CHAPITRE 6

Après le départ de Didymus, Sarah n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Ce qu'avait dit Didymus résonnait dans sa tête tout comme les menaces du Mausekönig. Elle ne pouvait pas se permettre de faire le moindre faux pas. Alors à peine le soleil levé, Sarah n'attendit pas que les autres se lèvent et elle se glissa hors de la chambre sur la pointe des pieds. Elle était épuisée mais plus déterminée que jamais.

Sarah ne savait pas si Il était responsable ou non de la disparition de la petite fille ou si le Mausekönig était un de ses nouveaux tours pour la manipuler ou s'échapper mais Il était son prisonnier, pas celui du Mausekönig. S'il le voulait tant que ça, il allait devoir faire mieux que des menaces au bout milieu de la nuit.

Et puis, Sarah lui préparait une petite surprise.

Après tout, ce n'était pas la première fois que je me débarrassais d'un roi.

Elle se tenait debout, immobile, au bord de l'étang qui se trouvait au fond de la propriété de son père. Il faisait nuit noire mais le ciel était dégagé et les rayons de la lune jetaient une lumière blafarde sur l'endroit. Chaque bruissement dans les buissons, chaque craquement de branches prenait une tournure sinistre. Il n'y avait pas de vent, seulement de la neige qui tombait doucement depuis quelques minutes déjà mais pourtant, il semblait à Sarah que les arbres murmuraient entre eux. Ou peut-être n'était-ce pas les arbres qui murmuraient …

Sarah s'approcha doucement de l'étang pour observer son reflet dans l'eau. La fille … Non la femme qui lui renvoyait son regard dans l'eau paraissait presque chimérique. Elle portait une longue robe noire aux manches courtes et bouffantes qu'elle avait emprunté à sa belle-mère. Elle avait laissé le corset tout comme les gants dans son armoire, tout deux étant trop grands pour elle. Elle avait pensé se coiffer avec un chignon sophistiqué et des boucles élégantes comme elle avait vu tant de fois Irene le faire mais elle avait finalement décidé de laisser son visage nu et ses cheveux détachés. Le moment des vanités était révolu.

Quand l'église sonna les douze coups de minuit, un silence surnaturel s'abattit sur le jardin. La nature même semblait retenir son souffle. Soudain, Sarah sut qu'elle n'était pas seule. Elle se raidit mais ne se retourna pas.

Tu ne pensais pas que ça serait aussi facile Precious ?

Elle frissonna en entendant sa voix, toujours la même voix caressante et un brin moqueuse. Inspirant profondément, elle pivota sur elle-même. Il était là, vêtu comme le sombre roi qu'il était : un costume régalien élégant et raffiné mais près du corps et qui ne laissait rien ou presque à l'imagination. Vêtu ainsi tout de noir, son visage et surtout ses yeux inhumains qui avaient tant fasciné Sarah ressortait d'autant plus dans la pénombre tout comme la délicate couronne argentée de volutes et de rêves qu'il portait à son front ainsi que la longue cape faite de plumes argentées sur ses épaules.

Sarah prit soudain conscience qu'alors qu'elle l'observait, lui s'était figé, comme si le temps lui-même s'était arrêté. Elle se redressa pour croiser son regard et en voyant son expression, Sarah recula d'un pas. Son geste parut le sortir de sa torpeur et ses lèvres se muèrent en sourire presque … Affamé.

Oh precious, murmura-t-il en s'approchant lentement. Décidément, tu me surprendras toujours.

Pendant un instant, Sarah se vit tourner les talons et partir en courant vers la maison de son père, la lumière, la chaleur, la sécurité mais le temps où son père pouvait régler tous ses petits bobos étaient finis et elle devait assumer ses responsabilités. Et surtout, en le regardant s'avancer vers elle comme un prédateur en chasse, elle savait que courir était vain. Il la laisserait peut-être effleurer la poignée de porte de la maison mais jamais il ne la laisserait lui tourner le dos ainsi.

Alors Sarah ravala ses peurs, croisa les bras et soutint son regard jusqu'à ce qu'il se trouve à seulement quelques centimètres d'elle.

