Bonjour ! Merci d'avoir lu le chapitre précédent !


Chapitre 24

Le grand jour, enfin.

Si Nagato n'était pas aussi enthousiaste que son colocataire quant au motif de sa chemise, il l'avait mise sans angoisse le matin même, la boutonnant avec soin, prenant garde de ne pas la froisser en enfilant sa veste – et son arme, toujours bien cachée sous la veste taillée sur mesure. Itachi avait replacé son col, avant de hocher la tête et de murmurer un « à tout à l'heure » qui l'avait fait frissonner sans qu'il ne pût identifier la source de ce frisson.

Il était à présent assis confortablement sur le banc, aux côtés de Yahiko et Ebisu qui consultait sa montre régulièrement, vérifiant l'heure avec une pointe de stress. Face à eux, Konan était indécemment assurée et Nagato lutta pour retenir un rictus moqueur.

Oh, comme il avait hâte de voir ce sourire fondre, comme il avait hâte de voir cet avocat rougeaud perdre toute sa confiance en lui et bégayer. Sa jambe commença à battre un rythme erratique et son ancien meilleur ami y plaqua une main rassurante, se penchant pour murmurer à son oreille :

— Ne sois pas si nerveux, ça va bien se passer.

Percevant sa phrase, Konan haussa un sourcil, tournant son regard vers Ebisu qui secouait la tête d'un air anxieux. Bien entendu, elle se méprenait complètement sur les raisons de l'angoisse qui saisissait l'avocat de son ex-mari, mais il se garda bien de la détromper, pinçant les lèvres pour hocher du menton en direction de Yahiko.

« Voilà comment nous allons procéder », avait expliqué Maître Tanaka, la veille, lors du dernier rendez-vous secret qu'ils avaient eu avant l'audience. « Ebisu, cher collègue, c'est à vous que revient l'honneur de débuter le grand jeu. J'aimerais que vous soyez nerveux. Visiblement nerveux. Ça va les endormir. »

Lorsqu'Ebisu avait demandé comment il était censé faire une telle chose, être anxieux sur commande, Tenten avait dit « je m'en charge, ne vous inquiétez pas » avant de lever les yeux au ciel. « Il sera parfait ». Si l'avocat incompétent s'était étonné de cette prédiction quelque peu hâtive quand on connaissait ses performances habituelles devant un public, elle n'avait finalement pas eu tort : il respirait la nervosité, probablement dû au reste du plan de Deidara, risqué, osé, mais totalement convaincant.

Le juge finit par arriver, saluant chaque personne présente et il pénétra dans la salle d'audience, chacun rejoignant la place qu'il avait jusqu'à présent occupée. Nagato ferma les paupières et se força à souffler, jetant à son tour un œil à sa montre, le temps du récapitulatif, puis il tourna la tête vers Konan qui semblait presque ennuyée de se trouver là.

Tu vas voir, chérie, dans quelques minutes, tu seras moins à l'aise.

Nagato tendit un léger regard sur Yahiko, installé derrière lui, s'étant déplacé à l'arrivée du juge. Son ex meilleur ami se redressa pour lui souffler un rapide : « courage, ça va aller ! » auquel l'ex-mari répondit d'un hochement de tête discret.

Le juge Sarutobi laissa passer un silence dans lequel il rouvrit le dossier concernant ce dossier, portant un air atterré sur les dernières lignes du rapport de greffier. Bien entendu, il n'avait en rien oublié cette histoire, elle était suffisamment originale pour tenir les promesses faites par Onoki : un policier et son épouse infirmière divorçaient pour faute, laquelle étant un abandon du domicile au profit d'un appartement loué à une star du X, avec lequel le policier vivait.

Le vieil homme tendit un regard à son ami qui semblait peut-être un peu trop confiant, mais compte tenu des affaires défendues par l'autre avocat, il était difficile de lui en vouloir. Ebisu était en train d'éponger son front, déjà en sueur dans son vêtement de magistrat, n'attendant que l'accord du juge pour commencer à plaider la cause de son client.

