Merci pour votre enthousiasme pour le chapitre précédent ! Ça m'a tellement fait chaud au coeur, si vous saviez !
Chapitre 26
Le chemin qui menait jusqu'à la maison dans laquelle Fusô vivait n'avait jamais paru aussi long à Yahiko qui allait déposer sa filleule chez sa grand-mère pour que son père pût venir la récupérer.
Il était celui qui avait proposé cette solution. Il n'avait pas pu se résoudre à affronter Nagato. Il avait beaucoup trop peur pour ça. Cependant, la réaction de Fusô ne le rassurait pas plus. Il aimait cette femme comme si elle était sa propre mère, vu qu'il aimait Nagato comme son frère et savoir qu'il l'avait déçue le rendait profondément inconfortable.
— Dis, Parrain…
La petite voix de Mikan l'arracha à ses pensées et il réalisa qu'il marchait trop vite pour elle, qu'elle peinait à le suivre. Il s'arrêta pour l'écouter et elle se tortilla de malaise.
— Maman a dit que Papa il est fâché contre toi… Pourquoi Papa il se fâche contre tout le monde ?
Elle baissa les yeux alors qu'il battait des cils, surpris.
— Contre qui il s'est fâché, ma puce ?
Mikan fronça les sourcils pour compter sur ses doigts.
— Il s'est fâché avec Maman parce qu'elle a voulu le divorcer. Il s'est fâché contre Itachi parce que Itachi il lui a menti et c'est pas bien. Il est fâché contre toi. Et il est fâché contre moi, mais je sais pas j'ai fait quoi comme bêtise.
— Comment ça, il est fâché contre toi ?
— C'est pas pareil, avec Papa, il est bizarre, il est toujours grognon. Qu'est-ce qu'il a ? J'aime pas quand Papa il est fâché tout le temps.
Yahiko s'agenouilla, pour se mettre au niveau de sa filleule, appuyant sur son nez une seconde, puis il passa une main tendre dans ses jolis cheveux roux.
— Je suis sûr que Papa n'est pas du tout fâché contre toi, chérie, c'est seulement que c'est pas facile pour lui en ce moment.
— Qu'est-ce que tu as fait pour qu'il soit fâché contre toi ?
— Je lui ai menti.
Mikan parut réfléchir une seconde.
— Pourquoi les grandes personnes disent qu'il faut pas mentir, si elles le font tout le temps ?
Question pertinente à laquelle il n'avait aucune explication à apporter. Il haussa les épaules.
— Je sais pas.
— Et toi, Parrain, pourquoi t'as menti ? Itachi, il dit qu'il a menti à Papa parce qu'il avait peur. Et toi ? T'avais peur ?
— Je crois, sourit Yahiko. J'avais peur de lui faire mal.
— C'est parce que t'es amoureux de Maman ? interrogea-t-elle en portant ses immenses yeux bleus sur lui.
Mal à l'aise, il se demanda si c'était à lui de l'annoncer, aussi choisit-il de retarder sa réponse, pour trouver la meilleure possible, mais elle continua en se tortillant.
— C'est pour ça que Maman elle est plus amoureuse de Papa ?
— Oui, soupira-t-il finalement. Maman et moi, on est amoureux. Et Papa a raison d'être fâché contre nous, parce qu'on aurait dû le lui dire depuis longtemps.
Mikan hocha la tête puis reprit sa marche vers chez Mamie. Elle allait passer les prochains jours avec elle, et Papa viendrait la chercher pour qu'elle puisse faire la fête avec Itachi, et Hinata, et Oncle Zetsu. Papa avait dit qu'elle pourrait aller dormir tard et qu'elle aurait le droit de manger plein de bonbons.
Yahiko releva et observa l'enfant emmitouflée dans plusieurs couches de vêtements, avant de se remettre en route pour la rejoindre. Elle attrapa sa main et tira dessus.
— Moi, je te pardonne, Parrain. Parce que Papa, il le fera pas.
