Bonsoir tout le monde ! Je poste un peu en avance, vu que je ne suis pas sûre d'avoir le temps de le faire demain ! Bon fin de week-end !


Chapitre 19

L'appel qu'Itachi avait redouté, émanant de Kagemane Immobilier, était arrivé le mardi suivant, après sept jours d'un épais silence où, s'il avait constaté qu'il était de nouveau le bienvenu pour partager les repas des Uzumaki, il ne parvenait toujours pas à tirer un mot de Nagato qui semblait bien parti pour nier son existence.

Itachi avait souvent vérifié, tout de même, s'il n'était pas subitement devenu invisible, bien que cela mît sa rationalité en question. Son colocataire avait vraiment un don pour réussir à effacer quelqu'un de son champ de vision, il ne s'était jamais senti aussi transparent, alors qu'il avait grandi auprès de son père qui ne l'avait jamais vu pour qui il était.

Mikan avait bien entendu remarqué la tension entre les deux hommes et Itachi avait craint que Nagato interdît à l'enfant de maintenir un contact. Il ne l'avait pas fait, fort heureusement, et la petite avait éloigné la solitude qui avait étouffé Itachi tout le temps où elle avait été absente.

Itachi n'avait pas pu prendre le coup de fil prodigué par Naruto qui lui avait laissé un message. Sur son répondeur, le ton lointain, un peu contrarié de l'agent immobilier avait fait déglutir la pornstar qui avait longuement soupiré dans la salle de pause d'Akatsuki Productions.

Kisame avait tenté un « je t'avais bien dit qu'on se mélangeait pas aux civils », mais Hinata, toujours un peu dans son rôle, l'avait rabroué d'un cinglant « Pas maintenant, Same. » qui l'avait fait taire et grimacer.

Elle avait demandé s'il souhaitait qu'elle parlât à Nagato, mais il avait refusé. Ce serait bête qu'en plus d'être en colère contre lui, il en voulût tout autant à la jeune femme. Il avait argüé que son colocataire en avait principalement après lui et qu'il aimait mieux que cette colère restât à son encontre et Hinata avait proposé de faire un transfert.

Cependant, Itachi doutait que la fureur de son colocataire ne pût pas tout simplement enfler davantage s'il apprenait que Mikan avait été souvent seule avec une femme qu'il considérait comme ayant des mœurs légères.

Il avait finalement quitté la production d'un pas lourd pour se rendre dans le bureau de Naruto et il était à présent assis dans un fauteuil confortable, attendant que son agent finît sa conversation téléphonique, en battant un rythme erratique de sa jambe.

Quand Naruto raccrocha, il passa quelques instants à scruter le visage d'Itachi, notant le teint plus pâle qu'à l'accoutumée, la nervosité de ses mouvements, l'angoisse lisible au fond des prunelles et il soupira avec force, se laissant aller contre le dossier de son siège.

— Vu votre tête, c'est le moment où je scande d'un air satisfait un « je vous avais prévenu », non ?

Itachi grogna en se tortillant, baissant les yeux sur ses mains, immobilisant finalement sa jambe.

— Il l'a appris, en effet. J'imagine que c'est pour ça que vous vouliez me voir, il veut partir ?

Naruto secoua la tête.

— Je voulais vous voir à propos des travaux qui vont être initiés dans le parc, j'ai un tas de paperasses à vous faire signer.

Il marqua un silence en dévisageant son client, plein de désapprobation et d'un peu de compassion, mélange qu'Itachi n'était pas certain de vouloir apprécier.

— Monsieur Uzumaki et moi avons longuement parlé de votre carrière, de ce qu'il ressentait vis-à-vis de ça… Il le prend très mal, je ne vais pas vous mentir.

Ce n'était rien de le dire. Le matin même, Nagato avait franchi le seuil de son bureau dans un tel état de fureur que Naruto s'était sérieusement demandé s'il ne devait pas appeler le service de sécurité pour faire évacuer l'homme.

