28/07/20 NDA : Bonsoir à tous. Plus d'un an pour ce chapitre, je suis vraiment désolée. Je suis en mode écriture depuis seulement deux jours, et ça sort un peu n'importe comment. Espérons que je parvienne à prendre un peu d'avance pour que vous ayez de la lecture dans les mois qui vont suivre. Je ne garantis rien, mais je suis lancée…
J'espère n'avoir pas perdu tout le monde en cours de route, même si ça ne m'étonnerait pas. Si vous passez par-là, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire, même si c'est pour dire que c'est nul !
Je vous souhaite une bonne lecture, tout de même.
PS : Merci à Zergath pour son petit message. Ça me fait toujours plaisir de voir qu'on me lit!
Chapitre 4 : Où l'on apprend à se connaitre
Deux semaines s'étaient écoulées à présent. Deux semaines durant lesquelles Auryn avait pu cartographier autant que possible la forêt de Firone en compagnie de Link. Qui avait presque oublié qu'il ne l'accompagnait pas pour se balader mais pour retrouver un sac prétendument perdu.
Et cela faisait quelques jours déjà, que Rusl charriait lui-même son petit protégé au sujet de la demoiselle. Il faut dire que le berger cherchait toujours après elle, ne parlait que d'elle, et semblait définitivement sous son charme. Et si la demoiselle semblait en effet, souvent le chercher des yeux elle aussi. La vérité en était toute autre.
« Tu comptes le nier longtemps ? » Elle sursauta au hennissement de sa monture, et grogna entre ses dents.
« Mais tais-toi… »
« Tu as dit quelque chose ? » Auryn secoua vivement la tête, avant de se tourner vers Link, qui allait au même rythme qu'elle. S'il avait été plus défiant, peut-être aurait-il vu la lueur de crainte dans les prunelles turquoise de la conteuse, et remarqué le ton presque hâtif de sa voix.
« Merci d'être là ! » Le toalien lui offrit un sourire ravi, avant de reprendre la conversation là où il l'avait cessé. Ainsi, les roses vertes qui ornaient certains arbres étaient des parasites, et la jeune femme se demandait encore pourquoi il avait fallu qu'elle en arrive là. Le rappel de toutes ces heures, perdue dans la forêt, puis dans la plaine d'Hyrule, fut suffisant pour qu'elle accepte de jouer encore un peu le rôle qu'elle s'était imposée.
« À force de jouer avec le feu, on se brûle… » Si au moins Naboo pouvait se taire…
Tandis qu'ils avançaient, et que Link lui expliquait comment fonctionnait la flore dans cette contrée encore sauvage, ils virent au loin quelques singes s'agiter puis disparaître dans les arbres. Auryn cligna des yeux, stupéfaites.
« Des singes… ? » Demanda-t-elle au berger.
« Oui. Ils sont tout un groupe près des anciennes ruines du palais. Tu ne les as pas vu en passant ? » Se rappelant qu'elle devait surjouer, elle secoua la tête.
« Absolument pas… Je me souviens d'être passée par là mais je n'avais rien vu du tout… Mince… » Elle fit la moue, jouant toujours. « Tu crois que ce sont eux qui on prit mon sac ? » Link parut réfléchir avant de hocher la tête.
« C'est possible, ce sont des petits chapardeurs. » Il étira son cou, et tenta de voir la direction qu'ils avaient prise. « On va voir ? »
Auryn hocha la tête, presque docile, comme si elle lui faisait confiance. Mais intérieurement, elle bouillonnait. Elle y était. Ça y est. Les ruines de l'ancienne citadelle d'Hyrule étaient à une centaine de mètres d'eux. Et le temple de la lumière aussi. Il fallait qu'elle cartographie tout ça, pour pouvoir revenir au plus vite, et mettre son plan à exécution. Il ne suffirait que de deux jours pour mettre en place son projet, ensuite, elle irait récupérer la Galactic Sword, et tout se mettrait en place.
Durant toute l'après-midi, l'ancienne princesse de l'entre-deux jubilait. Et alors qu'il lui présentait les ruines sans vraiment faire attention, elle, elle dessinait sur son parchemin de cuir. Elle n'essayait même pas d'être discrète, et s'extasiait sur chaque chose qu'il montrait du doigt. Mais pas pour les raisons qu'il pensait.
