Un homme et une femme sortirent de l'avion en se tenant la main. L'homme était roux, avec de longs cheveux noués en un catogan qui masquait à moitié son oreille droite manquante, avait probablement été plutôt râblé par le passé – bien qu'il ait actuellement l'air quelque peu amaigri et fatigué – et était habillé dans un élégant costume sombre vieux jeu avec comme seule touche de couleur une lavallière magenta qui jurait affreusement avec ses taches de rousseur.
La femme, quant à elle, aurait pu paraître plutôt quelconque – brune, de taille moyenne, la peau mate, vêtue d'une chemise et d'un pantalon noirs, souples, et d'une pèlerine grise – s'il n'y avait pas eu cette étrange lueur de détermination, voire d'une folie mal contenue, dans son regard surprenamment bleu pâle.
Les deux amants se glissèrent avec agilité entre les troupeaux de Moldus attendant leur avion ou leurs bagages et sortirent de l'aéroport d'un pas léger et vif, tous deux impatients. Personne ne les attendait car ils n'avaient pas annoncé leur venue. Ils se sentaient comme deux oiseaux libres de voler où bon leur semblerait.
Toujours accrochés l'un à l'autre, ils traversèrent Londres en bus, ne s'arrêtant jamais pour prendre des photos ou acheter des souvenirs, observant seulement attentivement leur environnement comme s'ils craignaient d'être surveillés. La femme sortit simplement des lunettes de soleil de sa manche à un moment donné, après s'être aperçue que son regard fixe mettait les gens mal à l'aise.
Ils marchèrent ensuite sur quelques centaines de mètres, dans un quartier peu touristique de la ville, et atteignirent une auberge miteuse, à moitié en ruines. L'enseigne à peine lisible à cause de la moisissure indiquait : « Le Chaudron Baveur ».
Quelques minutes plus tard, ils ressortirent. L'homme était visiblement mécontent ; la femme… impossible à dire. Ils se remirent en route.
OooO
Environ une heure plus tard…
« Oh, George ! Ça fait si longtemps ! Viens ici, que je te serre dans mes bras ! »
Ginny Weasley étreignit celui qui avait l'apparence de son frère, l'air parfaitement sincère. « George » se soumit à son câlin sans dire un mot, la tapotant affectueusement dans le dos. Lorsqu'ils se séparèrent, il regarda autour de lui : ils étaient à l'hôpital Ste-Mangouste, à l'accueil des visiteurs au rez-de-chaussée. Il n'apercevait aucun visage connu.
« Je suis aussi ravi de te revoir, Ginny… Dis, où sont papa et maman ? Je pensais qu'ils seraient avec toi… »
Ginny lui adressa un sourire un peu gêné et tripota nerveusement une mèche de ses cheveux avant de répondre :
« Oh… mais tu n'as pas annoncé ta venue ! Je suis très étonnée de te trouver ici, d'ailleurs… »
George fronça les sourcils et se gratta la tête, surpris.
« Tiens ? Étrange… j'avais pourtant envoyé un hibou…
« Ça ne fait rien, ça ne fait rien, le voyage est long entre le Brésil et l'Europe, il est peut-être tombé dans l'océan ou s'est fait manger par un requin…
« Oui, tu as sans doute raison sœurette. Au fait : voici Rica Sanchez, Médicomage. C'est à cause d'elle que je suis revenu, je l'ai rencontrée par hasard au Brésil et elle m'a parlé d'une méthode de soins révolutionnaire et de travaux de recherches expérimentaux prometteurs pour guérir la Moldulite ! Ça m'a immédiatement fait penser à Nikita… il parait qu'il ne va pas très bien ces temps-ci ? »
Ginny le dévisagea un moment, comme si elle essayait de le percer à jour. Puis, elle hocha la tête avec gravité et soupira.
« Non, il ne va pas bien… on a dû le transférer à l'hôpital hier. Apparemment, son cas est… étrange… Est-ce que vous en avez discuté durant tes visites ?
« Euh… non…non, pas vraiment. En fait, on a surtout parlé de moi… il m'a donné quelques précieux conseils, c'était une sorte de…thérapie, si on veut. Ouais. Il est plutôt fort pour ça. »
Il se pencha légèrement vers Ginny qui cligna les yeux, indécise.
