Bonjour ! J'ai oublié de le préciser, mais je reviens avec mon rythme de publication d'un chapitre tous les trois jours !
Merci d'être encore là après ma petite pause !
Chapitre 31
Le tas de papiers orduriers claqua sur le bureau alors qu'il le contournait après avoir verrouillé sa porte. Il se laissa tomber dans son siège et porta un doigt mou au bouton d'allumage de son ordinateur, faisant tourner son fauteuil d'un côté puis de l'autre, à un rythme lancinant, ses rétines se perdant sur les reflets lumineux de l'ampoule sur le sachet plastique.
De la poche de sa veste, il sortit la liste remise par Asuma, qui déterminait les différentes dates de réception, saisissant le calendrier qu'il gardait en guise de sous-main, tirant un stylo de son pot à crayons pour y entourer les jours.
Avec un peu de chance, il y aurait un schéma, un modèle suivi par le corbeau, quelque chose qui pourrait le conduire à réinsérer ces lettres dans un mode de pensée.
Parce que malheureusement, leur contenu n'aidait pas. Certaines phrases semblaient sorties de leur contexte et s'accordaient pourtant à merveille avec le reste des textes, rappelant une fois de plus combien tout ceci était parfaitement maîtrisé.
Cependant, si le rythme des lettres s'était accéléré depuis fin décembre, il ne put établir la moindre récurrence et il se laissa aller contre le dossier de son fauteuil, un soupir le saisissant au milieu de sa réflexion, ses yeux examinant le plafond de son bureau et la trace d'humidité qui dévorait un des coins.
L'autre gros problème qui se posait était qu'il pourrait difficilement investir les moyens nécessaires sur cette enquête, puisqu'il n'y avait pas de plainte. Il ne pouvait donc pas compter sur le soutien de sa hiérarchie et ne pourrait que demander qu'on lui rende quelques services de-ci, de-là.
Il réfléchit encore quelques instants avant de secouer la tête et de lancer le logiciel avec lequel il travaillait, observant sans vraiment le voir son écran.
Cela faisait déjà des mois entiers que ces menaces arrivaient. Autant qu'Itachi continuait à aller et venir impunément sans sembler s'inquiéter de cette épée de Damoclès qui planait au-dessus de sa tête et risquait de s'abattre à tout instant.
Combien de temps, encore, avant que cet individu perde patience et passe à l'acte ? Pourquoi ne l'avait-il pas déjà fait ? Et lui-même, serait-il capable d'intervenir à temps ? D'empêcher cette horreur de se produire ?
Une seconde, il se vit arriver trop tard, encore, et l'émotion qui le saisit le força à se lever, les mains plaquées sur le bois, les sourcils froncés et le regard braqué sur les lettres. Une exhalation plus tard, il sortait de son bureau, claquant la porte, emportant avec lui le tas de papier et ignorant Yahiko qui s'apprêtait à taper au carreau pour entrer.
Du coin de l'œil, il vit son ancien ami ouvrir la bouche et laisser retomber sa main, chuchotant un « Bon ben je vais t'attendre, alors ».
Nagato traversa l'ensemble du commissariat, ne percevant qu'à peine le brouhaha de la salle où les agents en uniforme déambulaient, entre prises de plainte et audition de suspects pour des voies de faits ou des délits mineurs.
Il finit par parvenir de l'autre côté, slalomant avec un brio assez inattendu, hochant la tête en direction d'un civil avachi sur un bureau devant un petit jeune qui peinait à comprendre le gargouillement alcoolisé qui échappait à l'homme qui lui faisait face. Un sourire ourla ses lèvres alors qu'il lançait :
— Salut, Tazuna, encore une ivresse sur la voie publique ?
— C'est pas ma faute, inspecteur, tu sais bien, le bar m'a foutu dehors parce que j'avais trop bu.
— Bonjour inspecteur Uzumaki, salua le jeune homme en farfouillant dans les dossiers.
Tazuna était le bizutage préféré pour les petits nouveaux à peine sortis de l'école de police. L'homme était un habitué, depuis trente ans, il finissait au poste une ou deux fois par semaine, si ce n'était pas plus, totalement ivre. Il passait tellement de temps dans les différents paniers à salade qu'il était capable d'identifier dans lequel il posait ses fesses grâce aux amortisseurs.
— Dis-moi, inspecteur, lança l'homme ivre, comment il va le petit Nakamura, on l'a pas vu depuis un moment.
