Alors que le vaisseau était sur le point d'être engagé, les étoiles se transformèrent en traits. Du poste d'observation, le commandant ferma les yeux plusieurs fois afin de vérifier qu'il ne rêvait pas. Sur la passerelle, l'effervescence du combat fit place à la stupeur, puis à cette peur de l'inconnu qui tiraille les entrailles de toutes les personnes présentes y comprit le capitaine.
— Ingénierie, au rapport, immédiatement ! Que se passe-t-il ? Demanda de manière posée le capitaine Yage.
— Je ne sais pas, mon commandant ! Il semblerait que nous soyons passés en hyperespace, alors que l'hyper-propulsion est toujours inactive. Répondit l'officier ingénieur de quart.
— Navigation, vous me confirmez que nous naviguons sans route et sans destination.
— Affirmatif mon commandant ! Je ne sais même pas si nous serons en mesure de quitter l'hyperespace.
— Reçu, officier de quart, passez immédiatement le bâtiment en stadef 0 ! Ordonna le capitaine.
À peine l'ordre fut-il donné, que les énormes portes blindées commencèrent à se fermer à travers toute la frégate. Cela allait compliquer le passage du personnel entre les tranches, mais réduirait les risques de dépressurisation si l'intégrité de la coque venait être mise à défaut.
Se retournant alors vers l'officier chargé du contrôle de vol des chasseurs :
— Parvenez-vous à contacter les chasseurs qui étaient dehors ? Demanda-t-il.
— Négatif, répondit l'officier.
— Pensez-vous qu'ils soient toujours en vie ?
— Je ne vois pas beaucoup de possibilités, mon commandant. Il est possible que les chasseurs aient été suffisamment proches de la planète quand nous avons sauté en hyperespace. Ils ont pu alors se poser dessus. Ou bien ils ont été détruits par le passage en hyperespace ou sont restés sur place sans aucune assistance. Pour moi, il est fort probable que les chasseurs aient été encore suffisamment proche de nous pour être happé et ils se trouvent juste à côté de nous. Mais nous devons quitter l'hyperespace afin de pouvoir les récupérer en espérant qu'ils quittent aussi hyperespace.
— Je vois. Dans ce cas, combien de temps disposons-nous pour les récupérer ?
— Nous devons sortir de l'hyperespace avant huit heures standard : c'est le temps moyen qui reste à leurs équipements de survie.
— Bien répondit Yage. Continuer d'essayer de rentrer en contact. Ingénierie, joignez immédiatement le commandant Corn, qu'il me fasse au plus vite un rapport cohérent sur la situation et l'état général de la frégate.
Yage contempla pendant un instant les traits, preuve du voyage en hyperespace, avant de quitter la passerelle et de se diriger calmement vers ces quartiers où elle avait fait convoquer les commandants adjoints.
Les officiers se regardèrent et échangèrent quelques idées avant de se remettre à leur travail. Chacun se demandait comment la commandant parvenait à garder son calme dans cette situation. Pour beaucoup, la situation était impossible et les probabilités pour s'en sortir vivant étaient proches de zéro. Rapidement le silence reprit ses droits sur la passerelle, simplement troublé par les communications entre les officiers et leurs subalternes ou supérieur. La discipline avait repris ses droits et l'ordre impérial régnait à nouveau sur la passerelle.
Lors du passage en hyperespace, Gilead était en train de préparer la prochaine inspection. Inspection prévue en vue de l'arrêt de la frégate à Yaga Minor pour réparation. Son comlink se mit à sonner. Gilead râla, car il avait demandé de ne pas être dérangé. Il vit que c'était l'ingénieur de quart. « La formation des officiers a bien changé depuis Endor. Ils ne sont même pas capables de gérer un combat » pensa-t-il avant de décrocher.
— Corn, j'écoute, que se passe-t-il ?
— Désolé de vous déranger mon commandant, mais nous avons un très gros problème. Le vaisseau est passé en Hyperespace tout seul.
— Intéressant. J'espère que vous avez vérifié l'hyper-propulsion…
— Affirmatif, mon capitaine, l'hyper-propulsion est bien inactif. Information confirmée par le maître principal Balèze.