Des larmes montèrent à ses yeux et il ne sut pas vraiment comment il put les retenir ni s'il était heureux du pardon offert par sa filleule, ou si c'était le chagrin de savoir qu'elle avait raison à propos de son père. Jamais Nagato ne lui pardonnerait. Il aurait beau faire tous les efforts du monde pour gagner le droit d'espérer un pardon, son ami ne le lui accorderait jamais.
À vrai dire, il s'estimait déjà chanceux que Nagato ne fît que l'ignorer quand ils se croisaient au sein du commissariat. Kakashi et Tenzô avaient été des plus surpris, le jour de l'audience. Lorsque Yahiko avait rasé les murs, Nagato avait feint ne pas le voir pour donner à Kakashi une information qu'il avait demandée.
L'interrogatoire pressant de ses deux collègues d'unité n'avait pas réussi à lui tirer un aveu, parce qu'il avait honte de lui, parce qu'il n'avait pas le courage de formuler les mots qui mettraient un terme à une amitié vieille de vingt ans. Parce qu'il s'en voulait d'être tout de même heureux d'avoir enfin la possibilité d'être avec Konan sans se cacher.
Ils passèrent le portail et Mikan s'amusa, sur la dernière portion de chemin, à sauter d'un carreau coloré à un autre, « viens, Parrain, on dit si je touche les carreaux blancs, en fait, c'est le vide et je tombe ! », et elle riait sous son regard alors qu'il l'avertissait « Oh ! Fais attention, tu vas tomber ! Oh lala, tu es beaucoup trop forte ! ».
Souvent, il se prenait à imaginer que cette enfant était sa fille, que Nagato n'était pas celui qui avait épousé Konan en premier lieu et qu'il était l'heureux chanceux à avoir donné naissance à une telle merveille. Il savait que ce n'était pas le cas, mais le rappel de dates de l'avocat de Nagato avait distillé un doute en lui.
Il avait traqué avec fougue les signes, demandé à Konan et cette dernière avait humecté ses lèvres en confessant qu'elle n'était pas complètement sûre. Qu'elle préférait ne pas se poser la question. Que c'était mieux si personne ne savait. Que les dates étaient confuses et qu'elle n'avait jamais osé demander un test de paternité. Puis elle avait froncé les sourcils en le dissuadant d'y réfléchir.
— Mikan est la fille de Nagato, avait-elle juré. Même si elle n'avait pas son sang, elle restera la fille de Nagato. C'est lui qui l'a élevée, qui a renoncé à sa carrière pour elle, qui se saigne aux quatre veines pour lui payer son école, ce n'est pas toi. Ne pense même pas à lui enlever ça. La dernière fois que j'ai essayé, ça s'est mal fini.
Il avait protesté, noyé le poisson, affirmé que le verdict n'était pas encore tombé, mais c'était évident pour tout le monde. Même Onoki Ryôtenbin avait admis qu'il avait voulu jouer et qu'il avait perdu. Konan avait suivi le mouvement, refusant pour cette fois d'écouter Hanae qui lui avait dit de continuer de se battre.
Mikan appuya avec force sur la sonnette et Fusô lui ouvrit tout de suite, l'attrapant dans ses bras pour embrasser toutes les parties de son visage qui s'échappaient ses vêtements couvrants, avant de porter un regard réprobateur à Yahiko.
— Franchement, Yahiko, reprocha-t-elle avant même de lui dire bonjour.
— Est-ce que je peux entrer ? demanda-t-il d'une voix penaude.
Elle soupira fortement puis s'écarta de la porte pour le laisser pénétrer dans la chaleur de la maison. Fusô s'attela à découvrir Mikan, récupérant les diverses couches alors que la petite fille racontait qu'elle avait hâte de rentrer chez son père pour pouvoir jouer avec son copain, puis voir Oncle Zetsu pour apprendre à se battre et, avant même que sa grand-mère ne pût répondre quoi que ce fût, elle était partie pour se mettre devant la télé, allumant l'écran et le décodeur pour s'installer sur la chaîne de dessin animé.