Plus besoin de se torturer l'esprit et de se battre contre Iria dés qu'elle la croisait. Elle allait très bientôt disparaitre, et tout rentrerait dans l'ordre. Le plan se formait déjà dans son esprit. Récupérer l'épée, déclencher une tempête assez importante pour forcer les villageois à se mettre à l'abri, et faire semblant de tomber dans le ravin et d'y passer. Personne pour essayer de la sauver, il mettrait son décès sur le compte de la malchance, et elle serait loin lorsqu'ils comprendraient qu'aucun corps ne s'échouera en contre-bas.
« Tout va bien ? » Demanda Link sur le chemin du retour. Perdue dans ses pensées, Auryn le força à se répéter, avant de secouer la tête.
« Oui, désolée. J'ai trouvé cette journée particulièrement splendide, même si nous n'avons pas retrouvé mon sac. » Le mensonge n'en était presque pas un, mais il fut suffisant pour faire naître des rougeurs sur le visage bronzé du berger.
« On va y arriver… Je te le promets… »
oOoOoOo
Le soleil s'était couché depuis une heure maintenant, et la pauvre princesse des temps anciens se demandait encore pourquoi elle était dans la cuisine du toalien. S'était-elle trop prise au jeu ? Elle l'ignorait. Sa bouche avait parlé avant elle. Ou peut-être était-ce son estomac ? Il cuisinait divinement bien, et c'était agréable de manger un vrai repas, et pas juste grignoter un bout de pain et du fromage un jour sur deux.
Mais ce n'était pas raisonnable, non, vraiment pas.
Link coupait des tranches dans une courge et éminçait des morceaux de bœuf. Il était en train de leur préparer une sorte de soupe, qu'il comptait ensuite verser dans la cucurbitacée vidée en guise de bol, c'était intéressant, et ça sentait bon. Il parlait aussi, beaucoup, et Auryn écoutait sans dire un mot. Le jeune homme était heureux qu'elle soit là et ait accepté son invitation. Il disait d'elle qu'elle était une brise légère et nouvelle, qu'il appréciait sa présence.
Il la trouvait différente des autres, mieux, supposait d'abord que c'était parce qu'elle venait d'ailleurs et pouvait conter monts et merveilles, en plaisantant. Mais vint le moment où la franchise parla à sa place. Et cela apporta une amertume sans nom à la demoiselle, assise sur le coussin juste à côté.
« Pour être honnête, j'ai l'impression d'avoir retrouvé quelqu'un que j'avais perdu, avec toi… » Crispée et mal à l'aise, Auryn ne pouvait pas répondre à cela. Pourtant elle devait le faire, elle avait utilisé ce jeune homme pendant des jours, et elle ne pouvait pas le laisser sans réponse.
« Link je… Je ne sais pas quoi dire… Tu sais que je suis une conteuse d'histoire, je suis nomade, et je bouge beaucoup… » Ciel, ce que ce mensonge lui coutait, après un tel discours sur sa personne. « Je n'ai pas eu de chez moi depuis des années, et c'est stupide, mais ici… Maintenant, c'est un peu comme être chez moi… Je veux dire, tu es gentil, tu me fais rire, tu m'accompagnes tous les jours, et ça ne te dérange pas que je ne sois pas plus élevée dans la société ou je ne sais quoi… Tu me nourris même, et c'est peu dire, parce que si tu voyais ce que je mange sur les routes, tu hurlerais… » Elle s'était un peu embrouillée, et sans le savoir, la vérité et le mensonge s'était mêlée. « Enfin…Merci… D'être toi, et de m'offrir tout ça… C'est adorable. »
Et je suis désolée de ce qui va suivre…
Ils avaient discuté jusque très tard dans la nuit, et lorsqu'elle quitta la cabane, la lune était haute dans le ciel. Emportant Naboo avec elle sans prêter attention à ses remarques, elle se rendit près de la fontaine à nouveau, et étendit la petite couverture sur l'herbe, avant de s'y coucher. Mais elle ne dormit pas. Se tournant sans cesse, elle réfléchissait. Les choses commençaient à se compliquer sans qu'elle ne le veuille.
« Oh et puis zut… » Râlât elle en se redressant.
