Toujours plus de retard, mais pas l'intention d'abandonner !
Chapitre 75
Si Kakashi devait utiliser un mot pour se décrire, il se qualifierait de « bâtard paranoïaque ». Il avait parfaitement conscience que cela faisait deux mots et pas un seul, mais qui pouvait le juger pour les pensées dans sa tête ?
C'était à cause de ce défaut majeur qu'il avait tendance à se méfier un peu de tout, même si ses attitudes nonchalantes donnaient l'impression qu'il ne se souciait de rien. Il était au contraire très conscient de son environnement à tout instant – sauf quand il regardait ses films X préférés, mais il faisait ça dans le secret de son appartement très protégé, il avait donc parfaitement le droit de baisser sa garde dans ces moments privilégiés.
Il plissa un peu les paupières quand il reçut la réponse de Nagato, se jurant de la garder dans un coin de sa tête, puis il haussa les épaules, décrétant qu'il avait de toute façon plus urgent à faire que s'occuper des humeurs de son ancien lieutenant.
Le silence emplit la salle de pause après le tintement du micro-ondes signalant la fin du réchauffement de la tasse que Kakashi avait mis dedans. Il ouvrit la porte et récupéra le récipient, tout en jetant un regard en coin sur la silhouette un peu crispée de Nagato.
— Nous devions parler, rappela-t-il avec un sourire.
L'inspecteur de la brigade financière se redressa, hochant la tête puis il se détourna pour se diriger vers son bureau où ils pourraient discuter plus librement. Kakashi ne tarda pas à lui emboîter le pas, prenant tout de même le temps de saupoudrer sa tasse d'un peu de sucre et d'une touche de lait.
Il referma la porte et contempla Nagato s'installer derrière son bureau, jeter un regard mitigé au cadre posé dessus. Kakashi se demanda vaguement si son ancien supérieur avait conscience qu'il donnait ainsi l'impression qu'il soupirait après Tsuki, mais il écarta bien l'idée pour rester concentré sur ce qu'il avait à dire.
Il posa le bout de ses fesses sur le bureau, dédaignant la chaise comme à son habitude, puis, les bras croisés, il tourna la tête vers Nagato pour saisir son regard.
— Yugito Nii m'a filé des infos.
Nagato hocha la tête et empoigna un stylo ainsi qu'un carnet de notes. Généralement, quand Kakashi venait dans son bureau avec une phrase comme celle-ci, il valait mieux avoir de quoi inscrire lesdites informations, parce qu'elles arrivaient en masse.
Kakashi leva une main pour gratter sa joue, comme se demandant par où commencer. Il se décida pour le sujet Killer Bee.
— Je t'avais dit que j'allais la mettre sur le coup pour le type de Porn Mag… Il l'a contactée, apparemment. Il cherchait des infos sur Madara Uchiha.
Nagato haussa un sourcil.
— Quel rapport avec Tsuki ? demanda-t-il.
Il le savait, bien entendu, mais c'était presque vexant qu'un journaliste spécialisé dans le porno ait compris avant lui qui était censé être un enquêteur chevronné. Il ne s'en ouvrit pas à son ancien subordonné, se composant un visage curieux et surpris qu'il savait infaillible.
Kakashi haussa les épaules.
— Aucune idée. Il a peut-être seulement décidé de reprendre ce que Hachibi a laissé derrière lui.
Ils échangèrent un regard lourd de sens puis Nagato secoua la tête, posant son stylo.
— Il va se faire tuer, cet imbécile. S'il s'approche trop près de ce monstre, on en retrouvera seulement des morceaux.
Il grogna sourdement quand il pensa aux autres possibilités. Si jamais Killer Bee parvenait au bout de son enquête et révélait les liens entre Itachi et Madara ? Que cherchait le journaliste, exactement ? Madara avait-il vérolé l'industrie pornographique aussi ? Était-ce là la raison pour laquelle il avait contacté Itachi en premier lieu, pour pouvoir mettre un pied dans cet univers ? Et le journaliste, que cherchait-il ?
Kakashi hocha la tête, approuvant la sentence de mort et un sourire fit trembler le masque chirurgical qu'il portait.
— Elle lui a donné les coordonnées de Tobirama Senju.
Le jappement qui échappa à Nagato ressemblait aussi bien à un rire qu'à un sanglot.
— Ok, il va définitivement se faire tuer. Pourquoi est-ce qu'elle a fait ça ? L'inspecteur Senju n'est pas du genre à apprécier les personnes comme Killer Bee. C'est un fouineur et tout le monde sait que Senju déteste qu'on fouine dans ses histoires privées. Et il était drôlement possessif avec l'affaire Uchiha.
