« Qu'est-ce qu'il a dit ?! »

Harry Potter se tenait devant le Chaudron Baveur, face à Ginny et Ron qui fixaient leurs chaussures, confus. Ce qu'ils venaient de lui rapporter était… complètement surréaliste ! Il peinait à le croire, vraiment. Pourtant, ils n'avaient pas l'air de lui faire un canular…

« C'est… c'est vraiment bizarre à expliquer, parla Ron d'une voix incertaine.

« Hermione est avec lui en ce moment pour analyser la véracité de ses propos, murmura Ginny en se pinçant les lèvres. Bon sang… si tout ça est vrai, j'aurais dû m'en apercevoir moi-même…

« Il ne fait peut-être que vous mentir, fit remarquer Harry. C'est un Legilimens, après tout. »

Ginny secoua la tête.

« Non… non, je ne pense pas… Il n'aurait pas pu savoir ça, il n'aurait pas pu avoir accès à cette information…

« C'est quelque chose que seul un Weasley aurait pu dire, acquiesça Ron.

« Il aurait pu lire dans vos pensées ! contredit Harry. Je ne sais pas quel plan tordu il mijote, mais je suis certain que c'est malfaisant… »

Ginny et Ron se regardèrent. Ron finit par hausser les épaules.

« Tu ne lui as jamais fait confiance, pas vrai ? » s'enquit-il en plissant les yeux.

Un bref rictus déforma les traits de Harry avant qu'il ne réponde.

« Non, en effet. Mon… mon instinct me disait de me méfier, bien que je n'eusse aucune raison de le faire… enfin, jusqu'à aujourd'hui. Toute cette histoire est louche…

« Ça, tu l'as bien dit mon vieux », soupira Ron en se frottant l'arête du nez, fatigué.

Ils restèrent un moment silencieux, avant que Ginny ne propose :

« Si on entrait ? Je prendrais bien un Whisky-Pur-Feu…

« Bonne idée, renchérit son frère.

« Hmm… j'en aurai besoin aussi je sens, accepta Harry. Venez. »

Le mourant, qu'ils avaient pris en pitié quelques mois plus tôt, s'était subitement mis à débiter des inepties, du jour au lendemain, sur le fait qu'il serait en réalité George Weasley enfermé dans le corps de Lebedev suite à un rituel satanique de magie noire. Évidemment, au début, ils avaient tous cru à une crise de délire – due à l'épuisement causé par la maladie – mais après vérification par plusieurs Médicomages et Psychomages, il s'était avéré qu'il n'en était rien, que l'esprit du prétendu « George » était parfaitement sain. De plus, quelques détails étranges avaient été notés par les Guérisseurs : par exemple, Lebedev était censé être gaucher – ses notes pouvaient le confirmer – pourtant, l'homme actuellement alité au Chaudron Baveur semblait droitier de naissance. Ou encore, en lui parlant en russe – sa deuxième langue maternelle – il n'avait aucune réaction indiquant qu'il comprenait ce qu'on lui disait : soit c'était un excellent comédien, soit il ne parlait réellement pas un seul mot de russe.

Il avait également exigé de discuter avec les membres de la famille Weasley et leur avait apparemment confié des informations très personnelles sur George, que personne n'aurait pu avoir. Nikita Lebedev avait beau être un puissant maitre Legilimens, personne ne pouvait lire les pensées de quelqu'un situé à l'autre bout du globe. Il leur avait livré certains secrets que se partageaient uniquement les jumeaux – l'emplacement de leurs planques durant leur adolescence, les recettes de fabrication de certains produits de leur boutique, quelques projets qu'ils avaient montés ensemble avant d'abandonner – et décrit des souvenirs d'enfance avec ses frères et sœurs avec une telle précision et une telle émotion dans la voix qu'il semblait improbable qu'il n'ait fait que les entrevoir sournoisement dans leurs esprits.

Mais ce n'était pas tout : lorsque Hermione Weasley-Granger accompagnée de deux hauts magistrats du Département de la Justice magique étaient venu lui rendre visite pour juger de la véracité de ses propos, il leur avait montré les parchemins contenant selon ses dires la formule qu'aurait utilisée Nikita au cours du rituel d'échange d'âmes. Le document fut envoyé au Département des Mystères pour y être analysé par des spécialistes et le reste des affaires de Lebedev fouillé de fond en comble pour espérer trouver quelque chose qui puisse infirmer ou confirmer les propos du malade.

George, conscient qu'il était très difficile de croire sur parole quelqu'un ayant l'apparence physique d'un Legilimens réputé, avait demandé à ce qu'il soit soumis au Veraritaserum ou à n'importe quel serment magique qui l'oblige à dire la vérité ; sa requête, contraire à la procédure habituelle, n'avait pas encore été validée, nécessitant d'abord d'être examinée par une commission d'enquête, mais Hermione y était plutôt favorable, consciente que c'était le seul moyen de s'assurer de quoi que ce soit. Elle était actuellement avec lui dans sa chambre, essayant vainement de démêler le vrai du faux ; toute cette affaire était extrêmement délicate, du fait qu'elle était complètement inédite en Grande-Bretagne.

Harry, lui, se sentait perdu depuis le début : il ne savait plus à qui il devait faire confiance, tout semblait bien trop obscur et embrouillé… il finit par décider d'aller rendre visite au malade pour discuter et voir ce que lui dirait son instinct.