À force de paroles, il avait fini par comprendre ce qu'il s'était passé et Nagato s'était effondré dans le fauteuil, l'âme en peine. Naruto avait fait tout ce qu'il avait pu pour apaiser l'homme qui avait signalé qu'il était furieux, qu'il espérait des excuses de son propriétaire et qu'il refusait de lui parler tant qu'il ne les aurait pas eues.

— N'est-ce pas un tantinet stupide ? avait suggéré Naruto d'un air perplexe. Vous êtes en colère parce qu'il ne vous explique pas, mais comme vous êtes en rogne, vous refusez de lui parler, donc il ne peut pas vous expliquer.

— Vu comme ça, avait cédé Nagato, peut-être que ça manque de cohérence. Pour l'instant, je suis trop contrarié pour être réceptif, de toute façon. Plus tard, peut-être. Ce n'est pas comme si j'allais partir.

Naruto déplaça son stylo du dossier qu'il devait faire signer à Itachi – il était en train de vérifier que tous les documents étaient réunis –, pour le refermer et le tendre à son client, lui offrant un sourire rassurant.

— Vous êtes un idiot, Monsieur Uchiha, mais un idiot chanceux, il n'a pas l'intention de déménager. Il lui faut seulement un peu de temps pour digérer l'information.

— Donc vous êtes ma mère, mon confesseur, mon agent immobilier et le thérapeute de mon colocataire. J'espère qu'on vous paie bien, pour ça.

Naruto éclata d'un rire clair et ses yeux pétillèrent de joie.

— C'est ça, le véritable luxe des prestations de Kagemane Immobilier.


Bonjour, mon chéri, je ne te dérange pas ?

Rien qu'au ton de la voix de sa mère, Nagato sut qu'elle avait eu écho des derniers rebondissements du procès pour le divorce. Il roula des yeux en se détournant de la liasse indécente de factures qu'il était en train de disséquer à la recherche de quelque chose pour la Crim'.

Neji Hyuuga avait passé la porte de son bureau, le matin même, bien en peine sur une de ses affaires, murmurant un « Tenten dit beaucoup de bien de vous, inspecteur, et j'aimerais vous demander un service un peu hors des procédures standards ».

C'était un malheureux hasard s'il avait été forcé de penser à son colocataire toute la matinée. Un des membres du jury de l'académie des Zobs d'Or avait été retrouvé mort, un couteau planté dans le dos et toutes les pistes semblaient conduire au crime passionnel, à la vengeance impulsive. Neji soupçonnait une maîtresse, mais ne pouvait le prouver.

Nagato n'avait pas la moindre idée de ce qu'était cette assemblée et quand il avait demandé des précisions, son homologue lui avait tout expliqué avec un professionnalisme qui avait laissé l'analyste de la brigade financière totalement coi.

Lui n'avait pas pu prononcer « pornographie » sans trembler, sans se rappeler les horribles images qu'il avait regardées pendant l'audience, sans les superposer à son colocataire et il avait serré les dents, hochant la tête pour signifier à Neji qu'il allait vérifier. Il s'agissait d'éplucher des factures à la recherche d'un indice qui aurait pu échapper à Neji, vu qu'il n'était pas, lui, un spécialiste.

Depuis le matin, donc, il ne parvenait pas à écarter Itachi de son esprit, se demandant si c'était l'échec à obtenir le fameux Zob d'Or qui l'avait tant déprimé quelques semaines auparavant, s'il était vraiment possible de vouloir être le meilleur acteur de X de l'année et comment les jurés pouvaient différencier une sodomie merveilleuse d'une sodomie « normale » et il en était là de sa réflexion quand son téléphone personnel avait sonné.

— Je suis au travail, Maman.

Je n'ai jamais compris le sens de cette réponse quand je te demande si je te dérange. Enfin, j'ai eu ma bru au téléphone, ce matin.

— Mon ex-femme, corrigea Nagato. Konan est mon ex-femme. Pourquoi continues-tu à prendre à ses appels ?

— Elle reste la mère de ma petite-fille et voulait me parler de Noël, pour savoir ce qu'on avait décidé. Quand déménages-tu ?

— Je ne déménage pas, répondit-il. Et je préférerais que mon ex-femme ne soit pas présente à Noël.