« C'est un ami, Ginny. Je veux l'aider… du mieux que je le pourrai. Est-ce que tu peux m'indiquer sa chambre, s'il te plait ? »
Elle fronça les sourcils et mit ses mains sur ses hanches.
« Oui, oui, bien sûr, dit-elle d'un ton faussement léger. Mais… tu veux aller voir Lebedev avant nos parents ?
« En fait… oui. Je sais que ça peut paraître étrange, Ginny, mais… il m'a vraiment beaucoup aidé, je veux lui rendre la pareille. Sans lui, je ne serais jamais parti au Brésil, je n'aurais jamais fait les rencontres que j'ai faites… »
Il se tourna imperceptiblement vers Rica Sanchez – toujours des lunettes de soleil sur le nez – et Ginny haussa les sourcils, comprenant soudain.
« Oh… oui, d'accord, bafouilla-t-elle en adressant malgré elle un coup d'œil indiscret à l'inconnue. Hé… je suis contente pour toi, frérot !
« Contente pour quoi ? s'étonna George en rougissant.
« Viens, suis-moi ! » se contenta-t-elle de répondre en pivotant sur ses talons.
Il échangea un regard avec la prétendue Médicomage, et ils lui emboitèrent tous deux le pas.
Ils finirent par arriver devant une chambre du quatrième étage.
« C'est ici, annonça la rouquine en s'arrêtant. Je crois qu'il est réveillé…
« Oh, merci, merci infiniment sœurette ! s'exclama le faux George en lui embrassant le front. Viens, Rica », héla-t-il l'inconnue.
Ils pénétrèrent tous les trois dans la pièce.
Le corps de Nikita Lebedev était étendu sur un lit sous une petite fenêtre lumineuse. La chambre n'était pas très spacieuse, environ dix mètres carrés, avec un placard sur le côté près duquel on avait posé une valise – la valise de Nikita – contre le mur, fermée. Une petite table de chevet – inutile dans la mesure où le patient était manifestement trop faible pour se lever – meublait le reste de la pièce. Une canne étrange, en forme de branche non sculptée autour de laquelle s'enroulait une liane ténue de chèvrefeuille, était posée sur la table ; une unique fleur blanche de la plante grimpante ornait le sommet de la canne.
Le malade ne dormait pas, effectivement : il les observa attentivement l'un après l'autre, de ses yeux bleus délavés. Ses joues n'étaient pas aussi creusées que quatre mois plus tôt et arboraient même quelques couleurs : miraculeusement, il avait l'air de se remettre d'une maladie en théorie mortelle et incurable !
Lorsqu'il aperçut la silhouette de George Weasley, il se redressa à demi sur sa couchette et lui adressa un léger sourire en coin.
« Aaah, tiens donc ! lança-t-il. George Weasley, mon vieil ami… comme on se retrouve, hein ? »
Il se tapota ensuite la paupière inférieure du doigt tout en pointant George du menton.
« T'as l'air sacrément crevé, je me trompe ? »
Il faisait référence à ses cernes. Le faux George s'avança pour répondre de manière tout aussi sarcastique :
« C'est une sacrée chance que toi, tu sois pas crevé ! Mon vieil ami… »
Et il s'approcha du lit pour serrer affectueusement le bras du malade, un rictus indéchiffrable sur le visage.
« Eh bien ! intervint Ginny en joignant ses mains. Je vais vous laisser faire vos retrouvailles ! »
Elle adressa un coup d'œil à Rica Sanchez, qui se tenait immobile près de la porte, portant toujours ses lunettes de soleil, dans l'expectative qu'elle allait la suivre ; mais l'étrangère ne remua pas d'un poil, campée comme un garde du corps attentif aux moindres mouvements des deux sorciers qu'elle observait muettement.
Une fois Ginny sortie de la chambre, l'atmosphère changea drastiquement. Les visages des deux hommes face à face devinrent subitement froids et suspicieux. Le faux George s'écarta du lit d'un pas souple, comme un félin attendant le bon moment pour bondir sur sa proie.
« Tu es donc venu, sale enfoiré, murmura le vrai George. Je n'en attendais pas moins de ta part… Quels sont tes projets avec moi, maintenant ?