S'assurant que le moment était propice, Hiruzen Sarutobi finit par donner le signal à Ebisu, qui glissa sur le banc pour franchir la barrière de bois clair et s'avancer dans le centre de l'arène.

— Madame Uzumaki, cher confrère, monsieur le greffier, monsieur Nakamura, monsieur Uzumaki, cher client, énuméra-t-il en baissant les yeux.

Il souffla et ses épaules se relâchèrent alors qu'il relevait la tête vers le juge.

— La dernière audience avait révélé des informations dont je n'avais pas connaissance à propos du colocataire de mon client, dévoilant ainsi sa profession – acteur de X. Face à une telle situation, je dois avouer mon incompétence.

Onoki Ryôtenbin retint un sourire. Si seulement il n'y avait que dans un cas comme celui-ci qu'il était incompétent… Commencer un plaidoyer en admettant qu'il ne tenait pas la route, c'était inédit, même pour cet avocat. Il échangea une œillade avec sa cliente, c'était quasiment dans la poche, la rassura-t-il en murmurant à son oreille.

Le juge Sarutobi leur jeta un regard d'avertissement puis revint vers Ebisu, avançant légèrement son buste pour accéder à son micro.

— Maître Tobita, où souhaitez-vous en venir ? demanda-t-il.

— Je renonce à défendre cette affaire, déclara Ebisu en s'épongeant le front. Je crains malheureusement de ne pouvoir offrir à mon client le plaidoyer qu'il mérite. J'ai eu beau y réfléchir, je n'ai pas trouvé la moindre piste pour lui.

Ebisu se tourna vers Nagato, ses yeux glissant au passage sur Yahiko qui avait considérablement blanchi, sa bouche bayant sans grâce. Nagato adressa un sourire à Ebisu, hochant doucement la tête.

— Je comprends, Maître Tobita. Merci d'avoir fait tout ce que vous avez pu.

— Je regrette sincèrement, confessa Ebisu, j'aurais voulu pouvoir faire quelque chose pour vous, vraiment, vous m'êtes sympathique.

Il s'avança, passa de nouveau la barrière et récupéra sa sacoche, se tournant une dernière fois pour contempler toutes les personnes présentes.

— Vraiment je regrette, monsieur le juge.

Le bruit de ses pas résonna dans le silence éberlué que son abandon avait laissé tomber sur la salle. Nagato s'étira longuement, avant de s'installer confortablement, écoutant la lourde porte claquer. La main de Yahiko enserra son épaule avec force et il se tourna vers lui.

— Mais bordel, qu'est-ce qu'il se passe ? Il a le droit de faire ça ? Comment tu vas faire ?

— Ne t'inquiète pas pour moi, sourit Nagato en jetant un œil à sa montre.

Dix secondes.

Il prit le temps de savourer la victoire facile qui s'afficha sur le visage de Maître Ryôtenbin, l'éclat de joie sur celui de Konan, puis ses yeux trouvèrent le juge qui inscrivait cette défection sur le dossier. Quand la plume s'immobilisa, le magistrat remonta ses rétines pour les poser sur Nagato.

— Que souhaitez-vous faire, Monsieur Uzumaki ?

Nagato se leva.

Cinq secondes. Réglé comme du papier à musique. Exactement ce que Deidara avait calculé : « la mise en scène, on va la pousser jusqu'au bout. Et s'il y a des couacs, on improvisera ».

— Permettez-moi, monsieur le Juge, de vous présenter mon avocat.

La porte s'ouvrit avec fracas sur Deidara qui pénétra d'un air assuré dans la salle, terminant d'accrocher les boutons qui fermaient sa robe d'audience, il posa sa sacoche à côté de Nagato, alors que Yahiko murmurait de plus belle au creux de l'oreille de son ami qui s'était rassis.

— Mais bordel, qu'est-ce qu'il se passe ? répéta-t-il. C'est qui ce type ?

— Maître Deidara Tanaka, sourit ledit type à l'adresse du juge.