D'un mouvement de tête sec, Fusô désigna la cuisine à Yahiko, l'air toujours aussi fermé. Il s'installa sur la chaise, elle lui servit une tasse de café fumant et répéta :
— Franchement, Yahiko…
— Comment va-t-il ? murmura-t-il alors que la mère de famille revenait vers la table pour s'asseoir à son tour.
— À ton avis ? répliqua-t-elle sèchement. Comment il peut aller après avoir découvert que son meilleur ami et la femme qu'il aime fricotent ensemble derrière son dos depuis huit ans ?
— Il doit me détester…
— À vrai dire, je pense que c'est encore au-delà de ça. Je crois que s'il avait le choix entre sauver ta vie et sauver celle de l'assassin d'Obito, tu serais mort.
— Ça a le mérite d'être clair. Comment sais-tu pour Obito ? C'est une information classée…
Elle secoua la tête et porta sa tasse à ses lèvres, avalant délicatement une gorgée de son thé. L'odeur de jasmin emplissait la pièce, se mélangeant aux effluves de café qui rappelaient tant de souvenirs plus heureux à Yahiko.
— Sois sérieux une minute, je te prie. Son ami est mort violemment. Il a sombré dans le désespoir et ni toi ni Konan n'étiez là, et pour cause, trop occupés à vous pourlécher le visage. Vers qui penses-tu qu'il se soit tourné pour discuter ? Il ne m'a pas raconté les détails, il n'en avait pas le droit, mais évidemment qu'il m'a parlé d'Obito. J'espère que tu as honte de toi, siffla-t-elle avec force.
— J'ai honte de moi, confirma-t-il, et je m'en veux. J'imagine que…
Il déglutit et baissa les yeux.
— J'imagine que c'est la dernière fois que je suis le bienvenu ici ?
Fusô pinça les lèvres.
— Je suis désolée, chéri. Je ne peux pas faire ça à mon garçon et continuer de t'accueillir comme si tu étais toujours son ami. Je ne peux pas fermer ma porte à Konan, puisqu'elle reste la mère de ma petite-fille, mais… Tu paieras aussi pour elle.
— Je comprends, réagit-il d'une voix d'outre-tombe. Tu vas me manquer, Fusô.
— Toi aussi, chéri. Prends soin de toi.
À vrai dire, il aurait préféré qu'elle le disputât, qu'elle lui prodiguât une leçon de morale qui aurait fait cuire ses joues d'humiliation. Il aurait préféré qu'elle grondât comme un dragon furieux, comme elle le faisait vingt ans auparavant quand Nagato et lui avaient fait une connerie qu'elle devait réparer.
Fusô était opposée à son fils, sur ce point, il tenait bien plus de son père : quand elle était en colère, ça explosait soudainement et ça retombait, aussitôt hurlé, aussitôt oublié. Qu'elle fût si calme, si apaisée pour énoncer ces quelques phrases montrait par contraste tout ce qu'elles possédaient de plus définitif.
Il avait le cœur brisé quand il repartit et l'impression que même si un vainqueur allait être déclaré à la fin de cette séparation, aucun d'eux n'avait rien gagné du tout.
À intervalles réguliers, des lumières parsemaient les coteaux des montagnes aperçues depuis la terrasse, déposant des gerbes colorées dans le ciel qui remplaçaient les étoiles rendues invisibles par les éclairages de la ville.
Les rires à l'intérieur de l'appartement faisaient écho à ceux qui s'envolaient des rues et Itachi, son verre serré contre sa paume, se pencha vers le vide pour observer les allées et venues des personnes qui pressaient l'allure, avant de se réinstaller, voûté, les yeux brouillés par l'alcool qui saturait son sang.
Il entendit le bruit la baie vitrée qui coulissa, les pas qui s'approchèrent de lui, assurés, en terrain conquis, mais il sursauta tout de même quand une main se posa sur son épaule. Il leva paresseusement les yeux sur Nagato qui s'accota à la balustrade qui les préservait de la chute de treize étages.
— Trop bu ? questionna le policier en examinant le fond du verre que tenait Itachi.
