J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d'année !
Chapitre 78
Le dossier claqua sur le bureau de Yahiko, jeté par Yamato qui secoua la tête, les lèvres pincées.
Le subordonné du lieutenant Nakamura était bien le seul de la petite équipe à ne pas sembler souffrir de la chaleur étouffante que le mois de juillet laissait régner sur le commissariat. La climatisation était tombée en panne et les réparateurs n'étaient toujours pas venus, depuis plus d'une semaine.
Le portable de Yahiko tintinnabula dans son tiroir – sans doute un message de Konan qui lui transférait les dernières photos que Nagato lui avait envoyées de ses vacances à Uzushio. Sa compagne n'avait pas manqué de lui renvoyer un seul des très nombreux clichés que Nagato lui expédiait et Yahiko savait très bien qu'une telle prolifération était probablement due à une rancune de la part de son ancien meilleur ami.
Il cherchait à montrer combien ils étaient heureux, combien ils s'amusaient en famille. Sans Konan. Elle avait toujours désiré ardemment voyager sans pouvoir se permettre de s'offrir un tel luxe. Quand Nagato était encore dans les forces spéciales, il peinait à poser ses congés, il passait plus de temps qu'il n'en aurait fallu au travail et répugnait à s'absenter plusieurs semaines d'affilée, de peur de rater un truc énorme. Leur seul voyage avait été leur lune de miel et elle n'avait pas laissé un bon souvenir aux jeunes mariés.
Le pire, dans tout ça, c'est que les efforts faits par Nagato pour frustrer Konan marchaient à la perfection. Elle n'en disait rien, mais Yahiko la connaissait par cœur. Il avait reconnu le ton étranglé de sa voix quand Mikan avait appelé sa mère pour lui raconter ses vacances, pour lui parler des coraux, de la plongée, des vagues immenses, de l'initiation au surf, des glaces mangées dans des cafés, de la peau rouge de son père qui avait pris des coups de soleil qui allaient bien avec ses cheveux et ses yeux mais qui lui faisaient mal, de la crème qu'Itachi passait dessus pour apaiser la brûlure, de la princesse Mito, et de tant d'autres choses.
Mais il devait bien admettre que c'était bien joué. C'était de bonne guerre. Un peu mesquin, mais pas éloigné du Nagato qu'il connaissait, et finalement, pas si pire que ça : il aurait pu amener la petite dans un endroit où Konan rêvait vraiment d'aller, compte tenu du fait que c'était Itachi qui avait payé le voyage.
Il soupira et recentra ses pensées, repoussant ses problèmes personnels pour se concentrer sur celui, très professionnel et bien trop actuel, qui accompagnait le geste furibond de Yamato.
— Y a rien, s'exclama ce dernier. La scientifique a tout retourné, tout revérifié plusieurs, on n'a rien. Pas de trace, pas d'empreintes, pas d'ADN, pas le moindre petit morceau d'indice.
— Un travail de pro, souffla Yahiko en essuyant ses tempes qui dégoulinaient de sueur. On s'y attendait.
Soufflant bruyamment, Yamato retourna vers son bureau où il se laissa tomber sur sa chaise alors que Kie raccrochait son téléphone. Ses yeux apparurent au-dessus de son écran et il secoua la tête à son tour.
— Chou blanc de mon côté aussi.
— Pareil, renchérit Mui. La contre-expertise de l'autopsie n'a rien donné de plus. On reconnaît la patte d'Izuna Uchiha, mais on peut pas le prouver.
— Bordel, siffla Yahiko entre ses dents.
Il leva les yeux sur le plafonnier qui grésillait toujours un peu, puis il ferma les paupières pour réfléchir. Leurs instincts les menaient tous à relier Madara Uchiha au massacre qui avait eu lieu, sans pour autant parvenir à trouver la moindre preuve de ces agissements.
Vu la propreté du travail, ils n'avaient pu que déduire qu'Uchiha avait fait appel à une milice entraînée et habituée, peut-être même que c'était sa propre milice qui avait agi, contrôlée par son cadet, mais celui-ci avait un alibi en béton armé pour le soir de la fusillade : les deux frères avaient été vus à un gala de charité par au moins une centaine de personnes différentes.