— Bien, j'arrive.
— Mon capitaine, le commandant souhaite avoir votre rapport le plus vite possible sur la situation ainsi que sur l'état général de la frégate.
Gilead se leva de son bureau en soufflant et se dirigea d'un pas énergique vers la passerelle, mais sans pour autant courir, car un officier de la marine impériale ne court pas sur un vaisseau, même si la situation est désastreuse. Ce qui était le cas, car le rapport était impossible, une frégate ne pouvait pas passer en hyperespace toute seule, quelque chose ou quelqu'un l'avait fait.
La frégate ayant été placée en stadef 0, la totalité des portes étanches étaient fermées et du coup il fallut une bonne dizaine de minutes à Gilead pour rallier la passerelle. Afin arrivé, après moult contrôles, au centre névralgique, il put constater que la frégate naviguait en plein hyperespace. Il avait toujours aimé regarder les trait des étoiles, mais à ce moment précis, il ne pouvait pas se laisser à la contemplation de ce phénomène. Il se dirigea vers l'officier de quart. Celui-ci lui fut soulagé de le voir. « Encore, un officier promu trop vite » se dit Gilead.
L'officier le salua et enchaîna immédiatement en rappelant au commandant Corn, l'historique de la situation.
— Donc, si je comprends bien, nous naviguons en hyperespace, sans hyper-propulsion et sans route.
— Affirmatif, mon capitaine.
Gilead réfléchit quelques minutes puis se tournant vers le navigateur :
— Est-ce que la planète est passé aussi en hyperespace ?
— Il semblerait que oui, un quart de seconde avant nous.
— avons-nous eu des contacts avec l'Ombre de Jade ?
— Négatif, aucune transmission entrante ou sortante.
— Pouvez-vous me fournir les différents enregistrements de navigation ?
— À vos ordres, mon commandant.
— Savez-vous ou se trouve le commandant ?
— Dans ses quartiers.
— Bien, je m'y rends, prévenez-la de ma venue.
— À vos ordres, mon capitaine.
Gilead contempla pendant quelques instants les traits qui défilaient devant lui. Perdu dans ces pensées, il tentait de comprendre ce qui venait de se passer. Impossible de trouver une solution tant que l'on était dans l'inconnue. Certes l'idée complètement folle qui venait de jaillir, était improbable, il devait savoir, le plus important était de sortir de l'hyperespace au plus vite et de préférence sans perdre la vie. Puis, il se retourna et quitta la passerelle sans prononcer un mot.
La réaction de l'ingénieur en chef ne surprit pas grand monde. La plupart des officiers s'étaient déjà habitués aux manières de cet officier taciturne mais compétent. Chacun savait que sous ces apparences d'ours mal léché, se cachait un homme qui se donnait sans compter pour l'Empire. Il faisait partie de ces officiers restant qui avait connu l'époque glorieuse où l'Empereur était en vie et régnait sur Coruscant et sur la totalité des systèmes connus.
Peu connaissait son histoire et moins encore son parcours. Venant du Chimaera, il a été transféré sur le Faiseur de veuve à sa demande. Beaucoup le considèrent comme les oreilles de Grand Amiral Pellaeon. Seul le commandant savait que Corn avait toujours souhaité partir dans les régions inconnues. Découvrir ce que le Grand Amiral Thrawn avait appris, était depuis longtemps l'obsession de l'ingénieur. Quand il avait appris l'existence de cette mission, il avait sollicité son transfert au Grand Amiral en personne. Ce dernier ne s'y était pas opposé, connaissant les nombreuses raisons qui poussaient son ingénieur en chef à abandonner son vaisseau alors en pleine réparation. Cela faisait plus de vingt ans que Gilead servait sur le Chimaera. Depuis des années avant la désastreuse bataille d'Endor, où il fallait le reconnaître l'Empire avait cessé d'exister. Alors que de nombreux officiers avaient déserté et rejoint les rebelles, lui ne les rejoindraient jamais. Il haïssait ces rebelles et leurs méthodes peu reluisantes. Certes le maître Skywalker avait sauvé le Grand Amiral et de nombreuses vie à la bataille de Bastion et à celle Borosk, et c'est pour cela qu'il préférait accompagner Skywalker plutôt que se battre aux côtés de ces satanés rebelles même contre les Vong qui sont bien pires que ces derniers.