Il se tourna ensuite vers Onoki et ce fut un plaisir considérable de le voir blanchir, verdir et trembler un peu. Lui adressant un clin d'œil taquin, il revint vers Hiruzen Sarutobi.

— Je suis ici pour défendre les intérêts de mon client, l'inspecteur Uzumaki.

Yahiko s'agita derrière Nagato.

— T'étais au courant de ça ?

— La ferme, chuchota Nagato en se mettant encore plus à l'aise, et observe.

Bouche bée, Yahiko retourna à sa place, ses yeux scrutant sa maîtresse qui discutait à voix basse avec son avocat. Maître Ryôtenbin semblait avoir perdu un peu de sa superbe. Aucun de ces trois-là ne paraissait vraiment comprendre ce qui était en train de se passer et le juge retint un sourire alors que Deidara s'inclinait, feignant la pénitence.

— Pardonnez mon retard, monsieur le juge.

Le juge Sarutobi leva la main, posant son coude sur le comptoir.

— L'audience n'était pas vraiment commencée, excusa-t-il. Voulez-vous nous faire un récapitulatif, Maître Tanaka ?

— Avant toute chose, monsieur le juge, je tiens à préciser quelques petits points. Sachez tout d'abord que je suis également l'avocat qui défend les intérêts d'Akatsuki Productions et qu'il est venu à mes oreilles que des images avaient été diffusées dans cette salle sans les autorisations nécessaires. Il me semble que le titre de l'œuvre était Gangbangs Of New York. Je demanderai au tribunal une sanction à l'encontre de Maître Ryôtenbin pour cela, Akatsuki Productions renonçant aux poursuites judiciaires.

Le représentant de Konan se renfrogna et Nagato adressa un sourire provocateur à son ex-épouse qui répondit par une moue agacée. Elle n'était pas encore convaincue qu'elle allait perdre, mais ça allait changer, oh que oui, ça allait changer.

— Mec, chuchota Yahiko, tu aurais pu me prévenir que tu avais pris un nouvel avocat.

— Ça aurait été avec plaisir, répondit sèchement Nagato, mais ça ne faisait pas partie de notre stratégie.

Deidara se tourna vers son collègue, lui offrant un sourire moqueur.

— J'imagine que dans son impatience à faire éclater la vérité, mon confrère a omis de s'enquérir des autorisations nécessaires pour diffuser ces images, aussi, je ne demanderais qu'un petit blâme.

— Je vous remercie, cher confrère, grogna Onoki en croisant les bras.

Deidara prit le temps de savourer à quel point ce « confrère » semblait arracher la langue de son ancien professeur, oh bon sang, comme il allait prendre son pied à s'engouffrer dans toutes les failles qu'il avait pu trouver. Il revint vers le juge.

— Également, je tiens à préciser, puisqu'il est relativement évident que l'information sera diffusée à un moment, que je suis un ancien acteur de X. Cela nous évitera quelques surprises, je sais combien mon confrère adore innover, je pense qu'il me pardonnera de lui retirer le droit de dévoiler ce pan de mon CV.

— C'est noté, ponctua le juge, incitant Deidara à dresser le résumé de la séance précédente.

— Prenant l'affaire en cours de route, il se peut que mes informations soient peut-être un peu confuses, s'excusa Deidara. Il me semble que c'est Madame Uzumaki qui demande le divorce pour faute, reprochant, entre autres, un abandon du domicile conjugal – c'est curieux, s'il en est, nous nous y attarderons – et de mettre son enfant dans une situation de… « grand danger moral », si je me reporte aux comptes rendus de mon prédécesseur, du fait de sa colocation avec une pornstar.

« Parmi les autres accusations notables dressées par Madame Uzumaki, on peut lire une période difficile pour mon client, mais je ne reviendrai pas dessus.

