Bonjour, bonjour ! On approche doucement mais sûrement de la fin ! J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes, c'était la folie chez moi !
Chapitre 79
— Non.
Le mot jaillit d'entre les lèvres de Killer Bee sans même qu'il y pense et le sourcil menaçant que Tobirama haussa en recevant cette réponse montrait que ce n'était clairement pas celle qu'il attendait du journaliste. Mais peu importait. Killer Bee redressa le menton, croisa les bras juste en dessous de ses pectoraux, bandant ses biceps pour se montrer plus menaçant qu'il ne l'était vraiment.
C'était principalement de la gonflette, ses muscles. Il poussait de la fonte à la salle, pour avoir de gros bras, mais il ne savait pas se battre. Sa principale technique d'autodéfense était de courir plus vite que de potentiels agresseurs et elle était loin d'être infaillible. Cependant, les gros muscles permettaient au moins de décourager ceux qui n'y connaissaient rien en baston et, malheureusement, ce n'était pas le cas de l'homme qui se tenait face à lui.
Il suffit à Senju de se déplacer à peine pour paraître encore plus grand, encore plus menaçant. Malgré son âge, il respirait le danger et la réputation qu'il traînait derrière lui revint à l'esprit de Killer Bee quand il se rendit compte que ce n'était pas qu'une mauvaise interprétation des actes de l'ancien policier. L'homme était effectivement dépourvu de morale et il avait depuis longtemps renoncé à toute forme d'éthique.
— Non ? répéta-t-il d'une voix polaire qui fit glisser une sueur froide sur l'échine du journaliste.
Mais dans son métier, il fallait aussi savoir faire de l'esbroufe et Killer Bee était doué pour ça. Il contint donc la déglutition de terreur pure qui lui venait et hocha la tête.
— Pas tant que je n'aurai pas de réponse à mes questions. Je ne suis pas là pour simplement répondre à vos exigences, je ne suis pas un pion sur l'échiquier de votre bras de fer avec Madara Uchiha. Si vous voulez que je fasse ça, il vous faudra me parler.
— Que veux-tu savoir ?
La question n'était pas une ouverture à une discussion affable, loin de là. Elle était tout aussi polaire que le reste de l'attitude de l'ex-flic, il n'y avait rien, strictement rien d'aimable dedans. Tobirama bougea, lâchant Bee des yeux pour observer l'appartement et le journaliste suivit son regard. Les meubles étaient couverts de draps, les lieux semblaient avoir été désertés depuis longtemps, compte tenu de l'odeur indélicate de poussière qui irritait leurs bronches. Mais ce n'était pas ça qui comptait aux yeux de Bee. La vue offerte par la fenêtre, le télescope d'un autre temps qui était toujours en place, ça par contre, c'était important.
Tobirama Senju lui avait demandé de planquer dans cet appartement et de surveiller les faits et gestes de Madara Uchiha, prétendant que ça pouvait être essentiel pour son enquête, que ça pourrait lui donner des informations qu'il ne pourrait pas avoir, mais le journaliste n'était pas dupe. Il avait conscience de n'être qu'un outil dans l'esprit de Tobirama, un esprit qui avait passé trop de temps à ne se consacrer qu'à un seul et même objectif, jusqu'à l'obsession, jusqu'à la folie : faire chuter Uchiha Madara de son trône.
— Je veux savoir pourquoi il y a une photo de toi avec Madara et Izuna Uchiha.
C'était une information insignifiante ou presque. Ce n'était certainement pas ce qui pourrait éclaircir les intentions de Tobirama Senju, Killer Bee le savait. Le jeu d'esprit qu'il entamait avec l'ex-flic laisserait un des deux sur le carreau, mais il sentait malgré lui que c'était trop tard pour faire demi-tour. Il voulait savoir, il voulait pouvoir remettre toutes les pièces dans le bon ordre, éclaircir les actes et les positionnements de chacun. Il voulait avoir une vue d'ensemble sur la situation et pouvoir placer tous les agents sur une trame, définir leurs mouvements, tenter de deviner le suivant.
Jouer contre un type de l'envergure de Tobirama Senju était inquiétant. Cela faisait si longtemps que Bee ne s'était pas laissé prendre dans une telle toile qu'il se demandait un peu s'il en ressortirait vivant et si son frère lui pardonnerait de ne pas avoir obéi à ses ordres.
Ils se toisèrent un long moment, mais le reporter refusa de céder. Il n'était pas question pour lui de laisser Tobirama gagner cette manche.
Il voulait savoir.