Perdu dans ces pensés, Gilead arriva chez le Commandant sans s'en apercevoir. Machinalement, il réajusta son uniforme, avant de frapper à la porte.
— Entrez ! Répondit une voix calme et forte.
Gilead entra, salua puis s'assit devant le commandant. Il entreprit d'expliquer le mieux possible la situation qui malgré les apparences, ne lui semblait pas désespérée, juste dangereuse. En effet, passé la stupeur, c'était devenu un nouveau défi pour lui, et un défi qu'il comptait bien relever et gagner. Il exposa son plan pour faire sortir la frégate de l'Hyperespace et tenter de récupérer les pilotes. Il insista sur les risques et l'absence de précédent dans l'histoire de l'Empire.
Si le temps pouvait faire défaut, il était évident que Gilead, ne se rendrait pas sans combattre. Au fur et à mesure de sa discussion avec le commandant Yage, le plan prenait forme et n'était peu être pas aussi impossible qu'il en avait l'air au premier abord.
Yage comprit pourquoi, le Grand Amiral lui faisait une si grande confiance, cet ingénieur avait toujours un espoir et tentait de garder la tête froide quand les autres la perdaient. C'était un atout de choix pour la flotte. À la fin de l'entretien, le commandant Yage avait le sentiment que le vaisseau pourrait rentrer à Yaga Minor.
— Vous avez mon approbation pour votre plan. Faite ce que vous avez à faire commandant Corn.
Le Faiseur de veuve, quant à lui, continuait sa course folle au milieu des étoiles, accompagné de la plupart des chasseurs dont justement les pilotes ne comprenaient rien. Attendant avec angoisse que leur réserve d'oxygène soit épuisée, certains s'étaient résigné, d'autres tentaient désespérément de contacter le faiseur de veuve sans y parvenir, la bulle d'espace-temps rendant toute communication sub-spatiale impossible.
Tandis que le commandant Corn quittait le bureau du commandant pour se diriger vers le poste de contrôle machine, une sirène retentit, puis la passerelle annonça le passage en stadef2. Les compartiments se déverrouillèrent ce qui permit au commandant de progresser plus rapidement. En effet, il était parvenu à convaincre le commandant que le vol n'était pas plus dangereux qu'un autre à un détail à dire qu'il ne maîtrisait pas le vol. Mais qu'en cas de crash, les probabilités pour que la totalité du vaisseau soit détruite étaient écrasantes et que le verrouillage des compartiments ne servirait à rien. Puis le commandant s'adressa à l'équipage de manière rapide et énergique. Elle fit un point rapide sur la situation et son évolution. Puis elle fit appel au courage et la débrouillardise de son personnel pour lui communiquer l'espoir de s'en sortir vivant. Le discours du commandant fit sourire à plusieurs reprises le commandant Corn en y retrouvant la fougue avec laquelle il avait défendu son plan.
Arrivé au PC machine, il ne trouva que le personnel de quart qui lui indiqua que son chef mécanicien, le maître principal Balèze, était au niveau de l'hyper-propulseur. ce qui ne surprit pas le commandant. En effet, le chef mécanicien avait toujours su anticiper les réparations. Très à cheval sur l'entretien et les optimisations, il estimait que les machines devaient être toujours propres et le matériel toujours entretenu et optimisé. À plusieurs reprises, l'excellent étant des machines avait sauvé le Chimaera de situation périlleuse voir de la destruction. En tout cas pour le grand amiral, c'était grâce à ça que le Chimaera avait pu quitter Bastion et rallier Yaga Minor, en mauvais état mais en un seul morceau. Ce qui avait valu une nouvelle distinction et citation à l'ordre impérial. Il était rare que celui-ci étonne son chef. L'une de ces fois fut quand il avait proposé au commandant de le suivre alors que les machines du Chimaera, son sanctuaire où il avait fait quasiment toute sa carrière, étaient en réparation lourde aux chantiers de Yaga Minor.
