Pdv : Minami

J'avais pensé que l'équipe pourrait se débrouiller pendant mon absence, mais j'avais tort. Raimon s'était fait submerger par les attaques du Protocole Oméga qui avait dû se faire bien plus violente que lors de la première partie du match. Je n'aurais peut-être pas dû quitter le terrain. Mais ce qui était fait... ne pouvait être changé.

- Où étais-tu ?

Je me tournais vers l'entraîneur Evans. Ses yeux n'avaient pas quitté le terrain, et je pouvais deviner sa frustration face à la violence de Bêta. Je le comprenais, il ne pouvait pas les aider alors que nous étions sous sa responsabilité.

- J'essayais d'empêcher l'interdiction d'une autre façon. Voulez-vous que je rentre ?

Il me regarda par-dessus son épaule quelques secondes, mais il ne me répondit pas. Il n'avait pas eu le temps. L'arbitre avait décidé que le match ne pouvait plus continuer, et avait sifflé la fin de la rencontre. C'était un échec.

- Si vous continuez de vous mettre en travers de notre route, vous ne pourrez plus vous relever. Votre passion pour le football vous fait courir des risques considérables.

Elle allait faire quelque chose qui allait nous poser beaucoup de problèmes. Je ne savais pas quoi, mais l'intonation de sa voix ne laissait aucun doute.

- C'est pourquoi je vais vous l'enlever. Et accessoirement vous cesserez de contrecarrer les plans d'El Dorado.

Avant le début de toute cette histoire, avant ma rencontre avec Alpha, j'aurais sûrement dit que c'était impossible. Aujourd'hui, je n'étais plus si sûr. Nous devions partir avant qu'elle ne puisse nous faire quoique se soit.

Mais je ne pouvais que me contenter d'observer les ondes jaunâtres qui se propageaient sur le terrain. C'était les mêmes qui auparavant contrôlaient les pensées des spectateurs. Pourtant je ne sentais aucun changement dans les miennes, ni de douleur.

Je songeais un instant que mes capacités me protégeaient peut-être, mais je n'étais pas vraiment sûr qu'elles en soient capables. Elles étaient, jusqu'à, présent plus utiles dans le domaine du physique que du psychique.

- Fey Rune, ton existence est une menace pour nous. La meilleure solution pour nous tous, c'est sans doute que nous te capturions.

Je n'avais besoin d'aucune invitation pour suivre Marc Evans sur le terrain. Je ne savais pas encore ce qu'il allait faire, mais je pouvais toujours être utile à quelque chose. L'entraîneur avait quand à lui une petite idée sur la façon de stopper la capture de Fey. Sa Main Céleste semblait faire office de bouclier face à l'énergie de la balle du Protocole Oméga.

- Les enfants vous devez partir !

Je n'aurais pas dit mieux, mais le reste de l'équipe ne semblait pas du même avis. Ce qu'ils pouvaient être acharnés parfois... Heureusement, le professeur Crytpix était arrivé avec le Transporteur.

- On s'en va. Maintenant !

Étonnamment, mes paroles suffirent pour que Riccardo et Arion se décidèrent à pousser toute l'équipe à l'intérieur de la machine à voyager dans le temps.

Pour ma part, bien décidée à ne pas rester, j'attrapais le bras de Fey pour le tirer jusqu'au reste de l'équipe. Il tenta de résister quelques secondes, mais finit par me suivre bien volontiers quand il remarqua que Bêta semblait bien déterminé à le piéger dans sa fameuse "dimension compressée".

On rentra dans la Caravane en poussant légèrement Arion qui était resté figé sur le pas de la porte.

- C'est bon coach Evans, on est tous à bord !

Le seul problème c'était que je ne voyais pas bien ce qu'il allait empêcher Bêta d'agir s'il enlevait sa super-technique pour venir vers nous. Mais je pouvais supposer qu'il avait bien idée, sinon il ne l'aurait pas fait n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?

L'énergie violette qu'émettait la balle entre les mains de Bêta s'agita quelques instants, sembla grandir avant de submerger la super-technique de notre entraîneur. Nous devions partir immédiatement. J'attrapais Arion quand il chercha à me passer devant pour ressortir.

- Ne soit pas stupide et retourne t'asseoir !

Arion était incroyablement têtu, mais l'ours en peluche bleu était réactif et ferma les portes devant nous. Cette fermeture découragea notre capitaine, et il se dirigea vers les sièges, incitant les autres à faire de même. Je me mis quelques secondes à trouver où les filles avaient mis mon sac, avant de m'installer à côté de Riccardo une nouvelle fois.

Le trajet retour s'est fait dans un silence pesant que je fuis dans la musique. Je sentais les yeux de Victor fixés sur moi depuis la rangée voisine, mais je ne détournais pas les yeux de la vitre.