Yahiko et lui avaient été bizutés ensemble, à l'époque, et le vieux s'était attaché à eux, il avait trouvé son ancien ami marrant et lui « trop tendre pour être un poulet efficace ». Après ça, il n'était pas rare qu'ils fussent dépêchés pour récupérer l'ivrogne et l'envoyer en dégrisement, passant parfois des nuits entières à l'écouter parler de sa femme, de son fils mort et des temps qu'il avait perdus pour toujours.
Quand Tazuna vit l'air qui s'imprima sur le visage de Nagato, il soupira en secouant la tête.
— Je te l'avais dit, mon gars… Avec un ami il faut partager le même goût pour l'alcool, pas le même goût pour les femmes.
— J'imagine que vous aviez raison, grommela Nagato en passant la porte qui conduisait à la brigade criminelle.
Et c'était vrai que le vieux soûlard avait souvent prononcé ce genre de phrases, quand ils étaient encore jeunes et naïfs – surtout lui – et qu'ils pensaient qu'ils étaient l'un pour l'autre à la vie, à la mort, liés pour toujours dans une amitié si grande qu'aucune personne ne pourrait se glisser entre eux.
Il traversa les locaux de la brigade criminelle, toujours plongé dans ses réflexions, se demandant s'il souhaitait véritablement consacrer tout son cerveau à ressasser ses souvenirs avec Yahiko. Secouant la tête, il chercha le bureau de Neji Hyuuga, qu'il trouva caché dans un coin, le meuble croulant sous la paperasse, le téléphone en train de sonner alors qu'il se débattait avec son ordinateur visiblement récalcitrant.
Il s'avança lentement, attendant que l'inspecteur de la Criminelle le repère. Quand leurs regards se croisèrent finalement, Neji lui fit signe d'approcher, tout en décrochant le téléphone dans lequel il aboya des mots secs avant de raccrocher, invitant d'un geste son homologue du financier à s'installer.
— Je suis désolé, c'est un peu le chantier. J'ai pris un jour de repos, je crois bien que mes collègues en ont profité pour poser quelques dossiers.
Il désigna la pile branlante qu'il empoigna à pleins bras pour la laisser au pied de son bureau, dégageant de l'espace pour qu'ils puissent se voir sans avoir à pencher la tête d'un côté ou de l'autre.
— Comment va Tenten ? s'enquit Nagato avec un sourire.
La figure de Neji parut se détendre immédiatement et quelque chose dans son expression fit réagir Nagato qui scruta avec attention les traits de l'autre inspecteur, le trouvant soudainement étrangement familier, avec cet air doux sur le visage.
— Elle va bien, répondit-il. Maître Tanaka lui a proposé de venir dans son cabinet pour travailler en tant que juriste, plutôt que de s'embêter à rester ici pour un petit salaire.
— Oh, vraiment ? C'est une bonne chose, je suis content pour elle.
— C'est grâce à vous, inspecteur, remercia Neji. C'est bien parce que vous les avez présentés qu'elle a pu faire ses preuves auprès de lui. Je vous en suis reconnaissant. Pour ça et pour le… petit service…
— Ça vous a aidé ?
Neji observa ses collègues pour s'assurer que personne n'était en train de l'écouter puis il hocha la tête, se penchant un peu sur le bureau.
— J'ai pu établir que la présumée coupable était bel et bien au Ristretto la veille du meurtre. Il est possible que ce soit commandité.
— C'est du lourd, siffla Nagato, pour une de vos premières affaires, ça se complique sacrément… Mais qui pourrait bien vouloir commanditer le meurtre d'un juré des Zobs d'Or ?
— Aucune idée, soupira Neji. Le chef m'a attribué cette affaire parce que j'ai « d'importantes connexions dans le milieu du porno ».
Il secoua la tête d'un air exaspéré, retenant une moue colérique.
— Mais je n'y connais rien, moi, à l'univers du porno, c'est ma cousine, l'actrice de X, pas moi !
La connexion se fit dans l'esprit de Nagato.
— Hinata, vous êtes le cousin d'Hinata. C'est elle que vous me rappelez.
— Ouais, grogna Neji. Vous allez vous y mettre, vous aussi, à me demander de vous la présenter ?
Nagato regarda à son tour les autres officiers qui menaient leurs vies dans la vaste pièce, puis il se pencha.
— Non. C'est la meilleure amie de mon colocataire, je la connais déjà.
— Oh…
Il y eut un instant de flottement durant lequel Neji abattit ses paupières sur ses yeux presque blancs tant leur bleu était clair. Il se gratta la tête et finalement décida de passer à autre chose.