Tellement de possibilités, souffla-t-il en se penchant vers elle.

Tout en observant attentivement ses réactions, il posa sa main sur son bras nu avant de remonter lentement le long de son bras jusqu'à son épaule. Il caressa ses cheveux avant de les écarter pour pouvoir accéder à son cou qu'il effleura du bout des doigts avant de suivre le chemin de sa jugulaire jusqu'à son menton qu'il prit délicatement entre ses doigts, lui laissant tout le temps de se dégager si elle le souhaitait. Sarah tremblait mais elle ne bougea pas. Ses mains étaient entièrement recouvertes par des gants doux comme la soie mais aussi froids que de la glace. Ses yeux bicolores la fixaient, hypnotiques, inhumains par leur froideur mais il y avait aussi quelque chose de terriblement humain dans la faim qu'elle y voyait.

Sentant qu'elle ne tiendrait pas plus longtemps, Sarah se haussa sur la pointe des pieds, ferma les yeux et l'embrassa. Le baiser ne dura qu'un instant mais Sarah savait qu'elle n'oublierait jamais ses lèvres douces et étrangement brûlantes. Quand elle rouvrit les yeux, elle vit que le roi des Goblins semblait pétrifié, l'expression sur son visage reflétant la confusion et peut-être aussi … l'émerveillement ?

Troublée, Sarah recula d'un pas mais c'était comme si un sort s'était brisé. Sous ses yeux, le roi des Gobelins redevint celui qu'elle avait affronté : son regard se fit triomphant, son sourire cruel et il l'attrapa par le bras pour la tirer vers lui.

Oh precious, tu n'aurais pas …

Mais il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Il lâcha Sarah brusquement et elle en profita pour mettre une certaine distance entre elle et le roi. Mais il ne lui prêta aucune attention, trop occupé qu'il était à toucher ses lèvres puis son visage. Il ôta d'un geste brusque ses gants avant de lever ses mains en l'air pour les regarder avec horreur.

Comment …

Il tourna lentement la tête vers Sarah qui se tenait bien droite sans le quitter des yeux. Si elle devait être honnête avec elle-même, elle n'avait pas été entièrement convaincue par la solution proposée par l'Oncle Drosselmeyer. Mais elle était désespérée et son oncle ne l'avait jamais déçue jusqu'ici alors elle l'avait aidé à préparer l'onguent dans son atelier, un mélange de cire d'abeille, de petites fleurs blanches étoilés et de poudre bleutée. C'était une recette qu'il avait découvert lors d'un de ses voyages dans le Nord, là où les fjords étaient hantés et où les nuits lumineuses duraient des mois. Elle était inoffensive pour les humains mais pour le petit peuple … Alors sur le chemin du retour, Sarah avait fomenté un plan, un plan qui était loin d'être infaillible mais qui, s'il réussissait, assurait la sécurité de tous les habitants d'Hamelin. Et quand elle avait eu fini de se préparer pour l'affronter, elle avait enduit avec précaution ses lèvres de l'onguent magique. Son oncle avait été très clair : l'onguent ne serait efficace que s'il entrait en contact avec la peau nue du roi … Et contre toute attente, ça avait marché.

Tu n'as aucun pouvoir sur moi, dit-elle d'une voix forte et claire. Ni sur ma ville. C'est fini, désormais nous serons en sécurité !

Elle s'attendait à ce qu'il soit furieux, même à ce qu'il essaie de la tuer mais le roi des Gobelins l'a regarda sans rien dire et puis, un sourire se dessina lentement sur son visage, un sourire de fierté qui effraya plus Sarah que tout ce qu'elle avait pu voir ce soir. Mais avant qu'elle ait eu le temps de dire ou faire quoi que ce soit, le terrifiant roi des Gobelins se mit changer sous ses yeux ébahis. Sa peau si blanche commença à brunir, ses membres à se raidir, ses traits à se figer … Des craquements sonores résonnèrent dans la nuit comme des coups de fusil et petit à petit, Il commença à rapetisser et rapetisser … Jusqu'à ce qu'à la place de la créature qui avait tant terrifié Sarah, il ne reste qu'un inoffensif casse-noisette.

