26/06/21 NDA : Bonjour, ça faisait longtemps, comme on dit, un petit peu moins d'un an, et j'en suis désolée. J'ai écrit, bien sûr, puis j'ai oublié, j'ai ouvert de nouveau le document, j'ai fait autre chose… Bref, ainsi va la vie, nous savons tous comment ça fonctionne.

Pour autant, je n'ai pas oublié réellement cette histoire, et voici le nouveau chapitre. Le prochain est en route, mais je ne garantis plus de dates de sortie, je me fais avoir quoi que je fasse sinon.

Je vous souhaite une bonne lecture. Et n'oubliez pas de laisser un petit commentaire pour dire ce que vous en pensez !

Chapitre 5 : La mauvaise décision.

Son corps déjà brisé par le vent et la grêle percuta l'eau avec une violence remarquable. La douleur qui se propagea dans tout son être fut cependant salvatrice, et elle sût qu'il fallait remonter à la surface. Battant des bras de toutes ses forces et agitant ses jambes, elle arrivait à peine à avancer, son corps balloté par les vagues. Auryn voulu prendre une grande respiration une fois la tête hors de l'eau, mais une goulée boueuse pénétra sa bouche et son nez, la forçant à tousser.

Bien, maintenant qu'elle était déjà dans la petite rivière devenue fleuve en colère, elle savait ce qu'il lui restait à faire. Crachant et toussant ce qui s'était engouffré dans sa bouche, elle inspira tout l'air qu'elle pouvait, avant de retourner fouiller la vase agitée. Ce fut compliqué, et fastidieux, et elle dû remonter à plusieurs reprises à la surface. Mais finalement, au bout d'un temps qui lui parut trop long, elle parvint à toucher quelque chose qui n'était ni un tronc, ni une branche, ni de la roche. C'était solide et mou à la fois.

Un bras.

Sur lequel Auryn tira de toutes ses forces, afin de l'entrainer avec elle hors de l'eau. Là encore, les vagues n'aidaient en rien. Il fallait qu'elle parvienne à rejoindre la berge tout en trainant le corps bien lourd du berger détrempé. Une pensée fugace la traversa. Elle était une guerrière, entrainée depuis sa plus tendre enfance pour combattre et remettre de l'ordre dans les trois mondes. Mais sauver un homme qu'elle avait elle-même mit en danger lui était difficile, là où cet homme semblait pouvoir la soulever et faire reculer des montagnes juste pour l'aider. Vraiment étrange.

Il fallut environ deux heures pour réussir à trouver un coin plus stable, et la princesse se félicita pour son endurance, lorsqu'elle se laissa échouer, elle, ainsi que son protégé, sur l'herbe sale. La tempête commençait à peine à se calmer, cependant, ses forces étaient réduites à trop peu, pour continuer. C'est pourquoi elle ne fit que tirer le corps de Link avec elle, le plus loin possible du fleuve. L'inconscience la saisit alors qu'elle vérifiait ses constantes vitales. Il respirait, laborieusement, et son corps devait être couvert de plaies et d'hématomes sous la boue. Le soulagement l'avait eu, et la tête boueuse d'Auryn reposait sur le ventre tout aussi sale du berger.

Lorsque ses paupières lourdes s'ouvrirent, dévoilant un bout de forêt inconnue derrière les ruines du temple, un soupir franchit les lèvres de la jeune femme. Il faisait nuit noire, mais le calme régnait alentours. Il lui fallut un temps d'adaptation pour comprendre ce qu'il s'était passé, se souvenir. Puis, elle remarqua la présence de Naboo, couché près d'eux, ainsi qu'Epona, qui avait les pattes sanglantes, mais léchait ses dernières avec attention.

« Au moins, nous sommes toujours en vie… »

« Pour combien de temps, par contre, avec ce que tu viens de faire… ? » Le tacle de son destrier lui fit relâcher la pression, et soudain, elle éclata.

