CHAPITRE 3

Eugénie Shultz était une enfant de 5 ans à peine, grande comme trois pommes et aux cheveux blonds et bouclés. Elle avait un faible pour les sauts dans les flaques d'eau, les bonbons au chocolat et les histoires de fantômes. Monsieur et Madame Shultz avaient constaté sa disparition tard dans la soirée lors que l'une des domestiques avait voulu récupérer une paire de ciseaux qu'elle pensait avoir oublié dans la chambre d'Eugénie. Elle avait trouvé la chambre vide, le lit intact comme si personne n'y avait dormi et monsieur Grenouille, la peluche préférée d'Eugénie, appuyé sur le rebord de la fenêtre grande ouverte. Les cris de la domestique avaient réveillé tout le logis et des recherches avaient été immédiatement entrepris. La demeure puis ses environs avaient été passé au peigne fin par les Shultz et tous leurs domestiques, aidés bientôt par leurs voisins que le bruit avait tiré de leur sommeil. En vain, Eugénie demeurait introuvable et l'alerte avait fini par être donné.

Quand les invités des Williams apprirent la nouvelle, la soirée fut rapidement écourtée. Personne n'osait le dire à voix haute mais tous y pensaient.

Il était revenu.

Il avait recommencé.

Tenant leurs enfants par la main, serrant les bébés dans leur bras, caressant d'une main tremblante les cheveux de leurs bambins, les différents convives partirent les uns après les autres jusqu'à ce qu'ils ne restent plus que les Williams, oncle Drosselmeyer et Hans.

Robert et Hans échangèrent un regard sombre.

— Chéri ? demanda Irène.

Robert s'avança vers elle et lui prit les mains.

— Je dois y aller Irène, je suis désolé. Ils vont avoir besoin de toutes les bonnes volontés à l'hôtel de ville.

Irène lui sourit mais Sarah pouvait voir que ses mains tremblaient.

— Bien sûr, je comprend Robert. Espérons que cette pauvre petite …

Elle laissa sa phrase en suspens et Robert se pencha pour l'embrasser sur le front.

— Nous allons faire tout notre possible, je te le promet. Veille à ce que les domestiques vérifient que toutes les portes et les fenêtres soient bien verrouillées. (Il marqua un temps de pause.) Peut-être qu'il serait préférable que vous dormiez tous ensemble dans la même chambre ? Au moins pour cette nuit ?

Sarah vit Cécilia se renfrogner.

— Il est hors de question que je dorme dans ces conditions. C'est ridicule, je ne suis plus une enfant et je préfère ma propre chambre merci bien !

Les sourcils froncés, Robert se tourna vers elle mais Hans le devança.

— Ce n'est pas une suggestion, dit-il d'une voix glaciale en l'attrapant par le bras. Tu dormiras avec les autres.

Les yeux écarquillés, Sarah dévisagea Hans avec surprise. C'était la première fois qu'elle entendait Hans élever la voix contre Cecilia. Le visage rougissant, cette dernière ouvrit la bouche pour protester mais en voyant l'expression de Hans, elle se reprit.

— Entendu, marmonna-t-elle en baissant les yeux.

Reprenant son air affable, Hans l'embrassa délicatement sur la bouche avant de lui murmurer quelque chose à l'oreille qui parut adoucir Cecilia. Derrière Hans, Sarah vit Toby esquisser une grimace et elle lui adressa un clin d'œil. Toby étouffa un ricanement.

— Messieurs, intervint Oncle Drosselmeyer. Vous pouvez partir l'esprit tranquille. Même si je ne suis plus de première jeunesse, je serai dans la chambre juste à côté, la porte ouverte, prêt à me servir de ma canne au moindre bruit suspect. (Il sourit.) Mes insomnies vont enfin servir à une noble cause.