Dans la maisonnée des Williams, tout le monde dormait encore. Après s'être lavée puis habillée avec des vêtements chauds, Sarah partit vérifier si son père était bien rentré mais un serviteur lui confirma que ce n'était pas le cas. Sachant qu'elle n'aurait pas une chance pareille de si tôt, Sarah remercia le serviteur et se dépêcha de descendre à la cuisine. Là-bas, les serviteurs se démenaient déjà de plus belle même si une certaine tension flottait encore dans l'air.

Quand elle l'aperçut, Madame Gisèle eut l'air inquiète.

— Mademoiselle Sarah, dit-elle en s'avançant vers elle. Il est encore tôt ! Est-ce qu'il y a un problème ?

Sarah secoua la tête et la rassura d'un sourire.

— Pas du tout, je viens juste récupérer un peu de sel.

Une servante à côté d'elle commença à ouvrir la bouche mais la cuisinière lui fit signe de se taire avant d'indiquer à Sarah un gros sac sur le côté.

— Allez-y mademoiselle, vous pouvez vous servir.

Sarah la remercia et commença à remplir ses poches de manteau de gros sel. Elle récupéra également plusieurs branches de sorbier que quelqu'un avait laissé à côté du sac. Après les événements de cette nuit, Sarah ne voulait pas prendre de risques inutiles.

Alors qu'elle s'apprêta à quitter la cuisine, Sarah se retourna pour faire face à madame Gisèle.

— Est-ce que vous avez des nouvelles de l'enfant disparu ?

Madame Gisèle secoua la tête d'un air navré.

— Aucune nouvelle je le crains mademoiselle. Le majordome de monsieur le maire est passé ce matin pour nous dire que les recherches continuaient et (Elle lui lança un regard appuyé.) qu'il fallait continuer d'être prudents.

Ignorant l'avertissement à peine déguisé, Sarah la remercia une nouvelle fois avant de quitter la cuisine. Elle monta directement à l'étage et se faufila jusqu'au grenier où elle savait que l'oncle Drosselmeyer avait rangé la caisse en bois où Il se trouvait. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver la jolie caisse ouvragée en bois de sorbier au milieu des grandes caisses poussiéreuses remplies de vieux vêtements, d'anciens jouets et de nostalgie.

Pourtant, Sarah hésita un instant avant de prendre la boîte. Des années à attendre que quelque chose se passe, des années à redouter les hivers et les murmures tard dans la nuit et aujourd'hui …

Elle secoua la tête et se pencha pour prendre la boîte. Elle n'avait plus le choix, le roi des Gobelins n'était plus en sécurité ici et après ce qui s'était passé hier, quelqu'un devait faire quelque chose.

Et ce quelqu'un, c'était elle.

Après s'être assurée qu'elle avait tout ce dont elle avait besoin, Sarah s'empressa de quitter la maison. Dehors, le jour venait à peine de lever et l'air portait encore l'humidité et la fraîcheur de la nuit. Il n'y avait presque personne dans les rues d'Hamelin et les rares habitants que Sarah croisa semblaient nerveux et marchaient d'un pas rapide.

Alors qu'elle passait sur le parvis de l'église, un homme l'arrêta, l'un des apprentis du boulanger qui venait régulièrement livrer le pain chez les Williams.

— Mademoiselle, dit-il en la saluant. Est-ce que vous avez entendu la nouvelle ?

— Quelle nouvelle ?

Il se pencha vers elle.

— La petite Shultz n'a toujours pas été retrouvé, lui annonça-t-il d'un air important. Mais ils ont trouvé des indices.

Sarah fronça les sourcils.

— Des indices ?

L'apprenti hocha la tête.

— Les hommes auraient découvert dans la forêt des traces de pas et l'un des rubans que la petite portait dans ses cheveux.

Troublée, Sarah secoua la tête.

— Mais pourtant, Il ne laissait jamais de traces derrière lui.

