Pdv : Sol
- Tu penses qu'elle va finir par rentrer ?
Camélia se pencha au travers la fenêtre et observa la forme incertaine quelques mètres plus bas.
- Visiblement non.
Je me penchais à mon tour, pour voir les cheveux blancs s'éloigner. Arriver à l'enceinte de l'hôpital, elle s'arrêta, fit demi-tour en direction de l'accueil.
- Je crois que si.
Elle regarda par la fenêtre avant de secouer la tête, Min avait encore dû faire demi-tour.
- Tu sais ce qui lui est arrivée ?
Un haussement d'épaule plus tard, je me détournais pour regarder mon infermière préférée. Toujours au bord de la fenêtre, il me regardait pour attendre une réponse. Mais en vérité, je n'avais aucune idée de ce qu'il s'était passé à Raimon il y a deux jours.
J'avais réussi à comprendre grâce à Axel qu'elle n'allait pas bien - elle avait séché une journée de cours entière tout de même ! - et que quelque chose avait dû se produire avec l'équipe. Mais depuis silence radio, on ne l'avait pas vu depuis aujourd'hui. Et encore, elle n'était toujours pas décidé à venir nous voir, à en croire ses six, non pardon sept, aller-retour... Au début, je me suis vexé qu'elle ne vienne pas me parler de ce qui n'allait pas, j'étais son meilleur ami, elle devait me faire confiance normalement. Mais finalement, c'est l'inquiétude qui primait quand même.
D'après son père, elle n'avait encore revue personne. Même l'ancien club de foot ne la voyait que dans les couloirs. Enfin, je crois... Elle les évitait tous, même Riccardo et Gabi, qui étaient pourtant dans sa classe. Arion avait eu l'air inquiet la dernière fois que je l'avais vu, et il avait demandé si elle était venue me voir. Malgré ça, aucune explication sur ce qu'il s'était passé, et c'était particulièrement agaçant... J'avais demandé au nouveau capitaine de lui transmettre un message de ma part quand il la reverrait. Peut-être qu'avec la loi qui interdisait le football, elle retournerait voir les autres.
- Tu pourrais essayer de demander une nouvelle fois à Arion, il doit venir tout à l'heure.
- Il va faire la même tête gênée que la première fois avant de détourner la conversation sur un autre sujet. Voir partir carrément. Et on n'aura toujours pas de réponse au final.
Camélia fit une étrange expression avant de finalement convenir qu'il n'allait sûrement pas répondre. Le premier année était aussi mué qu'une tombe quand il s'agissait de donner des explications... Impossible de tirer le moindre mot qu'il ne veut pas dire.
- Elle est partie.
- Merde !
- Sol ! Langage !
Oups, désolé Camélia...
Pdv : Riccardo
- J'ai la relique.
Ces yeux violets nous regardaient avec un fourreau de glace alors que son corps marquait son envie de nous fuir. Elle n'avait jamais été comme ça avec nous. En fait on ne l'avait jamais vu qu'une seule fois agir de cette manière. Avant le match contre Kirkwood, elle avait déjà eu cette expression. Lorsque ses impériaux étaient venus chercher Victor. Le même air glacial et impénétrablement calme.
Elle tenait dans ses mains un simple ticket bleu où ressortait les logos des deux équipes nationales.
- Tu étais là depuis le début ?
Ce n'était pas la meilleure façon de commencer, mais c'était la première question qui me venait à l'esprit et où je pensais qu'elle allait répondre. Elle hocha la tête, presque à regret, avant de donner le ticket à Fei pour retourner au fond de la salle. Raimon la fixa longtemps, mais elle ne daigna pas se tourner vers nous, se contentant de fixer l'ours en peluche. Heureusement, l'être étrangement vivant rompit le silence pesant qui s'étaient installé entre les joueurs en nous faisant embarquer dans la caravane. J'avais hâte de voir la surprise des autres quand on serait dans le tunnel interdimensionnel, mais je voulais reparler de ce qu'il s'était passé, et je savais qu'elle préférerait ne pas le faire devant un public trop nombreux.
Elle s'était installé sur l'avant-dernière rangée de la caravane. Seule. Non, pas vraiment. À la dernière rangée s'était glissé Michael et Samguk, alors qu'Arion et Victor avait réclamé les sièges devant elle, et, l'association la plus surprenante, Aitor et Gabi s'étaient installé de l'autre côté de la traverse.
J'aurais pensé que l'un d'entre eux aurait voulu lui parler, ou au moins essayer, mais ils n'avaient pas l'air de vouloir réellement pénétrer dans l'espace que l'ancienne Sentinelle avait instauré autour d'elle. Même Victor, qui avait pourtant déjà connu cette facette in-approchable de Minami. Certes, il n'avait pas été présent lorsque cette "crise" était survenue, mais il était le seul avec une certaine expérience et une certaine idée de la façon dont elle pourrait réagir. L'idée de me retrouver seul pour lui parler me tordit les entrailles. Je m'avançais pour m'asseoir à côté d'elle, et, si elle déplaça son sac pour me laisser de la place, elle ne se retourna que pour me jeter un regard froid et elle reposa son regard violet sur le paysage de l'autre côté de la vitre. Il allait falloir que je choisisse mes mots avec un soin tout particulier. Elle avait réagi fort et étrangement à ceux du frère de Victor. Nous avions pourtant tous penser qu'elle savait que nous étions amis avec elle. Avait-elle des doutes à cause de son rôle de Sentinelle ? Je pensais que nous avions dépasser ce stade depuis son annonce sur sa maladie...