« Oh, ils manquent quelque peu de diversité, ironisa l'imposteur en traversant la chambre de son pas silencieux. Mais je compte les mener à terme… »
Doucement, comme pour ne pas alarmer le malade, il plongea la main gauche dans la poche de sa veste et en sortit une baguette. George déglutit et se cala contre ses coussins, nerveux. Pourtant, il ne cria pas.
Le faux George échangea un bref regard avec la femme qui se tenait toujours près de la porte, immobile, avant de se retourner vers le malade.
« Tu m'auras été d'une aide précieuse, George Weasley… à présent, adieu ! »
Et il pointa sa baguette sur lui.
Au même moment, quelqu'un gueula : « EXPELLIARMUS ! ».
Le faux George fut désarmé et violemment projeté contre le mur, où il resta assis les jambes écartées, sonné. À l'autre bout de la pièce, il y eut un mouvement vif suivi d'une envolée de cape qui dévoila la silhouette du directeur du Bureau des Aurors, Harry Potter. Depuis le début de la conversation, il se tenait là, recroquevillé, caché sous sa cape d'invisibilité.
En un bond, il fut devant le rouquin, sa baguette braquée sur son visage. Ses traits étaient déformés par la stupéfaction et la colère : jusqu'au dernier moment, il n'avait cru qu'à moitié en la version donnée par le malade. À présent, il devait bien se rendre à l'évidence : Nikita Lebedev se tenait face à lui, dans le corps de George qu'il s'était immoralement approprié grâce à sa magie noire. Dire que quelques mois plus tôt, il s'était secrètement reproché de manquer autant de confiance envers ce Russe à l'apparence si amicale…
« Levez-vous ! gronda-t-il d'une voix menaçante. Lentement ! Voilà… les mains sur la tête ! »
Il jeta un bref coup d'œil à la femme en chemise noire qui s'était avancée vers lui par derrière. Elle n'avait rien dans ses mains, ne se comportait pas de manière agressive et n'avait pas agi comme une criminelle ; elle n'était peut-être pas une complice volontaire, Lebedev l'avait sans doute envoutée pour qu'elle le suive. Qui savait si elle n'était pas carrément une Moldue !
« Vous, madame, vous restez là, ordonna-t-il sèchement. Un Auror viendra vous chercher lorsque j'aurai passé la porte avec votre… ami. Ne faites rien de compromettant, ou vous allez sérieusement le regretter ! »
La femme se contenta d'acquiescer, visiblement perturbée. Bien que ses yeux soient masqués par ses lunettes, une larme coulait sur sa joue.
Harry ramassa prudemment la baguette de Lebedev au sol et sortit de la chambre à reculons, saluant George au passage d'un signe de tête. Le faux George n'avait d'autre choix que de lui obéir docilement ; pourtant, au moment où il passait par le cadre de la porte, il poussa subitement un hurlement inhumain qui fit sursauter Harry.
Profitant de cette fraction de seconde de distraction, il bouscula l'Auror et s'enfuit à toutes jambes dans le couloir de l'hôpital.
« Il s'enfuit ! cria quelqu'un.
« Arrêtez-le ! » répliqua Harry en se lançant à sa poursuite.
De la chambre, on entendit un grand remue-ménage, des bruits de pas d'au moins cinq ou six personnes et des sorts braillés à tue-tête. Tout le monde avait oublié George et l'étrangère. Cette dernière, sans un regard dehors, referma la porte et s'approcha silencieusement du lit du malade jusqu'à s'agenouiller à son chevet.
« Écoutez, mademoiselle, dit l'homme malade d'une voix un peu inquiète, je ne vous connais pas… mais je suis sûr que vous n'êtes pas une mauvaise personne, trainer avec des ordures dans le genre de Lebedev ne vous apportera que du négatif… »
Elle n'émit aucun son. Impossible de dire si elle le regardait, à cause des lunettes de soleil.
