CHAPITRE 2

Pour Sarah, le dîner parut interminable. Décorée de branches de sapins et de pommes rouges et dorées, la table à manger était somptueuse. Avec les bougies qui servaient autant d'ornements que de source de lumière et la grande cheminée où crépitait un bon feu, la pièce était devenue un lieu chaleureux et festif ce que Hans ne put s'empêcher de faire remarquer une dizaine de fois.

Une fois tout le monde installé à sa place, le repas commença. Ce fut d'abord le moment des entrées avec consommé à la neige de Florence, potage aux huîtres, Tschy et œufs pochés à la Rossini. Installée entre Toby et Oncle Drosselmeyer, elle fit mine de ne pas voir l'assiette de Toby disparaître sous la table ni les babines pleine de potage de Merlin, leur chien.

Ensuite vint le moment du premier plat : paupiette de Sole, turbot à l'amiral et friand de Foie gras. Sarah entendit Oncle Drosselmeyer marmonner quelque chose au sujet d'une ceinture trop serrée et elle esquissa un sourire qui fut de courte durée.

— Est-ce que ça va Sarah ? demanda Toby à côté d'elle. Tu es devenue toute pâle d'un coup ?

Elle lui offrit un sourire rassurant.

— Tout va bien, j'ai eu un vertige mais c'est passé.

Lui tapotant la main, Toby acquiesça et retourna à son friand mais Oncle Drosselmeyer ne parut pas convaincu et lui adressa un regard interrogateur. Elle adressa un signe de tête qui se voulait rassurant. Avec autant de monde autour d'eux, elle ne pouvait pas vraiment lui confier qu'elle était presque sûre d'avoir vu un goblin apparaître derrière l'épaule de Hans en face d'elle. Surtout qu'il n'était plus là et qu'elle n'était désormais plus sûre de ce qu'elle avait vu. Peut-être était-ce un jeu d'ombre ou le vin qui lui jouait des tours ?

Elle était presque arrivée à s'en convaincre quand le deuxième plat commença avec la pompadour de Canard, les perdreaux à la Souvarov et l'oie farcie aux marrons. Toby et elle étaient en train de débattre sur la ressemblance frappante entre l'oie et leur ancienne préceptrice quand l'une des invités, Madame Rosenberg glapit. Les bruits de conversation s'estompèrent et tout le monde se tourna vers elle. Elle pointa son doigt en direction du plat devant elle.

— Là !

Son voisin de table, un vieux monsieur à la moustache proéminente, se pencha en avant, le monocle rivé sur l'oie qui était l'objet de tous les regards.

— Quoi donc très chère ?

Fronçant les sourcils, Madame Rosenberg se pencha à son tour.

— J'aurais pourtant juré … (Elle laissa échapper un petit rire gênée.) Mon dieu, je m'excuse j'ai vraiment cru voir quelque chose bouger derrière la volaille.

Sarah posa lentement sa fourchette avant de glisser ses mains sous la table pour éviter qu'on ne les voit trembler.

— Peut-être que c'était un rat ? hasarda un invité.

Irene fusilla l'invité en question du regard.

— Certainement pas !

Pendant qu'il se confondait en excuse et que Irene le rayait mentalement de tous les prochains dîners qu'elle organiserait, les conversations reprirent de plus belle, l'incident vite oublié. Sarah, elle avait perdu tout appétit.

Oncle Drosselmeyer se pencha vers elle.

— Ce n'est peut-être qu'une coïncidence Sarah, ne t'inquiète donc pas autant !

Sarah lui lança un regard au coin.

— Vous le pensez vraiment ?

Il la regarda d'un air entendu.

— Non mais te tourmenter ainsi au moindre bruit ne servira à rien. J'ai bien vu la façon dont ton regard se trouble et les cernes noires sous tes yeux qui s'épanouissent à chaque fois que l'hiver revient.

Sarah soupira et joua avec sa nourriture du bout de la fourchette.

— Je ne peux pas m'en empêcher. J'ai parfois l'impression qu'ils sont partout autour de moi. Et si un jour ils le reprennent ? Et s'ils trouvaient un moyen de le ...

Il m'interrompit.

— Ma chère enfant, ils ne le reprendront pas. Sous sa forme actuelle, ils savent que leur roi est bien plus en sécurité ici que dans son royaume.

— Mais …

— Et ils ne peuvent pas lui rendre sa forme originelle, continua-t-il. Aies foi en moi Sarah.