Mais Yahiko n'était pas un idiot. Il savait que c'était le réseau de ce monstre qui était à l'œuvre.
Depuis, un cadavre avait été retrouvé. Difficile de trouver son identité – la pulpe des doigts avait été prélevée, l'ADN de la victime était inconnu de tous les fichiers, et la dentition n'avait aucune correspondance dans la base de données. Cependant, les blessures ressemblaient à celles sur d'autres corps découverts tout au long de l'année. Madara continuait à épurer ses rangs grâce à sa Main, toujours aussi efficace.
Entre ses dents, Yahiko grommela un nouveau juron. S'il avait choisi d'œuvrer pour la bonne cause, Izuna Uchiha aurait été un élément incroyablement irremplaçable. En lieu et place, il devenait quelqu'un d'extrêmement dangereux et impossible à appréhender, parce que protégé par un homme plus puissant et dangereux encore.
— Et la perquisition n'a rien donné non plus.
C'était évident, mais le redire ne coûtait rien de plus qu'un peu de sa patience.
Au fond de son tiroir, bien au chaud, il savait qu'il y avait un mandat lui donnant un total accès aux propriétés Uchiha pour les fouiller. Le problème était que les seules demeures Uchiha déclarées étaient celles de Fugaku Uchiha, le PDG des Sharingan Industries, neveu de Madara et blanc comme neige. Depuis qu'il avait repris les rênes de la société familiale, Fugaku, aussi bien son épouse, son enfant et l'ensemble de ses salariés, montraient un pedigree irréprochable.
La maison traditionnelle et l'ensemble des huit-cents hectares avaient été passés au crible, ainsi que les quatre propriétés secondaires, l'appartement du fils de Fugaku – Sasuke Uchiha, il avait longuement vécu sur la côte est –, les biens de Mikoto Uchiha – née Uchiha, c'était répugnant, mais pas illégal de se marier à une cousine au troisième degré – qui étaient à son nom propre. Rien. Ils avaient fait chou blanc. Tout était nickel. Le fils se démenait comme un fou pour travailler. Tout montrait que, sur le marché est en tout cas, la fortune familiale était le fruit d'efforts démentiels menés par un acharné qui ne lâcherait pas prise tant qu'il n'aurait pas obtenu ce qu'il voulait. Certaines méthodes étaient au pire douteuses, mais pas illégales – « optimisation fiscale », avait dit Nagato en haussant les épaules, « c'est dans la loi, il a parfaitement le droit de faire ça ».
Le seul endroit dont ils ne s'étaient encore pas approchés était le siège social des Sharingan Industries, principalement parce qu'il y avait déjà des agents qui épluchaient les comptes de la société régulièrement. La moindre défaillance comptable aurait été relevée par Nagato et il n'aurait jamais lâché, mais il n'y avait rien.
Les actions et les dividendes attenants pouvaient tous être retracés et il n'y avait qu'un seul nom qui ne pouvait pas être identifié à cause d'une mesure de protection de la vie privée des personnages publics. L'encours avait été déposé cinq ans auparavant, à peu près, et, les dates ne collant à aucun événement particulier dans la vie de Madara, Yahiko s'était simplement dit qu'un des actionnaires s'était lassé d'apparaître dans les tabloïds et avait fait appel à la loi pour se protéger. C'était assez impressionnant de constater le nombre d'artistes qui avaient choisi d'investir dans le trésor national.
Il cligna des yeux et soupira de plus belle, avant de se lever, faisant coulisser le tiroir pour retirer le mandat de ses papiers.
— Préparez-vous, les gars, on a de la route à faire. On va perquisitionner le siège des Sharingan Industries.
— Oui, chef !
Le reste ne fut qu'un ensemble de raclements de pieds de chaise et de froissements de vêtements.
Compte tenu de l'heure à laquelle il s'était couché, il était relativement tôt. Le soleil était presque à son zénith quand la voiture s'engagea sur le périphérique et Sasuke grogna, serrant davantage sa main contre son front alors qu'il émergeait de son sommeil.
