Pendant quelques secondes, il ne se passa rien. Corn commença même à se demander si cela avait fait quelque chose. Puis les traits des étoiles commencèrent à se rétrécir puis par devenir de simple point à l'horizon. La frégate venait enfin de s'immobiliser et avec en prime ses chasseurs.

Le chef mécanicien n'en revenait pas, le plan avait fonctionné, la frégate venait de sortir de l'hyperespace, et elle était toujours entière. Il ordonna immédiatement une vérification approfondie de tous les systèmes vitaux et centraux de la frégate. Les équipes de mécaniciens se dispersèrent alors dans tout le bord afin de procéder à la vérification.

Au central-opération, l'effervescence était à son comble. Tandis que le contrôle de vol faisait rentrer en urgence les chasseurs en commençant par ceux qui n'avaient presque plus d'oxygène, le reste scannait l'espace à la recherche de tout signe d'ennemis. La discipline impériale n'était pas un vain mot, les procédures avaient repris leur droit, les chasseurs commençaient à se positionner de manière à pouvoir apponter dans l'ordre donné par le contrôle de vol. Le lieutenant Barn se permit de sourire dans son casque de cette aventure intéressante mais qu'il ne souhaiterait pas renouveler. Il put admirer une fois de plus la précision des bras d'accroche qui venaient de se verrouiller sur son chasseur afin de le ramener dans la baie de maintenance. Il se doutait bien que les équipes de maintenance allaient avoir beaucoup de travail. En effet, la procédure en temps de guerre était de vérifier complètement les chasseurs en cas de situations douteuses où de dégâts. Cela lui fut confirmé par la figure austère du mécanicien chargé de son chasseur quand celui-ci déverrouilla l'écoutille d'accès. Un simple salut, bien loin de la jovialité habituelle. Barn ne s'en offusqua pas et se dirigea vers la salle de débriefing en espérant en apprendre un peu plus sur ce qui venait de se produire. Il en fut pour ses frais, la réunion s'orienta plus sur les ressentit des pilotes ainsi que le comportement des chasseurs lors du passage et de la sortie de l'hyper-espace.

Sur la passerelle, l'officier de navigation Darkjam tentait de localiser le vaisseau. Mais selon les premiers résultats, l'astro-navigateur ne reconnaissait pas la zone. De toute évidence la frégate évoluait dans une galaxie non répertoriée, aux confins des régions inconnues. Avec l'accord du commandant, il déclencha le Statdef 1 sur la frégate. Il entama alors la recherche et la catégorisation des planètes qui se trouvaient à porter des moteurs subluminiques de la frégate. Même si cela ne permettrait pas de rentrer, ils auraient une bonne vision du système dans lequel ils étaient. Le commandant approuva l'initiative de son navigateur et se retira dans ses quartiers.

Au PC machine, le maître principal Balèze et l'adjoint qui avait fait les modifications, rétablir la version originale du logiciel puis entamèrent le recalibrage l'hyper-propulseur pour finir par un test de bon fonctionnement. L'opération fut relativement rapide et surtout simple à faire, mais essentielle pour pouvoir naviguer à nouveau en hyperespace. Moins d'une heure plus tard, le maître principal rendait compte à la passerelle que tout était en ordre.

Dans le bureau du commandant, la réunion entre le capitaine et les commandants adjoints, à laquelle participait le lieutenant Darkjam, sur ordre express du capitaine Yage, s'éternisait. Elle s'était enlisée dès les premières minutes dans une lutte sur les responsabilités de chacun pour finalement se perdre dans une litanie d'idées toutes aussi stupides que folles. La situation était inédite et chacun voulait imposer son point de vue. Ainsi – pensaient-ils – ils récolteraient toute la gloire d'avoir pu ramener la frégate à bon port. Pas une seule fois, l'idée de travailler ensemble ne les avait effleurés. « Le passage en hyperespace ne les a vraiment pas arrangés », pensa Gilead qui surveillait la meute sans rien dire. À ces côtés Darkjam, l'officier navigateur, tentait de faire entendre raison à ses supérieurs, mais sans y parvenir. Il fournissait la totalité des informations qu'il jugeait importantes et les planètes qu'il avait détectées au cours des dernières heures. Il se concentrait uniquement sur les données du système inconnu dans lequel ils étaient. Pas comment, ils y étaient arrivés. N'ayant pas la trajectoire de l'aller, ni la localisation réelle, il était tout simplement impossible de revenir à la dernière position. Darkjam était même abasourdi que les commandants adjoints puissent penser une telle chose. Il aurait aussi souhaité que le commandant Corn lui vienne en aide, mais celui-ci semblait complètement ailleurs.