Irène eut l'air soulagé et après que Robert l'eut chaleureusement remercié, Hans et lui acceptèrent une lanterne de Jesper et partirent à pied dans la nuit noire. Sortant sur le pas de la porte, Sarah les regarda s'éloigner, la neige faisant rapidement disparaître leurs silhouettes à l'horizon. Derrière elle, elle pouvait entendre les murmures inquiets des domestiques, les tentatives d'Irene pour les rassurer mais c'était comme si une chape de plomb s'était abattue sur le foyer.

— Sarah, appela Irene. Rentre à l'intérieur, tu vas attraper froid.

Sarah s'apprêtait à retourner à l'intérieur quand elle vit quelque chose derrière le portail au loin. Elle plissa les yeux mais ne bougea pas. Avec la neige, elle avait du mal à voir mais elle aurait pu jurer que quelqu'un ...

— Sarah ?

Irene posa la main sur son épaule et Sarah se retourna.

— Est-ce que ça va ?

Je ne sais pas.

— Bien sûr, mentit Sarah avec un sourire.

Irene la prit dans ses bras.

— Ne t'inquiètes donc pas, je suis sûre que tout ira bien.

Sarah acquiesça mais ne répondit rien. Derrière Irene, elle pouvait voir les domestiques tout autour de Toby : Jesper lui touchait l'épaule, Oncle Drosselmeyer lui ébouriffait les cheveux, une domestique lui donnait une friandise. Même Cecilia ne s'éloignait pas de lui. Instinctivement, ils ne le quittaient pas des yeux, comme s'ils avaient peur qu'il s'évapore s'ils clignaient des yeux.

Comme si ce n'était pas déjà arrivé auparavant.

La relâchant, Irene lui caressa la joue avant de retourner vers Toby et les autres. Jetant un dernier coup d'oeil dehors, Sarah referma la porte et monta avec les autres pour se préparer à aller se coucher. Une fois en chemise de nuit, elle profita du remue-ménage des domestiques qui devaient réaménager la chambre de ses parents pour s'éclipser et aller retrouver oncle Drosselmeyer.

Ce dernier était dans la cuisine au rez de chaussée en train de parler avec la cuisinière pendant que deux commis s'affairaient pas loin d'eux. Ils se tournèrent tous vers elle quand elle entra dans la pièce.

— Qu'est-ce qui se passe ?

Oncle Drosselmeyer lui sourit mais elle pouvait voir les rides d'inquiétude sur son front.

— J'étais en train de voir avec Madame Gisèle si nous ne pouvions pas prendre davantage de précaution.

Il s'écarta et Sarah vit que les deux commis avaient commencé à rassembler différentes plantes sur la table derrière lui. Sarah s'approcha et prit une branche ornée de petits fruits rouges.

— Du sorbier ?

Madame Gisèle acquiesça en se frottant les mains.

— Et nous avons aussi des fleurs fraîches d'ajonc, du millepertuis séché et du pain bien sûr.

— Et j'ai envoyé le petit Rolf chercher un sac de gros sel dans le cellier, ajouta oncle Drosselmeyer d'une voix guillerette.

Sarah soupira mais elle ne put s'empêcher de sourire devant son air satisfait. Oncle Drosselmeyer n'avait jamais été du genre à laisser les choses au hasard et si beaucoup aurait trouvé un fusil ou un sabre plus rassurant, Sarah savait que si c'était Lui, les armes des mortels ne serviraient à rien. Si elle n'était pas convaincue pour le reste, elle savait au moins que le sorbier fonctionnait bien.

Très bien même.

— Est-ce que vous avez besoin d'aide ? demanda Sarah.

Tout pour repousser le moment où elle devrait aller se coucher … Où elle se retrouverait seule face à ses pensées.

Oncle Drosselmeyer acquiesça, devinant sans peine son dilemme.

— Avec plaisir Sarah.

Sans perdre de temps, ils se partagèrent les différentes tâches. Pendant que Madame Gisèle déposait des tranches de pain à toutes les fenêtres, oncle Drosselmeyer s'occupait d'y mettre des fleurs d'ajonc avec l'un des commis tandis que Sarah et l'autre commis attachaient des branches de sorbier un peu partout. Après avoir appris ce qu'ils faisaient, Jesper avait proposé avec deux domestiques de remplir des petits mouchoirs de gros sel avant de les distribuer à toute la maisonnée.