Plaçant ses deux mains l'une au-dessus de l'autre, paumes vers le cœur, elle murmura quelques paroles étranges, et bougea ses mains en cercles. Une étrange flamme bleue vacillante éclata au centre, apportant un semblant de lumière, avant de grandir. Lorsqu'elle fut suffisante pour éclairer le coin qu'elle avait choisi de la même façon qu'un chandelier de dix bougies, Auryn laissa flotter la flammèche dans le vide, et tira ses affaires à elle. Les cartes de cuir et le fusain furent employés à la confection des derniers traits de sa carte de la forêt de Firone.
Mais furieusement, elle finit par jeter son bâton de fusain sur le sol. Sa main noircie vint tenir sa tête tremblante. Auryn ne se sentait vraiment pas bien. Nauséeuse, la demoiselle se releva d'un bon et alla rendre le contenu de son estomac près d'un arbre, un peu plus loin. En sueur et bien pâle, ses genoux ployèrent, et elle se retrouva dans l'herbe. Naboo la retrouva ainsi, vautrée au sol, sa main agrippée au tronc de l'arbre qui n'avait pourtant pas su la retenir.
« Mon enfant… »
« Je suis un être abominable, Naboo… » Gémit-elle. L'étalon souffla de l'air chaud sur son visage trempé.
« Non. Tu es l'élue. Tu n'as jamais eu le choix pour cette mission. »
« Je ne parle pas de ça ! J'utilise Link… Je ne devrais pas, je vais juste le blesser et il ne mérite pas ça. »
« Et tu le regrettes. C'est ce qui fait de toi quelqu'un de bien. Mais le destin des trois mondes repose sur tes épaules, et son cœur, même s'il t'attire, ne peut pas t'avoir à ses côtés. » Le cheval s'en voulait de prononcer de telles paroles après avoir autant charrier sa maîtresse, mais pouvait-il faire autrement ?
Comme une petite fille, Auryn s'accrocha à l'encolure de l'animal qui la tira jusqu'à la couverture sur laquelle elle s'était couchée plus tôt. Il l'enjoignit de dormir, et la borda. Nabooru, celle dont il tirait son nom, l'avait préparé à protéger l'âme pure de cette petite princesse. Mais il comprenait seulement maintenant, qu'elle n'était pas juste une héroïne. Link la voyait comme une vraie femme, et pas comme la sauveuse des trois mondes, il était évident que le jeune homme l'appréciait plus qu'il ne le disait, et bien que ce soit touchant, le dilemme devait être effroyable.
oOoOoOo
Midi approchait, et Auryn pestait.
Elle avait passé la matinée à l'auberge, dans l'espoir de confectionner un repas convenable qu'elle pourrait apporter au toalien en guise de remerciement. Et pourtant, elle était incapable de se rendre à la bergerie. Elle stagnait sur la grande pente verdoyante, le cœur battant, perdue entre son rôle ici et son cœur. Plusieurs tranches de lards confites attendaient dans un plat de terre cuite, elle avait cuit des légumes dans un grand pot fermé avec du miel, pris du pain, du fromage. Un repas de chez elle.
Mais mener ce panier et déjeuner avec le berger semblait être bien plus terrible que toutes les batailles qu'elle savait devoir mener. Chaque fois que sa décision était prise, une petite voix lui rappelait qu'elle n'avait pas le droit ni le temps de jouer à la fille normale. Un nouveau soupir angoissé franchit ses lèvres, alors qu'elle faisait un pas dans la montée. Elle était lancée.
Jusqu'à ce qu'un raclement de gorge la fasse sursauter.
Faisant volteface, le panier contre sa poitrine, comme prise en faute, Auryn croisa les prunelles verte d'Iria. Et ce fut comme si un sentiment de honte lourde s'emparait d'elle. Pourquoi était-elle là ? Elle n'avait rien à faire dans ce village hormis se rapprocher du temple et prendre l'épée. Elle savait désormais où elle était, il n'y avait plus qu'à s'y mettre, pourquoi trainait-elle autant ? Ils allaient tous l'oublier, ça ne servait à rien de passer plus de temps avec le berger.
« Tu comptais lui rendre visite, pas vrai ? » La voix était amère. Iria était évidemment éprise du jeune homme et elle marchait sur ses plates-bandes.
« Je voulais le remercier… Pour tout ce qu'il a fait pour moi. » C'était inconfortable. Pourquoi se justifiait-elle ?
