna Madara.
L'acteur parut réfléchir quelques instants, puis il porta sa fourchette à ses lèvres.
— Non. Je pensais l'être. Je n'ai pas vraiment connu ça avec mon père. Mais je vous ai vous, mon oncle, et j'ai Jiraiya. Vous êtes comme des pères, pour moi, et j'en suis très satisfait. Izuna n'est pas venu avec vous ?
— Non, il avait des recrutements à terminer, esquiva Madara en tournant les yeux à la recherche du serveur pour passer à la suite du repas. Nous avons un fort turn-over, ces temps-ci. Je peine à comprendre ce qui ne va pas.
— Si j'avais fini mes études de gestion, j'aurais peut-être pu vous aiguiller, regretta Itachi en épiant l'air soucieux de son oncle qui disparut presque aussitôt qu'il prononça cette phrase.
— Tu n'es pas fait pour ce métier, cingla Madara peut-être plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Je ne t'aurais pas demandé d'aide.
Itachi baissa les yeux sur son assiette et Madara exhala silencieusement.
— Pardonne-moi, je suis contrarié et ressasser ces soucis empiète sur nos moments ensemble, n'en parlons plus. Dis-m'en davantage sur ton colocataire, à la place.
— Il est comptable, répondit Itachi en fronçant les sourcils. Il est plutôt pas mal, physiquement.
— Plutôt pas mal ou carrément canon ?
— La seconde option, confessa Itachi. Peut-être trop pour un comptable, d'ailleurs.
Il pouvait bien l'admettre auprès de Madara, même s'il ne le ferait pas devant ses amis. Il laissa couler un silence, mordillant ses lèvres, puis il enchaîna :
— Il est plus âgé que moi, il a la quarantaine, à peu près. Il est travailleur, du genre acharné et têtu. Il aime bien cuisiner, d'après ce que j'ai pu voir il n'a pas encore l'habitude d'utiliser la télévision donc il passe beaucoup de temps à regarder des vidéos sur son téléphone. Il est toujours très amoureux de son ex-femme.
— Ça te contrarie ? souleva Madara en constatant que son neveu avait froncé les sourcils en énonçant la dernière phrase. Il te plaît ?
— Pas vraiment, soupira Itachi. Il est très loin de mon style d'hommes habituel.
— Je n'avais pas conscience que tu avais un style, se moqua Madara avec un clin d'œil taquin et Itachi lui tendit un sourire.
— Eh bien, s'il fallait envisager une vie en ménage, je pense que… Je ne sais pas, j'aime bien les hommes qui ont les yeux chargés de souvenirs, un vécu poignant… J'aime les hommes qui ont des histoires à raconter.
— Comme Dan Katô, ton romancier préféré ?
— Par exemple, oui. Et un comptable n'a pas grand-chose à dire. Cette profession me paraît tellement pénible.
Madara éclata de rire, attrapant son verre et le levant en l'honneur de cette phrase.
— Fasse le ciel que le mien ne t'entende jamais ! Je ne t'ai jamais parlé de l'histoire des porcelaines perdues ?
Itachi esquissa un sourire et baissa les yeux sur son assiette, délaissant finalement la sauce qui restait au fond. Madara n'utilisait ce ton précis que lorsqu'il avait une anecdote à dévoiler, aussi le neveu se trémoussa-t-il dans sa chaise pour trouver une position confortable et se nourrir une fois de plus de l'extraordinaire vie d'homme d'affaires de son oncle.
Il passa le reste de la soirée à écouter Madara lui raconter les malheurs qu'il faisait subir à son comptable, riant aux éclats.
À bientôt !