Son dos était en miettes, et ce n'était encore rien à côté de sa gueule de bois infernale. La nuit de la veille avait été sacrément rude. Avec ses amis, Juugo en tête, ils s'étaient offert une soirée royale au Kusanagi pour fêter son anniversaire. L'alcool avait coulé à flots et il avait même eu le droit à une danse très privée avec une call-girl qui n'avait pas froid aux yeux. Ce n'était pas allé bien plus loin que quelques caresses bien placées, évidemment. Il n'était pas question pour lui de donner à son père une bonne raison de le radier de l'héritage en se laissant accuser d'avoir des mœurs légères.
Il n'avait cependant pas prévu de devoir aller au siège des Sharingan Industries dès le lendemain, néanmoins. Quand son portable avait sonné, il dormait quelque part dans son appartement – ce n'était pas son lit qui était occupé par Suigetsu et Juugo qui ronflait – il avait répondu en espérant que c'était quelque chose qui pouvait se passer de lui au moins le temps qu'il trouve un antidouleur.
Son père l'avait enjoint à venir au siège sans attendre une minute sans lui expliquer les raisons de cette exigence et, compte tenu du ton utilisé, Sasuke avait su que ce n'était pas le moment d'épiloguer.
— Il t'a demandé d'amener ton ordinateur de travail, récapitula Juugo, et d'arriver le plus tôt possible en passant par le parking souterrain, c'est ça ?
Le grognement de Sasuke était interprétable, mais son bras droit avait l'habitude.
L'échangeur du périphérique n'était pas bouché, à cette heure-ci, et il ne leur fallut que quelques minutes, une fois sortis, pour rallier la maison-mère des Sharingan Industries. Quand ils arrivèrent au-devant de gyrophares au ton bleu criard, Sasuke ne put s'empêcher de se redresser en contemplant les fourgonnettes que des hommes chargeaient déjà de cartons et d'autres choses.
Un agent leur fit signe d'avancer et, s'arrêtant près de lui, Juugo baissa la vitre du côté conducteur.
— Que se passe-t-il, monsieur l'agent ?
L'homme ne prit pas la peine de répondre.
— Papiers d'identité, s'il vous plaît.
Juugo tâtonna ses poches, alors que Sasuke parvenait à ouvrir la boîte à gants pour en tirer sa carte d'identité qu'il tendit au policier qui l'examina avec attention, faisant de même avec celle du chauffeur.
— Veuillez suivre les indications de l'agent à l'intérieur. Circulez.
Juugo remonta la vitre et avança le véhicule avec prudence, portant à Sasuke un regard surpris à travers le rétroviseur.
— Une perquisition ? demanda-t-il.
Sasuke s'étira et déplia le pare-soleil pour s'examiner dans le miroir et vérifier qu'il était un minimum présentable, un soupir franchissant ses lèvres.
— Je me demande bien ce qu'ils cherchent, cette fois. On est clean.
Juugo se trémoussa sur son siège, l'air coupable, mais Sasuke secoua la tête.
— Vraiment, ils n'ont rien. S'ils avaient quelque chose, ils ne perquisitionneraient pas, ils arrêteraient. En plus, ce que j'ai fait sur le marché est était parfaitement légal.
— Peut-être que Masshiro est au courant de ton enquête. Peut-être qu'il a porté plainte.
— Ou peut-être qu'ils ont découvert que tu cultives du cannabis dans le dressing de mon appartement, mais une fois de plus, c'est beaucoup de mise en scène, ils n'en feraient pas tant pour un truc aussi insignifiant.
— C'est thérapeutique, précisa Juugo. C'est pour calmer mes nerfs. J'ai une prescription médicale pour ça.
Sasuke sourit en coin, laissant à son ami le soin de garer la voiture avant d'en descendre, suivant les gestes et les indications du policier.
Quand l'ascenseur s'ouvrit, Sasuke fit à peine attention aux policiers qui gardaient l'étage et avança directement vers celui qui se tenait devant la porte du bureau de Fugaku.
— Où est mon père ?
L'homme se redressa légèrement, les mains se resserrèrent sur son arme et il sourit sous son masque.
— Ah lala, il va falloir être un peu plus poli, mon grand.
Agacé par la réponse, Sasuke prit quelques secondes pour observer les yeux gris de l'homme, le cordon de son oreillette, le masque qui couvrait ses joues et son nez. Il redressa le menton, refusant de baisser le regard et de ciller, malgré la cicatrice impressionnante qui barrait le visage du policier.