Mais, s'insurgea Fusô d'une voix tremblante de chagrin, Noël tombe pendant la semaine de garde de Konan. On ne peut pas faire Noël sans elle. Si ?

— J'imagine que non… Peut-on en reparler ce week-end ? Je vais réfléchir et je te dis, d'accord ?

D'accord, mon chéri, profites-en pour réfléchir à quitter ce colocataire bizarre, aussi, je te prie.

— Promis, Maman, j'y penserai.

Mais au fond de lui, il savait que c'était tout vu et pour plusieurs raisons.

Déjà parce que l'appartement était parfait sur tous les points. Il avait beau vivre dedans, les seuls problèmes qu'il avait constatés étaient que sa chambre était peut-être un peu fraîche la nuit et que l'évier de la cuisine gouttait parfois sans raison.

Ensuite, parce qu'il en voulait à son colocataire et que faire la gueule à quelqu'un était tout de même bien plus satisfaisant quand cette personne pouvait s'en rendre compte. Ce n'était de toute façon pas comme si l'homme était dangereux pour sa fille ou pour lui.

Après quelques minutes où ils discutèrent un peu de ce qu'elle faisait de ses journées, Nagato raccrocha, puis il se remit à travailler avec acharnement.


Une fois de plus, il ne put pas croiser le regard de son colocataire sans sentir la colère pulser sous ses veines.

Il s'empressa donc de s'atteler à la préparation du dîner en feignant une nouvelle fois de ne pas voir Itachi installé dans le canapé avec un livre – tellement jauni et abîmé qu'il devait l'avoir lu des dizaines et des dizaines de fois – et laissant Mikan aller s'asseoir près de lui pour lui raconter sa journée.

L'enfant avait noté la tension entre les deux hommes et elle ne semblait pas comprendre ce qui était arrivé pendant son absence. Quand elle avait demandé à son père pourquoi ils ne se parlaient plus, celui-ci l'avait gentiment envoyée promener en répondant que les histoires de grands ne la regardait pas et elle avait eu beau bouder de tout son souffle, son père avait refusé tout aussi bien de lui dire pourquoi que d'arrêter de faire la tête.

Alors elle avait passé les derniers jours collée à son copain de jeu pour tenter de montrer à Papa qu'Itachi il était gentil et tout triste quand ils n'étaient plus copains, mais ça n'avait pas l'air de marcher comme elle l'aurait voulu.

Sa contrariété, pourtant, s'était vite envolée quand Itachi fit ce qu'il lui avait promis de faire : de son travail, avait-il dit, il avait ramené une minicaméra pour expliquer à Mikan comment on fait pour faire des films.

Évidemment, Nagato s'était tendu comme un arc en entendant ces mots et il avait failli se précipiter pour empêcher l'imbécile d'acteur de X de mettre entre les mains de sa princesse un accessoire probablement plein de fluides sexuels, mais Itachi avait précisé qu'elle n'avait jamais servi – clairement à sa destination –, alors il avait laissé faire, se traitant mentalement d'abruti.

Combien de fois sa fille avait-elle dit qu'Itachi faisait des films ? Combien de fois avait-il fait abstraction de l'information sans la relever en pensant que sa fille s'inventait une histoire ? Il se promit de ne plus jamais ignorer une phrase que sa chérie pourrait énoncer en enfonçant rageusement du pain aillé dans le derrière du poulet qu'il voulait rôtir.

Itachi ne prononça pas un mot de tout le repas, comme s'il cherchait à se faire le plus petit possible par peur que Nagato lui retirât son assiette et le policier se demanda vaguement si sa rancune était proportionnée au crime commis.

Puis sa fille éclata de rire devant une maladresse qu'il fit et le rire baume au cœur devint une source de douleur quand le père de famille se souvint que bientôt il ne résonnerait plus entre ces murs. Il trouva sa rancune justifiée.

Après le coucher de Mikan, il alla s'enfermer dans sa chambre avec un roman, se laissant emporter par les mots.

