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Chapitre 8
— Dis, Maman…
Mikan leva les yeux de la feuille où elle était en train de dessiner pour observer sa mère qui s'occupait de faire ses comptes. Les temps étaient durs pour elle, depuis qu'elle était passée à mi-temps et elle envisageait de changer une fois de plus, revenir en temps complet, même si ça rognait sur les moments avec sa fille.
Konan glissa ses yeux sur Mikan, l'incitant à poser sa question avec un sourire.
— Oui, chérie ?
— Pourquoi Papa il est triste tout le temps ?
« Tu ne lui as rien dit ? » pesta-t-elle intérieurement, prise au dépourvu par la tournure de l'enfant.
Elle pensa rapidement qu'il était difficile de dire quoi que ce fût, vu la clarté dont elle faisait montre, et elle posa son stylo avec un soupir, portant une main à la joue de Mikan dont le regard était troublé d'inquiétude.
— C'est à cause de moi ? souffla l'enfant d'une petite voix. J'ai fait quelque chose de mal ?
Konan secoua la tête avec conviction.
— Mais non, ma chérie, tu sais bien que Papa t'aime très fort.
Elle prit une respiration puis se lança :
— Il est triste à cause de moi.
Et c'était dur à dire. Quand elle se replongeait dans ses souvenirs, elle aurait donné n'importe quoi pour retourner à l'époque où c'était facile d'observer de loin la silhouette de Nagato, à espérer qu'il vînt lui parler. Elle était à ce moment une jeune aide-soignante, récemment recrutée par l'hôpital et elle avait remarqué les deux amis qui collectionnaient les bagarres et les blessures superficielles.
« C'est eux qui ont commencé » se dédouanaient-ils avec un sourire imperturbable, jusqu'au jour où l'explication de Nagato avait changé « c'est le seul moyen que j'ai pour vous voir ». Elle se souvenait très bien qu'elle l'avait traité d'idiot, les joues rouges et qu'elle lui avait donné son numéro pour qu'il cessât de venir encore et encore dans son service. « La prochaine fois que vous voulez me voir, appelez-moi, plutôt qu'envoyer le type en face en soins intensifs ». À cette époque, elle n'avait pas prêté un seul regard à Yahiko, pourtant toujours présent.
— Il est triste parce que je ne l'aime plus comme on aime un amoureux, précisa-t-elle.
— Vous allez vous divorcer ? demanda Mikan en lâchant son feutre. Le papa de Ayami, il a divorcé la maman de Ayami et maintenant, Ayami, elle a deux maisons. Moi aussi, maintenant, j'ai deux maisons, réfléchit l'enfant.
— Ça te rend triste ?
Mikan secoua la tête.
— Non. Itachi il dit que j'ai le droit de dessiner sur les murs, si je le dis pas à Papa. Et il dit que deux maisons, ça fait deux fois plus de cadeaux. Et que si Papa il veut pas que je fais quelque chose, je peux demander à toi.
— Ah bien, grogna Konan d'un ton ironique, super conseils.
— Et dis, Maman, est-ce que Itachi c'est le nouveau amoureux de Papa ?
La mère de famille fronça les sourcils, ignorant le grincement de ses entrailles à l'idée que Nagato pourrait la remplacer si vite. Elle se trouva hypocrite et maudit l'habitude qui la laissait coincée dans des mécanismes stupides, incapable de porter le point final à cette histoire par peur de perdre tout ce qu'elle avait bâti en presque vingt ans, par manque d'envie de blesser son mari.
Sa meilleure amie lui disait qu'elle devait apprendre à haïr son ex, pour rendre les choses plus faciles, mais elle s'y refusait. « Je ne suis plus amoureuse », avait-elle dit à Hanae, « mais ça ne signifie pas que je ne l'aime plus. Il reste le père de ma fille. »
La réponse, un peu moqueuse, l'avait fait détourner les yeux et refuser tout de go une quelconque forme de guerre. Elle voulait privilégier la méthode douce, même si, elle devait bien l'avouer, elle ne s'en sortait pas très bien, jusqu'à présent.
— Pourquoi tu penses qu'Itachi est l'amoureux de Papa ?
Mikan prit quelques secondes pour ranger son feutre dans l'étui, sachant que sa mère la gronderait si elle le laissait sécher.