— Vous vouliez me voir pour quelque chose en particulier, j'imagine.
Nagato hocha la tête, serrant encore davantage la main sur sa liasse de papiers.
— J'aurais besoin d'une analyse ADN et empreintes sur quelque chose.
— Pas de problèmes, lança Neji en attrapant la souris de son ordinateur pour entrer dans le logiciel. Quel numéro d'affaire ?
— Elle n'a pas de numéro.
L'inspecteur de la Crim' observa celui de la brigade financière pendant un instant, sans paraître comprendre et sa main glissa de la souris alors qu'il pâlissait légèrement. Quelqu'un ouvrit la fenêtre, provoquant un courant d'air qui les fit tous les deux frissonner, saisis par le froid qui venait de dehors. Une autre personne poussa un cri de protestation, la fenêtre fut refermée. Neji raffermit sa prise sur la souris et humecta ses lèvres.
— Vous me suggérez de… faire passer cette demande sur un de mes cas en cours ?
Nagato approuva en grimaçant.
— Je sais que j'en demande beaucoup, s'excusa-t-il. Surtout pour une affaire d'ordre privé… Mais… Voyez vous-même.
Il tendit les lettres à Neji qui lut la première, visible à travers le sachet transparent.
— Je vois, en effet.
Il pesa longuement le pour et le contre, puis finit par pester contre lui-même puis contre un collègue qui profita de sa réflexion pour déposer un nouveau dossier sur son bureau.
— D'accord, accepta-t-il. Au pire, vous savez quoi ? Je serai mis à pied. Et je pourrai enfin avoir de vraies vacances.
Et au mieux, il aurait un début d'échange de services entre brigades et c'était essentiel d'avoir des amis dans les autres départements si on voulait de l'avancement. Il ne comptait pas rester inspecteur toute sa carrière, lui, il visait bien plus haut et il était important d'avoir des appuis.
Soulagé, Nagato esquissa un sourire amusé.
— Merci, inspecteur Hyuuga.
Il se leva finalement et, alors qu'il allait partir, Neji le retint.
— Comment va-t-elle ? Hinata… Comment va-t-elle ?
— Bien, sourit Nagato. Elle est très heureuse.
— Ah bon. Très bien, alors. Merci.
Ils échangèrent des sourires en demi-teinte puis Nagato tourna les talons, retraversant l'entièreté du commissariat pour revenir vers son bureau. Quand il arriva à proximité de sa porte, il hésita à faire demi-tour en voyant Yahiko faire le pied de grue devant et il roula des yeux lorsque ce dernier trépigna en consultant sa montre.
Avec un soupir exaspéré, Nagato se remit finalement en marche, parvenant près de son bureau qu'il déverrouilla, laissant entrer l'autre à sa suite, qui prononça très vite beaucoup d'informations sur une de ses affaires en cours.
Hanae fit claquer la porte de son casier, dérapant alors qu'elle lui échappait des doigts, laissant un ahanement halluciné franchir ses lèvres. Elle se tourna vers sa meilleure amie, présentement en train d'enfiler sa blouse blanche par-dessus sa tête, après avoir mis son pantalon.
— T'es sérieuse ? Il a tout eu ? Tout ?
— Oui. Et je n'aurais jamais dû t'écouter, trancha Konan en nouant ses cheveux, positionnant des barrettes dedans.
Elle ferma son casier à son tour avant de se glisser sur le banc pour enfiler ses crocs, chaussures ô combien confortables quand il s'agissait de déambuler dans tout l'hôpital, parfois au pas de course.
— J'aurais pu perdre ma fille, énonça-t-elle. C'est parce que Nagato a renoncé à la garde plénière que j'ai pu conserver une semaine sur deux.
— Et la maison ? s'horrifia Hanae. Tu ne gardes même pas la maison ?
— Non. Il vend. J'aurai au prorata des échéances que j'ai payées. Et comme il va passer par Kagemane Immobilier, une agence hors de prix, j'aurai un pourcentage de quasiment rien.
La meilleure amie de Konan grogna.
— Merde, alors, il y retourne pas ?
La divorcée secoua la tête en relevant les yeux vers son amie.
— Non. J'aurais préféré, il aurait dû me payer ma part et ça m'aurait permis de prendre un appartement avec Yahiko.
— Déjà… Tu retournes déjà en ménage… Tu voudrais pas te poser toute seule, un peu, et prendre le temps de réapprendre à vivre uniquement pour toi ? Tu as quitté Nagato en septembre dernier, ça fait même pas six mois…
— Tu as peut-être raison… C'est vrai que j'aime bien, aussi, vivre seule avec Mikan, ça nous rapproche, je crois ? Et puis Yahiko n'est pas… Il n'est pas impatient de devenir officiellement le beau-père de ma fille.