Deidara prit un silence entendu, fixant ses yeux dans ceux du juge, lui désignant le dossier de Nagato. Sarutobi hocha la tête pour montrer qu'il comprenait, Yahiko se détendit. Impossible d'attaquer sur la période délicate où Nagato avait totalement renoncé à exister suite à la mort d'Obito. C'était un soulagement profond. Cet avocat avait l'air d'être largement plus compétent que le précédent. Il le signala à l'oreille de Nagato qui lui répondit un cryptique « si tu savais à quel point… » qui le fit un peu paniquer.

Il se força à respirer. Nagato avait probablement changé d'avocat un long moment avant. S'il avait découvert quoi que ce fût, il en aurait parlé bien plus tôt. Non ?

Déjà, Deidara reprenait.

C'était impressionnant de le voir en action, pensa Nagato. Deidara occupait tout l'espace, il cristallisait sur lui toute l'attention disponible. Les modulations de sa voix étaient troublantes, son timbre envoûtant. Il était vraiment bon.

Alors qu'il finissait de dresser les accusations faites à l'encontre de Nagato, Deidara s'autorisa à jeter un regard vers Onoki, qui était redevenu plus serein et il fronça les sourcils. Ça, c'était un imprévu. Normalement, il était censé être en panique. N'en tenant plus compte, il focalisa son attention sur le juge.

— Si vous le permettez, monsieur le juge, reprit Deidara, j'aimerais commencer mon argumentaire en débutant par la fin, pour revenir à la « mise en ménage » avec un acteur de films pour adultes.

— C'est peu conventionnel, accepta Hiruzen Sarutobi, mais je vous en prie, faites.

Deidara lui offrit un sourire.

— Je vais continuer à ignorer les conventions, si cela ne vous ennuie pas, en invitant directement Tsuki – dans la mesure où le colocataire de mon client est couvert par la loi de protection de la vie privée des personnages publics, je ne l'appellerai que par le nom par lequel il souhaite être désigné, son nom de scène – je vais donc demander à Tsuki de bien vouloir entrer dans le tribunal, si vous le permettez.

À ce moment-là, la panique se vit sur le visage d'Onoki qui se leva et toussota :

— Pardonnez-moi, monsieur le juge, appeler un témoin à la barre, ce n'est absolument pas prévu dans une procédure de divorce pour faute, je n'ai jamais lu aucune greffe d'audience mentionner une telle chose…

— Pourtant, rétorqua Deidara, rien ne l'interdit, comme le dispose la loi du 9 mai 1798 concernant la réglementation des divorces pour faute.

Le juge considéra les deux avocats, réfléchissant quelques instants, puis finalement il porta son regard sur Maître Ryôtenbin.

— Vous m'aviez promis une affaire peu conventionnelle, il me semble, Maître. Maître Tanaka a raison, rien n'interdit d'user de témoins pour appuyer des dires dans une affaire de divorce pour faute, bien que ce soit très peu usité. Maître, je vous prie, faites entrer votre témoin.

Reconnaissant, Deidara se tourna pour parcourir les quelques mètres qui le séparaient de l'immense porte, la poussant et s'écartant pour laisser passer Itachi.

Nagato avait beau être parfaitement au courant que son colocataire allait venir – et surtout dans quelle tenue –, cela n'empêcha absolument ses sourcils de se hausser, ses paupières de battre et son souffle de se couper.

« Et toi, Itachi, je veux que tu sois magnétique, nonchalant, incroyablement attractif. Retourne-moi tous les hétéros de la pièce, je veux qu'ils s'astiquent en pensant à toi en sortant de l'audience. » les mots de Deidara l'avaient fait sourire. Comme si c'était possible…

Et pourtant, il se retrouvait, dans cette salle, à suivre son colocataire des rétines, déglutissant difficilement sous le poids du regard rouge qu'il lui portait, hypnotique. Itachi quitta son rôle rien qu'une seconde pour lui adresser un sourire et c'est ce sourire qui fit vaciller son esprit. Il lui rendit, l'observant s'installer dans un fauteuil avec grâce. Puis il sursauta quand Yahiko attira son attention.

— T'étais au courant de ça, toi ?

— Pas du tout, mentit-il, Maître Tanaka ne m'a pas informé de toutes les subtilités de son plan.