Il voulait comprendre comment le Tobirama de quinze ans, si amical avec les frères Uchiha, avait basculé dans cette haine viscérale. Il voulait savoir pourquoi il n'avait pas suivi la même voie, pourquoi il avait choisi d'œuvrer pour la justice.
Il voulait savoir s'il pouvait se fier à cet homme, dans une moindre mesure.
Il voulait savoir s'il vivrait au-delà de cette enquête.
(Il savait que la réponse était sûrement négative.)
(Il voulait quand même aller jusqu'au bout.)
Tobirama Senju céda le premier. Killer Bee le vit dans la tension de ses épaules qui se relâcha d'un coup. Le plus vieux fit un pas en arrière et tâtonna dans ses poches, pour en sortir ladite photo, puis il lâcha un soupir exaspéré, avant de raconter toute l'histoire qui se trouvait derrière. Au milieu du récit, il s'installa sur un fauteuil, pour masser ses tempes avec force et jamais l'homme n'avait semblé si fatigué.
Quand il termina, Killer Bee s'était aussi assis, plus pour pouvoir mieux se concentrer sur ce que racontait l'autre. Il déglutit lorsque le silence revint sur le petit salon du deux-pièces faisant face au Ristretto.
— Donc si je comprends bien, murmura Killer Bee, le ton rendu rauque par toute la poussière qu'il avait avalée en écoutant l'autre homme parler, depuis ce moment-là, votre objectif, c'est de vous faire Madara Uchiha.
La grimace écœurée de Tobirama Senju plissa son nez, accentua les rides sur son front et au coin de ses yeux, mais il hocha malgré tout la tête.
Effectivement, depuis tout ce temps, depuis toujours, son seul et unique objectif avait été de se faire Madara Uchiha, quoiqu'il en coûte.
— Dans un seul des sens de cette expression, plaisanta-t-il, tirant un sourire au journaliste.
Killer Bee laissa son rictus retomber puis il pesa le pour et le contre, puis posa la question qui lui brûlait la langue.
— Même si ça coûte la vie d'un innocent ?
Les paupières de Tobirama Senju s'abaissèrent, puis il les rouvrit quelques secondes plus tard.
— Y a-t-il un innocent dans cette pièce ? sourit-il et c'était le sourire du diable en personne.
C'était le moment. Pour la première fois depuis le début de son partenariat branlant avec l'ex-flic, il sentit qu'il avait un choix à faire. Celui où il pouvait écouter les conseils de Yugito et faire demi-tour. Celui où il pouvait répondre aux exigences de son frère et faire son trou dans le porno et ne plus en bouger. Celui où il pourrait éteindre le flambeau passé par son maître et laisser toutes ses enquêtes tomber dans l'oubli.
Et sans hésiter, Killer Bee signa un pacte avec le diable.
C'était un coup à se faire des cheveux blancs, jugea Yahiko en contemplant une dernière fois le dossier qu'il gardait verrouillé dans un tiroir de son bureau.
Le classeur compilait toutes les informations que Fugaku Uchiha avait réunies sur son fils aîné avant sa disparition : il y avait des bulletins scolaires, des rapports de détectives privés, des photos volées, et il n'y avait plus de doute possible. L'homme qui partageait la vie de son ex-meilleur ami était bel et bien le neveu préféré de Madara Uchiha.
Un atout de taille pour pouvoir atteindre le parrain de la pègre le plus inaccessible au monde. Si le PDG des Sharingan Industries avait vivement contredit l'idée qu'Itachi puisse être impliqué dans les affaires de Madara – "C'est un gentil garçon, un peu faible d'esprit, mais incapable de se souiller à ce point" – Yahiko ne pouvait pas laisser cette piste inexplorée. Après tout, si on demandait aux parents des tous les criminels, aucun ne ferait jamais de mal à une mouche et ce n'était pas ainsi que Yahiko pratiquait son travail, il était un véritable enquêteur tout de même.
Pourtant, ce cas lui pesait sur la conscience. Il savait très bien que s'il parlait au commissaire d'une possibilité d'atteindre Madara dans sa vie privée, au cœur de celle-ci, un endroit tellement protégé que personne n'avait jamais su le moindre détail, alors évidemment, il n'hésiterait pas à mettre en branle une opération d'envergure.
Et la conscience professionnelle de Yahiko lui disait de le faire. Que c'était son occasion de briller. Que c'était son créneau pour réussir là où Nagato avait échoué, là où Tobirama Senju en personne avait échoué. Arrêter Madara Uchiha. Mettre fin au règne de terreur qu'il avait instauré depuis si longtemps. Ramener de la paix dans les rues de ce monde. C'était tentant, ce serait si simple à faire, à condition de mener l'opération correctement, bien entendu.