— Étonnant, ironisa Hanae
— Je t'en prie…
Avec une grimace d'excuses, la meilleure amie fit un geste d'apaisement.
— Non, je voulais dire… C'est pas étonnant qu'il ait envie de rester un peu à distance, le temps que les choses se tassent. Ça s'est pas exactement passé comme prévu, pour lui…
— C'est rien de le dire… On n'en parle pas trop, pour l'instant, mais je pense qu'il m'en veut. Il aurait voulu avoir l'occasion de lui dire en face à face. Connaissant mon mari… Mon ex-mari, se corrigea-t-elle, ça n'aurait pas changé grand-chose.
— Tant que ça fout pas la merde entre vous, lança Hanae avec mollesse.
— Bien sûr que ça fout la merde. Mais on s'aime suffisamment pour surmonter ça.
— Si tu l'dis… Mais quoi ? Tu ne peux pas non plus me demander d'être hyper enthousiaste, ils sont quasiment pareils, l'un et l'autre, y a que la couleur des yeux qui change.
Konan eut un sourire tendre.
— C'est vrai qu'ils sont très similaires, on croirait deux frères.
Un silence passa entre elles et Konan finit par étouffer un rire amer.
— Je n'aurais jamais dû lancer cette procédure. J'aurais dû écouter Yahiko qui me disait de faire des accords amiables corrects… J'ai l'impression de lui avoir volé son meilleur ami. Si on avait simplement… Je sais pas, attendu, si on lui avait dit après la procédure amiable…
— Tu penses vraiment que ton ex aurait été compréhensif ?
— En tout cas, ça me retombe méchamment dessus. Bien fait pour moi, j'imagine.
Elle baissa les yeux sur son téléphone qui s'illuminait, signalant justement un appel de son ex-mari. Elle soupira.
— Quand on parle du loup, dit-elle à l'adresse de son amie avant de décrocher. Allô ?
— Je te dérange pas ?
— J'allais prendre mon service, informa-t-elle. Que se passe-t-il ?
— Je souhaitais seulement te prévenir que je viendrai à la maison ce week-end avec l'agent immobilier.
— Oh, murmura-t-elle, si tôt… Mais ce week-end, ce n'est pas vraiment possible parce que–
— Je crois que tu ne m'as pas bien compris, Konan. Je n'étais pas en train de te demander ton avis, je t'informais seulement. Je suis déjà aimable de te laisser y vivre.
— Tu as changé, grogna-t-elle, dépitée. Particulièrement depuis que tu as ce type snob à tes côtés.
— Ça, ou le fait que j'aie appris récemment que tu m'as trompé pendant huit ans et qui ne me donne plus envie d'être sympa avec toi, je ne sais pas encore. Mais je parierais pas sur mon colocataire, si j'étais toi.
Elle jappa, échangea un regard avec Hanae et capitula.
— Très bien. À ce week-end alors.
— Il y avait une belette dans mon déjeuner, lança Itachi en guise de bonjour quand Nagato raccrocha.
Papillonnant des cils, le policier ne comprit pas immédiatement ce que disait son colocataire et Itachi désigna sa boîte à bento qu'il était en train de laver.
— Une belette. Dans mon déjeuner.
— Oh, pardon, s'excusa Nagato, j'ai dû inverser avec le déjeuner de Mikan, je suis désolé, as-tu eu assez, au moins ?
Itachi détourna les yeux en hochant la tête, puis il mordilla ses lèvres.
— Ça ne m'a pas dérangé. C'était surprenant. Et mes amis se sont moqués de moi. C'est le divorce qui t'a autant préoccupé ?
Nagato acheva de retirer son manteau et considéra son colocataire, alors que Mikan se blottissait sur le sofa, exténuée par sa journée.
— Ma chérie, lança-t-il à l'adresse de sa fille, ne t'endors pas sur le canapé, c'est trop tôt pour dormir !
L'enfant bougea mollement, lentement, puis elle se laissa retomber sur le sofa en disant « non, je suis fatiguée ». Nagato dut se mordre très fort pour ne pas rire et se forcer à sévir :
— Mikan, s'il te plaît, écoute ce que je te dis. Tu dormiras après manger.
Elle finit par obéir, se levant pour se rendre dans sa chambre et Nagato répondit à Itachi.