— Pouvez-vous vous présenter, je vous prie ? demanda le juge à l'acteur qui venait d'arriver.

Itachi étendit ses jambes croisées, posant ses bras sur les accoudoirs, ses mains se liant naturellement sur le bas de son ventre. Il esquissa un rictus avant de cligner lascivement les yeux.

— Je me nomme Tsuki. Je suis à la fois le colocataire de Monsieur Uzumaki et un acteur de X. Pardonnez mon apparence, j'étais en tournage avant de venir, je n'ai pas eu le temps de me changer.

Deidara reprit le fil de son scénario, interrogeant Itachi sur sa vie, ses hobbies, sa marque de thé préféré, son romancier fétiche, et l'acteur lui donnait la réplique avec style, de sorte que Nagato se sentait réellement subjugué par leurs interactions.

Lorsqu'il réussit à s'arracher à cette contemplation, ce fut pour balayer la salle et voir qu'il n'était pas le seul à être si fasciné par les deux amis qui se répondaient sans la moindre hésitation. Maître Ryôtenbin fut même un rien décontenancé quand Deidara lança :

— Vous n'êtes, en somme, qu'un homme profondément normal, c'est ce que vous voulez dire ?

— Tout à fait, confirma Itachi.

— Et votre carrière pornographique ne fait pas de vous un satyre ?

— Uniquement sur les plateaux et uniquement dans Lust Valley, sourit l'acteur, ses yeux rouges se posant sur le juge qui hocha la tête en prenant des notes.

— Bien, trancha Deidara, je vous remercie. Cher confrère, avez-vous des questions ? Je vous laisse le témoin, si vous le souhaitez.

Maître Ryôtenbin consulta le juge, qui, toujours aussi amusé par la tournure des événements, accepta de jouer le jeu. Hiruzen avait déjà entendu parler du jeune chien fou qu'était Deidara Tanaka. Un étudiant brillant, éloquent, qui connaissait sur le bout des doigts leur législation, au point de pouvoir en remontrer à certains membres du conseil. Mais il était également impertinent et peu attaché aux conventions, légèrement mégalomane et égocentrique.

À vrai dire, le juge Sarutobi ne l'avait jamais vu plaider, jusqu'à présent. L'homme ne s'intéressait pas aux histoires de divorce. Cependant, il n'était guère surprenant de le trouver face à Onoki. Son vieil ami lui avait souvent parlé de cet élève, vantant ses qualités et regrettant qu'il eût choisi une profession si peu honorable pour financer ses études, estimant que le renvoi serait une leçon acceptable à lui donner, pour lui expliquer que certaines choses ne peuvent être faites et mélangées.

Pourtant, ça n'avait pas arrêté le jeune Deidara qui avait présenté son barreau en candidat libre et l'avait obtenu avec les félicitations – réticentes – des membres du jury.

Maître Tanaka retourna s'asseoir près de son client, murmurant à son oreille que tout se déroulait strictement comme prévu et, derrière eux, Yahiko s'agita en constatant que son meilleur ami baissait encore plus la voix pour répondre. Il n'avait pas l'habitude d'être hors des secrets de Nagato et ça le chagrinait un peu que ça arrivât à un moment aussi important.

Maître Ryôtenbin s'avança près du témoin, les mains croisées dans le dos et il laissa passer quelques secondes, le temps de trouver les bonnes questions à formuler.

— Combien d'amants avez-vous eus, cette année ? finit-il par lancer en plongeant son regard dans les rétines de l'acteur de X.

Itachi ne bougea pas de sa position pour soutenir l'œillade pénétrante.

— Aucun, affirma-t-il.

Un silence éberlué flotta dans la pièce et Nagato s'agita, exhalant d'inquiétude. Là, clairement, il mentait. Deidara posa la main sur sa cuisse.

— Détendez-vous, respirez calmement. Cette question fait partie de celles qu'on a travaillées. Buvez de l'eau, proposa-t-il en sortant une bouteille neuve de son cartable.