Un liquide ambré stagnait au fond, comme s'il n'avait pas bougé depuis un moment et la vapeur d'eau qui entoura soudainement Itachi lui signala qu'il était un rien trop près. Il fit un mouvement pour se remettre à distance, fronçant les sourcils quand son colocataire frissonna.
— Non, répondit Itachi. Trop pensif. Ne t'inquiète pas, rassura-t-il en se redressant, ses yeux se perdant de nouveau sur la vue bouchée par la nuit, c'est seulement que je suis mal à l'aise avec tout ce bruit.
Le léger mouvement qu'il fit vers la terrasse força Nagato à reporter ses prunelles vers l'intérieur. Mikan dansait dans les bras de Kiba en le taquinant, alors que Kisame s'approchait discrètement de Sakura pour finalement l'effleurer doucement et le père de famille sourit.
— Sakura est une femme gentille, jugea-t-il en l'examinant alors qu'elle riait à gorge déployée.
— Elle te plaît, affirma Itachi et il ne parvint pas identifier ce qu'il y avait au fond de son timbre.
De la tristesse, peut-être ? Une pointe d'aigreur ? De la jalousie ? Il secoua la tête alors que Nagato souriait.
— Si j'avais vingt ans de moins, probablement, oui, réfuta-t-il. Mais… Non, c'était un constat. Tu t'es entouré de femmes adorables.
Il finit par retirer sa veste et la tendre à son colocataire qui considéra le vêtement un instant, une question muette au fond des yeux.
— Tu es gelé, commenta Nagato. Je m'en voudrais si tu attrapais froid.
— Déshabiller l'un pour habiller l'autre est rarement une solution, mais je te remercie.
Itachi finit par enfiler le vêtement, retenant un sourire quand l'odeur de son colocataire, imprégnée sur le tissu, vint à son nez, lui donnant l'impression d'être enserré dans une étreinte confortable.
— Oui, elle l'est. Gentille. Elle a eu un parcours particulier, elle aussi.
Il désigna des chaises de bois qui restaient là, proposant à Nagato d'aller s'y installer quand il remarqua qu'il allait poser une question. Ils s'assirent sans un bruit, Itachi plaça son verre sur la table basse où traînait un cendrier encore vide, mais où ne tarderaient pas à s'écraser les cigares de la nouvelle année.
Ses yeux suivirent le chemin que les doigts de Kisame traçaient dans le dos de Sakura et il esquissa un sourire.
— Je le savais, se réjouit-il avant de reporter son attention sur Nagato. Je savais qu'il lui tournait autour, il n'a jamais voulu l'admettre…
Son sourire retomba quand Kisame dégagea les cheveux de Sakura de sa nuque, massant légèrement la zone, faisant apparaître une fine cicatrice qui paraissait relier les deux épaules de la jeune femme.
— Elle en a bavé, révéla-t-il. Tu vois, Kisame, Hinata, Kiba, moi… On a tous des parcours très différents, c'est vrai, mais notre point commun, c'est qu'on est entré dans le métier par envie. Pas elle.
Il soupira, se redressa pour saisir son verre et contempla ses amis à travers la baie vitrée.
— Elle a rencontré les mauvaises personnes, j'imagine, au mauvais moment, continua Itachi. Mais avant de devenir ma chauf… mon assistante, elle travaillait pour ET Entertainment.
Le dégoût qu'il mit dans sa voix pour prononcer ces quelques mots en disait long sur ce qu'il pensait de cette entreprise et des contenus qu'elle diffusait. Ce n'était pas la première fois que son nom jaillissait des lèvres de son colocataire et son écœurement ne paraissait jamais faiblir. Au début, Nagato avait pensé qu'il était en colère parce qu'il avait vu un prix lui passer sous le nez à la faveur de cette boîte, mais il commençait à réellement se poser la question.
— Plusieurs fois, Orochimaru a essayé de me recruter, mais je refuse d'aller travailler pour lui.
— Je sais, ponctua Nagato en s'attirant un regard surpris. J'ai lu ta biographie sur internet.