Cependant, il y avait quelque chose au fond de son cœur qui le retenait depuis plus d'une semaine. Il n'en avait parlé à personne. Le meilleur moyen de conserver un secret était de ne pas le partager, bien entendu. Il avait gardé pour lui ce qu'il avait appris de l'identité du fils aîné de Fugaku Uchiha, "le véritable héritier des Sharingan Industries" avait dit l'homme d'affaires sans prêter attention à la grimace furieuse qui avait dévasté le visage de son cadet.
Yahiko l'avait noté, lui, et il avait décidé de pousser un peu l'enquête du côté de Sasuke. Il avait l'air d'être colérique, déterminé, fier de ce qu'il était et bafoué dans son orgueil suffisamment régulièrement pour ne même plus cacher le mépris qu'il éprouvait envers son père. C'était le genre de cible que Madara pourrait éventuellement approcher et il était utile de mettre plusieurs atouts dans sa manche.
Pour autant, celui qu'il gardait précieusement verrouillé dans son tiroir, il ne savait pas quoi en faire. Parce que Nagato appréciait Itachi et diligenter une telle opération serait condamner à mort tout espoir de réconciliation.
Yahiko avait envisagé d'en discuter avec Nagato quand il rentrerait de vacances, de le coincer dans un coin sombre pour le passer à la question, lui annoncer la nouvelle, mais il était à la fois convaincu que Nagato savait déjà et persuadé qu'il ne trouverait jamais la formulation adéquate pour lancer un tel sujet qui méritait pourtant un doigté hors pair.
S'il s'agissait uniquement de parler de soupçons sur une personne au hasard, il n'aurait sans doute pas pris autant de temps à pondérer son choix, cependant, il s'agissait d'Itachi, « le futur amoureux de Papa, j'y travaille », selon Mikan.
Un sourire doux naquit sur le visage de Yahiko et se changea en quelque chose de plus amer.
Si Itachi était impliqué dans les affaires de son oncle d'une quelconque façon, Mikan serait dévastée de perdre son copain de jeu, celui qu'elle avait adopté comme membre de leur famille à part entière, comme beau-père et meilleur ami.
S'il était impliqué, le supérieur de Yahiko insisterait pour qu'il essaie de retourner l'homme de leur côté et en cas d'échec à le convertir à leur cause, ils alerteraient Madara de leur découverte et, de fait, mettraient en danger Konan, Mikan et Nagato. Et si Nagato avait signé pour ça quand il était entré dans les forces de police, ce n'était certainement pas le cas des deux autres.
Et si Itachi n'était pas impliqué, il y avait une grande possibilité qu'il finisse par l'être sous l'impulsion du commissaire qui ne laisserait pas passer une telle occasion d'avoir un espion dans l'entourage proche de Madara. Dans tous les cas, ça allait très mal se terminer, pressentait Yahiko.
Et il ne parvenait pas à prendre une décision. Jamais il ne s'était senti aussi hésitant de toute son existence, jamais il n'avait eu autant l'impression que quoiqu'il décide, ce serait le mauvais choix.
Il soupira, pianota du bout de ses doigts sur le bois de son bureau, puis consulta l'horloge de l'open-space. Il était déjà pas loin de vingt-trois heures et il n'avait pas encore quitté le bureau. La chaleur suffocante de l'été était revenue, s'installant un peu partout, épargnant pourtant son bureau enfoncé dans les sous-sols. Il était l'heure de partir, décréta-t-il en refermant le tiroir de son bureau après y avoir rangé le dossier.
La clé vint dans sa poche, puis il se leva, éteignant l'écran de son ordinateur. Quand il passa près du bureau de Kakashi, il adressa un sourire à son second.
— Ne reste pas trop tard, Hatake.
— Je finis de rédiger le rapport que je devais te rendre hier et j'y vais, répondit l'homme aux cheveux gris. Bonne soirée, chef, rentre bien !
— J'ai bien réfléchi, Papa.
La voix de Mikan surgit derrière lui, déterminée, alors qu'il vérifiait une dernière fois que rien n'avait été oublié dans les différentes chambres qu'ils avaient occupées durant les vacances. Nagato interrompit son geste, à genoux devant le lit dans lequel il avait dormi, prêt à explorer le dessous pour s'assurer du vide, puis il tourna la tête vers sa fille pour la regarder approcher d'une démarche sûre d'elle. Elle s'arrêta à proximité et baissa les yeux vers lui alors qu'il se redressait.