« Oh oui, merci ! Merci à toi Naboo de me rappeler que je viens de foutre en l'air notre monde pour sauver un hylien stupide ! Oh mais, qui est-ce qui m'a poussé à me rapprocher de lui ? Hein ? N'est-ce pas toi qui me disait que c'était normal de l'apprécier, que je devais faire des efforts ? T'as bon dos de me sortir un truc pareil après m'avoir poussé dans ses bras ! »

« Je n'ai fait que te rappeler que c'était normal, je ne t'ai jamais poussé vers lui. » Répondit l'étalon pommelé.

« Bah tiens. Trop facile maintenant. Sans toi, je le jetais comme une merde dés que j'avais la carte, et on était tranquille ! Mais non. » La voix se fit hachée, et des larmes envahirent les yeux turquoise de l'ancienne princesse.

« Auryn, s'il te plait… »

« À partir d'aujourd'hui, peu importe ce qu'il arrive, tu n'es plus qu'un vulgaire destrier. Je ne veux plus jamais t'entendre parler de bonté envers les autres, d'émotions, de sentiments… Rien. Tu la fermes. C'est clair ? »

L'étalon ne dit rien, à la fois triste et subjugué par autant de douleur dans la voix de sa propriétaire. Il regretta de l'avoir poussé à accepter ce qu'elle ressentait. Il comprenait à présent le sacrifice qu'elle faisait autrefois, et pourquoi, à présent, sa remarque était si violente et déplacée. Auryn parvenait à faire constamment le bon choix parce qu'elle ne s'était jamais ouverte aux autres, mais un coup du sort plus tard, et ses paroles à lui l'avaient changé.

La princesse chargea le berger sur le dos de Naboo, et tira les deux chevaux vers la clairière principale, dans le but de retourner au village. Elle fit cependant une halte à la fontaine de Firone, qui étrangement, était restée intacte, afin de nettoyer ses plaies et celles du toalien. Auryn savait qu'il était trop tard, qu'elle ne pourrait pas revenir en arrière après cela, mais c'était comme si tout son corps réagissait à sa place, et que sa conscience était mise en veille.

Elle déshabilla Link comme elle put, se débattant avec les monceaux de tissu déchiré qui s'étaient incrusté dans ses plaies. L'eau rinça le sang et la boue. Le jeune hylien gémissait entre ses bras mais n'ouvrait pas les yeux pour autant. Elle savait qu'elle ne parviendrait pas à le hisser dans la cabane sans magie ni aide, c'est pourquoi elle se coucha dans l'eau, ce dernier contre sa poitrine. Auryn le berça bien une heure ainsi, lui laissant récupérer de ses blessures. Soufflant un peu, elle aussi.

Lorsque le brun s'éveilla, il était totalement confus. Pourtant, la première chose qui lui revint, fut la fuite d'Auryn qui semblait avoir le cœur brisé après sa dispute avec Iria, et la tempête qui se lève. Se redressant de son assise de fortune, il se rendit alors compte que la chose sur laquelle il reposait n'était nulle autre que la personne qu'il cherchait.

Appuyée contre le rocher, sa tunique était grise, encore un peu sale, et surtout, très abimée. Les cheveux emmêlés, bien que propres contrairement à sa tenue, elle avait la lèvre fendue, des bleus sur le visage, et les paupières closes. Il avait visiblement dormi contre elle, et sa tête était redescendue contre ses cuisses durant son repos. La demoiselle ne bougeait pas, le souffle régulier, elle semblait en proie au sommeil du juste.

Link se sentait douloureux dans sa gestuelle, et constata qu'il ne restait plus que son pantalon, l'épaulette avait probablement été arrachée durant son épreuve aquatique. Il était tout autant couvert de bleu, mais certains endroits laissaient ressortir des zébrures rose pâle. Des cicatrices récentes, donc. Elle l'avait soigné avant de s'occuper d'elle-même. Cette pensée fit naitre en lui une douce chaleur. Peut-être avait-il une chance, encore, de lui parler avant qu'elle ne s'en aille. Il allait se relever lorsque la voix, endormie, de la princesse, le surprit.