L'apprenti acquiesça.

— Peut-être que ce n'est pas Lui … Mais j'aurais préféré.

Sarah le dévisagea comme s'il avait perdu l'esprit.

— Pardon ?

L'apprenti rougit légèrement.

— Et bien, avec Lui, on savait à quoi s'en tenir au moins alors que là ...

Perturbée, Sarah reprit sa route en serrant fort la boite contre elle. Quelque chose n'allait pas dans cette disparition. Elle savait que ça ne pouvait pas être le roi des Gobelins mais même s'il y était mêlé, jamais il n'avait d'indices auparavant. Il n'en avait pas besoin, tout le monde savait ce qu'une disparition signifiait. Mais si ce n'était pas lui, alors qui ?

Plongée dans ses pensées, Sarah continua son chemin et finit par sortir du village. Quelques flocons de neige commencèrent à tomber et Sarah accéléra le pas. La route qu'elle suivait n'était guère empruntée : elle était isolée, boueuse, sinueuse et elle longeait une partie de la forêt où les nuits semblaient plus longues et les arbres plus vivants. Sarah garda scrupuleusement les yeux rivés sur le chemin sous ses pieds, ignorant les murmures qui s'échappaient de la forêt. Quelques minutes plus tard, elle finit par arriver à l'entrée du vieux cimetière d'Hamelin.

Installé dans une clairière en lisière de la forêt, le cimetière d'Hamelin était un lieu à part. Les personnes de passage le pensaient abandonnées mais en réalité, il était toujours en activité et ce depuis plusieurs siècles. C'était juste que la forêt l'avait revendiqué et le prêtre du village avait décidé depuis longtemps qu'il était plus facile de vivre avec la forêt que contre la forêt. Alors, il avait abandonné l'idée d'une enceinte en pierre autour du cimetière et d'une église funéraire et il se contentait de veiller au bon déroulement des cérémonies funéraires là-bas et surtout, il ignorait avec le plus grand soin les lumières qui étaient visibles depuis le clocher de l'église certaines nuits.

Prenant garde à ne pas trébucher sur les racines sombres des arbres, Sarah s'enfonça un peu plus profondément dans le cimetière. Le sol humide s'enfonçait sous ses pieds et elle dût plusieurs fois rebrousser chemin pour éviter les pierres tombales moussues qui semblaient se pencher un peu plus les unes vers les autres au fil des années. Avec le froid environnant, la plupart des statues et des monuments funéraires qui n'étaient pas recouverts de mousse et de lichen de givre étaient blanchi par le givre. Tout y était silencieux et avec l'ombre des grands arbres qui l'encerclaient, on avait presque l'impression qu'il faisait nuit. Pourtant, Sarah n'avait pas peur. Le cimetière comme la forêt ne l'avaient jamais inquiété : elle y avait passé trop de temps quand Oma Adelheid était décédée, à regarder les écureuils se chamailler et la pluie tomber. Se dirigeant vers le fond du cimetière où les tombes les plus anciennes se trouvaient, elle s'arrêta devant la grande chapelle funéraire familiale, un monument funéraire imposant en pierre sombre.

Elle poussa la grille qui s'ouvrit dans un grincement sinistre avant d'entrer. A l'intérieur, il faisait froid et humide et la seule source de lumière provenait d'une petite lucarne au dessus de la porte. Mais Sarah n'avait pas besoin de lumière pour s'y retrouver et elle alla directement jusqu'au sarcophage en pierre de sa grand-mère. Posant la boîte contenant le casse-noisette par terre, elle enleva ses gants et poussa le couvercle du sarcophage de toutes ses forces pour laisser apparaître une ouverture juste assez grande pour le casse-noisette.

Vérifiant qu'il n'y avait personne, elle s'essuya les mains sur son manteau avant de reprendre la boite par terre pour l'ouvrir. A l'intérieur, le casse-noisette était toujours là mais dans la pénombre du caveau, elle avait l'impression qu'il scintillait légèrement.

Sarah le prit et le tint devant elle bien droit.

