Cette fic est écrite dans le cadre de la 105ème nuit écriture du Forum francophone pour le thème "Disputer". Le forum est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où on peut discuter, demander de ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous!
Marinette se détransforma et se glissa dans sa chambre sans ralentir. Elle s'effondra sur son lit et s'apprêtait à s'endormir quand son réveil sonna, lui arrachant une plainte de protestation. La nuit avait été épuisante, et lourde d'angoisse. Deux attaques Akuma, dont une qui avait failli blesser Alya qui cherchait le meilleur angle pour filmer le combat pour le LadyBlog. Chat Noir avait été plus réactif qu'elle et, lorsque sa meilleure amie avait été jetée du haut de la tour Eiffel, c'était lui qui avait plongé le premier pour la rattraper et la mettre en sécurité. Mais ces quelques secondes d'inattention avaient permis à leur ennemi de se jeter sur elle et de l'immobiliser par terre en lui tordant un bras dans le dos. Il lui avait déjà arraché une boucle d'oreille, et elle avait commencé à se détransformer, quand un éclair noir s'était jeté sur leur ennemi pour lui permettre de se dégager. Elle avait récupéré son Miraculous, son identité était restée secrète, et ils avaient réussi à terrasser le super-vilain, mais la frayeur que l'incident lui avait causée avait eu raison de son énergie et de sa capacité à relativiser les choses.
Enfin. Désormais, le combat était fini, la nuit aussi, et elle allait pouvoir attaquer sa troisième journée de collège sans dormir. Elle ne ressentait presque plus la fatigue. Tout autour d'elle lui paraissait être plongé dans le brouillard, elle avait encore plus de difficultés que d'habitude à coordonner ses mouvements, et, lorsque sa mère l'appela pour lui dire qu'elle allait être en retard, sa première envie fut de répondre en criant qu'elle ne l'avait pas sonnée. Elle se ravisa au dernier moment. Que ce soit ses deux nuits blanches d'affilées ou le comportement dangereux d'Alya, sa mère n'y était pour rien.
Elle arriva au collège à la seconde où la cloche retentissait, et, pour une fois, leur professeur n'était pas encore arrivée quand elle s'engouffra dans la salle de classe. Son regard fut aussitôt attiré par Alya, qui racontait à Rose, Juleka et Mylène son aventure de la nuit dernière.
- Non mais regardez cette vidéo les filles ! C'était trop dingue ! Et comme mon téléphone filmait encore quand le Pyrolyseur m'a projetée dans les airs, on voit ma chute depuis les premières loges ! Bon, je n'en aurais pas mené large si Chat Noir ne m'avait pas rattrapée, mais je n'ai même pas eu le temps d'avoir peur qu'il me déposait déjà aux pieds de la Tour Eiffel ! C'était complètement dément ! Marinette ! appela-t-elle en voyant son amie. Tu as vu le LadyBlog ce matin ? Tu as vu ce qui m'est arrivé, c'est un truc de dingue !
Marinette resta dubitative quelques instants, luttant pour ne pas commettre d'impair en déclarant qu'elle savait ce qui s'était passée, et elle laissa Alya lui raconter à nouveau l'expérience avant de répondre :
- Alya… Tu es sérieusement en train de t'extasier d'avoir failli mourir en chutant du haut de la tour Eiffel ?
- Je n'ai pas failli mourir voyons, j'étais avec Ladybug et Chat Noir ! On ne risque rien quand ils sont à proximité !
- Donc tu comptes recommencer à mettre ta vie et la leur en danger pour ton fichu blog ? s'indigna Marinette. Tu crois franchement que eux n'ont que ça à faire, de te sortir du pétrin dans lequel tu te fourres ?
- Marinette… intervint Rose. Calme-toi, c'est pas grave. Inutile de vous disputer…
- Si c'est grave ! reprit Marinette, de plus en plus en colère. Elle a failli mourir, elle a failli causer la perte de Ladybug et Chat Noir en les forçant à se séparer, et elle trouve le moyen de s'en vanter le lendemain ! Tu crois peut-être qu'ils n'ont pas assez d'un super-vilain qui les combat ?
- Marinette… Relax, un peu, souffla Juleka en posant une main sur son épaule.