Mais Kakashi en avait vu d'autres, des jeunes prétentieux taillés dans le moule de Sasuke Uchiha. Il en avait enterré plus d'un. Il haussa un sourcil provocateur et le fils de Fugaku Uchiha avança d'un pas menaçant, rapidement ramené à la raison par le roux immense qui l'accompagnait.
Juugo ne voulait pas de problème avec la police, c'était parfaitement hors de question, il tira donc Sasuke en arrière, faisant barrage de son corps et tenta d'offrir un visage détendu à l'agent qui restait en faction devant la porte du bureau de Fugaku.
— Pouvons-nous entrer, s'il vous plaît ? C'est Sasuke Uchiha, son père l'attend.
— Laisse-le entrer, Kakashi, lança une voix ferme à l'intérieur du bureau. Seulement le fils. Son associé ne rentre pas.
— Reçu, lieutenant.
Le policier s'écarta de l'entrée, ne lâchant pas Sasuke du regard alors qu'il contournait Juugo pour finalement passer la porte.
La première pensée qu'eut Sasuke quand il franchit les battants qui isolaient le bureau de son père fut qu'il n'était pas normal que ce dernier ne soit pas en train de se récrier. Il devrait être en train de vociférer, d'appeler leur armée d'avocats, de faire quelque chose pour empêcher ça.
L'image des Sharingan Industries était importante pour Fugaku, même plus que sa propre famille, et que ses enfants. La farandole de fourgonnettes tout en gyrophare qui dansait autour de l'immeuble allait peser lourdement sur la réputation de l'entreprise familiale, les conséquences allaient être dures et pourraient se chiffrer en millions. Les actionnaires allaient perdre confiance, le cours de la Bourse allait peut-être même s'effondrer et Fugaku n'aurait pas dû rester sagement sans rien faire.
Pourtant, il était assis derrière son bureau, une tasse de café à la main, l'air serein de quelqu'un qui n'aurait rien à se reprocher. Il parlait à l'officier qui dirigeait les opérations à voix basse et Sasuke avança plus rapidement encore, son père notant finalement sa présence.
— Tu es là, fils.
Humectant ses lèvres, Fugaku revint vers l'officier, lui tendant une œillade polie.
— Lieutenant Nakamura, je vomis les actions de Madara et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous assister.
— Madara ? intervint Sasuke. Ton oncle ?
Le cadet de Fugaku avait découvert depuis quelques mois à présent qu'une branche obscure de la famille Uchiha avait décidé de prospérer dans le milieu du crime. De partenariats sordides en actes délictueux, Madara Uchiha avait réussi à étendre une ombre inquiétante sur l'ensemble du monde et jouissait d'une influence contre laquelle il avait dû se battre parfois sur le marché est, principalement pour se dépêtrer de la réputation infecte dont souffrait le nom Uchiha dans ce secteur.
— Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
Il n'y avait rien que Sasuke détestait plus que ceux qui se mettaient en travers de sa route et Madara, bien malgré lui, sans doute, l'avait fait plus qu'à son tour, par sa simple existence.
Le lieutenant Nakamura pivota vers lui, l'examinant de ses yeux d'un bleu profond. L'homme n'était pas un flic de la financière, c'était clair. Ça se lisait dans son regard, dans sa posture, dans la façon qu'il avait de tenir son arme. L'unité de lutte contre le grand-banditisme.
C'était donc pour ça que son père ne hurlait pas au scandale. Évidemment que ça allait aider à leur réputation de prêter main forte à la police pour coincer Madara.
— Je ne parlerai pas de cette affaire en cours, répondit le lieutenant. Vous devez être Sasuke Uchiha.
Le jeune adulte hocha la tête et quelque chose, dans la rigidité du mouvement, était vaguement familier à Yahiko qui prit le temps de l'observer avec attention. Il avait déjà vu cette posture, cette façon de se tenir, Sasuke avait vraiment une aura qui lui évoquait quelqu'un sans qu'il puisse poser le doigt dessus.
Fugaku se racla la gorge, ramenant sur lui l'attention de Yahiko qui lâcha Sasuke du regard alors que ce dernier faisait le tour du bureau pour se placer derrière son père.
— Madara est une nuisance pour moi, reprit Fugaku. Je vous l'ai déjà dit plusieurs fois, à vous, et à votre commissaire.