Quand la soif l'arracha à sa lecture et à ses couvertures, il n'était pas loin d'une heure du matin. La lumière du salon se reflétait toujours sur les murs du couloir, mais aucun bruit ne parvenait jusqu'à lui.

Il sortit de sa chambre pour se rendre dans la cuisine pour remplir son verre d'eau et constata que son colocataire s'était assoupi sur le canapé, tout habillé, et qu'un document épais était tombé de sa main.

Silencieusement, il s'approcha, toujours incapable de relier l'homme endormi à celui qu'il avait vu sur l'écran de la salle d'audience, le visage couvert de sperme.

Nagato finit par se pencher pour lui enlever ses lunettes, repliant les branches, puis il les posa sur la table basse, récupérant le scénario qui avait chuté au sol. Il le feuilleta un peu, puis fronça les sourcils, ne comprenant pas comment un scénario de film pornographique pouvait être aussi touffu et complexe. Il soupira avant de le poser à son tour sur la table.

Farfouillant un peu, il dénicha une couverture qu'il étendit sur Itachi afin qu'il ne prît pas froid, puis il alla boire avant de filer se mettre au lit.

Quand Itachi se réveilla le lendemain, ce fut secoué par la main de son colocataire qui ne prononça pas un mot de plus en se détournant pour dresser la table du petit-déjeuner, mais qui, au moins, avait arrêté de faire comme s'il n'existait pas.


La pluie n'avait pas faibli de la journée, ensevelissant le salon dans la pénombre bien trop tôt. Cela faisait longtemps qu'Itachi avait allumé le lampadaire qui baignait l'endroit dans une lumière chaude. Il s'était installé sur le canapé avec un thriller dans lequel il ne parvenait pas à se plonger avec le même enthousiasme qu'à l'accoutumée. Il ne cessait de revenir en arrière, réalisant qu'il avait raté un indice, un dialogue essentiel, qu'il avait tourné la page par réflexe sans lire les mots imprimés.

Il soupira discrètement en se redressant pour saisir sa tasse fumante et la porter à ses lèvres pour souffler doucement dessus, ses yeux se perdant sur les nervures du bois de la table basse. Le livre coincé dans sa main gauche, il resta pensif pendant encore de longues minutes, un malaise profond tapi au fond du cœur.

Il avait espéré, compte tenu des gestes faits le matin même, que Nagato était enfin prêt à lui parler, après neuf jours d'un silence pesant. Pourtant, quand il était rentré du travail, son courrier entre les mains, son colocataire avait de nouveau feint qu'il n'existait pas et Itachi s'était vraiment demandé ce qu'il avait pu commettre par inadvertance pour que le retour en arrière fût aussi brutal.

Comme il avait eu une rude journée, il avait senti une tristesse immense l'accabler et elle perdurait encore. Il était heureux que Naruto l'eût rassuré sur les intentions de Nagato, sinon, il aurait été réellement très affecté par ce rétropédalage.

Ce qui l'arracha à sa réflexion fut le bruit léger et discret de petits pieds sur le parquet. Il se tourna pour observer Mikan qui le contemplait avec un regard plein de sommeil et de questions, mignonne comme tout dans son pyjama aussi bleu que ses yeux.

— Dis, chuchota-t-elle, tu fais quoi ?

— Je suis en train de lire une enquête de police, répondit-il sur le même ton alors qu'elle approchait pour monter sur le canapé à côté de lui. Il faut que tu ailles dormir, Mikan, tu as école, demain.

Elle l'ignora pour tenter de s'emparer de l'ouvrage qu'il s'empressa de mettre hors de sa portée pour qu'elle n'essayât pas de déchiffrer le résumé.

— C'est un livre pour adultes, Belette, je ne peux pas te le prêter.

Elle gonfla ses joues, croisant les bras sur son ventre et lui adressa un regard blessé.

— T'es trop nul, tu fais que des trucs pour les grands, comme Papa.

Itachi eut un pâle sourire, tendant son index pour tapoter le nez de la petite fille.

— Si Papa est d'accord, proposa-t-il, on ira jouer ensemble au parc, ce week-end, je te le promets.