« C'est ça. Et tu espères rester ici ensuite, c'est ça ? Il t'oubliera très vite quand tu partiras, si tu te tiens à tes propres paroles, évidemment. » Oui… Evidemment. Elle avait dit ne pas être intéressée par Link, seulement à ses cotés pour visiter la forêt. Elle n'avait pas menti, en soi… Elle n'était pas ici pour Link. Elle n'aurait jamais dû rester aussi longtemps. Son malaise deux jours plus tôt aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Il était temps de partir.
« Non. Tu as raison, il m'oubliera. Tout le monde le fera. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris. » Auryn ravala cette étrange boule qui se formait au fond de sa gorge et laissa tomber le panier qui fit tinter les faïences entre elles. Les légumes s'éparpillèrent, et une délicieuse odeur se rependit. « Je pars. » Elle se tourna vers la forêt.
Ses premiers pas étaient lents, elle avait l'impression que ses jambes pesaient une tonne chacune. Mais bientôt, ce poids s'allégea, en même temps que des larmes de rage traîtresse coulaient de ses yeux. Et elle se retrouva à courir le plus vite possible sans même écouter ce qu'il se passait autour d'elle. C'est pourquoi elle ne sut jamais que Link avait quitté la bergerie et avait assisté à l'échange. Pas plus qu'elle ne le vit sermonner Iria pour sa froideur ou prévenir son ami qu'il partait à sa poursuite.
oOoOoOo
Naboo n'était pas juste un cheval pommelée affectueux avec sa petite maîtresse. Il était surtout l'étalon le plus rapide de tout le désert après Otello, celui de Nabooru. Auryn ne tenait même pas les rennes, elle se contentait d'indiquer les directions à prendre à travers les bois. Le regard encore brillant, elle fixait la carte qu'elle avait tracé à mesure de ses ballades avec Link. Mais elle se forçait à oublier comment elle était parvenue à ce résultat. Elle ne voulait plus jamais entendre parler du toalien.
Sa mission était en route.
Elle aurait dû penser qu'avec la nuit, certaines créatures allaient sortir, mais elle s'en fichait, et même si les entailles sur ses bras et ses jambes lui faisaient mal, elle était parvenue à leur échapper grâce à la vitesse de son ami, et ses coups de cimeterre. Il fallut presque deux heures encore, avant d'arriver aux ruines du temple du temps, et une fine bruine avait décidé de couler du ciel.
Mets-toi à couvert, je ne sais pas combien de temps ça prendra. » Avait-elle dit d'un ton qui ne souffrait d'aucun refus.
Et Auryn avait franchi la limite.
La lyre entre ses mains fit résonner avec une force étrange, les quelques notes du chant des tempêtes. Le ciel argenté qui recouvrait les ruines commença lentement à s'assombrir, jusqu'à devenir aussi noir que les plumes d'un corbeau. La bruine s'épaissit, et aux gouttes se mêlèrent des grêlons de la taille de châtaignes. Lorsque le tonnerre gronda pour la première fois, l'ancienne princesse de l'entre deux sentir son cœur se fendre. Les éclairs qui suivirent ne furent que des avertissements funestes.
Faire usage de la magie requérait toujours une extrême concentration, et plus le sort était puissant, plus il fallait rester maître de soi. Mais Auryn n'était pas n'importe qui. Auryn était une princesse issue du royaume divin, et malgré elle, son âme était en colère au moment du sort. L'orage qu'elle venait de déclencher était dés lors le plus gros que les villageois et toute la forêt allait devoir essuyer.
Grimpant les marches le plus rapidement possible, le souffle court, et trempée jusqu'aux os, elle arpentait les longs couloirs taillés dans la pierre, à la recherche de l'ancienne porte du temps. Pouvait-elle être en hauteur suite à un affaissement de la vallée ? Elle n'était sûre de rien. Tout ce qu'elle savait à ce propos, c'est que son corps réagirait à l'approche de la porte. Elle ressentirait l'appel du royaume saint.
Mais elle avait beau courir, aucune sensation divine ne la parcourait, et le ciel grondait avec de plus en plus de force. Bientôt, la maigre luminosité qu'elle avait dans le temple disparu à son tour. Les ténèbres et l'orage envahissait l'endroit. Dehors, le vent se déchaînait. Rejoignant une tour en titubant et glissant une fois sur deux, Auryn eu la terrible surprise de la découvrir totalement ouverte, et de manquer de s'envoler au passage.
