Cette fic est écrite dans le cadre de la 114ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Tomber". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !


Adrien étouffa un bâillement en se dévisageant dans le miroir. Les maquilleurs avaient réussi à dissimuler ses cernes et son teint trop pâle à l'aide de plusieurs tubes de fond de teint différents, mais ses yeux continuaient à briller de fatigue. Cela faisait deux nuits d'affilées qu'il passait plus de temps dehors à combattre les super-vilains que dans son lit, et seule la gentillesse de Mademoiselle Bustier l'avait empêché de récupérer plusieurs heures de colle pour s'être endormi pendant son cours.

- Adrien, vous entrez en scène dans dix minutes, rappela la voix de Nathalie derrière lui.

Il acquiesça d'un hochement de tête. Le défilé de mode de son père. Il n'avait qu'une seule tenue à présenter, le clou de sa toute dernière collection. Dix minutes. Un aller-retour sur un podium. Et il pourrait rentrer se coucher. Il avait beau savoir que ce n'était rien, qu'il était plus qu'habitué à ces défilés et que la soirée passerait désormais vite, à cet instant, il avait juste l'impression que cette épreuve était insurmontable. Est-ce que c'était la présence exceptionnelle de son père à ce défilé ? La foule de journalistes deux fois plus nombreuse que d'habitude du fait de sa présence ? Juste sa fatigue ? Il n'en savait rien. Nathalie proposa :

- Souhaitez-vous que je vous fasse amener un café avant votre entrée ?

L'idée de quelque chose qui lui aurait permis de retrouver un minimum d'énergie était tentante mais il renonça rapidement.

- Non merci. On sera sur le chemin du retour avant qu'il ait le temps de faire effet. C'est gentil.

Nathalie ressortit de sa loge et Adrien enfila les chaussures, le dernier accessoire qu'il n'avait pas encore mis. Elles étaient trop serrées. Ses doigts de pied étaient écrasés et le cuir lui compressait chaque centimètre de peau. Tant pis, il arrivait tout de même à marcher avec et il n'avait pas besoin de les porter longtemps. Il fit quelques pas pour tenter de s'y habituer avant de se rasseoir en soupirant.

- Tu es capable de terrasser sept super-vilains en deux nuits, mais faire un défilé de dix minutes est trop compliqué pour toi ? s'étonna Plagg en sortant de sa poche.

- Tu peux parler ! Je ne t'ai pas entendu de la journée ! Tu viens juste de te réveiller, pas vrai ?

- Je ne vois pas du tout ce qui te fait dire ça ! D'abord, je ne passe pas ma journée à dormir, je profite du temps qui m'est imparti pour retrouver les forces dont j'ai besoin pour te transformer ! Tu sais à quel point c'est éprouvant, de se réveiller sept fois en deux nuits pour que tu puisses aller t'amuser ?

Adrien ne répondit que par un grognement avant de déclarer :

- Allez, ça va être l'heure.

Il attendit que Plagg soit de retour au fond de sa poche avant de sortir et de rejoindre Nathalie et son père, devant l'entrée du podium. Gabriel s'approcha face à lui et Adrien se força à se redresser du mieux qu'il pouvait pendant que le regard de son père inspectait chaque détail de sa tenue. Au bout d'un moment qui lui parut interminable, Gabriel détourna son regard et Adrien en conclut qu'il n'avait rien trouvé à redire. La dernière mannequin sortit du podium et Adrien s'y engagea. Il était habitué aux défilés, aux podiums, aux lumières. Alors pourquoi cette scène lui paraissait-elle si impressionnante ? Les spots lumineux et les flashs d'appareils photos étaient trop vifs, l'éblouissaient, et l'empêchaient de voir quoi que ce soit d'autre. Ses chaussures lui faisaient encore plus mal maintenant qu'il marchait à un rythme soutenu et maîtrisé. Tant pis. Il savait ce qu'il avait à faire, il distinguait vaguement au milieu des flashs le bout du podium où il devrait faire demi-tour, et il n'avait que quelques dizaines de mètres à marcher avant de pouvoir s'effondrer dans la voiture de son père. Rien d'insurmontable. Il avança lentement, se forçant à garder sa tête droite et son rythme toujours identique, et les applaudissements nourris lui confirmèrent qu'il parvenait à donner le change. Au moment où il atteignait le bout du podium et qu'il commençait à faire demi-tour, un flash plus éblouissant que les autres crépita devant lui, faisant valser des étoiles devant ses yeux. Il tituba sous la surprise et son pied droit heurta sa jambe gauche. Avant d'avoir réussi à se rattraper, il perdit l'équilibre et le choc de son visage contre l'estrade fit valser plusieurs vagues de douleur en écho à l'intérieur de son crâne.