Elle sentait la préoccupation de ses amies qui ne la voyaient jamais en colère, elle pouvait presque discerner la culpabilité qui était en train de naître chez Alya et elle aurait eu envie de faire comme d'habitude, de sourire, de pardonner, de s'excuser elle-même. Mais ses yeux étaient trop tirés et douloureux, sa tête trop dans le brouillard, ses membres trop tremblants de fatigue pour qu'elle parvienne à le faire. La seule chose qu'elle désirait à cet instant, c'était de balancer une fois pour toutes tout ce qu'elle avait sur le cœur, et elle reprit sur le même ton :
- Non, je me calmerai pas ! Pas avant qu'elle ait promis de ne plus refaire de stupidités pareilles ! Tu t'imagines que je réagirais comment, si je te voyais mourir en direct sur tes vidéos, si on apprenait le lendemain que tu ne reviendras jamais plus ?! Tu crois quoi, que ton LadyBlog est plus important que toi à nos yeux ? Tu ne jures que pour ton blog ou pour les héros de Paris, mais à quel moment tu as oublié de penser qu'ils pouvaient beaucoup mieux s'en sortir quand tu n'étais pas dans leurs pattes à prendre des risques inutiles ?!
Elle savait que ces mots étaient faux, qu'Alya leur était venue en aide bien plus souvent qu'elle ne leur avait causé de problèmes, mais la frayeur de la nuit dernière était trop forte pour qu'elle parvienne à en tenir compte.
- Marinette, il faut que tu te calmes, maintenant ! s'écria Mylène.
Elle s'apprêtait à ne pas l'écouter et renchérir sur le même ton quand elle vit Mylène pointer du doigt la porte de la salle. Ou plutôt, le papillon noir qui venait de s'introduire par la porte et qui fondait à présent droit sur elle. La terreur surplomba la colère qu'elle ressentait et elle resta figée de frayeur. Elle était épuisée, en colère, et effrayée, elle savait qu'elle faisait une cible de choix pour l'Akuma. Elle devait se calmer, absolument, mais plus elle luttait contre sa colère et plus celle-ci empirait, la poussant à penser que là encore, rien de tout ça ne serait arrivé sans l'imprudence d'Alya. Et sa frayeur n'arrangeait rien. Que se passerait-il si elle était akumatisée, s'il n'y avait cette fois pas de Ladybug pour la libérer ? Combien de temps Chat Noir l'attendrait-il avant de perdre tout espoir et de s'effondrer à son tour ? Le papillon se rapprocha encore plus et atteignit ses boucles d'oreilles.
Adrien bâilla en descendant de la voiture de son garde du corps, mais il se força à accélérer le pas. Il était déjà en retard de quelques minutes, il avait peut-être une chance d'arriver en classe avant que le cours n'ait véritablement commencé. Ses deux dernières nuits blanches l'avaient vidé de ses forces, et il ne parvint qu'à marcher un peu plus rapidement que d'habitude. Il atteignait le couloir de leur salle quand un papillon noir le dépassa, se dirigeant droit vers leur classe.
- Un Akuma ! Plagg !
- Ah non, pas encore. Je suis en grève, grommela le kwami roulé en boule au fond de la poche de sa chemise. Je vais interpeller le syndicat des kwamis afin de renégocier les termes de notre contrat et obtenir un minimum de trois fromages et une nuit de repos par transformation et…
- On discutera plus tard ! Transforme-moi !
Sans avoir pu dire un mot de plus, Plagg fondit dans la bague d'Adrien et, quelques secondes plus tard, Chat Noir se précipitait à la suite de l'Akuma. Il ouvrit la porte à la volée au moment où le papillon atteignait les boucles d'oreilles de Marinette. Marinette ? Qui ne se mettait jamais en colère, qui prenait tout sur elle, qui pardonnait tout à tout le monde les yeux fermés ? Son regard se posa sur elle et il comprit. Marinette qui était la seule à avoir d'aussi grands cernes que lui et à être plus pâle et tremblante de fatigue. Marinette qui foudroyait du regard Alya, probablement après avoir appris par le LadyBlog les événements de la nuit dernière, sans pouvoir cacher la terreur qui l'envahissait devant l'Akuma. Marinette, qui n'aurait pas de mal à se calmer avant qu'il ne soit trop tard, pour peu qu'il sache s'y prendre. En trois bonds, il la rejoignit et lui fit face.
- Viens là, princesse, souffla-t-il en ouvrant ses bras.