Nous n'avions pas encore atterri que mon téléphone sonna.

- Papa ?

- Minami, où es-tu ?

Je regardais autour de moi pour lui donner une vague indication avant de me souvenir que je n'avais pas besoin de cacher ma position. Ce n'était plus comme avant. Maintenant il était mon père, et uniquement cela.

- Je t'avais parler des voyages dans le temps. Nous venons d'arriver.

- Je veux que tu rentres maintenant.

Moi aussi, je voulais rentrer. Le reste de l'équipe était sortie du bus et avait commencé à disparaître entre les bâtiments de la ville. Si je calculais bien, je mettrais environ une demi-heure pour rentrer, au maximum.

- J'arrive le plus vite possible.

- Je t'attendrais.

Je raccrochais quand il ne dit rien d'autre. Dehors, il ne restait qu'Arion, Victor, Riccardo et J-P. Et Fey, qui devait rester chez le capitaine. Plonger dans leur discussion, ils ne me virent même pas partirent. Ça m'arrangeait, je ne voulais pas faire face aux questions de Victor. Ou même des autres d'ailleurs.

Je marchais au rythme de la musique, le long des façades de maisons. Je savais que celle de Riccardo n'était pas très loin de là où j'étais. Maintenant que j'y pensais, je me demandais pourquoi nous ne rentrions pas ensemble après les cours, alors que je savais qu'il rentrait à pied. Bien que le fait qu'il ne sache où j'habitais et mon heure habituelle à la bibliothèque à la fin de la journée y soit peut-être pour quelque chose.

- Minami !

Je jetais un regard par-dessus mon épaule, avant de me retourner réellement avec un sourire. J'enlevais mes écouteurs, et m'arrêtais pour lui permettre de me rattraper.

- Tante Julia. Comment était ta journée ?

- Sûrement moins excitante que ton voyage dans le temps. Je viens d'avoir Axel.

Le sourire amusé de Julia me dit que j'allais être submergé de question jusqu'à la fin du trajet. Et même après, vu qu'ils nous restaient seulement une dizaine de minutes environ. Je répondais machinalement aux questions de ma tante au sujet des nouvelles aventures de Raimon.

Il allait d'ailleurs falloir que je prenne une décision à ce sujet. Je ne pouvais pas continuer d'y aller. Nous avions perdu contre le Protocole Oméga, ce qui allait dire un renforcement de l'entraînement, et sûrement en se concentrant sur les armures.

Mais je savais que je ne pourrais pas y faire face. Hypatie était trop forte pour que je puisse le faire. Et si ce n'était pas les armures, ça serait certainement les Mixi Max, et ça non plus je ne pensais pas pouvoir le faire.

Mais en même temps, je ne voulais pas vraiment les laisser se débrouiller seuls. Le Protocole Oméga n'avait clairement aucune limite, quelqu'un devait s'assurer d'en ramener le plus possible dans un état passable. Ce qui s'était passé ne devait pas se répéter.

Le temps que nous arrivions, Julia avait épuisé la majorité de ses questions et le sujet avait dérivé sur les cours. On fut accueilli par le chat sauvage qui vivait aux alentours de la maison et qui se frotta aux jambes de Julia pour son plus grand ennui.

Je la laissais à ses déboires avec le chat pour retrouver ma maison et ma famille. Je voulus rejoindre mon père, mais quand je vis qu'il s'était retranché dans son bureau, je décidais de le laisser travailler en paix. J'aurais tout le temps de lui parler une fois qu'il aurait fini. À la place, je rangeais rapidement mes affaires, avant de me changer.

J'avais commencé il y a un mois environ, avec l'accord d'Axel bien sûr, à peindre une fresque sur le mur de ma chambre. Le mur auparavant blanc et impersonnel laissait peu à peu place à une immense forêt dont l'atmosphère surnaturelle agrémentée d'étranges animaux ou petits personnages laisser parfois place à de petites scènes que j'avais tirées de ma mémoire. J'y avais notamment caché dans un coin du lac ma première rencontre avec mon père.

Je lançais la musique sur mon portable avant de prendre mon pinceau en mains. C'était apaisant. Une chose que je maîtrisais, que je pouvais contrôler.

La musique rythmait mes pensées alors que mes doigts faisaient apparaître de nouvelles couleurs sur le mur.

- Tu avances bien.

- Papa ! Comment vas-tu ?

Je pris juste le temps de refermer hermétiquement la peinture et de nettoyer le pinceau avant de me retourner totalement vers lui et de lui prêter toute l'attention que je lui devais.

- Je voudrais que tu ne fasses plus de voyage dans le temps.