« Recouche-toi, tu me tenais chaud. »

« Je. Tu. Quoi ? » Heureusement qu'elle avait gardé les yeux fermés, car le berger prenait une jolie teinte rouge au niveau des pommettes.

« J'ai dit : Recouche-toi. Tu me tenais chaud. C'était agréable… »

« Mais le jour se lève bientôt… » Murmura Link, inquiet.

« Et alors ? J'ai besoin de dormir, j'ai froid et j'ai mal… T'es pas en meilleur état que moi, alors recouche toi. »

Auryn avait poussé un soupir éreinté en tendant le bras pour tirer le toalien vers elle sans même ouvrir les yeux. Mais elle ne l'atteignit pas. Ouvrant un œil pour comprendre, le second suivit rapidement, et les deux s'écarquillèrent de surprise. Il s'était relevé et penché sur elle. Les deux bras musclés, bien que bleuit par les chocs se glissèrent sous ses cuisses et la soulevèrent sans efforts.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? » Balbutia Auryn en se débattant.

« Je nous ramène chez moi. » La voix était grave, un peu rauque, et ne souffrait d'aucun refus.

La princesse cessa tout mouvement, cherchant à comprendre ce qui était passé par la tête du berger, mais tout ce qu'elle voyait, c'était ses blessures, causées par la tempête qu'elle avait déclenchée. Elle sentait son torse se gonfler à chaque respiration laborieuse contre son épaule, elle voyait son visage devenir peu à peu rose, et ses yeux bleus se ternir. Et elle comprit. Il était fiévreux. Pourtant, malgré l'état dans lequel elle le voyait plonger, elle ne bougea pas, et se laissa faire, même lorsqu'il dût la passer sur son dos pour grimper l'échelle qui menait à sa cabane.

La seule pensée qui traversa son esprit, c'était qu'il était vraiment spécial, pour un vulgaire berger de Toal.

oOoOoOo

Cela faisait une semaine que la tempête magique avait eu lieu.

Link avait finalement été vaincu par une fièvre monstrueuse, et restait couché dans sa cabane nuit et jour. Il avait essentiellement des épisodes de délires qu'Auryn ne parvenait pas à comprendre, mais elle s'efforçait de s'occuper de lui. Elle veillait à ce qu'il ait toujours un linge frais sur le front et sous la nuque, et le nourrissait de bouillon et de porridge comme un enfant.

Rusl devait lui rendre visite aujourd'hui, et la princesse en mission secrète avait tout fait pour essayer de le remettre sur pieds aussi vite que possible. Mais à moins de trouver une potion de soin faite par un mage guérisseur, ou bien une fée ancienne pour restaurer sa santé, elle n'avait pas de solution. Et les quelques plantes qu'elle broyait en infusion ne suffisaient pas à calmer sa toux ni sa fièvre. Les yeux turquoise se posèrent sur la silhouette allongée du berger, et un soupir las franchit ses lèvres roses.

« Je ne suis pas encore mort… » La voix rauque du jeune homme la tira de sa torpeur.

« Heureusement… Mais ta fièvre perdure, je n'aime pas ça… » Il ricana.

« C'est grâce à elle que tu es encore avec moi, je dois la remercier. » Auryn détourna la tête et se mordilla la lèvre.

« Ne dis pas n'importe quoi. »

« Ce n'est pas n'importe quoi… » Se tournant de nouveau vers lui, la main pâle vint se poser sur le front de l'hylien.

« Alors c'est un nouvel épisode de délire… Ce n'est pas vrai, ça ne s'arrête jamais… Tu vas fini par… » La main de Link se saisit de son poignet et tira dessus pour approcher sa propriétaire vers lui.

« Non, je ne délire pas… Auryn. Je ne veux pas que tu repartes… » Comme il la tenait, il se redressa un peu, rapprochant son visage du sien. « C'est la première fois que je ressens ça pour quelqu'un… Je ne veux pas que tu partes, j'ai cru que j'allais mourir quand je t'ai vu partir en courant… » La voix rauque, les yeux brillants, son visage se rapprocha encore de celui de la princesse.