- Je… Quoi ? Qu'est-ce que tu fais, Chat Noir ? demanda-t-elle, déboussolée.
- J'empêche l'Akuma de te voir comme une cible rêvée. Tu me fais confiance ?
Marinette resta dubitative quelques secondes avant d'acquiescer d'un hochement de tête.
- Toujours.
- Alors viens.
Tendrement, Chat Noir l'attira dans ses bras, l'incitant à poser sa tête contre son épaule, et referma ses bras autour de son dos. Les premières secondes, Marinette ne ressentit rien. Elle était toujours énervée, toujours épuisée, et l'Akuma volait toujours à quelques centimètres d'elle. Elle ferma les yeux pour tenter de l'ignorer, et elle perçut quelque chose à ce moment-là. Comme un bruit de moteur diminué par mille, une rumeur de bruit de travaux suffisamment basse et régulière pour être agréable. Puis elle devina les imperceptibles mouvements que le dos de Chat Noir produisait au rythme de ce bruit et elle comprit. Chat Noir ronronnait. Elle n'eut ni le temps, ni l'envie de se demander pourquoi il faisait cela. Elle n'eut plus besoin de se forcer à garder les yeux fermés, et son corps se détendit lentement contre celui de son partenaire qui ronronnait toujours à un rythme régulier. Elle se concentra sur ce bruit si banal et si réconfortant pourtant, jusqu'à l'entendre très distinctement, comme s'il avait recouvert tous les autres bruits de Paris. Elle était toujours autant épuisée, mais sa fatigue devenait supportable. Toujours autant en colère, mais prête à écouter les explications et les excuses d'Alya. Le bruit du ronronnement l'envahissait toujours davantage, surplombant tous les sons autour d'elle, et, petit à petit, elle oublia tout. Elle se fichait de sa fatigue, elle se fichait de sa colère contre Alya, tant qu'elle pouvait rester éternellement ici, les yeux fermés contre Chat Noir, à l'écouter ronronner de façon aussi paisible et réconfortante. Elle eut l'impression de passer l'éternité dans ses bras à se laisser bercer par ce son avant que Chat Noir ne la relâche délicatement.
- L'Akuma est parti, indiqua-t-il doucement. Ça va mieux ?
- Oui, je… Comment tu…
- Ronronthérapie, expliqua Chat Noir en se léchant le bout des doigts de manière féline. On sous-estime beaucoup trop ses bienfaits, pourtant, de nombreux psychologues ont déjà affirmé qu'écouter les ronronnements d'un chat pendant un quart d'heure était plus bénéfique que certains calmants.
Marinette resta dubitative quelques instants avant de souffler :
- Merci. Je… T'es super. Et pardon.
- Ne t'excuse pas, princesse. Ça nous arrive à tous de nous lever du mauvais coussinet ! Je te dirais bien que c'était un plaisir pour moi aussi, mais ma Lady risquerait d'être jalouse si elle l'apprenait.
Marinette laissa échapper un ricanement désabusé et secoua la tête de droite à gauche.
- Merci, se contenta-t-elle de répéter.
- A ton service, répondit-il en esquissant une révérence. Sur ce, si vous voulez bien m'excuser, d'autres aventures m'appellent.
Chat Noir disparut aussi vite qu'il était arrivé et Marinette garda son regard fixé sur la porte, encore stupéfaite de ce qui venait de se passer. Seule l'arrivée d'Adrien, légèrement essoufflé et soulagé de voir que personne n'était assis, la tira de ses pensées et elle se retourna vers Alya pour s'excuser. En sachant déjà, à son sourire, que son amie ne lui en voulait pas et qu'elle lui promettrait à son tour d'être plus prudente à l'avenir.
Leur troisième nuit avait mal commencé et il était minuit lorsqu'ils eurent fini d'aider les pompiers à évacuer un immeuble en feu. Au moins, ils n'avaient pas eu à utiliser leurs pouvoirs, et il leur restait donc quelques minutes, assis l'un contre l'autre sur un toit, pour savourer le calme revenu avant de retourner se coucher. Ladybug laissa sa tête glisser sur l'épaule de Chat Noir en bâillant et, après une hésitation, elle demanda :
- Chaton ?
- Hmm ?
- Tu veux bien ronronner ?
Oui, j'y tenais à cet épilogue, et il me permettait d'atteindre les 2000 mots :p
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