Cette fic est écrite dans le cadre de la 107ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Étude". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
Marinette descendit les escaliers qui s'enfonçaient dans les sous-sols du collège et franchit la porte qui débouchait sur une grande salle meublée d'une centaine de tables et de chaises. La plupart de ses camarades de classe étaient déjà installés, sortant leurs affaires de cours. Marinette trouva rapidement une table vide et se laissa tomber sur la chaise. Au moment où elle s'assit, elle sentit aussitôt un sentiment de soulagement. Elle ne soupçonnait pas cette sensation de pression, d'appréhension et d'angoisse qui pesait sur ses épaules afin qu'elle ne se volatilise à l'instant où elle s'était assise. Elle y était habituée, pourtant, à cette sensation : Elle la ressentait tous les lundis à 16 heures, à l'instant où elle entrait dans cette salle de permanence. La journée du lundi terminait par une heure d'études. Les élèves autorisés par leurs parents pouvaient quitter l'école plus tôt, mais, ce jour-là, la mère de Marinette pouvait venir la chercher devant le collège à 17 heures. Entre sortir à 16 heures et passer une heure dans le bus ou à marcher, ou attendre 17 heures que sa mère la ramène en voiture, elle avait vite fait le choix. Et, tous les lundis, à 16 heures, elle s'enfonçait dans cette salle souterraine où aucune lumière naturelle ne passait pour une heure de répit.
La première fois qu'elle avait réalisé à quel point cette salle était coupée du monde, elle avait d'abord eu peur. Et si une attaque Akuma avait lieu pendant qu'elle était ici ? Et si Chat Noir avait besoin d'elle pour lutter contre un super-vilain ? La première fois, elle avait demandé cinq ou six fois l'autorisation de sortir pour des prétextes plus ou moins crédibles, juste pour vérifier à l'extérieur que tout était calme. Mais c'était le cas. Ça avait toujours été le cas. Il y avait des attaques Akuma le matin avant qu'elle ne parte au collège, à n'importe quelle heure de la journée, du repas ou, plus rarement, de la nuit. Mais il n'y en avait jamais le lundi, de 16 heures à 17 heures. Pendant une heure, elle entrait dans cette salle d'études coupée du monde et les attaques Akuma cessaient. Elle savait que ce ne pouvait être qu'une coïncidence. Qu'il n'y avait aucune raison logique qui expliquait le fait que les attaques n'avaient jamais lieu à ce moment-là. Alors, les fois suivantes, elle avait continué à demander l'autorisation d'aller aux toilettes au moins une fois pendant l'heure. Pour constater qu'encore une fois, la ville était calme. Elle s'était finalement fait une raison et, même si ce fait échappait à toute logique, elle avait pris pour acquis le fait que rien n'arriverait à ce moment précis. Et, petit à petit, elle avait constaté cette sensation. Ce soulagement lorsqu'elle entrait ici. L'absence d'appréhension, d'hyper-attention et d'angoisse qui l'habitaient continuellement, parce qu'elle s'était trop habituée à guetter et redouter la prochaine attaque. Pendant cette heure, rien n'arriverait, elle avait fini par l'admettre. Alors, pendant cette heure, elle arrêtait de guetter et de redouter la prochaine attaque.
Pendant cette heure, elle redevenait une collégienne ordinaire dont la seule préoccupation était de faire ses devoirs. Le surveillant qui gérait l'heure d'études à ce moment-là avait toujours été un des plus attentionnés envers eux. S'ils avaient besoin d'aide pour leurs devoirs, il était là pour leur ré-expliquer une leçon autant de fois qu'il le fallait. S'ils avaient fini leurs devoirs, il les laissait aller emprunter un livre au CDI pour lire en silence pendant toute l'heure. S'ils avaient trop besoin de sommeil – ce qui était souvent le cas de Marinette – il faisait semblant de ne pas remarquer les élèves censés travailler mais qui avaient plongé leur tête dans leurs bras croisés sur leur table en fermant les yeux. Elle le faisait souvent, de dormir pendant cette heure-là. Et elle ne dormait jamais aussi bien qu'à ce moment-là, quand elle savait qu'aucune attaque ne viendrait la réveiller. Que rien n'arriverait pendant qu'enfin, elle se reposait et décompressait véritablement.