« Merde. »
D'autres jurons s'ajoutèrent au premier. Appuyée de toutes ses forces contre l'un des remparts de la tour, elle essaya de distinguer tout autour d'elle, si une lumière céleste se dévoilait dans les autres coins. Mais les ruines restaient désespérément noires, hormis lorsqu'un éclair foudroyait le ciel.
Rien ne pouvait l'arrêter cependant. Maintenant qu'elle était lancée, elle savait qu'elle devait à tout prix récupérer l'épée et disparaître de Toal afin de poursuivre sa mission. Restaurer la triforce allait prendre du temps, et elle n'en avait pas beaucoup. Prête à se détacher du rempart pour repartir en chasse directement dans la bâtisse, c'est un hennissement terrifié qui lui fit cesser tout mouvement.
La rivière sortait de son lit, le vent déracinait les arbres, et la grêle abîmait tout sur son passage. Ce qu'Auryn avait déclenché était bien plus qu'une simple tempête, c'était un véritable carnage. Naboo était habitué aux tempêtes de sables qui durent des semaines, il s'était forcément mit à l'abri, alors pourquoi avait-elle entendu un cheval dans cette cacophonie naturelle ? ça ne pouvait-être que son imagination, rien de plus. Mais alors qu'elle allait se retourner et partir, l'animal hennit de nouveau, et une voix masculine tenta de rassurer la bête en hurlant pour se faire entendre.
Elle était déjà penchée dans le vide lorsque l'éclair qui suivit offrit assez de visibilité pour contempler les conséquences de ses actes.
La rivière avait quitté son lit, ses abords boueux s'effondraient sous le poids des rochers, et les arbres alentours se couchaient sous la force du vent. Des branches aussi grandes que des hyliens s'écroulaient en pagaille sur le sol, étaient ensuite soulevées du sol, pour percuter tout ce qu'il y avait autour. L'eau était brune et semblait aussi en colère qu'un océan. Elle s'agitait dans tous les sens et semblait torturer sa nouvelle proie. Un cavalier et sa monture.
Link l'avait suivi.
Le berger tentait de toutes ses forces de sortir Epona et lui de l'eau, mais les pentes écharpées les laissaient retomber avec encore plus de fracas. L'écume boueuse ne cessait de percuter leur figure, les faisant tousser et cracher. Ils ne tiendraient pas longtemps. Et pourtant, elle l'entendait, entre deux encouragements. L'homme hurlait encore son nom. Hagarde, l'ancienne princesse ne bougeait plus, son corps se balançant dangereusement dans le vide, ses yeux turquoise rivés sur cette scène cauchemardesque. Un nouvel éclair fendit le ciel, suivi d'un craquement sinistre.
Et ce qu'elle redoutait se produit sous ses yeux.
Un arbre fut scindé en deux par la foudre, la moitié qui fut expulsée roula jusqu'en bas de la pente et vint se jeter dans la rivière, percutant de plein fouet Link sur le dos de sa jument. L'animal, libéré de son cavalier et plus léger, parvint enfin à se sortir de ce bourbier aqueux. Les sabots englués, elle prit quelques minutes à s'en éloigner, puis henni, terrorisée, avant de disparaître entre les arbres agités. Mais le jeune homme ne sorti pas la tête de l'eau une seule fois pendant cette manœuvre.
Ce fut comme si, après le vacarme assourdissant de la tempête, Auryn n'entendait plus rien que cette voix chaude qui l'appelait, la complimentait, lui parlait des plantes, des animaux, de la bergerie, de ses histoires. Et puis son nom, hurlé à travers la pluie et le vent. Malgré l'horreur de cette nuit sans lune. Le cœur de la princesse se fendit de plus belle, tiraillé entre son devoir et son attachement. Toutes les vies des trois royaumes dépendaient d'elle, pas seulement le destin d'un pauvre berger. Elle ne pouvait plus reculer, c'était elle qui avait lancé la tempête pour couvrir sa disparition. La galactic sword l'attendait, elle devait réunir la triforce et détruire le sceau du Graal pour déverser sa puissance sur eux afin que leurs mondes n'entrent pas en collision. Une vie perdue contre toutes celles qu'elle allait sauver.
Son choix était fait.