« Link… Je ne suis pas sûre que… » Sa voix à elle tremblait, son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine.

On frappa à la porte.

Auryn sursauta vivement et manqua de passer par-dessus bord. Elle aurait atterri sur la mezzanine cuisine. Elle se ressaisit, se recoiffa étrangement, chassa du regard et fit dos au jeune toalien.

« C'est Rusl, je vais vous laisser ! » Et elle se rua sur l'échelle pour rejoindre la porte en bas.

Accueillant le chef du village avec un sourire, elle le laissa rentrer et quitta la cabane aussi vite que possible. Elle ne voulait pas entendre ce qu'ils allaient se dire, et il fallait qu'elle fuît celui qu'elle avait sauvé. C'était idiot, et c'était la seconde fois qu'ils manquaient de s'embrasser. La première fois, il l'avait saisi en plein délire et serré contre lui. Il l'avait supplié de ne pas le laisser, avait dit des choses étranges. Et là encore.

Rongée par la culpabilité, l'inquiétude et la honte, Auryn faisait tout ce qu'elle pouvait pour garder la tête froide. Pourtant, elle ne pouvait pas le nier, elle ne pouvait plus. Son corps réagissait à Link. Chaque parole de sa part lui donnait des frissons, parfois d'envie, parfois d'horreurs selon son état. Chaque contact était plus brûlant que le désert qu'elle connaissait par cœur.

Oui… La tempête avait eu lieu une semaine auparavant, mais dans la tête de l'héritière de l'entre deux, c'était un ouragan qui sévissait. Elle n'avait que peu de temps pour récupérer l'épée, réunir les fragments de la triforce et briser le sceau du Graal pour le déverser sur les trois mondes. Elle ne pouvait pas rêvasser et profiter de la tendresse que l'hylien lui offrait. Pourtant, ciel, qu'elle en avait envie.

Assise contre l'arbre jouxtant la cabane, elle ruminait. Elle l'avait sauvé, c'était trop tard à présent, et plus le temps passait, moins elle désirait repartir. Link parlait beaucoup, lucide et sous délire, il parvenait toujours à la faire sourire. La nuit passée, il lui avait expliquée que le jaune, c'était pour ne pas se faire tirer dessus en période de chasse, et qu'il aimait le faisan au citron. Plus d'une heure à bredouiller ça… Et en dépit de tout cette étrangeté, elle était restée pendue à ses lèvres durant tout son discours.

Les genoux repliés contre sa poitrine, les bras en croix, entre lesquels elle avait posé la tête. C'était dur de choisir. Il ne lui restait même pas un an pour tout faire… Et après, elle cesserait d'exister. C'était prévu. Briser le sceau, c'était céder sa vie au Graal. Elle ne l'ignorait pas. Mais à présent, elle se questionnait. Jamais elle n'avait vécu pour elle-même, pas une seule fois. Hormis cette semaine avec Link. Il était malade, fiévreux au possible, respirait comme s'il allait y passer à chaque seconde.

Mais leurs échanges étaient les plus doux qu'elle n'ait jamais eu avec quiconque, hormis le souvenir lointain de sa mère. Oh, elle savait ce que c'était. Vivre avec les gerudo lui avait permit de savoir très clairement ce que c'était que le sexe ou l'amour, encore qu'on ignorât particulièrement le second chez les voleuses. Mais pouvait-elle se permettre une telle incartade ? Avait-elle le droit de désirer Link ? De vouloir qu'il l'embrasse ? La touche comme il le faisait malgré lui dans ses délires ? Et comme il la touchait dans ses songes dorénavant ? Pouvait-elle s'offrir ce moment avec lui, avant que tout ne s'arrête ?

La voix perçante d'Iria la fit sursauter. Pour la première fois depuis longtemps, elle n'arrivait pas à rester sur ses gardes, trop perturbée. La toalienne la pointait du doigt, furieuse, et les joues rouges. Ses yeux verts lançaient des éclairs. Auryn hésita à prendre la fuite, sur l'instant.