— Si je devais croire tous ceux qui me disent être innocents, M. Uchiha, je ne ferais pas de vieux os dans mon métier. J'ai besoin de preuves.
Le patriarche Uchiha hésita un instant, puis déglutit.
— J'imagine que ce sont les actionnaires sous le coup de la loi de protection de la vie privée qui vous intriguent.
Yahiko se tendit imperceptiblement. Effectivement, il y avait beaucoup de questions à se poser à ce propos. Ce n'était pas le genre d'informations qu'il recherchait, parce qu'il savait qu'elles étaient hors d'atteinte par des moyens légaux donc inexploitables devant un tribunal, cependant, il n'en montra rien, se contentant de cligner des paupières, incitant Fugaku à continuer d'un geste équivoque.
L'homme se leva et subitement, il parut avoir pris quinze ans d'un coup. Trop habitué pour se laisser émouvoir, Yahiko resta sur ses gardes, continuant à suivre les mouvements du PDG avec beaucoup d'attention.
— Il se peut, souffla Fugaku, que je n'aie pas tout dit et que certaines informations soient encore de l'ordre du privé, même pour vos enquêteurs.
La seule traduction possible de cette phrase était que Fugaku lui-même avait exploité cette loi de protection pour dissimuler des événements de son passé. Yahiko modifia ses appuis, Fugaku atteignit le buffet dans lequel il récupéra une bouteille de whisky dont il se servit une large rasade, puis une boîte qu'il tendit à l'officier.
— Le plus important de ces actionnaires, lieutenant, est mon fils aîné.
Yahiko fronça les sourcils, porta son regard sur Sasuke qui secoua la tête. La légère surprise qui passa sur le visage de l'héritier devait se lire sur celui du policier, parce que Fugaku éclata d'un rire bref.
— Sasuke est mon fils cadet. Il a un frère aîné. Il y a dix ans, mon fils a fugué. Depuis quelques années, maintenant, il se cache avec la loi de protection de la vie privée des personnages publics. Les irrégularités dans les écritures que vos équipes ont trouvées sont le résultat de la dissimulation des informations qui lui sont liées. Itachi–
Et soudainement, Yahiko n'écouta plus, son cerveau parut s'éteindre alors que ses yeux revenaient vers Sasuke, vers sa posture, vers l'endroit où il l'avait déjà vue.
Dans un appartement de deux-cents mètres carrés en centre-ville, dans la salle d'audience d'un juge aux affaires familiales, dans des films pornographiques avec un scénario bien trop développé, dans une salle d'interrogatoire, faisant face à un prêtre qui vomissait des paroles de haine.
La ressemblance entre Itachi et Sasuke – entre Itachi et Madara en personne – lui sauta soudainement aux yeux, l'agressa presque et il se traita de crétin de tellement de façons différentes que ses insultes intérieures couvraient totalement les explications sans intérêt de Fugaku.
C'était logique. C'était presque évident, à présent. Ce que cachait Itachi avec la loi de la protection de la vie privée était son affiliation avec Fugaku.
Itachi Uchiha, le colocataire de Nagato, était le fils aîné de Fugaku Uchiha.
Le neveu de Madara.
Fébrilement, Yahiko se força à déglutir alors qu'une autre information lui revenait à l'esprit. Nagato avait dîné avec l'oncle d'Itachi.
Une pensée horrible lui traversa l'esprit, mais il la repoussa aussitôt. Évidemment que non, son meilleur ami n'avait pas paisiblement dîné avec Madara Uchiha quelques semaines auparavant. Il en aurait parlé. Il serait venu le trouver pour le lui dire, c'était certain. Une telle information était–
Dangereuse.
Une telle information était dangereuse.
La mort du père Shimura s'éclairait sous un nouveau jour et la menace qui planait sur la tête de Nagato, de Mikan, prit soudainement une tout autre dimension dans l'esprit de Yahiko. L'épée de Damoclès paraissait presque trembler au-dessus de son propre crâne, à présent.
Quand il alla se coucher, ce soir-là, il repoussa Konan sans même y penser, rejetant l'étreinte qu'elle voulait lui offrir, la tête envahie par des images toujours plus morbides.
À mercredi prochain !