L'enfant baissa les yeux alors qu'il fronçait les sourcils, ne comprenant pas le manque d'enthousiasme de Mikan. D'ordinaire, elle était ravie à l'idée d'une sortie, surtout si c'était pour s'amuser dans la neige.

Elle soupira exagérément, sans doute pour imiter les grandes personnes, puis elle se pelotonna contre lui.

— T'es fâché avec Papa, rappela-t-elle d'une voix douce. Alors il voudra pas. Pourquoi t'es fâché avec Papa ?

Itachi déglutit en jouant avec une des nattes de l'enfant, puis il haussa les épaules.

— Papa est fâché contre moi parce que je lui ai menti, avoua-t-il d'un air contrit. Moi aussi, je suis fâché contre moi, ajouta-t-il dans un murmure.

— Mais c'est pas bien de mentir, commenta Mikan en papillonnant des cils. Pourquoi t'as fait ça ?

Elle avait l'air horrifié de savoir que son copain pouvait faire ce genre de choses et, sous ce regard scrutateur, il se sentit mal à l'aise, finissant par se trémousser sur le canapé pour confesser d'une voix contrite :

— Parfois, les grandes personnes font des trucs un peu bêtes quand elles ont peur.

— Tu peux pas avoir peur, toi, contra la petite.

— Tu penses ?

— Ben oui, t'es grand, et t'es beau, et t'es fort, comme Papa, tu peux pas avoir peur. Papa, il a pas peur.

Itachi se retint de contredire l'enfant, attrapant le bout de sa natte pour lui chatouiller le nez. Elle rit, écartant les cheveux qui la démangeait puis elle relança la conversation :

— T'as dit pardon ? Maman elle dit que quand on fait une bêtise, il faut dire pardon.

— Ma maman disait ça aussi, souffla Itachi.

— Est-ce qu'elle est au ciel, ta maman ? demanda Mikan d'une voix grave. Tu n'en parles jamais. La maman de mon copain Kyoshiro elle est montée au ciel.

— Non, rassura Itachi, elle est très loin et je ne l'ai pas vue depuis très longtemps.

— Elle te manque pas ?

Il laissa passer un silence pendant lequel elle porta un regard sur lui en s'installant sur ses genoux. Il déposa un baiser sur les cheveux et referma ses bras sur elle avec un sourire.

— Si, beaucoup.

— Moi, ma maman, elle est belle et elle danse trop bien et elle travaille à l'hôpital. Elle fait quoi, ta maman ?

— Elle…

Il s'éclaircit légèrement la gorge avec de reprendre, alors qu'il laissait l'enfant jouer avec ses mains.

— Elle s'occupait de moi quand j'étais petit. Puis de mon frère.

— T'as un frère ? C'est trop la chance ! Moi aussi je veux un frère ou une sœur pour jouer avec moi. Toi c'est pas pareil, t'es un grand et t'es nul pour jouer à faire semblant.

Faussement offensé, Itachi fit mine de bouder un peu, retenant un sourire.

C'était cocasse que l'enfant l'accusât d'être mauvais pour jouer la comédie et, à vrai dire, ça l'amusait beaucoup. Il n'eut pas le temps de répliquer.

Un toussotement attira leurs regards. Appuyé contre la rambarde des escaliers, Nagato les observait discuter, sans doute depuis un petit moment déjà, si Itachi se fiait à sa posture. Le propriétaire de l'appartement esquissa un rictus contrit et Nagato s'avança dans le salon à pas feutrés, les yeux posés sur sa fille.

— Mon cœur, il est tard, qu'est-ce que tu fais debout ?

— Je parle de trucs de grands avec Itachi, parce que je suis une grande, sourit-elle avec insolence.

Nagato retint un soupir et il s'approcha plus près attrapant son enfant dans ses bras.

— Bien sûr que tu es une grande fille, mais tu dois quand même aller dormir.

— Pourquoi ?

— Pour grandir encore plus, suggéra Nagato en s'éloignant du canapé.

Il s'arrêta sur le seuil et se tourna vers Itachi, mordillant sa lèvre.