Le commandant Corn finit par se lever, salua le commandant et sortit. Il se dirigea vers la passerelle. À l'intérieur, les quatre autres commandants adjoints qui se chamaillaient, ne s'en aperçurent même pas. Le commandant mis alors fin à la réunion et retient Darkjam. Après une courte discussion, elle l'envoya vers la passerelle pour discuter avec Corn. Celui-ci se tenait debout les mains dans le dos dans la baie d'observation. Il contemplait les étoiles tout en réfléchissant aux dernières heures et à une solution pour rentrer. Il n'entendit pas le lieutenant s'approcher.

Darkjam attendit quelques instants avant de se permettre d'interrompre la réflexion silencieuse de Corn.

— Commandant Corn

— Hum

— Le commandant m'envoie pour recueillir votre point de vue.

— Croyez-vous que la passerelle est un endroit, conseillé pour ce genre de discussion ?

— Je ne sais pas, la situation est déjà assez compliquée comme ça, pour rajouter la lourdeur du protocole.

— Le protocole est la gloire et le maintien de l'Empire, le perdre serait sa fin définitive. Depuis plus de vingt années standard, je sers l'Empire, malgré les défaites et les revers, je n'ai jamais perdu foi en le protocole.

Gilead se retourna vers Luc et le regarda droit dans les yeux y cherchant de la peur ou de l'indécision. Luc tient tête au regard inquisiteur du commandant. Satisfait, Corn esquiva un sourire.

— Capitaine, vous êtes un des seuls qui avait soutenu l'épreuve, vous semblez avoir la tête sur les épaules. Lors de la réunion, vous avez dit plusieurs choses intelligentes. Nous allons discuter, mais pas ici, plutôt dans mon bureau.

— Bien mon commandant

Corn et Darkjam se dirigèrent vers le bureau de l'ingénieur, plusieurs ponts plus bas.

Installé confortablement devant son bureau, Corn entreprit de parler l'escadre Fierté Impériale, envoyée, il y a presque trente ans plutôt dans les régions inconnues, par l'Empereur lui-même. Elle était composée d'un destroyer interstellaire de classe impérial mark 2 et de deux frégates. Elle était commandée par le grand amiral Thrawn en personne. Après plus de 7 ans d'absence, le grand amiral est revenu sans, annonçant qu'il avait croisé une menace terrible et qu'il devait préparer la galaxie à un ennemi encore plus dangereux que la nouvelle république. L'escadre a officiellement disparu au cours d'une opération spéciale d'après les archives datées après le retour du grand amiral. Mais aucune date n'a été fourni aux archives. Même le grand amiral Pealleon ne savait pas réellement ce qui s'est passé. Aucune information pertinente n'a été retrouvé y compris dans le complexe de la main de Thrawn. En même temps, Skywalker et Mara Jade n'ont pas laissé grand-chose. Le grand amiral Pealleon a pourtant supervisé en personne les recherches dans l'ancienne base. De toute évidence, le grand amiral Thrawn n'avait absolument pas prévu son assassinat et n'avait pas pris de disposition pour que la vérité soit connue même en cas de disparition.

— Et tout laisse à penser que ces terribles ennemis, ne sont ni plus ni moins les Vongs. Cette histoire me passionne depuis fort longtemps, et nous avons la chance d'avoir à résoudre cette énigme. Pour moi, c'est la clé pour quitter la zone.

— Je ne saisis pas tout. Vous pensez que nous sommes près de l'escadre, alors que l'on ne sait pas où l'on est.

— De l'escadre, non. D'un des vaisseaux, oui. D'après les relevés effectués, il y a des masses métalliques pouvant être les restes d'un vaisseau sur la sixième planète du système. Cella pourrait bien être le fierté impérial, la bâtiment amiral de l'escadre.