Pour l'instant, équipé d'une combinaison anti radiation, il supervisait une révision complète de l'hyper-propulseur. Régulièrement, il vouait aux gémonies son prédécesseur pour l'état plus que désastreux, selon ces dires, du matériel. Voyant son chef qui souriait, il grommela un « pas étonnant que des trucs improbables se produisent sur ce rafiot pas entretenu » avant de se mettre au garde à vous et de saluer son supérieur. Ce dernier lui rendit son salut et lui fit signe de le suivre.
Ils s'enfermèrent dans le bureau de maître principal. Ce dernier fit un rapport plus que salé sur le niveau d'entretien des machines. Le commandant attendit la fin des récriminations de son chef mécanicien pour lui faire part de son plan. Avant de commencer, il confirma qu'il ferait parvenir son rapport au commandant.
L'idée de l'ingénieur était en soi assez simple. La réalisation par contre demandera une bonne connaissance et de la doigtée. Corn avait suffisamment confiance dans son chef mécanicien pour savoir que celui-ci lui dirait, s'il estimait que cela était impossible.
La proposition était de faire envoyer l'impulsion de destruction de la bulle d'hyper-espace sans en avoir créé. Il faudrait dans un premier temps modifier le programme de contrôle, puis le transférer à l'hyper-propulseur. Cette partie pouvait sembler simple mais nécessitait la présence d'une personne qui en avait les compétences. Le maître principal lui confirma qu'il avait un de ses adjoints qui devrait être en mesure de le faire et que le transfert du programme ne demanderait que quelques minutes. Tout le matériel indispensable faisait partie de la dotation standard.
Cependant le maître principal était perplexe. Il avait traversé la galaxie de long en large et il n'avait jamais entendu parler de choses de ce type. Certes, il y a longtemps, l'Empire avait fait des tests en vu de larguer des bombes en Hyperespace, mais le projet avait été un cuisant échec. Mais il tenait cet histoire d'un ancien major mécanicien de la force du sabre noir. Il s'était toujours demandé ce qui était vrai dans les souvenirs de ce pauvre homme qui avait été retenu pendant plus de douze ans sur la planète N'Zoth par les Yevethans.
Le recalibrage de l'hyper-propulseur prit plus d'une heure. L'officier marinier chargé des modifications, simulait chaque modification. Il savait qu'il n'aurait probablement pas de seconde chance surtout si cela fonctionnait et que le système faisait exploser le vaisseau. Comme à son habitude, Corn était retourné dans son bureau afin de laisser toute latitude à son personnel pour la résolution des problèmes.
Après avoir passé plus de 15 minutes à vérifier les calculs de ses subordonnées, le commandant Corn contacta le commandant Yage pour lui donner le feu vert « ingénierie » pour le test. Yage demanda à Corn de se rendre sur la passerelle, sauf si sa présence était requise au PC machine. Corn répondit par la négative et rejoignit le poste d'observation en passerelle, où se trouvait le commandant Yage entrain d'observer les étoiles.
Corn se plaça à ses côtés et attendit que son supérieur engage la conversation. Il se doutait bien que le commandant avait une idée en tête.
— Pensez-vous que l'on a réellement une chance de réussir ?
— Oui, de toutes les façons, si nous ne faisons rien, nous finirons tôt ou tard par percuter une planète ou un soleil. Si nous devons y rester autant que ce soit en essayant de s'en sortir.
— Bien, c'est ce que je voulais entendre. Ingénierie, activez l'hyper-propulseur, maintenant.
L'ingénieur de quart contacta le maître principal Balèze et lui confirma l'ordre d'effectuer la manœuvre. Ce dernier acquiesça et lança la procédure modifiée. L'hyper-propulseur se mit en marche et lança l'impulsion de fin de bulle de dilatation de l'espace temps. Puis il s'arrêta normalement. Rien n'avait explosé en machinerie.