— Sakura a traversé l'enfer en bossant chez lui. Elle n'a jamais vraiment aimé travailler dans le X, avoua Itachi.
— Alors pourquoi le fait-elle ?
— Parce qu'elle ne sait rien faire d'autre.
Un silence glissa entre eux et Nagato lui jeta un regard en biais.
— Et toi ? Pourquoi tu fais ce métier ?
Itachi exhala, avalant une gorgée, refusant de répondre de suite. Nagato se méprit sur les raisons du silence et il insista.
— Je… Je ne veux pas te juger, je voudrais seulement comprendre.
— Eh bien, je fais ce métier parce que je l'aime.
Un nouveau silence, un peu plus pesant. Leurs regards se portèrent de nouveau vers le salon où tous leurs amis s'amusaient et un sourire similaire s'ancra sur le visage des deux colocataires.
— Pourquoi une assistante femme, si tu es gay ? questionna Nagato. Je ne comprends pas, ce ne serait pas mieux si c'était un homme ?
— Eh bien, non, pas vraiment. Tu veux en parler ? Sincèrement ?
— J'en sais rien, disons que oui. De toute façon, j'ai entendu mon meilleur ami expliquer qu'il avait profité d'une période où j'allais mal pour séduire ma femme, je devrais supporter tes histoires de boulot.
— Tu sais en quoi consiste le travail de Sakura ?
Nagato chercha dans ses souvenirs, pour retrouver la formulation utilisée par Itachi durant le procès.
— Elle est là pour te maintenir en état d'excitation.
— Et à ton avis, elle fait ça comment ?
— … Oh, réalisa Nagato. Effectivement, ce serait contre-productif si c'était une personne qui t'attire vraiment sexuellement.
« Êtes-vous sexuellement attiré par votre colocataire ?
— Oui. »
Il chassa le souvenir d'un mouvement de tête et Itachi approuva doucement, avant de laisser passer un nouveau silence.
— De toute façon, reprit-il après de longues minutes de quiétude durant lesquelles Mikan avait décidé de cesser d'embêter Kiba pour se jeter sur son Oncle Zetsu et le chatouiller, Jiraiya n'accepterait pas qu'elle fasse autre chose pour l'instant. Elle n'est pas prête. Chez nous, y a pas d'acteur qui tourne des scènes à contrecœur. Et Sakura a encore du mal à admettre que si elle ne veut pas, elle ne fait pas.
Il haussa les épaules Pendant que Nagato se forçait à ne pas repenser à ce qu'il avait vu lors de la deuxième son colocataire avait souhaité une telle chose ? Il ne comprenait vraiment pas comment c'était possible de vouloir être recouvert de sperme du front au menton.
— Et toi ? questionna Itachi. Prêt à retourner chez toi ?
Nagato ferma les paupières. Il avait entendu l'étincelle de panique dans la voix de son colocataire. Il esquissa un sourire.
— C'est donc ça qui t'inquiète tant, murmura le policier en reportant son regard sur Itachi.
Un tic nerveux agita ce dernier qui refusa d'affronter les yeux violets qui se posaient sur lui, inquisiteurs.
— Je ne suis pas inquiet, nia-t-il effrontément. C'est seulement que… Eh bien… Eh bien… Tu vas gagner. Et tu vas avoir tout ce que tu as demandé. Y compris ta maison.
Sa voix mourut et il mordilla sa lèvre.
— Je… Oui, ça m'inquiète.
Nagato leva la main vers son colocataire, déplaçant ses doigts en direction des quelques mèches plus courtes qui bordaient son visage, les effleurant doucement, les saisissant délicatement pour les replacer. Il ne se rendit pas une seule seconde compte du désordre qu'il mettait dans les pensées d'Itachi en agissant de la sorte, un sourire tendre sur les lèvres.
— Je n'ai pas l'intention de partir, je te l'ai déjà dit. Ça fait partie de la stratégie de Maître Tanaka. Je ne compte absolument pas retourner vivre dans cette maison. Je veux tourner la page et les mettre tous les deux à la place qui leur revient de droit.