— Fascinant, mais pourquoi n'en avait vous pas parlé tout à l'heure ?

— Vous êtes, avec le commandant, l'un des seuls qui réfléchisse encore sur ce vaisseau. Leur pathétique dispute de tout à l'heure, m'a ramené, bien des années plutôt lors de la mort de l'Empereur et des disputes des seigneurs de guerres. C'est ce type d'officier qui a détruit l'Empire de l'intérieur. Et je préfère ne pas avoir de relation avec eux.

Ignorant que le comlink du navigateur était allumé, Corn continua à expliquer son plan. Le capitaine Yage écoutait attentivement, et bien que ne partageant pas l'enthousiasme de son ingénieur, elle approuvait le plan qui était le seul de sensé qu'elle a entendu depuis un certain temps. Cependant, elle n'appréciait pas devoir passer par un lieutenant pour en savoir plus. Il était peut-être un ami du grand amiral, son comportement n'avait rien à voir avec celui attendu par le protocole. Elle prit alors une décision qui risquait de ne pas plaire à son ingénieur en chef, mais qui pour elle, allait remettre un peu d'esprit d'équipage sur son vaisseau.

Le comlink de Corn se mit à vibrer alors que Corn finissait sa petite démonstration à Darkjam.

— Corn, j'écoute

— Désolé de vous déranger mon commandant, mais le commandant souhaite que vous vous rendiez immédiatement dans son bureau. Toute affaire cessante a-t-elle ajouté.

— Bien, je m'y rends immédiatement.

Puis se tournant vers Darkjam, il lui signala qu'il partait. Corn se demandait bien ce que le commandant pouvait bien lui vouloir. Y avait-il de nouveaux éléments qui était apparu ? Avant de frapper à la porte, il arrangea son uniforme et toqua de manière rapide et sûr. Un « entrez » glacial lui répondit. L'ingénieur ne s'en formalisa pas et entra.

— Commandant Corn – Attaqua le commandant Yage dès son entrée – qui commande donc ce bâtiment. Pas la peine de me répondre, il s'agit d'une question purement théorique. De quel droit, avez-vous quitté ma réunion ? Sans avoir pris la peine d'épauler le lieutenant Darkjam. Si le grand Amiral, vous pardonne ce type d'écart, sachez que je serai intraitable sur ceux-ci. Une réunion d'état-major, sur mon vaisseau, commence à mon ordre et finit à mon ordre. Suis-je bien claire commandant ?

— Limpide mon capitaine. J'aimerai pourtant…

— Je ne vous ai pas autorisé à vous justifier, car je n'ai pas terminé. Vous m'avez déçu. Le grand amiral vous porte en grande estime. Je ne me suis séparé de mon ingénieur que parce que Pealleon pensait que vous seriez un atout pour cette mission. Mes commandants adjoints sont peut-être des bourrins, mais ils sont bien plus habitués à faire la chasse aux pirates qu'à la guerre. Je connais très bien vos états de service. Vous n'avez jamais servi sur un bâtiment de cette taille. Vous avez toujours eu la chance de vous retrouver sur un vaisseau de premier rang voir sur le bâtiment amiral. La cohésion du commandement est indispensable si vous voulez vous en sortir. Votre prédécesseur était apprécié, même si votre mécanicien en chef ne semble pas être très content de l'état de ce vaisseau. Nous n'avons pas les moyens des grosses unités. Vous êtes perçu comme une menace par mes adjoints. Je ne permettrais pas que cette situation perdure encore très longtemps. Et ne tentez pas non plus à corrompre mon navigateur. Même si je dois reconnaître que votre dernière idée fut un franc succès et que votre nouveau plan est plutôt bon. Il sera validé par mon conseil de guerre ou il ne sera pas. Me suis-je fait bien comprendre commandant

— Parfaitement mon capitaine

— Bien, j'espère que je n'aurais pas à me répéter, car j'en ai horreur. Si cela devait être le cas, je me passerais de vos services que nous soyons rentrés ou pas. Ce qui serait dommageable pour mon équipage comme pour votre carrière. Vous avez maintenant une minute pour vous justifier.