- Je n'en parlerais pas.
- Pourquoi ?
Elle se retourna vers moi, cet air toujours aussi glacial, qui avait si bien trompé les impériaux, mais qui ne lui ressemblait pas, pas quand elle est une joueuse de Raimon.
- Je n'en ai pas envie.
Pensait-elle vraiment que ça allait suffirent pour me décourager de poser des questions ?
- Et si moi j'en ai envie ?
- Tu ne devrais pas.
Mais pourquoi ? Je ne comprenais pas comment sa réflexion fonctionnait, et pire encore, ce n'était même pas un truc de fille, vu qu'aucune des manageuses ne comprenaient non plus ce qu'il se passait dans sa tête...
- Sol est inquiet.
Elle se sentait coupable, mais elle n'allait rien faire pour changer ça. Son haussement d'épaule désinvolte ne pouvait pas cacher le regard triste qu'elle portait. Arion passa la tête par-dessus le dossier blanc de son siège pour nous regarder.
- Il m'a donné un message pour toi d'ailleurs. Il a dit, je cite : "Si c'est à cause du soleil, viens nous voir. Il ne faudrait pas qu'il se couche avant que tu sois revenue." Je dois avouer n'avoir rien compris, si t'avais une explication, ça serait pas de refus.
Même Min avait l'air perplexe face aux propos du sixième année, alors qu'ils lui étaient adressés.
- J-P assieds-toi !
On se retourna tous vers Sagumk qui s'était levé pour crier sur le défenseur, et on suivit son regard jusqu'au petit garçon qui fuyait les regards de l'équipe en s'asseyant à côté de Lucien, qui lui, se retenait visiblement de rire. C'est donc pour ça que nous n'étions toujours pas partis...
- Nous ne sommes pas là pour ça.
Les mots de Minami nous firent reporter notre attention sur elle, alors qu'elle cherchait dans son sac je ne sais trop quoi. Elle n'avait pas tort, nous n'étions pas dans le transporteur pour lui parler de ce qu'il s'est passé, ni écouter les messages incompréhensibles de Sol. Mais nous pouvions toujours faire un voyage dans le temps en lui parlant non ?
- Alors tu sais ce qu'il veut dire ? Je n'ai pas bien compris pourquoi il a parlé de soleil, et puis, je l'avais prévenue que tu n'irais sûrement pas le voir avant la fin de la journée, mais il a insisté sur son histoire de soleil, comme quoi tu saurais et j
- Arion.
Il n'y avait peut-être qu'un mot dans la phrase de Victor, mais à lui seul il voulait dire beaucoup de chose. C'était à la fois une mise en garde, un appel au silence et de l'exaspération. Arion se pencha en arrière pour croiser le regard de l'ancien impérial, avant de regarder Minami, qui avait décidé de visiblement ignorer Arion, vu qu'elle avait en fait pris ses écouteurs pour écouter de la musique.
- Que ce soit d'elle ou de Sol, je l'aurais mon explication.
Il boudait vraiment ? Il ne changera jamais celui-là... Heureusement, on arrivait à l'époque où le match s'était déroulé. Les filles, pardon les mangeuses, se chargèrent de détourner l'attention du garde, alors que l'équipe se glissait dans le tunnel menant au stade. Portant, si je m'attendais à voir Alpha avec son équipe, je ne retrouvais pas le capitaine.
- Je savais que vous finiriez par arriver.
- C'est vrai ? C'est qu'on devient célèbre Arion... Peut-être est-ce pour ça qu'Alpha nous fuis désormais. À moins que ça soit parce qu'il ait perdu trop souvent face à nous. Nous n'étions pourtant jamais plus de quatre... J'espère que tu pourras remonter un peu le niveau parce que, pour le moment...
Elle... Elle avait vraiment osé ? Elle était devenue folle ? Nan, en fait je vais faire comme si elle était Arion, et ne surtout pas réagir. Je tenais à ma santé mentale.
- Pourquoi personne ne réagit dans les tribunes ?
Ah, je n'étais pas le seul à ignorer ce qu'il se passe, le coach Evans avait visiblement décidé d'ignorer les deux filles, qui se tuer littéralement du regard, et de concentrer sur la situation.
- C'est grâce à ça.
- C'est un ballon.
La phrase de Gabi était à la fois une affirmation, mais en même temps une question. Je pense que j'aurais eu la même intonation que lui. Non, en fait j'en étais sûr.
- C'est une sphère multifonction, elle leur permet de contrôler l'esprit des gens.
Eh bien, ce match promet d'être mouvementé.