— Au fond d'une poubelle ? suggéra Itachi, incroyablement soulagé par le discours de son colocataire qui eut une moue amusée. Mais tu l'aimes encore, non ? Konan, je veux dire. Tu l'aimes encore.
Nagato récupéra sa main, laissant le froid envahir la zone qu'il avait réchauffée sur le visage d'Itachi.
— Je suis sacrément glacé par tout ce que j'ai appris ces derniers temps, mais je crois que oui.
Il laissa passer un silence empli de réflexion, puis un faible sourire le prit, alors qu'il reportait ses yeux sur sa fille qui tournait la tête vers lui avec un air heureux, traversant le salon pour rejoindre son père sur la terrasse.
— Je vais le faire, je pense. Le test de paternité. Je veux en avoir le cœur net. Je veux savoir si elle a poussé la malhonnêteté jusque là.
Mikan tira la porte de la baie vitrée, enjambant la marche et se positionnant près d'eux.
— Papa, y a Kiba il dit il veut brancher une console de jeu, je peux jouer ?
— J'ai aussi dit, clama Kiba avec un rire arrogant, que personne ne pouvait me vaincre ici !
Le défi fit immédiatement réagir Nagato qui se leva d'un bond, pivotant vers son colocataire.
— Est-ce que je t'ai déjà raconté, dit-il suffisamment bas pour que Kiba ne l'entendît pas, que lorsque j'étais jeune–
— Tu n'es pas vieux…
— Je te remercie, lorsque j'étais jeune, disais-je, j'étais considéré comme un PGM ?
— Qu'est-ce qu'un PGM ? interrogea Itachi alors que Mikan repartait vers l'intérieur pour dire à Kiba que son adversaire se mettait en route.
— Pro Gamer Master. Tu viens me regarder lui mettre une fessée ?
— Il a apporté un jeu de rythme, soupira Itachi. Il est bon, tu sais.
Le sourire incroyablement machiavélique que lui tendit son colocataire l'arracha à sa chaise alors qu'il revenait dans le salon, fermant derrière lui la baie vitrée. L'atmosphère brûlante le saisit à la gorge et il observa Kisame et Zetsu bouger les meubles dans un boucan infernal pour dégager de l'espace à Nagato et Kiba qui se défiaient du regard.
Quand le canapé fut en place, il s'y installa confortablement, près d'Hinata et Sakura, alors que les deux autres venaient les rejoindre. Mikan, au contraire, se leva pour tirer sur la main de Kiba qui se pencha vers elle.
— Faut pas dire ça à Papa, tu sais.
— Ah bon ? sourit Kiba. Et pourquoi ?
— Parce qu'il va te rouler dessus et que tu te sentiras bête.
Elle s'écarta, s'asseyant dans le canapé, avant de scander : « VAS-Y, PAPA ! C'EST TOI LE PLUS FORT ! » sous la déconfiture totale de Kiba, perturbé bien malgré lui par la franchise teintée de machiavélisme de la petite fille. Se mettant en position, il grommela en direction de Nagato.
— C'est méga pas cool d'utiliser une petite fille pour déstabiliser ton adversaire.
Comme prévu par Mikan, Kiba perdit, dix fois de suite, et finit par s'écrouler sur le canapé, haletant, en sueur et dérouté.
— Mais pourquoi il est pas fatigué, lui ? gémit-il, outré.
Il s'attira les commentaires moqueurs de ses amis et Nagato accepta la reddition qu'il lui offrit en s'inclinant, avant de se tourner vers son coloc, lui faisant signe de le rejoindre.
C'est un peu malgré lui, toujours envoûté, qu'Itachi saisit la main tendue, laissant un sourire heureux s'épanouir sur son visage.
Et c'était peut-être éphémère, mais pendant quelques secondes, le temps d'une respiration, le temps que leurs regards complices s'accrochassent avant de se détourner vers l'écran, ils se prirent tous les deux à bénir Naruto Uzumaki qui avait eu l'idée merveilleuse de les présenter.
À bientôt !