Adrien sortit du collège et s'engouffra dans la voiture conduite par son garde du corps. La plupart de ses camarades partaient en études à 16 heures, mais son père lui avait rapidement signé l'autorisation de sortie dont il avait besoin pour quitter le collège une heure plus tôt en l'absence de cours. La voiture traversa la ville et, lorsqu'ils arrivèrent devant le manoir Agreste, Adrien ne se rendit pas dans sa chambre. Il bifurqua vers une salle de réception pourvue d'immenses miroirs sur les murs et salua sobrement les habilleurs et designers qui se trouvaient déjà là, s'affairant en silence. Puis il se retourna vers la silhouette immobile au fond de la salle, qui observait le va-et-vient de ses employés.
- Bonsoir Père.
- Bonsoir Adrien, répondit Gabriel en s'avançant. Nous t'attendions.
Il l'entraîna devant les portants mis en place par son équipe, et indiqua :
- Commence par ces vestes, je n'arrive pas à décider laquelle rendra le mieux.
Adrien s'exécuta et, pendant une heure, enchaîna les essayages de vêtements. Il était rodé à ce rituel. Tous les lundis, à 16 heures, les stylistes travaillant pour son père venaient chez eux avec les dernières créations pour qu'Adrien les essaye et que Gabriel décide desquels figureraient dans la prochaine publicité ou en affiche de son prochain défilé. Depuis qu'il était Chat Noir, il avait souvent appréhendé ce moment. Et si une attaque Akuma survenait ? Comment pourrait-il réussir à échapper à la surveillance d'autant de monde pour pouvoir se transformer et intervenir ?
Mais, petit à petit, il avait constaté que les attaques ne se produisaient pas à ce moment-là. Alors il s'était détendu et il avait commencé à profiter du véritable avantage de cette séance d'essai : La présence de son père. Il n'aurait raté ce rendez-vous pour rien au monde et, pendant qu'Adrien enchaînait les essayages et les photos prises de toutes parts, Gabriel était à ses côtés pour donner son avis. Il lui tendait des vêtements, les mettaient en place pour qu'un nœud papillon ressorte du mieux possible ou pour qu'un logo de la même forme apparaisse plus nettement. Souvent, Gabriel écartait d'un geste les habilleuses qui fourmillaient autour d'Adrien et, lorsque les doigts de son père frôlaient ses cheveux en ajustant son col ou glissaient sur sa joue pour positionner un chapeau, Adrien fermait les yeux par réflexe et savourait pendant de trop courtes secondes ce qui s'apparentait autant à un geste affectueux. Parfois, lorsqu'Adrien était tendu ou fatigué, son père posait doucement une main sur son épaule pour s'assurer qu'il allait bien ou l'inciter à se détendre, et ce contact qui ressemblait terriblement à un câlin effaçait en un instant toute la pression qu'il pouvait ressentir.
L'heure finissait toujours par se terminer, et son père finissait toujours par rentrer dans son bureau. Mais Adrien s'en fichait : Son père avait passé une heure entière à se préoccuper de lui, à n'avoir d'yeux que pour lui, à ne pouvoir être dérangé sous aucun prétexte parce que, le lundi, de 16 heures à 17 heures, rien n'était plus important pour lui que les essayages d'Adrien. Il était à ses côtés, il le gratifiait parfois de gestes qu'il n'avait plus reçu depuis la disparition de sa mère, et, à la fin de la séance, son regard brillant de fierté et de considération pour son fils achevait d'apaiser Adrien plus que tout au monde. Et il savait que cette heure recommencerait une semaine plus tard. Une heure par semaine, son monde et sa vie de Chat Noir se mettaient en pause, et il n'y avait plus que son père qui lui faisait comprendre que rien n'était plus important que lui à ses yeux. Ce n'était qu'une heure. Mais c'était tout ce qu'il avait – et bien plus que ce à quoi il avait été habitué depuis trop longtemps. Et c'était à ses yeux l'heure la plus précieuse au monde.
Un jour, j'enroulerai Adrien dans une couverture et je le ramènerai chez moi pour qu'il ait un modèle familial digne de ce nom, ce choupinet.
Toute ressemblance de la salle d'études souterraine avec celle d'un collège ayant existé il y a désormais un bon nombre d'années est totalement fortuite :p
J'espère que ça vous a plu, n'oubliez pas que seules les reviews permettent de savoir ce que vous en avez pensé !