Il se souvenait encore de la façon dont Yahiko avait été reçu quand il était allé voir l'homme, dix ans auparavant, pour obtenir un coup de main, une information privilégiée. Tobirama Senju avait clairement fait comprendre à Yahiko qu'il le jugeait indigne de recevoir le moindre enseignement de sa part – « Quand je verrai un enquêteur digne de ce nom, j'envisagerai peut-être de lui confier les rênes, et vous n'êtes certainement pas cet enquêteur, jeune prétentieux » – et lui avait claqué la porte au nez.
L'ego secoué de Yahiko avait mis du temps à se remettre de l'absence de courtoisie de cette légende des forces spéciales.
— Elle espère que la peur le clouera au sol, peut-être ? suggéra Kakashi.
Il marmonna un instant, massa sa nuque en fermant les paupières puis attrapa sa tasse pour en avaler une gorgée.
— Ou alors, elle voulait que Killer Bee aille trop loin et qu'il se fasse descendre par Senju. On a eu des nouvelles, depuis ?
— Tu n'es pas drôle, commenta Nagato en lui tendant un regard plat et blasé. Ne plaisante pas avec ce genre de choses.
— Je plaisantais pas.
L'air mortellement sérieux de Kakashi se heurta à l'indifférence de Nagato et quelques secondes s'écoulèrent dans le silence avant que l'inspecteur de la brigade financière soupire.
— Tu me fatigues.
Le rire de Kakashi permit d'alléger l'ambiance le temps qu'il résonna dans l'espace du bureau de Nagato.
— Honnêtement, je ne sais pas.
— Tu ne sais pas quoi ?
Le claquement résonna dans la salle du café où Nagato et Zetsu s'étaient retrouvés pour la pause déjeuner et aussitôt, l'officier de police grimaça, regrettant la sécheresse de son ton.
Son ami n'était absolument pas responsable du cas de conscience qu'il était en train de traverser. Zetsu n'avait pas la moindre idée de la confusion qui l'habitait depuis le repas d'anniversaire d'Itachi.
Il touilla ses nouilles avec un manque d'entrain évident et retint un profond soupir. Ses cernes devaient probablement parler pour lui des heures de sommeil qu'il avait perdues à réfléchir sur la situation qu'il vivait. Il ne se sentait pas capable de prendre une décision.
Sa conscience de flic lui murmurait d'aller prévenir Yahiko. De dire à son ancien meilleur ami qu'il avait un moyen inattendu d'accéder à Madara Uchiha, qu'il avait peut-être découvert une faiblesse chez l'homme fait de marbre et de vice.
Il était de notoriété relativement publique que Madara Uchiha ne craignait rien ni personne et qu'il n'avait aucun point faible, aucun levier à activer pour le faire chuter de son piédestal. La seule défaillance qu'il aurait pu avoir, c'était son frère cadet, Izuna. Celui-ci était pourtant bien loin de pouvoir être utilisé contre Madara. Tobirama Senju l'avait appris à ses dépens : non seulement il avait échoué à faire tomber Madara, mais en plus, ça lui avait coûté sa place et sa réputation.
Nagato n'avait connu l'homme que par les souvenirs qu'il avait laissés dans les esprits. Quand il était arrivé dans ce commissariat, avec Yahiko, ils avaient voulu être aussi bons flics que lui, mais avec une morale. Il aimait à penser qu'ils avaient réussi, dans une certaine mesure.
Parfois, il avait joué avec la morale, il l'avait tordue, un peu égratignée sur les bords. Sa relation chaotique avec Ino en était une parfaite illustration : il avait été très dur avec elle, exploitant ses peurs et ses faiblesses pour la maintenir à l'endroit où elle lui servait.
Et tout le secret qui entourait ce qu'il faisait avec elle, même à son propre meilleur ami, était une preuve qu'il n'avait pas non plus le sens de l'amitié qu'il avait cru avoir.
Apprendre qu'Itachi était le neveu de Madara lui avait fait un choc. Puis le flic en lui avait repris le dessus et avait tiré les conclusions en analysant les indices. Madara aimait Itachi. Il l'aimait véritablement comme un fils. Cela s'était vu lors du dîner, Madara avait montré plus d'affection à Itachi qu'à quiconque, à part peut-être son propre frère.
Évidemment, Nagato n'avait jamais été témoin d'interactions tendres entre les deux hommes, mais il était bien connu qu'Izuna était tout le monde de Madara.
Avait été.