Il garda les yeux fermés pendant une fraction de seconde pour atténuer l'impression que sa tête explosait et chercher à comprendre ce qui s'était passé. Ce fut finalement les cris surpris ou inquiets du public ainsi que les crépitements des appareils photos qui lui donnèrent sa réponse. Il était tombé. Il avait trébuché et s'était effondré en plein défilé de mode, au milieu du podium, devant des centaines de journalistes et de critiques. Il amorça un geste pour se redresser au moment où il sentit l'estrade vibrer sous les pas de quelqu'un qui se rapprochait. Il releva la tête vers Gabriel qui était sorti des coulisses pour le rejoindre. Le visage de son père était fermé, inexpressif, mais Adrien se doutait de ce qu'il devait ressentir. Il était censé présenter le clou de sa collection, son plus grand chef d'œuvre, finir son défilé en beauté. Impossible qu'il ne soit pas furieux après qu'il se soit ridiculisé à ce point. En quelques pas, Gabriel arriva devant lui et tendit sa main vers lui. D'abord surpris, Adrien la saisit mécaniquement et se releva lorsque son père le tira fermement vers lui. Gabriel posa sa main libre sur son épaule.

- Tu n'as rien ?

Sa question surprit Adrien. Il venait de le ridiculiser, lui, sa collection et sa maison de stylisme, et son père s'inquiétait qu'il ne se soit pas fait mal ? Pourtant, sa question avait l'air sincère. La main qu'il lui avait tendue pour l'aider à se relever était restée refermée autour de celle d'Adrien, et l'autre était serrée sur son épaule. Dans un geste affectueux ou juste pour s'assurer qu'il ne retomberait pas ? Peu importe. Lentement, il secoua la tête de droite à gauche et son père passa son bras autour de ses épaules pour l'entraîner vers la sortie du podium.

Le crépitement des appareils photos retentit de plus belle pendant qu'ils s'éloignaient ensemble et, soudainement, Adrien comprit. Sa chute avait été photographiée des milliers de fois et, dès le lendemain, elle aurait fait le tour des médias. A moins que Gabriel ne leur offre quelque chose d'encore plus rare et médiatique à mettre en avant. Son apparition publique, auprès de son fils, pour le soutenir et le réconforter après sa chute. Plus les flashs illuminaient le podium pendant que son père et lui en sortaient et plus il s'en persuadait : Ce n'était pas la photo de lui étalé par terre qui ferait la une des journaux de mode le lendemain, c'était celle de son père à ses côtés, son bras passé autour de ses épaules ou avec sa main refermée sur la sienne. Les lumières disparurent quand ils franchirent le rideau du podium et Gabriel accompagna Adrien jusqu'à une chaise sur laquelle il s'effondra plus qu'il ne s'assit. Il plongea la tête dans ses mains pour tenter d'atténuer sa migraine, et son père reprit :

- Adrien, tu m'inquiètes. Tu es sûr d'aller bien ?

Il releva la tête vers lui. Cette fois, il n'y avait aucun photographe ou journaliste à qui donner quelque chose à raconter. Malgré l'air toujours aussi fermé de son père, sa question avait l'air sincère.

- Oui. Pardonnez-moi, je suis juste… Je ne voulais pas…

Avant qu'il n'ait pu trouver ses mots, son père balaya ses explications d'un signe de tête.

- Nous en reparlerons plus tard.

- Monsieur ? intervint Nathalie. Plusieurs journalistes demandent à interviewer Adrien…

- Il n'est pas en état, trancha sèchement Gabriel au plus grand soulagement d'Adrien. Raccompagnez-le à la voiture. Je vais répondre rapidement à leurs questions et je vous rejoins.


Ce fut la chaleur du soleil à travers les fenêtres de sa chambre qui réveillèrent Adrien. Il était allongé sur son lit, encore habillé, seules ses chaussures avaient été enlevées. Lentement, il tenta de remettre de l'ordre dans ses souvenirs. Sa chute. L'intervention de son père. Nathalie qui le raccompagnait dans sa loge pour qu'il se change, puis à la voiture. Il ne se souvenait pas de la suite. Il avait dû s'endormir avant que son père ne le rejoigne, et son garde du corps l'avait probablement porté jusqu'à sa chambre.

- La belle au bois dormant est enfin réveillée ? lança Plagg depuis sa table de chevet.

- Tu peux te moquer… Il est quelle heure ?

- Onze heures du matin. Tu as fait plus d'un tour d'horloge.

Adrien se redressa légèrement en s'appuyant contre ses oreillers. Quelque chose n'allait pas. Plagg n'avait plus la voix sarcastique et moqueuse qu'il lui connaissait. Malgré ses piques, quelque chose le tracassait, quelque chose de suffisamment grave pour qu'il en perde son insouciance habituelle.

- Tout ça ? Je… Il n'y a pas eu d'attaque akuma pendant la nuit au moins ?

- Même s'il y en avait eu, ça n'aurait pas changé grand-chose pour toi.

D'un geste, Plagg désigna sa main droite. Vide. Sa bague avait disparu.

- C'est pas vrai ! s'écria Adrien en s'asseyant dans son lit. Où est mon Miraculous ?