« Mademoiselle…, continua George, la gorge soudain nouée. Je comprends que cela puisse être difficile pour vous, vous lui avez peut-être promis votre loyauté… cet homme est dangereux, même s'il se montre gentil avec vous il est peu probable qu'il vous aime réellement… Je sais que c'est horrible d'entendre une vérité aussi crue de la bouche d'un parfait inconnu, mais croyez-moi, j'ai été dans son esprit : Lebedev est incapable d'aimer qui que ce soit, il ne se sert de vous que comme d'un outil, tout comme il s'est servi de moi. Alors, vous devriez aller parler aux Aurors dehors, ils se montreront compréhensifs et…
« Silencio » murmura-t-elle d'un ton suave.
La voix de George mourut dans sa gorge. Horrifié, il observa la femme qui lui faisait face, pris d'un très mauvais pressentiment. Nikita n'était pas un imbécile : il ne se serait jamais fait prendre aussi facilement la main dans le sac…
L'inconnue demeura parfaitement immobile, comme si elle se délectait de l'instant présent, juste assez longtemps pour que sa victime sente des sueurs froides dévaler le long de ses tempes et de son cou. Le fait de ne pas voir ses yeux n'arrangeait pas son angoisse…
Enfin, elle parla, dans un murmure à peine audible :
« Eh oui, George. Je ne suis pas un idiot. Enfin… je n'avais rien prévu de tout ça, rassure-toi – je ne suis pas un génie omniscient non plus ! Mais disons qu'il est dans mes principes de ne jamais débarquer quelque part à visage découvert… »
En disant ces mots, elle – ou plutôt, il – retira ses lunettes, laissant voir un regard bleu pâle fixe, froid, empli d'une forme de folie fiévreuse. George ne put s'empêcher de trembler en croisant ces yeux – des yeux identiques à ceux qu'il avait actuellement.
Nikita s'approcha un peu plus de son visage, son regard brillant d'une lueur de plus en plus démente. La peau de ses joues sembla se craqueler et bientôt, le masque de son illusion tomba en morceaux qui parurent s'évaporer dans l'air, laissant place au corps de George Weasley, les traits marqués par une profonde fatigue et un désespoir fébrile. Il n'avait probablement même pas conscience de ce qu'il était en train de faire.
« Je n'ai pas dormi depuis quatre jours, chuchota-t-il d'une voix rauque, tout près de l'oreille de George. Tu sais pourquoi ? »
Il sourit d'un air carnassier.
« Pour ne pas me faire Posséder, répondit-il sur le même ton. Ou pire encore… j'ignore jusqu'où tu es allé piocher dans ma petite bibliothèque personnelle… »
George se pinça les lèvres et mima quelques mots en gesticulant. Nikita fronça légèrement les sourcils puis regarda la porte – toujours close – et marmonna « Finite », méfiant, sa baguette fermement pointée sur la gorge du malade.
« Je… ce n'était pas une Possession, bredouilla l'homme alité. Ce… c'était rien qu'une illusion, c'était pour te faire flipper… je n'aurais jamais osé faire de la magie noire…
« Foutaises, le coupa le Russe. Je m'y connais mieux en illusions que quiconque, tu crois pas que je t'aurais cramé direct ?
« Crois-en ce que tu veux… n'empêche que la vérité, c'est que ce n'était qu'une illusion – bien foutue, certes, mais pas réelle. C'est toi-même qui m'a appris à en faire… »
Nikita pencha la tête en arrière, soudain incertain : George disait-il cela pour l'embrouiller, pour le faire douter de ses capacités, de son propre domaine d'expertise… ou bien s'était-il réellement laissé berner par un débutant ? Peut-être l'avait-il sous-estimé…
De toutes manières, cela importait peu. Il n'était pas venu ici pour taper la discute. Se refocalisant sur ses objectifs premiers, il serra sa baguette dans sa main et respira profondément pour se donner du courage.
« Bien, George… Tu aurais dû mourir il y a un mois, c'était notre deal… au lieu de ça, tu me harcèles la nuit et me trahis derrière mon dos… tu es un problème épineux pour moi, qu'il me faut éliminer au plus vite. »
Il invoqua Silencio une nouvelle fois pour éviter que sa victime n'appelle à l'aide et se releva en titubant un peu, l'œil hagard, la mine blême. En s'approchant d'un mur à reculons pour s'y appuyer, il passa sa main dans ses cheveux pour défaire son catogan et frotta nerveusement sa baguette contre la manche de sa chemise. Il n'arrivait pas à se concentrer, sa tête tournait, il avait l'impression de voir des Joncheruines organiser une danse sabbatique sur le lit de George.