— J'aimerais te parler, après, lança-t-il à son colocataire, quand j'aurai couché pour la troisième fois cette grande fille qui ne veut pas être encore plus grande.

— Mais si, je veux, tremblota Mikan, je veux dormir et être encore plus grande !

Déglutissant avec nervosité, Itachi referma son livre en écoutant Mikan presser son père de la ramener plus vite dans son lit pour qu'elle pût dormir au plus tôt.

Quand Nagato revint, il hésita longuement avant de s'asseoir dans le vaste salon. Ses yeux ne fixaient pas vraiment Itachi, plutôt un point quelque part au-dessus de son épaule.

— Je n'ai pas envie d'avoir cette discussion, commença-t-il avant que son regard tombât finalement sur son colocataire qui se sentit tressaillir.

Il y avait tellement d'incompréhension qui se lisait sur le visage, tellement de rancune, qu'il hésita avant de souffler :

— Moi non plus, mais je pense que je l'ai déjà trop repoussée et… J'avais l'intention de t'en parler, vraiment. Je n'ai seulement pas su comment l'aborder.

Il prit un silence alors que Nagato le dévisageait durement, un sourcil haussé. Quand l'acteur se rendit compte qu'il se cherchait des excuses avant d'en présenter, il baissa la nuque.

— Je suis vraiment désolé et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour réparer le tort que ça t'a causé. Jamais je n'aurais volontairement voulu te blesser ou blesser Mikan.

Se détendant considérablement, Nagato laissa un demi-sourire surgir sur son visage.

— Je sais que tu ne lui feras pas de mal. Je n'ai jamais pensé que tu pourrais lui faire du mal. Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ?

— Parce que j'ai eu peur, confessa Itachi avec réticence.

Au moins, la conversation était lancée. Il ne savait pas vraiment si son colocataire serait plus enclin à lui pardonner à la fin de celle-ci, mais ils parlaient. Et c'était une avancée prodigieuse.

— Peur de quoi ?

— Que vous partiez, murmura Itachi en baissant les yeux sur le parquet.

— Pour aller où ? ironisa Nagato en sentant la colère remonter en flèche. Je n'ai plus de maison.

Il se força à souffler. Il s'était promis de faire la paix et de ravaler ses griefs, pour Mikan. Si c'étaient les dernières semaines qu'il pouvait passer avec elle, alors ce seraient les meilleures possible et sa fille souffrait de la distance qu'il avait mise avec son colocataire.

— Ça va me coûter la garde de Mikan, prononça-t-il d'une voix saccadée. Et je t'en veux pour ça.

Il contrôla sa respiration, la crispation de ses mains faisait blanchir les jointures de ses doigts. Il secoua le menton, refusant de laisser la colère l'envahir de nouveau. Il se rapprocha de son colocataire, afin que sa voix portât le moins possible jusqu'à la chambre de Mikan.

Ils discutèrent un long moment, à voix basse, principalement de l'impact que cette révélation avait eu sur le procès, Nagato avouant que son avocat était toujours profondément dépassé par les événements, qu'il ne savait pas du tout par quel bout prendre cette nouveauté et qu'il lui avait suggéré de se faire à l'idée que tout était perdu.

Itachi refusa cette solution, lui demandant quelques jours pour réfléchir à tout ça. Au bout d'une heure, la fatigue commença à tirer sur leurs yeux et Nagato finit par se lever.

— J'ai une dernière question. Quand je suis venu, j'ai cru voir… Est-ce que c'était Hinata ?

Itachi hocha la tête en pinçant les lèvres, déglutissant sous la crainte qu'une nouvelle vague de colère vînt le saisir.

— Elle est actrice, oui, affirma Itachi. On s'est rencontrés comme ça. Sur un tournage.

— Kiba et Kisame aussi, je suppose, soupira Nagato en s'appuyant sur le dossier du fauteuil en guettant la confirmation de son colocataire. Très bien. Je vais digérer tout ça et prendre une bonne nuit de sommeil. Qu'on soit bien d'accord, je t'en veux toujours et quelques mots d'excuse n'y changeront rien. Mais pour Mikan, pour elle, je ferai un effort.

— Merci.


À bientôt !