- Aucune idée, répondit Plagg. J'ai remarqué que tu ne l'avais plus quand le gorille t'a ramené ici.

- Mais… Quelqu'un peut l'avoir pris ? Comment ça se fait que tu es encore ici ?

- Parce que tu restes – pour l'instant – mon porteur. Si tu avais enlevé ta bague pour renoncer à ton pouvoir, j'aurais disparu. Si quelqu'un te l'avait volée et que je l'avais vu la conserver, j'aurais été obligé de rester avec lui et de lui expliquer les pouvoirs que ça impliquait. Donc soit elle est quelque part dans la nature – par exemple, sur une estrade sur laquelle tu te serais effondré en me broyant trois côtes au passage, soit elle a été trouvée par quelqu'un qui ignore ce qu'il a entre les mains. Dans tous les cas, ce serait bien qu'on s'en inquiète avant la prochaine attaque. Sucrette et Ladybug ne nous le pardonneront jamais si on les laisse en plan, et j'aimerais éviter d'avoir à appartenir et obéir au premier imbécile venu que je verrais en train de la porter. Imagine un peu qu'il n'ait pas les moyens de m'alimenter en fromage, ce serait une pure catastrophe…

Adrien soupira en entendant la conclusion de Plagg mais, avant qu'il n'ait pu trouver quelque chose à répondre, Nathalie frappa à sa porte et entra.

- Adrien ? Votre père demande à vous voir dès que vous serez en état de vous lever.

- J'arrive.

Plagg avait plongé sous la couette de son lit avant que Nathalie n'ouvre la porte. Si ce qu'il avait dit était vrai, alors le meilleur moyen pour gagner du temps était probablement que Plagg ne voit personne pour ne pas prendre le risque d'identifier un nouveau porteur. Adrien se leva et suivit Nathalie jusqu'au bureau de son père, dans lequel il entra avant qu'elle ne referme la porte derrière lui. Gabriel leva les yeux vers lui et lui désigna d'un signe de tête une chaise face à son bureau. Adrien s'assit mais garda les yeux légèrement baissés. Maintenant qu'il était complètement réveillé, la honte et l'angoisse de la réaction de son père étaient revenues de plus belle.

- Comment te sens-tu ? demanda Gabriel. Tu vas mieux ?

- Oui. Pardonnez-moi, je n'ai pas d'excuses… Votre collection…

- Ce n'est pas grave. Le reste du défilé était un succès, ça n'aura pas d'incidence. C'est pour toi que je m'inquiète, à présent. Tu ne tenais plus debout et tu t'es cogné la tête en tombant. Tu es sûr d'aller bien ?

- Oui. J'étais fatigué, c'est tout. Ça va mieux maintenant.

- Tant mieux. Mais nous allons devoir revoir ton emploi du temps pour que tu aies assez de temps de repos. Tu avais un shooting photo prévu demain soir, seras-tu en forme ou souhaites-tu qu'on le reporte ?

Sa question surprit Adrien.

- Je… Ça ira mieux, oui, mais je pensais… Enfin…

- Oui ?

Son interrogation força Adrien à se ressaisir. Il savait pourtant que son père avait horreur que l'on tourne autour du pot ou que l'on cherche ses mots en parlant avec lui, il préférait de très loin les conversations franches et efficaces. Il prit une légère inspiration avant de demander :

- Je doutais juste du fait que vous souhaitiez encore que je continue à représenter votre marque après ma chute d'hier soir ?

Gabriel haussa les sourcils de surprise face à sa remarque avant de répondre :

- Si le monde de la mode devait licencier chaque mannequin qui a un jour chuté sur un podium, nous n'aurions plus grand-monde pour présenter nos collections. Je te l'ai dit, le reste du défilé était un succès et ma présence a donné autre chose à raconter aux journalistes. Cela restera une anecdote, d'autant plus si tu n'as rien de grave et que tu peux reprendre rapidement tes activités. Tu restes le mannequin dont je suis le plus fier et auquel je fais le plus confiance pour mettre mes créations en avant.

Adrien rougit violemment en entendant sa dernière phrase mais finit par acquiescer d'un hochement de tête.

- Je vous remercie. Ça n'arrivera plus, je vous le jure.

- Je l'espère. J'ai fait prévenir ton collège que tu n'étais pas bien et que tu avais besoin de repos. Remonte dans ta chambre et sois en forme demain.

Adrien acquiesça d'un hochement de tête et se leva, mais Gabriel reprit :

- Une dernière chose !

- Oui ?

Son père fouilla quelques secondes dans la poche de son costume avant d'en sortir une bague argentée qu'il lui tendit.

- Je te l'ai ramassée après qu'elle soit tombée de ton doigt pendant ta chute. Fais plus attention à tes affaires, à l'avenir.


Morale de l'histoire : Quand tu ne sais pas comment conclure un OS, trolle aussi fort que tu le peux et prie pour que ça plaise.

En espérant que ça vous ait plu, du coup ! :D

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