« Toi ! » La jeune fille se tenait devant elle désormais, et la fusillait du regard.

« Moi ? » Demanda la princesse en se redressant un peu.

« Ne crois pas que je ne vois pas clair dans ton jeu. Je ne sais pas ce que tu as fait à Link pour qu'il soit autant blessé mais je ne te le pardonnerai pas ! Les autres te prennent peut-être pour une sainte, mais je sais ce que tu es venue faire ici ! » Auryn cligna des yeux à plusieurs reprises, stupéfaites par ce discours haineux.

« Et je suis venue faire quoi ? »

« Oh ne joue pas les innocentes avec moi. Tu es là pour le séduire et l'emmener, pas vrai ? Tu espères le présenter à des parents et te marier. »

La blondinette soupira et fini par se relever…

Ou tout du moins elle essaya, car la main de l'autre fille la repoussa vers le sol, et son séant retomba sur les racines de l'arbre qui lui avait servit d'assise. Les yeux écarquillés devant un tel comportement, Auryn ne sut pas quoi dire. Elle réussit à se lever cependant, esquivant la seconde bousculade.

« Ne crois pas que je te laisserai faire, tu m'entends ? Il n'est pas à toi et… »

« Et il est libre de faire ce qu'il veut alors ferme là. » La voix de la guerrière se fit tranchante.

« Pardon ? Tu. »

« Je rien du tout. T'es complètement immature de voir les choses comme ça. Link est venu me chercher dans cette foutue tempête, et nous nous sommes sauvés mutuellement. Maintenant sans lui je serais morte, alors oui, je reste à ses cotés pour m'occuper de sa fièvre, parce qu'il a fait de même avec moi. » Le cœur battant, et étrangement, la gorge nouée, elle poursuivit. « Que nous soyons proches ou non ne te regarde en rien. Maintenant si ça te dérange, tu n'as qu'à lui demander ce qu'il en pense directement au lieu de venir me pourrir dés que tu es mal lunée. »

« Comment oses-tu ? Attends voir ! »

« Iria ! » La voix de Rusl avait retenti au même moment qu'un grand clac, et la joue d'Auryn était désormais écarlate, marquée d'une main sauvage.

La guerrière n'avait pas tenté de se dégager ni d'esquiver le coup, elle savait que ce ne serait rien de plus que des claques, des choses qui ne valaient rien. Mais lorsque la seconde s'apprêta à la frapper, il y eu un bruit mat, comme le choc entre deux pieds et le sol, et la main fut arrêtée par une poigne solide et masculine.

Auryn et Iria levèrent la tête vers le propriétaire de cette main. C'était Link, qui avait visiblement décidé de se passer de l'échelle pour descendre de sa maison. Il ne portait que son pantalon en coton, avait les cheveux défaits, et de la sueur plein le front, preuve de sa fièvre omniprésente. Pourtant, son regard était particulièrement colérique.

« Je ne sais pas ce que t'as, Iria, mais tu vas laisser Auryn tranquille. Elle est plus que la bienvenue chez moi, me suis-je bien fait comprendre ? » La demoiselle balbutia des paroles un peu perdues, rouge de honte et de gêne, face au torse musclé et nu du berger.

« Link… Tu ne vois pas… Elle… Elle se joue de toi… »

« Je suis parfaitement capable de savoir qui me veut du bien, Iria. Maintenant rentre et ne reviens plus me voir tant que tu ne seras pas calmée. » Il la relâcha, et Iria parti en courant. Rusl s'excusa pour sa fille auprès des deux jeunes, avant de repartir à son tour.