— Itachi il aime les garçons. Et Papa, c'est Papa, mais c'est un garçon.
— Tu es sûre ?
— Oui, Papa, c'est un garçon.
— Tu es sûre qu'Itachi préfère les garçons ? précisa sa mère avec un sourire.
— C'est lui qui m'a dit. Je lui ai demandé s'il voulait être mon amoureux, parce qu'il est beau et il est gentil. Et il veut pas, parce qu'il aime les garçons. C'est lui qui l'a dit.
Konan hocha la tête, pensive. Au bout d'un moment, elle réalisa que sa fille attendait une réponse.
— Non, Itachi n'est pas l'amoureux de Papa.
— Ah bon, souffla Mikan un peu déçue. C'est nul.
Elle se replongea dans son dessin et Konan se leva, saisissant son téléphone portable, montant les escaliers qui la conduiraient jusqu'à sa chambre. Elle composa le numéro de Nagato – qu'elle connaissait par cœur – et il décrocha au bout de deux sonneries, d'une voix ensommeillée.
— Moui ?
— Je te réveille ? Il est quatre heures et quart.
— Eh merde, je savais que c'était pas une bonne idée… Qu'est-ce qu'il se passe ? Il y a un problème avec Mikan ?
Elle s'assit sur son lit, portant un regard au placard ouvert et quasiment vide.
— Oui, enfin, pas tout à fait. Est-ce que tu pourrais demander à ton colocataire de ne pas donner de mauvais conseils à notre fille ? De ne pas se mêler de son éducation de façon générale…
Nagato se redressa dans son lit, frottant ses yeux fatigués, écartant les draps pour se lever et sortir de sa chambre. Descendant les marches qui le conduisaient aux salles communes, il jeta un regard sur les vitres du bureau d'Itachi, constatant qu'il n'était pas présent.
Il changea son téléphone de main pour saisir une tasse, soupirant en remarquant que le gobelet rose n'était pas dans le lave-vaisselle, mais abandonné au fond de l'évier, grommelant à voix basse qu'il n'y avait plus de café puis une porte de placard claqua.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Il semblerait que ton colocataire ait suggéré à Mikan de profiter de la situation actuelle en lui disant que si elle n'obtient pas quelque chose de l'un de nous, elle peut demander à l'autre.
Un léger rire échappa à Nagato alors qu'il calait son téléphone entre son oreille et son épaule pour libérer ses deux mains et préparer le café.
— Ça t'amuse ? s'étonna Konan.
— Oui, la scène devait être très rigolote. Et elle aurait bien fini par comprendre la technique, au moins, maintenant, on le sait et on peut communiquer.
— Peut-on aussi évoquer son homosexualité ?
Nagato haussa les épaules, ouvrant un autre placard, farfouillant à la recherche de quelque chose qui pourrait faire office de petit-déjeuner.
— Pour quoi faire ? Comment tu le sais ?
— Donc tu étais au courant… Apparemment, il en a parlé à Mikan, elle lui a demandé d'être son amoureux et il a dit non parce qu'il est homo.
— Tu aurais voulu qu'il dise oui ? s'exaspéra Nagato. Parce que moi, je préfère qu'un homme de vingt-sept ans ne soit pas l'amoureux de ma fille de sept.
— Et s'il ramène des amants continuellement ?
Le placard grinça, il se demanda vaguement pourquoi une boîte de fusible se trouvait au milieu des denrées alimentaires, se promit d'inspecter tous les rangements pour remettre de l'ordre et avoir une organisation un peu plus pratique.
— Le problème se poserait de la même façon s'il était hétéro. Mais ce n'est pas un dépravé, bon sang, s'agaça Nagato. Son homosexualité ne fait pas de lui un… Je sais pas, c'est stupide comme raisonnement.
— Je te remercie, répondit-elle sèchement.
— Mais non, je ne veux pas dire que tu es stupide, se rattrapa-t-il en grimaçant. Je comprends que tu sois inquiète, tu ne le connais pas, mais je me porte garant de lui. Tu me fais encore confiance, je pense.
À l'autre bout du fil, elle soupira, consentant à abaisser sa garde face au colocataire.
— J'imagine que tu as raison, cette remarque était stupide. Sa vie privée ne nous concerne pas.