Commençant par la salle à manger, Sarah s'approcha des grandes fenêtres et tira les rideaux. Prenant une branche de sorbier, elle l'attacha avec une ficelle de manière à ce qu'elle bloque les deux battants de la première fenêtre. Elle répéta le même schéma encore et encore jusqu'à ce que chaque fenêtre soit ornée de sa branche de sorbier.

Passant à la pièce d'à côté, elle se figea. Quelqu'un avait laissé toutes les fenêtres de la pièce grandes ouvertes et les lampes tout comme la cheminée étaient éteintes. Sarah fronça les sourcils. Ce n'était pas normal, surtout avec la disparition d'Eugénie. Avançant sans faire de bruit, Sarah s'approcha des fenêtres pour les fermer quand soudain elle trébucha sur quelque chose. Les branches de sorbiers lui échappèrent des mains mais elle se rattrapa de justesse. Jurant à voix basse, elle se retourna et baissa les yeux vers le sol pour chercher ce qui l'avait fait tomber. Une fois que ses yeux se furent adaptés à l'obscurité, elle aperçut une forme sur le sol. Son sang se glaça et comme dans un rêve, elle se baissa pour ramasser le casse-noisette. Il était étrangement tiède au toucher et dans la semi-obscurité, il avait presque l'air … Vivant ?

Non !

Elle le laissa tomber par terre et se recula de quelques pas. Il aurait du se trouver rangé dans sa boîte fermée à clé, bien à l'abri des regards dans la bibliothèque. Elle avait vu de ses propres yeux une domestique le prendre pour aller le ranger après l'annonce de la disparition de la petite fille. Il n'y avait aucune chance pour qu'elle l'ait laissé là, surtout sur le sol …

Pendant un instant, elle fut tentée de le ramasser pour aller le jeter dans la cheminée la plus proche mais elle ne bougea pas.

Parce que ça pourrait le tuer.

Parce que ça pourrait le délivrer.

Inspirant profondément, elle se força à retourner vers le casse-noisette pour le ramasser une nouvelle fois. Sarah était plus que consciente de sa vulnérabilité, seule dans la pièce en chemise de nuit de satin avec lui … Un frisson remonta le long de son échine et elle serra les dents.

Plus jamais !

Relevant le menton, elle regarda autour d'elle jusqu'à ce que son regard se pose sur un objet qui avait été laissé à l'abandon non loin du grand sapin. Pour la première fois depuis longtemps, un sourire malicieux se dessina sur ses lèvres et quelques minutes plus tard, le casse-noisette était allongé dans un joli landau de poupée avec un petit bonnet de nuit et une douce couverture rose pâle.

— Voilà, murmura-t-elle en se penchant sur lui. Tu n'as aucun pouvoir sur moi. Aucun !

Pendant un instant, il lui sembla que le casse-noisette allait lui répondre ou se lever pour se venger de l'humiliation subie.

Un petit rire nerveux lui échappa.

Mais non, le casse-noisette resta prisonnier de sa prison de bois et de froufrous et Sarah reprit sa tâche, un petit sourire aux lèvres.

Elle ne vit ni les petites formes dissimulées derrière les ornements du sapin qui l'observaient, ni la silhouette de l'homme derrière la fenêtre qui souriait.

Désolé pour le retard, je sais que j'avais promis avant dimanche il y a plus de quinze jours ... Mais je me trouve toujours des excuses pour ne pas écrire / traduire ma fanfiction x)

TRALALALA SUSPENSE =D Enfants disparus, ombres mystérieuses en coin de l'œil et un certain casse-noisette qui commence à se mettre à l'aise ... Bon d'accord peut-être pas à la fin xD (Sarah va avoir de gros ennuis ... nous savons tous qu'un certain roi de gobelins est plutôt vindicatif =))

PS: j'ai promis que le prochain chapitre viendrait plus vite ... Enfin j'espère xD