Link n'attendit pas que le chef de village soit hors de vue pour se saisir d'Auryn comme s'il s'agissait d'un sac de farine, et la faire remonter jusque dans la cabane avec lui. La jeune femme n'avait absolument pas protesté. Elle s'était rendue compte que Link semblait parfois être double. Il y avait cette part de lui qui était joviale et pleine d'humour, qui doutait un peu, mais restait polie et attachante. Puis l'autre, celle plus sombre, et plus confiante, mais droite, et qui semblait sortir dés qu'on mettait en danger ses croyances ou les gens qu'il appréciait. Celle-là, on ne pouvait pas lui dire non.

Pourtant, lorsqu'il déposa la jeune femme sur le palier, et se laissa choir sur la seconde mezzanine, la confiance avait totalement disparue. Comme s'il avait concentré toutes ses forces dans cette démonstration, et qu'à présent, il n'était qu'une marionnette de pailles.

« Link, ça va aller… ? » Demanda Auryn en se précipitant sur lui. Mais l'hylien l'arrêta d'un geste de la main.

« Montre-moi ta joue. » Auryn recula d'un pas.

« Quoi ? Non, ce n'est rien, ne t'en fais pas, j'ai vu pire. » Il secoua la tête, se saisit de son bras, et l'attira sur le banc de la cuisine. La grande main vint cueillir le visage pâle dans une caresse.

« Je suis désolé, tu sais… » Bien que fiévreux, il semblait lucide.

« Pourquoi es-tu désolé ? »

« Pour Iria… Elle est très gentille habituellement, et drôle… Vous pourriez devenir amies… Je ne sais pas pourquoi elle t'en veut à ce point… » Reprit Link, sincèrement triste.

« Tu as certainement raison, mais nous ne pourrons pas devenir amies, jamais. » Il haussa un sourcil, et fixa la conteuse d'histoire, perplexe.

« Que veux-tu dire ? » Elle s'écarta de la main sur son visage, et son regard le fuya par la suite.

« Je lui ai menti malgré moi. » Le berger fronça les sourcils, et se rapprocha malgré la fuite de la demoiselle, qui se sentit obligée de poursuivre. « Je lui ai dit… Qu'elle n'avait rien à craindre de moi. Que je ne te voulais rien. » Cette fois, le corps musclé se tendit, et il la fixa avec plus d'appréhension.

« Explique toi… »

« Je n'ai pas menti. Lorsqu'elle m'a demandé ce que je te voulais, j'étais sérieuse. Je n'étais pas ici pour me rapprocher de toi, ni quoi que ce soit. » Elle se mordit la lèvre. « Et maintenant, je retarde chaque jour mon départ d'ici seulement pour rester avec toi plus longtemps. » Ce fut comme si la tempête reprenait vie dehors, et le silence régna dans la pièce. Le regard perdu dans le vide, fuyant celui du jeune hylien, Auryn laissa ce qu'elle ressentait quitter sa bouche en un aveu bien plus lourd que quiconque n'aurait put l'imaginer.

« Je ne veux pas partir. J'ai envie que tu ailles bien, et j'ai envie que ça vienne de ma présence, je veux veiller sur tes nuits, te rafraichir lors de tes fièvres, et te réchauffer si tu as froid. Je veux diner à nouveau en ta compagnie, rire et discuter sans que ça n'ait de fin… Je veux… Sentir ton poids sur mon corps, comme lorsque nous étions à la fontaine après la tempête. Je veux pouvoir sentir ton parfum sur moi, et tes mains sur ma peau… Je veux t'entendre rire… Je veux voir ton sourire, et je veux pouvoir l'embrasser sans que… » Mais jamais elle ne termina sa phrase.

Il l'avait saisi et ramené contre lui, capturant sa bouche pour la première fois, avec un désir si longtemps contenu, que leur souffle fut court bien vite. Link était brûlant de fièvre, mais pas que… Ils tombèrent du petit banc, Auryn se retrouva couchée sur le malade, qui resserra sa prise pour l'empêcher de se relever ou de le quitter. Leur baiser fut prolongé, malgré l'état du brun, et les larmes de la métisse.

Auryn savait que c'était la pire décision qu'elle eut prise de sa vie. Mais pas une seule seconde, elle la regretta.