Dans l'arène, Onoki se tournait vers le juge, puis vers le témoin, incapable de retenir un sourire face à un mensonge aussi flagrant.

— Donc vous, acteur dans des films pornographiques, affirmez n'avoir eu aucun amant cette année ? Est-ce un mensonge ? Ou peut-être êtes-vous payé pour ne rien faire ?

Itachi se redressa avec un sourire.

— Je pense que c'est un problème de définition, estima-t-il et Maître Ryôtenbin l'invita à poursuivre d'un geste de la main. Je marque une différence importante entre mes partenaires de tournage et mes amants. Pour mieux vous expliquer…

Le ton légèrement méprisant et hautain, le sourire en coin, la morgue dans la voix, tout en Itachi, à présent, montrait à l'homme face à lui combien il était insignifiant à ses yeux et Nagato avala sa gorgée d'eau le moins bruyamment possible, pour ne pas interrompre la performance.

— C'est comme si je vous demandais de compter dans vos maîtresses toutes les avocates avec lesquelles vous avez déjeuné au cours de l'année. C'est un non-sens total. Je maintiens donc : je n'ai eu aucun amant, ces cinq dernières années.

— Et combien de partenaires ? rebondit Onoki.

— Monsieur le juge, intervint Deidara, cette interrogation n'est pas pertinente. Il n'est nullement question de juger le témoin sur le nombre de collègues qu'il possède et cette information est confidentielle, dans la mesure où l'exercice de l'année n'est pas terminé. Tsuki a signé une clause de confidentialité lui interdisant de dévoiler les projets sur lesquels il travaille tant qu'ils ne sont pas sortis. Malheureusement, cela inclut le nombre de ses partenaires.

Il adressa un sourire confus à Maître Ryôtenbin qui changea de stratégie.

— Puis-je parler de sa carrière, alors ? interrogea-t-il.

Le juge le lui accorda :

— Effectivement, puisque nous sommes également ici pour savoir si cette carrière peut influencer négativement l'éducation de Mikan, la fille du couple Uzumaki. Continuez, Maître Ryôtenbin.

Le susnommé se tourna de nouveau vers le témoin.

— Pouvez-vous nous raconter votre carrière ? Quand et comment avez-vous commencé, par exemple ?

— J'ai signé mon premier contrat à Akatsuki Productions quand j'avais dix-huit ans et trois mois. Je suis entré dans le milieu grâce à Jiraiya Smith, que j'ai connu un an plus tôt. À l'époque, je ne savais pas qu'il était réalisateur de films X, je l'ai appris plus tard. Il a, à maintes reprises, refusé que je joue dans un de ses films tant que je n'étais pas majeur.

— Doit-on lui adresser une médaille parce qu'il respecte la loi ?

Deidara maintint la pression sur le bras de Nagato pour qu'il reste immobile. Ce genre d'attaques aussi était prévu par son plan. Itachi savait qu'il ne fallait pas répondre, faire passer ce type d'interrogations pour de la mauvaise rhétorique. L'acteur continua comme s'il n'avait eu aucune interruption.

— Et finalement j'ai commencé comme chauffeur. À mes dix-neuf ans, j'ai joué dans mon premier film, L'Étoile du Matin.

— Comme chauffeur ? s'étonna sincèrement l'avocat de Konan. Vous conduisiez une voiture ?

Et Nagato devait bien admettre s'être aussi posé la question quand il avait lu la page internet dédiée à son colocataire. Itachi éclata de rire, amusé.

— Décidément, nous avons vraiment un problème de définition. Non, dans le porno, un chauffeur, ce n'est pas une personne qui conduit une voiture. C'est une personne qui s'occupe de maintenir les rôles principaux dans un état d'excitation convenable.

Nagato ferma les yeux, retenant de justesse une grimace écœurée. Itachi continua :

— C'est un travail qui demande beaucoup de dextérité, particulièrement quand on est le chauffeur d'un homme. Comme j'étais doué, je suis rapidement devenu le chauffeur attitré d'Hamaki Mimura. Il a gagné un Zob d'Or il y a une quinzaine d'années, c'est une célébrité dans l'univers du hard.