— Voilà ta nouvelle demeure jusqu'à ce que cette histoire soit réglée. Ne t'inquiète pas, tu ne seras pas seul. Oma sera là pour te surveiller.

Autour d'elle, les ombres se firent soudain plus sombres et Sarah eut l'impression que la température était soudainement descendue. Avant qu'elle ne change d'avis, Sarah se mit sur la pointe des pieds et déposa le casse-noisette dans le sarcophage à côté du squelette de sa grand-mère. Elle y ajouta les branches de sorbier mais après hésité, elle décida de garder le sel avec elle. Ensuite, cela lui prit une dizaine de minutes pour remettre le lourd couvercle du sarcophage en place et quand elle eut fini, Sarah était en nage. Essoufflée, elle reprit la caisse vide et ses gants et après avoir vérifié que tout était en place, elle sortit de la chapelle. Mais alors qu'elle s'apprêtait à franchir le seuil de l'entrée, elle entendit comme un bruissement derrière elle. Le cœur battant, elle se retourna et vit que des plantes grimpantes avaient commencé à pousser pour former comme un cocon de protection autour du sarcophage … Ou une prison végétale.

Sarah sourit et inclina légèrement la tête en direction des plantes en murmurant des remerciements avant de partir. Dehors, il tombait de plus en plus de neige et Sarah se dépêcha de sortir du cimetière. Le reste de sa famille devait être réveillé maintenant et même si madame Gisèle avait dû les informer que Sarah était partie tôt ce matin, elle ne voulait pas trop tarder et risquait de les inquiéter.

Elle était presque arrivée à l'entrée du village quand elle vit au loin un homme qui semblait venir de la vallée. Malgré le froid et la neige, il marchait d'un pas guilleret sans se presser, sifflotant un petit air entraînant. Sarah ne le reconnaissait pas et elle était presque sûre que ce n'était pas quelqu'un du village : elle n'aurait pas oublié de tels vêtements colorés. Avec son manteau lilas et jaune criard, ses culottes rayées rouges et blanches, son chapeau cramoisi et ses bottes vertes salies par la boue du chemin, il avait l'air ridicule mais quelque chose chez lui poussa Sarah à ralentir le pas pour l'observer plus attentivement. Il portait un gros sac de toile sur son dos et quand il arriva à sa hauteur, elle vit qu'il était à peine plus âgé qu'elle et qu'il avait un visage affable quoique quelconque.

— Excusez-moi, dit-il en soulevant son chapeau. Pourriez-vous me renseigner ?

Sarah acquiesça sans rien dire.

— Pourriez-vous me dire si je suis bien sur la route d'Hamelin ?

— Vous êtes presque arrivé, lui répondit Sarah en lui montrant le village devant elle.

L'inconnu se frotta les mains.

— Parfait, je vous remercie.

Sarah s'apprêtait à le laisser quand il l'interpella.

— Mademoiselle, est-ce que vous habitez là-bas ?

— Oui, répondit-elle. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je …

Il la coupa.

— J'ai entendu dire que le village avait connu quelques ennuis récemment … Est-ce que c'est vrai ?

Sarah se raidit.

— Pourquoi voulez-vous le savoir ?

L'inconnu haussa les épaules l'air de rien.

— Les nouvelles vont vite, dit-il avec nonchalance. Et je pense que je vais pouvoir vous aider !

Sarah le considéra avec suspicion.

— Ah oui ?

L'inconnu hocha vigoureusement la tête.

— Oui, j'ai une certaine expérience dans le domaine des enfants disparus.

Sarah haussa un sourcil mais ne dit rien. Elle essayait de ne pas juger les personnes trop vite mais quelque chose chez cet inconnu la mettait mal à l'aise.

Peut-être était-ce les événements récents qui la rendaient paranoïaque. Ou peut-être était-ce la façon dont il paraissait si excité à l'idée qu'un enfant ait disparu.

— Peut-être que vous avez déjà entendu parler de moi, continua l'inconnu en ignorant la désapprobation sur le visage de Sarah. Je m'appelle Pierre (Il lui tendit la main.) Pierre, le joueur de flûte.