À présent, une seconde personne constituait ce monde.
Nagato repoussa son bol et leva les yeux vers Zetsu, un peu confus.
— Pardon, je n'écoutais pas, quoi ?
— Ah ben merci, sympa l'amitié. Tu me poses une question hyper agressivement et tu n'écoutes même pas la réponse…
— Excuse-moi, soupira Nagato, je suis…
— Fatigué, compléta Zetsu en écartant l'excuse d'un geste de la main.
Ce n'était pas qu'elle ne valait rien, plutôt qu'elle n'était pas nécessaire.
— Je connais ça, pardonna Zetsu avec un demi-sourire. C'est le boulot, pas vrai ?
Nagato hocha le menton avec une moue écœurée par sa nourriture.
Si Itachi était une moitié du monde de Madara, il y avait deux solutions : soit il était parfaitement au courant des activités de son oncle, soit il ne savait rien.
Quoique la seconde option paraisse improbable quand on connaissait la réputation de la famille Uchiha, il n'était cependant pas impossible qu'Itachi ignore simplement tout. Il s'intéressait si peu au monde et à sa façon de tourner que Nagato parvenait facilement à s'imaginer qu'Itachi se désintéressait tant de sa famille et du milieu des affaires qu'il ignorait comment les Uchiha avaient réussi à construire leur notoriété. Ou qui avait été Tajima Uchiha, le père de Madara.
— Je sais que tu peux pas trop m'en parler, compatit Zetsu, mais je suis là, si t'as besoin.
Sortant de ses pensées, Nagato papillonna des cils, un sourire fragile étirant ses lèvres.
— Merci. De toute façon, je viendrai pour voir le match.
Un grognement repu échappa à Zetsu alors qu'il ricanait avec force.
— Tu viendras pour encourager mon équipe alors que la tienne a perdu ? Le ciel nous tombe sur la tête.
Repoussant une bonne fois pour toutes à la fois ses pensées et son bol de nouilles, Nagato bouda avec beaucoup d'emphase.
— Le match retour était mal arbitré, bougonna-t-il. Elles n'auraient pas dû perdre, Temari a été sortie injustement.
Ils débattirent encore un long moment du match, Nagato engageant toute sa mauvaise foi dans la discussion pour contrer les arguments de son ami.
Quand il retourna vers le commissariat, son cœur était apaisé. Il ne savait pas encore comment il allait trancher dans son dilemme et s'il continuait à y penser en trame de fond, il se sentait enfin capable de se concentrer sur autre chose.
« Peux-tu récupérer Mikan en sortant du travail ? Je suis sur un gros dossier et je vais probablement être en retard. »
Baissant les yeux sur l'écran de son téléphone, Itachi grimaça et leva les rétines vers ses amis alors qu'ils étaient tous en train de se préparer pour aller boire un verre en ville, comme ils ne l'avaient pas fait depuis longtemps.
— Je suis désolé, je dois aller chercher Mikan. Nagato est retardé au boulot.
— Oh non, il fait chier, bougonna Kiba, il pourrait prévenir avant, quand même.
Rempochant son téléphone, Itachi fronça les sourcils.
— Comment est-il censé savoir en avance qu'il aura une urgence ?
Kiba souffla, lia ses doigts à ceux d'Hinata, lança un regard torve à Itachi.
— Il fait partie de la brigade financière. Quelle urgence il pourrait bien avoir, hein ?
Un étonnement poli parcourut le groupe d'amis, pendant que Sakura et Kisame échangeaient un regard mal à l'aise. C'était courant que Kiba se mette à aboyer une colère passagère. Elle était généralement ciblée mais éphémère et c'était la première fois qu'il était aussi mesquin à propos de Nagato.
— Ki-kiba, gronda Hinata. C-c'est p-pas gent-til.
— Ouais, pardon, répondit Kiba en serrant ses doigts contre ceux de sa petite-amie.
Il soupira et parut s'affaisser d'un coup.
— C'est juste qu'on a du mal à se retrouver tous ensemble et pour une fois qu'on a l'occasion de boire un verre entre amis, il faut que tu te défiles pour aller faire la nounou, ça m'énerve. Genre, cette gosse, elle a un beau-père et une mère et c'est toi qui te coltines les sorties d'école.
Itachi ouvrit la bouche, mais n'eut pas l'occasion de prononcer le moindre mot, Sakura intervenant bien avant qu'il puisse dire quelque chose.
— Hé, Kiba, du calme. La situation est merdique pour Nagato ces temps-ci, t'as remarqué les cernes qu'il se traînait la dernière fois qu'on l'a vu. L'empathie, c'est pas seulement un mot de vocabulaire qui sert à décorer.