— Mon capitaine, je ne m'excuserai pas pour mon comportement. Je ne trouve pas très correct de mettre ses subordonnées sur écoute.

— Vous n'étiez pas sous écoute. Comme vous l'a dit le lieutenant Darkjam, il devait recueillir votre avis à ma demande, ce qui veut dire que son comlink était en communication avec moi-même. Vous avez une heure pour planifier et peaufiner votre plan, tout seul, laissez mon navigateur en dehors de tout ça. Rendez-vous dans une heure à la réunion d'état-major où vous nous le présenterez. Rompez, vous avez du travail.

Corn ne répondit rien et sorti après avoir salué son supérieur qui soupira une fois la porte fermée.

Corn retourna dans son bureau que le lieutenant Darkjam avait déserté pour retourner sur la passerelle. Corn eut la tentation d'y retourner notamment pour contempler les étoiles et réfléchir. Il avait besoin de reprendre ses esprits. La dernière remarque de ce type remontait à plusieurs années. Il comprenait ce que le grand amiral entendait par une grande râleuse. Mais il avait été touché par le discours et pourtant cela faisait de très nombreuses années que les remarques lui glissaient sur la peau, seule Elena avait pu le toucher. Mais elle n'était plus là. Dès son arrivée à bord, la ressemblance du commandant avec son amour lui était apparu. C'était sans doute pour cela que cela l'avait autant touché.

Refusant de laisser les souvenirs remonter, il s'assit à son bureau et entreprit d'écrire l'histoire de l'escadre du grand amiral Thrawn et de mettre en forme son plan pour les prochains jours. Il espérait ne pas se tromper et que le vaisseau amiral, du moins ses restes, était bien là. Parce que si ce n'était pas le cas, sortir de l'hyperespace serait la partie la plus simple pour pouvoir rentrer.

Une heure plus tard, après avoir réajusté son col, il frappa à la porte de son commandant. Il avait amené son datapad et comptait bien obtenir l'assentiment des autres commandants et doc l'approbation du capitaine.

Il entra, vide de tout sentiment, dans la salle. Il ne montra pas sa surprise de voir que tous les autres commandants adjoints étaient présents et présentaient le même visage que Corn. Il ne savait pas que le capitaine les avait convoqués un quart d'heure avant pour remettre aussi les pendules à l'heure.

Au vu des visages renfermés de ses adjoints, le capitaine comprit que la cohésion du commandement allait être difficile à obtenir, surtout si tous faisaient leur tête de cochon. Elle en fut fatiguée d'avance.

L'ambiance ne gênait pas Corn, elle était proche de celle qu'il connaissait sur le Chimaera. Son regard fit le tour de la table avant de s'arrêter sur la seule place libre qu'il occupa rapidement. Il s'aperçut que le navigateur n'était pas là. Tant mieux, même s'il le comprenait, il préférait avoir le temps de digérer avant de le revoir.

C'est dans cette ambiance glaciale que la réunion commença, débutant par une courte présentation de la situation du capitaine. À la fin de son préambule, elle fit le tour de ses adjoints en commençant par le commandant adjoint opération. Ce dernier proposa ni plus ni moins un plan proche de celui de l'ingénieur à savoir d'explorer le système et ses voisins à la recherche de civilisation en espérant qu'ils obtiendraient des locaux des cartes spatiales qui les ramèneraient près d'un système que l'astro-navigateur serait capable de localiser. Ce plan obtient l'assentiment de la plupart des adjoints. Tous étaient parfaitement conscients que ce n'était pas parfait mais que faute d'avoir à proposer quelque chose de mieux, il était suffisant pour le début.

Corn n'avait pas été intégré au débat, et n'était pas intervenu. Le capitaine le regarda dans les yeux avant de se résoudre à clore la réunion. C'est à ce moment que Corn parla. En quelques mots succincts, il valida le plan du commandant opération, ce qui provoqua la stupeur des autres commandants, tout en conseillant de commencer par la planète où il espérait que se trouve le « fierté impérial ». Puis il fit un bref résumé de l'opération du grand amiral Thrawn dans les régions inconnues.

Ceci débloqua la réunion qui pris un tournant plus léger au grand plaisir du capitaine.