Lorsque la nuit fut tombée, Severus quitta l'impasse du Tisseur, comme une ombre. Il devrait probablement remercier les Maraudeurs pour cette capacité à se faufiler comme un fantôme, silencieux et discret. C'était une des façons de leur échapper qu'il avait développée, de devenir totalement invisible, de ne plus exister lorsqu'ils étaient à proximité.
Il avança en silence, évitant les lampadaires et leurs lueurs jaunâtres, restant dissimulé du mieux qu'il le pouvait. Si quelqu'un surveillait sa maison, quelle que soit son allégeance, il ne pourrait pas affirmer qu'il était effectivement sorti de chez lui.
Sur ses gardes, il regardait partout autour de lui, s'assurant que personne ne le suivait, que personne ne se souviendrait l'avoir vu. Cependant, il n'hésitait pas. À l'instant où sa décision avait été prise, il savait qu'elle était irrévocable et qu'il ne changerait pas d'avis. Il avait préparé cette sortie avec soin, sans douter un seul instant de ce qu'il faisait.
Il marcha un certain temps d'un pas rapide, puis il bifurqua dans une ruelle déserte à une distance raisonnable de l'impasse du Tisseur. Il vérifia rapidement qu'il était seul et que personne ne pouvait le voir, puis il transplana.
L'instant d'après, il arrivait à Pré-au-Lard, près de la cabane hurlante. Il savait que si la rue centrale du petit village sorcier pouvait être encore animée malgré l'heure tardive, cet endroit précis serait désert, comme toujours.
Il resta longuement dissimulé entre les quelques arbres près de la maison hantée tristement célèbre, sa tenue intégralement noire se fondant dans les ombres, attendant patiemment qu'il soit l'heure qu'il avait décidée, prenant soin de ne pas regarder en direction de la maison hantée, siège de la plupart de ses cauchemars.
Si en journée le lieu de rendez-vous qu'il avait choisi n'était pas vraiment attrayant, de nuit c'était totalement lugubre. C'était de circonstances et surtout, c'était une façon de s'assurer que personne ne viendrait accidentellement ruiner ses plans en profitant d'une balade sous les étoiles… Personne ne venait jamais ici par inadvertance ou par curiosité. Ce lieu avait une histoire chargée — probablement inventée de toutes pièces par Dumbledore lui-même —, mais c'était suffisant pour que la rumeur populaire tisse une véritable légende. Brièvement, Severus se demanda depuis quand cet endroit était le lieu le plus hanté de Grande-Bretagne. La maison en elle-même, presque en ruine et entièrement condamnée, dégageait une aura inquiétante, presque malveillante, mais Severus avait personnellement démasqué le fantôme qui y sévissait — les nuits de pleine lune — et qui était responsable des hurlements affreux qui avaient forgé la légende. Il savait donc que la cabane avait commencé à émettre ces hurlements une dizaine d'années plus tôt… ce qui était plutôt court pour fonder une légende. Sauf si Dumbledore avait l'habitude d'accueillir des loups-garous sanguinaires dans l'enceinte d'une école emplie d'enfants innocents… Severus frissonna et repoussa cette pensée, se concentrant sur le moment présent et sur ce qu'il s'apprêtait à faire.
Tout le temps de son attente, il ne bougea pas un muscle, les yeux rivés sur le chemin. Juste avant de quitter sa maison, il avait envoyé un message, sans avoir la moindre certitude qu'il y aurait un résultat. Il attendrait peut-être une partie de la nuit pour rien, mais il supposait que le jeu en valait la chandelle.
Lorsqu'une silhouette solitaire apparut et approcha à pas lents, il attendit d'être certain de son identité pour avancer à son tour et dévoiler sa présence.
Dumbledore — c'était celui à qui il avait donné rendez-vous — sursauta, posant la main sur son cœur, et il lui sourit, prêt à plaisanter pour détendre l'atmosphère.
— Severus, mon petit. Vous m'avez fait peur.
Il resta de glace, fixant juste le directeur jusqu'à ce que celui-ci perde son air affable. Puis, il hocha légèrement la tête avant de répondre d'un ton sec, sans le moindre sourire.
— Directeur.
Dumbledore fronça légèrement les sourcils, comme s'il ne comprenait pas sa froideur, puis il regarda tranquillement autour de lui, comme s'il avait l'habitude d'être invité hors de Poudlard en pleine nuit et qu'il s'agissait d'une agréable promenade. Severus réprima une grimace d'agacement, se demandant comment ce vieux fou pouvait être encore en vie s'il se montrait toujours aussi imprudent.
Il aurait pu l'attirer dans un piège et le livrer à Voldemort en personne… S'il avait été à la place du vieil homme, il ne serait certainement pas venu seul et sans protection. Il se serait montré plus méfiant et plus prudent.
Finalement, il lâcha d'un ton sec, réprimant l'envie de faire la leçon au directeur de Poudlard au sujet de son inconscience et des risques inutiles qu'il prenait.
— J'ai une proposition à vous faire.
Le directeur de Poudlard leva un sourcil intéressé, en le regardant d'un air indéchiffrable. Cependant, Severus eut l'impression que l'homme était plutôt amusé, comme s'il participait à une sorte de plaisanterie qu'il ne comprenait pas. Son ton joyeux fit se crisper le jeune homme.
— Vraiment, mon garçon ? Je vous écoute…
Severus serra les poings, réprimant l'envie de hurler ou de perdre stupidement son calme. Il ne savait pas comment Dumbledore pouvait mettre autant de condescendance dans si peu de mots, comme s'il savait exactement pour quelle raison il avait été convié à cette petite réunion secrète. Il laissa passer quelques secondes de plus pour s'assurer de recouvrer son calme, puis il assena, sans quitter l'homme des yeux.
— Je peux vous renseigner sur ce qui se passe près du seigneur des Ténèbres. Vous révéler ses petits secrets. Tout ce que je verrai ou entendrai.
Dumbledore approcha d'un pas pour le fixer, tête penchée et léger sourire aux lèvres, ses yeux brillant d'un éclat presque moqueur.
— C'est un très gros risque, mon garçon. Pourquoi feriez-vous ceci ?
Severus se renfrogna immédiatement, sur la défensive, et eut un vague geste de la main pour écarter la question.
— C'est mon affaire.
Voyant que Dumbledore restait silencieux, comme s'il attendait plus de sa part, Severus plissa les yeux.
— Si vous n'êtes pas intéressé, je peux aussi rentrer chez moi. Je prends suffisamment de risques en venant ici ce soir pour ne pas en plus vous laisser jouer vos petits jeux avec moi.
Cette fois, Dumbledore soupira et il hocha lentement la tête avec un léger geste d'excuse.
— Très bien, Severus. Expliquez-moi exactement ce que vous proposez. Et ce que vous voulez en échange. Je suppose que votre geste n'a rien d'altruiste ?