— Exactement, ponctua Nagato. Je suis en colocation avec lui, pas en ménage, nous ne partageons que les parties communes et ce qu'il fait de sa vie amoureuse ne nous regarde pas. Mais tu as eu raison de m'alerter, pour ses mauvais conseils, je lui parlerai, quand il sera rentré. Il est probablement parti à la bibliothèque, souffla-t-il à voix basse.
— Et toi ? Tu ne travailles pas, aujourd'hui ?
— Jour de repos. Je suis sorti avec Zetsu, hier soir.
Près de chez son ami, une salle d'arcade avait ouvert et Zetsu l'y avait traîné, un peu de force, pour lui changer les idées. « Rien qu'une partie ou deux » avait duré toute la nuit et il était rentré à l'appartement aux environs de six heures du matin après que le gérant de la salle lui eut expliqué que c'était bon, il était en high-score partout, il était temps de s'en aller, maintenant, pitié.
Son ami, mort de rire, avait regardé le désespoir se peindre sur le visage du gérant quand Nagato avait rétorqué un « Non, je n'ai pas fait le score parfait, là » et Zetsu l'avait entraîné par le bras pour le forcer à quitter l'endroit.
Il avait fini par confesser à son coach qu'il ne fallait jamais le laisser dans ce genre de lieu et celui-ci s'était excusé, précisant qu'il n'en savait rien.
Il termina son appel et s'installer pour avaler un repas préparé à la va-vite, s'interrompant sur la fin quand il entendit des clés dans la serrure. Il jeta un œil à sa tenue, constatant qu'il n'avait même pas pris la peine de se mettre en pyjama et qu'il s'était simplement laissé tomber sur son lit tout habillé lorsqu'il était rentré.
Son colocataire entra et se figea en l'apercevant attablé puis il s'avança, suivi par ses deux amis.
— Bonjour, lança Itachi en refermant la porte. Je vous pensais au travail. Vous êtes rentré tard, cette nuit.
— Je vous ai réveillé ? s'horrifia Nagato en se levant de sa chaise pour s'approcher.
— J'ai le sommeil léger, excusa Itachi. Kisame, Hinata, je vous présente Nagato, mon colocataire.
Nagato les salua, tour à tour, les examinant rapidement. L'homme était immense, le visage taillé à la serpe, le demi-rictus inquiétant et peut-être un peu vieux pour être étudiant. Il contrastait drôlement avec la jeune femme, petite, aux formes généreuses et au regard fuyant de timidité. Il leur adressa un sourire avenant.
— Je suis ravi de faire votre connaissance. Pardonnez-moi, je ne m'attarde pas, j'ai encore beaucoup à faire.
Il débarrassa rapidement la table de son repas puis s'engouffra dans sa chambre, laissant les trois amis s'installer au salon. Hinata s'assit au bord du canapé, portant un regard vers la porte qui s'était fermée et elle baissa la voix.
— Il n-ne n-nous a p-p-pas rec-connus, souffla-t-elle, étonnée. J'av-vais p-perdu l'hab-bitud-de d'être une a-a-anonyme.
— C'est vrai, enchaîna Kisame en se tournant à son tour. En tant qu'homme, dans le milieu, on a l'habitude d'être moins connus – et moins payés – que les femmes, mais il n'a même pas reconnu Hinata.
— Oui, d'ailleurs, ce serait bien que ça continue ainsi, précisa Itachi en roulant des yeux, donc si vous pouviez arrêter de le fixer comme s'il était une créature mystérieuse, ce serait bien.
Ils se turent quand la porte se rouvrit, Nagato redescendant, habillé de vêtements moins chiffonnés et propres. Bien entendu, les collègues d'Itachi ne l'écoutèrent pas et le policier se sentit mal à l'aise sous les regards pesants alors qu'il approchait pour ne pas avoir à crier.
— Je serai de retour avant le repas. Que se passe-t-il ?
— Rien, lança Itachi en foudroyant ses amis des yeux.
Hinata se trémoussa sur son bout de canapé.
— Je… Je… Pa-pardonnez ma c-curiosité, mais… Vous n-ne v-voulez pas r-rester avec n-nous ?