— Je pense que c'est mieux si on reste habiter ici, estima-t-elle.
— Ben voyons, commenta Nagato en ne retenant pas vraiment le demi-sourire qui naissait au bord de son visage. Et pourquoi ça ?
Dans le salon de la suite, il entendit Itachi exhaler un rire et cesser ce qu'il était en train de faire pour approcher de la chambre afin d'écouter le raisonnement de Mikan : ça promettait toujours d'être hautement divertissant.
L'enfant ne sembla pas remarquer l'amusement des deux adultes, puisqu'elle inclina la tête vers la droite dans une mimique de l'expression pensive d'Itachi.
— Eh bien, ici il y a TOUT LE TEMPS DU SOLEIL et puis on peut manger plein de frites et de glace puis les poissons ils ont plein de couleurs.
— Si on reste ici, tu devras quand même aller à l'école, Mikan, répondit Itachi en coupant court à l'argumentaire, consultant sa montre pour évaluer le temps qu'il leur restait avant de devoir rejoindre l'aéroport.
Ils avaient encore bien assez de temps, ceci dit, et il prit le temps d'apprécier l'expression scandalisée de Mikan qui se coupla au fou rire silencieux qui secouait tant les épaules de Nagato qu'il dut se retenir aux draps et s'appuyer contre le lit.
— Mais pourquoi ? demanda-t-elle, choquée.
— L'école c'est important, proposa Itachi en tendant la main à Mikan pour qu'elle le rejoigne et laissa Nagato reprendre une contenance. Tu y apprends à lire, à écrire, à compter, tu te fais des copains, tu découvres de nouveaux jeux… Si on reste ici, tu ne verras plus Maman, ou Parrain, ou Maître Iruka, ou Kyoshiro.
— Ben si. Ils viennent aussi, répondit-elle sur un ton d'évidence. Maman, elle pourra travailler à l'hôpital ici et Parrain, je suis sûre il peut arrêter des méchants ici aussi. Et Maître Iruka, il aura qu'à devenir un vendeur de glaces, comme ça, je le verrai tout le temps.
Les vacances en compagnie de la famille Uzumaki avaient été exquises du début à la fin, jugea Itachi en tentant lui aussi de dissimuler l'amusement que provoquaient en lui les rêves fantasques de Mikan. Ils en revenaient détendus et souriants, la tête et les bras pleins de souvenirs extraordinaires et de babioles pour les touristes. Mikan avait tenu à ramener à absolument tous les gens qu'elle connaissait un petit quelque chose, après tout.
Ils avaient tous les trois changé de couleur à force d'exposition au soleil et Nagato avait fini par transformer son cramoisi en une jolie nuance dorée, grâce aux soins attentifs d'Itachi qui avait pris très au sérieux son devoir d'étalage de crème sur la peau rougie de son colocataire.
S'il était romantique, il pourrait prétendre que le toucher velouté de cette peau sous ses doigts lui avait donné envie de ne plus connaître que celle-ci pour le reste de son existence, mais il n'était pas romantique et aimait bien trop son métier pour se contenter d'une seule peau.
Cependant, ces semaines de vacances avaient été une parenthèse agréable dans leurs existences. Mikan allait, dès le lendemain, partir chez sa mère et Nagato et Itachi retourneraient au travail déchargés d'une partie de ce stress qui les avait pressés comme des citrons avant les congés.
Ils ne mirent pas longtemps à se préparer pour rejoindre l'aéroport et l'attente là-bas fut la plus pénible.
Quand ils rentèrent enfin chez eux, ils saluèrent Asuma qui leur donna la tonne de courriers qui les attendait et les informa des dernières nouvelles : les mesures de sécurité avaient été relâchées un peu, les températures avaient frôlé les records dans les jours précédents, l'affluence touristique avait grimpé en flèche, les films à l'affiche au cinéma n'étaient pas extraordinaires.
Ils le remercièrent et Mikan déposa le souvenir qu'elle avait ramené pour lui sur le comptoir, heureuse de recevoir un « Wow » émerveillé de la part d'Asuma et il leur fallut deux voyages pour pouvoir rapporter toutes leurs affaires à l'appartement.
Dès le lendemain, il faudrait retourner au travail et recommencer le rythme infernal et les deux adultes échangèrent un regard las alors que Mikan s'endormait à moitié, roulée en boule sur le canapé.
— Pizza, ce soir ? proposa Nagato et Itachi hocha la tête. J'irai faire les courses en sortant du travail, demain soir.
Ils finirent par s'endormir devant la télé, les pizzas à moitié mangées, tous les trois les uns contre les autres.
À bientôt !