— J'ai un dossier compliqué au travail.
Et ce n'était pas vraiment un mensonge. Peut-être devrait-il envisager d'aller inspecter les comptes de réseaux sociaux d'Akatsuki Productions pour voir s'il n'y avait pas des messages étranges, cryptiques, ou des menaces. Peut-être qu'il devrait discuter avec le community manager de la production, pour avoir accès aux diverses interactions des fans pour essayer de savoir si le corbeau avait varié les supports : peut-être que d'autres menaces de mort avaient été ignorées, modérées avec professionnalisme.
Il sortit son téléphone de sa poche puis le posa sur la table, reportant le moment où il ferait une telle recherche au lendemain – franchement, ce soir, il n'avait pas envie de se farcir les centaines de commentaires d'internautes en chaleur. Souriant, il entreprit de fouiller dans la cuisine pour réfléchir à ce qu'ils allaient manger pour le dîner, se décidant enfin pour une soupe bien chaude.
Pendant qu'il sortait tout ce dont il avait besoin, il porta un regard sincèrement curieux à Itachi.
— Et toi, ta journée ? Tu as l'air épuisé.
— J'ai été nul, ce matin, confessa Itachi en baissant la tête, penaud. C'était la scène la plus importante de tout le film, le moment où Purple s'avoue enfin qu'il préfère… Qu'il n'est pas fait pour être policier, corrigea-t-il.
Même si Nagato commençait à lui parler de son métier, à lui demander comment se passaient ses journées, il n'était pas vraiment capable d'en entendre les détails. À force de s'exprimer par métaphore, de contourner les descriptions graphiques trop hards, Itachi avait tout de même réussi à lui raconter dans les grandes lignes le scénario d'Un Flic à Vice-City. Il n'en avait théoriquement pas le droit, mais à qui irait le répéter Nagato ?
— Et j'ai pas réussi à… J'étais tellement stressé, on a dû s'y prendre à treize fois pour que je parvienne à jouer mon rôle correctement.
— Qu'est-ce qui coinçait ? questionna Nagato en commençant la préparation du repas.
Alors, bien sûr, il n'aimait pas du tout ce genre de conversations, parce qu'à chaque fois qu'ils s'aventuraient sur ce terrain, il revoyait les images auxquelles il avait été confronté bien malgré lui. Mais finalement, quand Itachi parlait de son travail, il en parlait comme n'importe quelle autre personne : il y avait les petites joies, les grandes peines, les couacs et les fous rires avec les collègues. Et les moments d'angoisse, comme celle qui passait sur le visage de l'acteur.
— J'ai toujours rêvé de tourner avec Hagoromo. C'est à cause de lui que j'ai voulu faire ce métier, tu sais.
— Je dois bien avouer que non, je ne vois pas ce métier être une vocation.
— Je n'imagine pas ton métier comme étant une vocation non plus et pourtant…
Nagato grogna.
— Non, clairement, c'est pas une vocation, confirma-t-il. Mais ça aurait dû être très bien, alors, non ? Si tu l'admires tant, tu aurais dû être content.
— J'étais un peu trop content. Ça m'a bloqué, j'ai cru que j'allais mal faire et malgré Sakura qui fait très bien son métier, je… Il me fait perdre mes moyens…
Nagato sourit en examinant l'air qu'avait son colocataire, sentant son cœur se serrer légèrement à face la joie au fond des rétines, à la mine rêveuse et aux joues un peu rougies sous l'émotion. C'était touchant de le voir ainsi.
Mikan finit par attirer leurs attentions, revenant de sa chambre. Elle porta ses yeux sur Itachi.
— Dis, Itachi, Maman elle dit que tu es acteur dans des films pour adultes. C'est quoi ?
Nagato aspira une goulée d'air rapide et s'étrangla avec alors qu'Itachi s'écartait du bord de la table, reculant la chaise sur laquelle il s'était assis pour recueillir l'enfant sur ses genoux.
— Ce sont des films où des adultes font des trucs pour adultes, affirma Itachi d'une voix ferme.
— Comme payer des factures ? s'étonna Mikan. Mais pourquoi tu fais ça dans tes films ?
Le fou rire de Nagato fit couler des larmes de ses yeux alors que sa fille le regardait d'un air perplexe.
— Ne grandis jamais, ma chérie, par pitié, finit-il par supplier en la prenant dans ses bras.
L'enfant fit la promesse à son père, recevant un baiser sur le front et finalement, ils dînèrent dans le silence seulement brisé par des retours du rire de Nagato.
À bientôt !