— Je suis vraiment désolé, s'excusa Nagato. J'ai pris beaucoup de retard sur mon planning. La prochaine fois, promis.
Il finit par glisser sa main dans la poche de sa veste pour en tirer son téléphone et répondre.
— J'arrive, Yahiko, je suis en bas dans cinq minutes, je viens de me lever.
Il adressa un petit signe aux amis de son colocataire en fronçant les sourcils et la porte claqua, emportant sa dernière phrase sur le palier :
— Quoi ? T'es sérieux ? Tu m'as apporté le dossier ? Un jour, tu vas avoir des problèmes, tu sais. J'arrive.
Kisame secoua doucement la tête, un peu halluciné.
Depuis qu'une de ses partenaires à l'écran avait buté sur son nom plusieurs fois de suite, quelques années auparavant, Kisame mettait un point d'honneur à n'être jamais oublié par personne. Il soupira bruyamment écartant ça d'un geste de la main.
— Ok, donc au début, on pouvait croire que c'était seulement qu'il n'était pas attentif, mais, très clairement, il n'a pas la moindre idée de qui on est. Je trouve ça un peu vexant.
Itachi laissa échapper un sourire.
— Eh bien, pas moi. Qu'il continue de penser que je fais des études de cinéma, ça me convient parfaitement.
— J-jusqu'au m-moment où il s-saura que c-ce n'est pas v-vrai, devisa Hinata d'une voix inquiète.
— En quelque sorte, affirma Itachi, je fais bel et bien des études de cinéma. En autodidacte. Ce n'est pas vraiment un mensonge.
Cela faisait déjà plus d'un quart d'heure qu'il était installé à la table du restaurant, guettant sans montrer de signe d'impatience. Août touchait à sa fin et le samedi de son rendez-vous avec Konan était enfin venu.
Ces dernières semaines, peut-être du fait de la garde alternée, il avait eu l'impression qu'elle était plus accessible, plus prompte à répondre à ses sollicitations et le rendez-vous tant attendu était arrivé. Il était nerveux, bien sûr qu'il était nerveux. Et elle n'avait pas l'air d'être en train de se présenter à lui.
Plusieurs fois, il avait tenté de l'appeler, pour savoir où elle en était, mais il était tombé directement sur la messagerie. Le serveur s'approcha de lui pour récupérer son verre vide et il en demanda un autre.
— Souhaitez-vous commander votre repas ou attendre encore un peu ? s'enquit l'homme.
— Je vais attendre, je vous remercie, elle va venir.
Le serveur lui adressa un sourire compatissant dont Nagato se serait bien passé. Elle allait venir, il ne pouvait pas en être autrement.
Toutes les fois où ils s'étaient vus, il avait fait en sorte d'être au mieux, de montrer qu'il était au contrôle et que tout allait bien pour lui. Il avait su se dévoiler à la fois père et mari, il en était certain.
Il s'était toujours présenté à ses yeux vêtu de ses plus jolis habits, faisant comme s'il s'agissait là d'un nouvel ordinaire, examinant longuement ses traits avant de la rencontrer et appliquant rigoureusement tous les conseils d'Hinata en la matière, pour paraître avoir un meilleur teint, des dents plus blanches, pour sembler plus beau sans être totalement différent.
La meilleure amie de son colocataire s'était révélée précieuse, dans l'écoute qu'elle lui avait offerte, sans même le connaître. Elle l'avait aiguillé à travers son chagrin, lui expliquant exactement ce qui n'allait pas, elle avait grimacé doucement quand il avait commis des erreurs, mais finalement, il avait réussi à reprendre le contrôle de la situation. Aujourd'hui était le jour où Konan allait se rendre compte qu'il était un homme nouveau.
Hinata sortait avec son compagnon depuis longtemps, d'après ce qu'elle lui avait dit, ils s'étaient connus à l'école primaire et avaient tout fait ensemble, les mêmes parcours, les mêmes cheminements. Elle avait précisé qu'une situation de crise pouvait être gérée en s'améliorant, si on avait la volonté nécessaire, un couple pouvait surmonter toutes les épreuves.
La première demi-heure de retard passa. Il se força à souffler doucement, lentement, « elle va venir », puis il consulta la carte avec attention, il la connaissait presque par cœur à force de la relire.