Sarah ne voulait pas heurter les sentiments de son oncle mais elle n'était pas convaincue par son raisonnement. Après tout, quand on parlait de goblins et surtout de « lui », tout était possible. Elle acquiesça néanmoins pour le rassurer et entreprit de finir son assiette.

Après les entremets, les serviteurs apportèrent les desserts et tous s'extasièrent devant la pyramide de profiteroles aux amandes entourée de mince pie aux fruits secs et aux épices et des marrons glacés. Sarah venait de finir ses marrons glacés quand Irene se leva de table après avoir échangé un regard avec son mari. Sarah manqua de s'étouffer quand elle la vit revenir avec le casse-noisette. Il était grand, presque de la taille d'un nourrisson de plusieurs mois et décoré avec finesse dans des tons dorés et blancs. Tout en bois, on lui avait peint de grandes bottes blanches, un bas gris nuageux et un haut de la même couleur. Ses cheveux étaient blond clair et ses yeux étrangement bicolores semblaient vous suivre du regard. Son originalité résultait dans la couronne argentée tout en délicates volutes qu'il portait et qui n'avait pas été peinte sur son front mais créée de toute pièce et la longue cape faite de plumes argentés qu'il portait.

— J'ai une surprise pour vous !

Les quelques enfants présents, Toby y compris, laissèrent éclater leur joie quand une servante apporta un grand saladier rempli de noix, d'amandes et de noisettes. qu'elle posa sur une petite table à l'écart. Confiant le casse-noisette à Toby qui était probablement l'enfant le plus âgé du groupe, Irene retourna à table.

— Quel magnifique objet, s'exclama l'un des invités. Et très original ! D'où vient-il ?

Sarah décala sa chaise de façon à garder un œil sur le casse-noisette.

— Irene l'a trouvé l'année dernière dans l'atelier de mon frère, répondit Robert en prenant une gorgée de vin.

Irene rit.

— Disons plutôt qu'il m'a trouvée ! Le coffret qui le contenait a failli m'assommer alors que je cherchais l'un de mes gants que j'avais oublié la veille alors que Drosselmeyer nous montrait ses dernières réalisations.

— Au début, Oncle Drosselmeyer a refusé de lui vendre disant qu'il n'était pas terminé, ajouta Cecilia. Mais maman a su le convaincre qu'un tel objet méritait une place de choix et pas d'être relégué au fond d'un vieil atelier poussiéreux.

Sarah se retint de lever les yeux au ciel. La vérité était que Cecilia l'avait dérobé pendant qu'il avait le dos tourné et l'avait mis sous le sapin, prétextant que c'était un cadeau de son beau-frère. Ils n'avaient réalisé la supercherie que trop tard et Irene avait été tellement enchanté du cadeau que Drosselmeyer avait du s'incliner. Le lendemain, Sarah avait jeté le beau collier de saphir de Cecilia dans la rivière qui coulait à côté d'Hamelin. Mesquin peut-être mais ça lui avait fait tellement de bien.

Alors que les invités félicitaient oncle Drosselmeyer pour son talent et que les digestifs commençaient à être servi, madame Rosenberg s'adressa bruyamment à son voisin de table.

— Est-ce que ce ne serait pas la cloche que l'on entend ?

A ses mots, les conversations s'estompèrent peu à peu et quand l'on put entendre clairement la lourde cloche qui sonnait dehors, l'atmosphère de la pièce s'assombrit brutalement. Robert fit signe à Reginald, le majordome, qui disparut rapidement sans un mot. Laissant le casse-noisette par terre, Toby revint vers Sarah qui le prit dans ses bras.

La cloche n'avait pas sonné ainsi en pleine nuit depuis des années.

Depuis dix ans exactement.

Ouf je n'étais pas sûr de pouvoir terminer ce chapitre cette semaine (traumatisé par le dernier Star Wars #Reyloforever) et enfin ... Ça doit être la magie de Noël =D

- N'hésitez pas à me dire si vous aimez ce que j'ai écrit, c'est toujours agréable de le lire x)

L'intrigue commence progressivement à s'épaissir ... Je dois avouer que j'aime le suspense
Beaucoup de description d'aliments dans ce chapitre ... J'avoue avoir une grosse envie de marrons glacés après ce chapitre =D

Bonne lecture et joyeux Noël à tous !