Kiba grogna sourdement, une nouvelle vague de colère déferlant sur son visage et Kisame se redressa, prêt à protéger Sakura s'il y avait le moindre geste un peu brusque. Itachi se mit entre eux, tendant les mains vers Kiba :
— Ce que je vais faire, c'est que je vais aller chercher Mikan et je vous rejoins avec elle. D'accord ? N'en veux pas à Nagato, il est sens dessus dessous, ces temps-ci et très franchement, il est réellement surchargé de travail. S'il pouvait faire autrement, il ne me demanderait pas et tu le sais.
Ravalant sa contrariété, Kiba hocha sèchement la tête et, sentant le regard d'Itachi qui s'attardait sur lui, il grommela.
— Désolé, je voulais pas m'énerver. Avec tes vacances qui approchent, vu que tu pars à Uzushio, on aura pas l'occasion de passer du temps ensemble et ça me manque, les moments en famille.
L'affection qui glissa dans les yeux d'Itachi finit par détendre Kiba et, soudainement, la tension dans le groupe se dissipa, Hinata agrippant la main de Kiba pour l'entraîner derrière Sakura et Kisame qui commençaient à s'engager en direction du café où ils avaient prévu de se rendre.
Itachi les regarda s'éloigner en répondant rapidement à Nagato « D'accord, je me mets en route », puis il tourna les talons en direction de l'école.
Kiba pouvait râler tant qu'il le souhaitait, il était dingue de Mikan, comme tous les autres. La petite fille s'était installée sur ses genoux dès l'instant où elle était arrivée et, désemparé Kiba n'avait pas su quoi faire sous les regards amusés de ses amis qui retenaient leurs rires pour ne pas vexer l'enfant qui racontait sa journée à l'école en grignotant une glace qui dégoulinait à cause de la chaleur.
Tout grommelant qu'il soit, Kiba finit par se détendre et par écouter Mikan passer du coq à l'âne et mélanger son emploi du temps pour mixer ses heures à l'école et ses heures au dojo de Maître Dai.
Quand son index se dirigea vers le bouton de son écran pour l'éteindre, Nagato avait finalement pris une décision.
Il n'était pas certain que c'était la meilleure, mais elle s'était imposée en lui au fur et à mesure qu'il parvenait à s'enfoncer davantage dans ses affaires en cours, mettant de côté celle qui lui trottait dans la tête et sur laquelle il n'était pas.
Il attrapa la veste qu'il portait le matin même en arrivant et la posa en travers de son bras, empochant son téléphone, vérifiant qu'il avait emporté tout ce qu'il devait prendre avant de partir.
Quand ce fut fait, il souffla doucement, empoigna son courage à deux mains, puis ses clés et il contourna son bureau pour se diriger vers la porte et s'engager sur la droite lorsqu'il l'eut refermée.
Normalement, Yahiko devrait être seul à cette heure-ci. Le trouver pour lui parler ne devrait donc pas être impossible.
Quand il aurait fini cette discussion qui ne s'annonçait ni facile ni attendue, il se rendrait vers le café où Itachi et ses amis devaient boire un coup et il chercherait le journaliste qui s'était mis en tête d'épier le moindre fait et geste de son colocataire.
Il s'agissait plus de le prévenir qu'il courait un grand danger et qu'il ne devrait pas s'engager dans cette affaire. Que Killer Bee ait été le disciple d'Hachibi ne changeait rien : déjà, avec un doigté admirable et une expérience sans borne, son maître avait été en difficulté plus qu'à son tour. Il était donc inimaginable de laisser un civil se jeter dans une situation périlleuse sans être certain qu'il savait ce qu'il risquait.
Nagato trouva bel et bien son ancien meilleur ami assis à son bureau, visiblement en pleine rédaction d'un rapport difficile à mettre en mot compte tenu de l'acharnement qu'il mettait à appuyer sur la touche dont le claquement résonnait dans l'espace vide.
De temps en temps, Yahiko laissait échapper un grognement, la lumière de l'écran inondant son visage crispé par l'incertitude et l'inquiétude.
Au bout d'un moment, il finit par lever la tête et remarquer Nagato qui l'observait et il cessa de se pencher sur son écran, l'invitant à avancer d'un geste sec de la main, s'appuyant sur le dossier de sa chaise.
— Tu as besoin de quelque chose ?
Nagato approcha d'un pas feutré, faisant le moins de bruit possible jusqu'à atteindre le bureau de Yahiko. Il refusa de prendre un siège pour s'asseoir. Son ancien ami se leva pour être à hauteur d'yeux et il fronça les sourcils.