« Bien sûr, reprit-il d'une voix pâteuse, le problème aurait déjà été résolu si ton ami n'avait pas été caché dans la pièce. Eztli n'a… disons, n'éprouve pas les mêmes difficultés que moi sur le plan moral. »
Il se frotta les yeux et pointa sa baguette sans aucune conviction sur le lit du malade, articulant muettement « Avada… » du bout des lèvres, puis abaissant son bras gauche et crispant ses paupières comme s'il était sur le point de fondre en larmes.
George, à présent paniqué, cherchait désespérément à se redresser et à ramper sur le sol pour essayer coute que coute de s'échapper. Il était cependant trop faible et ne parvint qu'à faire tomber sa couverture par terre.
Nikita secoua la tête et fut de nouveau à ses côtés en deux, trois pas. D'un mouvement sec, il s'empara de son coussin et l'arracha de dessous sa tête. Il l'examina un moment, songeur ; puis, brusquement, il s'en saisit à deux mains et le plaqua sur le visage qui jadis était le sien.
« Je suis désolé… » sanglota-t-il, tous ses muscles agités de tremblements incontrôlables, au-dessus du corps du malade qui se débattait de plus en plus faiblement.
OooO
À bout de souffle, Harry parvint enfin à atteindre la pièce dans laquelle le fugitif s'était enfermé. Toute cette aile de l'hôpital avait été évacuée quelques heures auparavant, lorsque la nouvelle du retour du prétendu George Weasley en compagnie d'une inconnue à l'aéroport avait été annoncée par un membre du Service des Régulations magiques. Des Aurors entrainés se tenaient un peu partout – il y en avait une petite dizaine, stratégiquement disséminés pour pallier à l'éventuelle fuite du suspect.
Lebedev l'avait surpris par sa vitesse et sa réactivité : il avait aisément déjoué tous les pièges sur son chemin et même assommé Kevin Abbot, un jeune Auror. Il se déplaçait comme une ombre insaisissable dans les couloirs, bloquant le passage derrière lui avec des meubles qu'il déplaçait magiquement ou des écrans de fumée. Il évitait les sorts lancés de toutes parts avec une étonnante agilité, retombant toujours souplement sur ses pieds même après un saut ou une chute hasardeuse. En clair : c'était un adversaire redoutable.
Mais ils avaient fini par le piéger. La pièce dans laquelle il se trouvait actuellement – originellement une salle prévue pour les visites avec les patients atteints de troubles de la mémoire ou de la personnalité – était hautement sécurisée, avec trois Aurors qui la surveillaient. Derrière Harry, deux autres se précipitaient pour le rejoindre : Lebedev était fait comme un rat !
Ils pénétrèrent dans la pièce et se protégèrent immédiatement des sorts que le fugitif leur avait sournoisement envoyés. Il était caché derrière une colonne de marbre, hors de portée des trois Aurors déjà présents. D'un signe, Harry fit comprendre à ses subordonnés qu'ils devaient se déployer prudemment pour l'encercler, sans l'attaquer durant leur progression pour qu'il ne se rende compte de rien. Ils hochèrent discrètement la tête et s'exécutèrent.
À présent, le directeur du Bureau des Aurors pouvait entendre distinctement le souffle accéléré de celui qu'ils poursuivaient. Sans se déplacer, s'appuyant un moment sur ses genoux pour récupérer, il finit par lancer dans le silence oppressant de la pièce :
« Alors Lebedev, surpris ? Inutile de répondre : rendez-vous tout de suite et nous ne vous ferons rien. Ce n'était pas une bonne idée de venir tuer le frère de ma femme… »
Il entendit le fugitif ricaner d'un air mauvais.
« Et vous pensez sérieusement m'avoir avec… ça ! Dites donc, le binoclard, je vous ai surestimé !
« Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? Vous êtes piégé Lebedev ! Rendez-vous maintenant !
« Piégée ? Moi ? Oh non, ça m'étonnerait… »
La seule chose que Harry entendit avant de ressentir une intense douleur sur son cou et son torse fut le hurlement de Solen Crickerly, une Auror sous ses ordres :
« Attention, c'est un Animagus ! »