— Quel âge avait-il, quand vous étiez, jeune majeur, son chauffeur ?

— Trente-neuf ans.

Onoki hocha la tête, ses sourcils se haussant.

— Dernière question pour le témoin, monsieur le juge, précisa-t-il avant de sourire. Ressentez-vous une attirance sexuelle pour votre colocataire ?

— Oui.

Nagato s'éclaboussa avec la gorgée qu'il allait avaler, il toussota le plus discrètement possible avant de se pencher vers l'avocat pour chuchoter « non, celle-là, vous auriez pu me prévenir, Maître ».

— Elle n'était pas prévue, murmura Deidara rapidement. Je ne pensais pas qu'il irait si loin. C'est une bonne chose, ça veut dire qu'il a peur, il essaie de montrer que votre relation n'est pas qu'amicale.

Nagato ne sut pas quoi répondre quand il porta ses yeux sur Itachi. Il ne s'attendait pas à une telle affirmation. Itachi se tendit légèrement, puis il prit une respiration profonde, faisant tiquer Deidara. Il va mentir, pensa-t-il.

— Mais ne vous y trompez pas, Maître Ryôtenbin, précisa Itachi, ça fait partie de mon métier de pouvoir ressentir du désir pour à peu près n'importe qui. Vous n'êtes pas sans savoir que je suis romantiquement et sexuellement intéressé par les hommes, cela ne m'empêche pas de tourner régulièrement avec quelques femmes.

— Et êtes-vous romantiquement attiré par votre colocataire ?

— Pas le moins du monde.

Ça piquait l'ego, c'était certain, mais Nagato éprouvait une sorte de soulagement face à ces affirmations.

— Ce sera tout pour moi, monsieur le juge, lança Maître Ryôtenbin. Nous pouvons passer à la suite.

La suite… Nagato expira lentement alors qu'Itachi se levait pour rejoindre les bancs de la salle d'audience, pendant que Deidara reprenait sa place dans l'arène.

« Après l'intervention d'Itachi, qui, je l'espère, permettra de convaincre le juge, je reprendrai le fil de mon argumentaire et je… »

— Bien, nous en arrivons maintenant à cette « faute » que mon client a commise, l'abandon du domicile conjugal. Et je souhaiterais contester le motif du divorce. La faute.

— Elle est avérée, refusa Hiruzen Sarutobi, votre client a bel et bien quitté le domicile conjugal.

— Bien sûr, monsieur le juge, je pense qu'on s'est mal compris.

Il prit une pause dramatique.

— À vrai dire, l'époux lésé et victime de la première faute est mon client. Or, est considérée comme légitime la faute d'abandon du domicile conjugal lorsqu'elle survient dans le cadre d'une faute commise par l'autre époux.

Maître Ryôtenbin pâlit, Konan retint sa respiration. Et Deidara enfonça le clou.

— Ainsi, mon client était parfaitement légitime à quitter le domicile conjugal, puisque c'est son épouse qui a commis la première faute.

— Quelle est cette faute ? s'enquit le juge d'un air appréciateur.

Il défendait très bien sa cause, ce jeune homme, vraiment. Cela faisait longtemps qu'une affaire de divorce ne s'était pas teintée d'autant de complexité et de rebondissements.

— Adultère.

— Non avéré, scanda Maître Ryôtenbin.

Deidara mordilla sa lèvre inférieure. C'était presque trop beau. C'était parfait, l'intervention tombait pile là où il la désirait.

— C'est vrai. Je voudrais donc que l'amant de Mme Uzumaki vienne à la barre.

Il y eut un silence. Nagato se tendit. Ça aussi, il était au courant, mais c'était dur à entendre. Deidara se tourna vers lui, le consultant du regard et il hocha la tête.

— Monsieur Nakamura, veuillez vous avancer, s'il vous plaît. Je viens de vous appeler.


À bientôt !