— T'as l'air patraque, tout va bien ? Il y a un problème avec Mikan ?
— Non, rassura Nagato d'un ton doux, elle va très bien. Je voulais te parler de quelque chose d'important, mais je ne sais pas vraiment comment je peux amener le sujet.
Une inquiétude nouvelle passa sur le visage de Yahiko alors que ses yeux glissaient le long de la silhouette de Nagato pour jauger de son état. Il n'y avait rien de particulier, hormis une légère crispation de ses doigts sur sa veste et le pli contrarié entre ses sourcils.
Les cernes, aussi, étaient notables, mais par les temps qui couraient, tout le monde en avait.
— C'est relié à Madara ?
La question jaillit hors de sa bouche sans qu'il puisse la retenir et il mordit ses lèvres pour s'astreindre au silence, maudissant son empressement à faire parler Nagato. Il n'y avait aucune raison pour que le sujet soit pile l'enquête qui occupait tout son temps.
Il vit son meilleur ami esquisser un rictus douloureux et il s'excusa d'une grimace.
— Je suis au courant que tu travailles dessus, affirma Nagato. Je sais que la fusillade est liée à Uchiha.
Il paraissait serein, nota Yahiko. Presque trop. Il cilla, fixa davantage encore l'ex de sa compagne pour tenter de lire au mieux sur son visage, sans parvenir à cerner ce qui avait changé.
Nagato avait-il finalement réussi à passer outre sa culpabilité vis-à-vis d'Obito ? Et Yahiko n'avait rien remarqué ? Était-ce récent ? Était-ce la présence d'Itachi dans sa vie ?
Si c'était le cas, Yahiko s'en sentait un peu vexé. Il avait pourtant tout fait pour essayer d'aider Nagato à ce moment-là. Y compris coucher avec sa femme, murmura une voix sournoise dans son esprit.
Il ferma les paupières pour chasser ses pensées.
Resserrant ses doigts sur sa veste, Nagato écarta un peu les pieds et les jambes, modifiant ses appuis. Quelque chose de nouveau traversa son visage, mais Yahiko ne put le nommer.
— Neji Hyuuga m'a demandé d'appuyer sa candidature dans les forces spéciales et je vais le faire, mais je ne suis pas certain qu'il ait le mental nécessaire pour.
— Donc ? interrogea Yahiko en se redressant.
Il était surpris. Il savait que Nagato et Neji avaient des rapports cordiaux, mais il n'avait pas imaginé que leur entente professionnelle allait jusqu'à là. Il humecta ses lèvres en attendant la réponse et Nagato baissa les yeux sur le sol.
— Neji et Lee étaient proches, révéla-t-il. Je sais que ce que c'est, de perdre quelqu'un qu'on considère comme un ami à cause de Madara Uchiha. J'aimerais, si possible, que tu le prennes sous ton aile et que tu l'aides à dépasser sa colère.
Yahiko jappa d'incrédulité et se laissa tomber sur sa chaise.
— Ouais, je suis doué avec ça, ironisa-t-il. Ça a tellement bien marché pour toi.
Nagato haussa les épaules.
— Je pense que je serais tombé bien plus salement sans toi. Et Neji… Il a beaucoup de haine en lui et j'ai peur qu'il ne s'engage sur la mauvaise voie si on le laisse sans surveillance. Ce serait dommage de perdre un officier de son calibre uniquement parce qu'on a raté la prise en charge de son deuil. Tu… Je sais que je t'en demande beaucoup alors que je ne compte absolument pas te le rendre, mais… Tu peux le faire ? S'il te plaît ?
Yahiko accepta sans hésiter une seule seconde.
De toute façon, avec ou sans la recommandation de Nagato, Hyuuga allait présenter sa candidature. Il était plus sûr d'effectivement garder un œil sur lui, qu'il soit retenu ou pas, pour s'assurer qu'il ne parte pas vrille.
Parce que d'excellents agents devenus à moitié fous à cause de Madara Uchiha, il y en avait déjà eu trop. Et ce serait dommage de reproduire ça.
Un sourire de remerciements plus tard, Nagato quitta le bureau d'un pas décidé.
Prochaine étape : remonter les bretelles de Killer Bee et aller boire un verre avec son colocataire.
Colocataire qui pourrait ou ne pourrait pas être un complice de son oncle, mais il était beaucoup trop tôt pour trancher et prendre le risque de jeter un innocent en pâture aux forces spéciales.
A bientôt !