Il s'était habitué à la vie en colocation, malgré quelques points à ajuster. Mikan aimait beaucoup Itachi et lui-même l'appréciait également. C'était un jeune homme vif et intelligent, très travailleur, particulièrement calme.
Quand il avait fallu que Mikan terminât ses devoirs de vacances, Itachi avait mis la main à la pâte pour l'aider, s'installant à côté d'elle avec une montagne de livres derrière laquelle il disparaissait presque, guidant ses gestes quand elle peinait à tracer les caractères des mots que le professeur Iruka voulait qu'elle sût au mieux pour la rentrée des classes.
Il y avait une cohérence dans leur façon de vivre. Une semaine sur deux, la présence de la petite tissait un lien entre eux, le temps pendant lequel elle n'était pas avec eux laissant un silence moins rythmé en interactions, même s'ils continuaient, bien entendu, à apprendre à se connaître.
Quarante-cinq minutes de retard.
Konan ne viendrait pas, finit-il par accepter en se levant alors que le serveur lui offrait un sourire triste.
Un soir, Itachi avait pesté à propos de sa déclaration d'impôts et du temps considérable qu'il perdait à la remplir à la main, et Nagato s'était étonné qu'il s'embêtât et n'utilisât pas le service de télédéclaration. Pour toute réponse, l'autre avait grommelé que c'était une des contraintes de la loi de protection de la vie privée des personnages publics et cette affirmation avait flotté entre eux, alors que Nagato se traitait mentalement d'abruti. Il avait suffisamment râlé par ailleurs de cette mesure qui lui mettait des bâtons dans les roues.
— Vous ne vous posez pas de questions ? avait murmuré Itachi en baissant les yeux et Nagato avait haussé les épaules.
— Pas vraiment, vous êtes probablement le fils d'un homme d'affaires richissime et ça ne me regarde pas.
Le pâle sourire que lui avait fait son colocataire était presque attendrissant. Même si ce dernier avait paru vouloir dire quelque chose, amorcer une discussion, il ne l'avait pas fait et Nagato avait pris cette esquive comme une confirmation de ce qu'il savait déjà.
— Excuse-moi, prononça la voix de son épouse, je suis très en retard, je suis tombée en rade de batterie et Konohamaru n'arrivait pas…
Il porta ses yeux vers elle, soulagé, puis se rassit, l'invitant à faire de même, saisissant la carte.
Le serveur s'approcha en toute hâte, son carnet en avant, notant les commandes, Konan se débarrassa de son sac sur la banquette.
— C'est l'enfer, ces temps-ci, au travail, vivement que les vacances soient terminées, on a eu un nombre incroyable de noyades, cette année.
— De noyades… ? répéta Nagato. Mais comment arrivent-ils à se noyer ici ?
— Ils vont se baigner dans les lacs de montagne, expliqua Konan, et ça finit souvent mal. Ils y vont ivres, ce n'est pas surveillé, plus profond qu'ils ne le pensent, ils paniquent, s'étouffent et avalent de l'eau, paniquent encore plus…
Elle leva les yeux pour l'observer attentivement, un sourire doux sur les lèvres.
— Tu as l'air d'aller bien.
Il répondit aux rictus qu'elle lui offrait, admirant une nouvelle fois le visage parfait de son épouse.
— Un peu de stress, au travail, je… Eh bien, je ne peux pas vraiment en parler, mais je suis toujours sur le gros dossier, je suis en train de finir.
— Je ne comprends pas pourquoi ton commissaire te laisse gérer seul.
— Parce que je suis bon, répondit Nagato du tac au tac. Et efficace. Il me fait confiance et sait que j'arriverai à m'en sortir.
Cette assurance n'était pas nouvelle, mais il s'était rendu compte qu'il en avait perdu une partie avec les années, qu'il avait cessé de dire qu'il était doué pour ce qu'il faisait. C'était Kisame, l'autre meilleur ami de son colocataire, qui lui avait ri au nez « la fausse modestie, quelle fatigue. Si t'es bon, t'es bon, point. Pas besoin de le cacher, ça sert à rien. »
Konan mordilla sa lèvre, picorant son assiette en l'observant, puis elle baissa les yeux.
— Le moment est venu, je pense.
Il sentit son cœur s'emballer. Ses efforts avaient payé. Finalement, elle se rendait compte qu'il était toujours l'homme qu'elle avait épousé.
— Je vais demander le divorce.
Sonné, il papillonna des cils, ses doigts se crispant sur les couverts qu'il tenait et elle ne releva pas les yeux pour continuer son discours :
— Ces dernières semaines m'ont permis de faire le point sur beaucoup de choses et m'ont clairement fait comprendre qu'on n'avait plus rien à faire ensemble.
« Je ne suis pas d'accord » refusa de franchir ses lèvres. Il se contenta de poser le couvert qu'il tenait pour maîtriser les tremblements de ses mains. Il ne comprenait pas. Il avait pourtant fait tout ce qu'il fallait, pour montrer qu'il était bien, qu'il était prêt à reprendre le fil de leur histoire.
Elle s'arrêta une seconde et grimaça en voyant son air, mais enchaîna en parlant très vite, comme si tout dire en quelques respirations permettrait de mieux faire passer la nouvelle.
— Quoiqu'il en soit, mon avocat pense que nous pouvons tout à fait nous orienter sur une procédure à l'amiable, ce qui éviterait bien des conflits et une prolongation du divorce. Il a rédigé une notice explicative.
Elle farfouilla dans son sac pour en tirer un document d'une dizaine de pages qu'il feuilleta sans le voir.
— Je te laisse la lire, il a ponctué de quelques exigences sans importance, le mieux ce serait que tu signes, dit-elle en sortant un stylo qu'elle lui tendit.
Il observa l'objet argenté, déchiffrant le nom de l'hôtel qui était dessus, se demanda comment Konan avait pu récupérer cet objet, puis il ouvrit le document à la dernière page, posa la pointe, sous son nom, où sa signature était requise.
— Attends, dit-il en relevant le stylo. Attends, si je signe ça, il se passe quoi ?
— On divorce.
— Mais je ne suis pas d'accord, arriva-t-il à protester. Je signerai pas. Avec cette pause, on était censé se laisser une chance !
— C'est vrai, mais j'ai réalisé que ça ne servait à rien, parce que je ne t'aime plus.
Il trembla, reposa les papiers et le stylo.
— Je ne signerai pas.
Elle soupira et tendit la main pour saisir ses doigts, il se déroba sous son contact.
— Ne rends pas les choses plus compliquées, supplia-t-elle. C'est la meilleure solution, que tu signes ce papier. Après, on pourra repartir à nos vies.
— Mais… Mais ma vie, elle est avec toi et Mikan.
Elle secoua la tête, empoigna son sac et glissa sur la banquette.
— Je te laisse les papiers, essaie de penser à tout ça. Ce serait mieux pour Mikan, justement, si la procédure peut être rapide et sans douleur.
— Rapide et sans douleur, répéta-t-il, halluciné. Pour qui ? Pour toi ?
— Tu perdras, si tu choisis la solution longue et compliquée, affirma-t-elle. Signe le papier. Je te recontacte la semaine prochaine.
La porte claqua avec force, faisant sursauter Itachi qui regarda son colocataire balancer un morceau de papier sur la table avant de monter les marches et s'enfermer dans sa chambre sans prononcer le moindre mot.
Refermant le livre qu'il était en train de lire et déposant sa tasse sur la table basse où ses pieds étaient installés, il se leva sans bruit pour s'approcher de la salle à manger, tendant la main vers la liasse de documents qu'il parcourut des yeux rapidement.
Un soupir franchit ses lèvres alors qu'il reportait ses prunelles sur le battant clos, puis il hésita un peu, allant jusqu'aux demandes pour consulter ce que réclamait la future ex-femme de son colocataire.
Itachi se dit vaguement que seul un idiot signerait un tel document, tant les exigences étaient tirées par les cheveux et il secoua la tête en pinçant les lèvres. Il fallait absolument que son colocataire lût les moindres lignes avant de signer, qu'il ne se précipitât pas. Elle demandait la garde exclusive de Mikan et Itachi n'était pas d'accord, il aimait beaucoup cette enfant.
Finalement, il laissa les papiers sur la table et retourna s'asseoir dans le canapé, se disant qu'il irait parler à Nagato ultérieurement. Il avait probablement besoin d'être seul, pour le moment.
À bientôt !