-Je sais.

Il s'assit sur mon lit, me faisant signe de le rejoindre. Le dire à voix haute me fit réaliser à quel point ça devait être dur aussi pour eux, de me voir partir sachant que je ne reviendrais peut-être pas. Mais l'idée d'abandonner Raimon en l'état, après le passage de Bêta, me tordait les entrailles. C'était un peu comme les trahir. Quel que soit le choix que je ferai, je trahirais des personnes qui me tiennent à cœur.

Je sentis ses doigts s'accrochaient à mon élastique, avant qu'il ne commence à défaire ma tresse . J'avais l'impression de retourner quelques années au pas avant, quand le 5eme n'existait, quand Raimon n'était qu'un collège parmi tant d'autres. Quand il n'y avait que nous et que ça nous suffisait.

- Raimon est une force toute particulière, n'est-ce pas ?

- Ce sont mes amis. Mais je ne peux pas continuer comme ça.

- Pour toi ou pour eux ?

- Pour tous. J'ai besoin de ma famille. Ils ont besoin de pouvoir compter les uns sur les autres.

La porte, que mon père avait laissé entre ouverte se déplaça doucement, après un simple petit coup à peine perceptible. Julia passa sa tête par l'ouverture.

- Désolée de déranger, mais Riccardo Di Rigo est là, et souhaite parler à notre artiste résidente. Il dit que c'est urgent.

- Dis-lui que j'arrive.

Julia hocha la tête, disparaissant dans le couloir sans faire de bruit. Je me retournais vers mon père, incertain de sa réaction. Nous venions de nous mettre d'accord pour que j'arrête de courir aux devant des dangers avec Raimon, et Riccardo venait jusque chez moi pour nous dire le contraire.

- Fais ce que tu as à faire. Je serais toujours là à ton retour. Oh, Sol veut que tu ailles le voir aussi. Mais on verra ça après.

Il me rendit l'élastique qu'il m'avait pris avant de me pousser vers la porte. Je savais qu'il pouvait comprendre le désir de protéger ses amis, et il savait que je voulais préserver ma famille. Et heureusement pour moi, il savait que l'équilibre pouvait être difficile à trouver. Mieux que ça, il était prêt à m'y aider.

- Riccardo ?

Il se retourna immédiatement. Il avait l'air soulagé. Pourquoi ? Parce que j'avais accepté de le voir ? S'il vient juste pour me poser des questions auxquelles je n'ai pas envie de répondre, et qu'il m'a déjà posé, je le frappe.

- Min, tu veux toujours jouer au foot ?

Hein ? D'où venait cette question ? Et est-ce qu'il est vraiment venue jusqu'ici juste pour ça ? Par contre, si c'est une sorte de chantage pour avoir des réponses, je quitte le club. Quentin sera sûrement ravi de mon retour de toute façon...

- C'est la chose la plus incroyablement stupide que je n'ai jamais entendu de ta part, tu le sais ?

- Je peux prendre ça pour un oui alors ? Parce que le reste de l'équipe a décidé d'arrêter à cause de Bêta et de sa sphère multifonction. En fait, il ne reste que ceux qui ont un esprit guerrier. Et nous n'allons pas pouvoir faire face au Protocoles Oméga sans toi.

- Tu as conscience que nous ne pouvons pas lui faire face quand l'équipe est au complet ? Je ne vois pas vraiment comment tu peux faire si tu enlevais 90 % de l'équipe en plus de notre coach.

- L'entraînement.

- Un simple entraînement ne suffira clairement pas. Et tu le sais. Et venir me poser cette question sur ma volonté de jouer n'est pas le but de ta visite. Alors vas-y, dis-moi ce que tu veux ?

- Tu es la plus avancée d'entre nous sur les esprits guerriers. Est-ce que tu peux nous aider à nous améliorer ? Même si l'équipe n'est pas là, et le coach non plus ? S'il te plaît. Victor nous a dit qu'il y avait peu de chance, mais le capitaine voulait te le demander quand même. Il te fait confiance.

Je l'avais dit que ça serait les armures. Évidemment que c'est les armures. Mais pourquoi me demandait à moi ? Pourquoi même demander ? Comment veulent-ils faire à 5 contre toute l'équipe Oméga ? Et puis, faut pas se leurrer, même s'ils battent celle-ci, il y en aura certainement une autre.

"Fais ce que tu as à faire." "Raimon est une force toute particulière, n'est-ce pas ?" "Il te fait confiance." "Je serais toujours là à ton retour."

- Je vous déteste tous...

-Min ?

- Il va me falloir un peu de temps. Trouver les archives des recherches du 5ème, parler à deux trois amis. Où voulez-vous vous entraîner ?

- Arion a dit qu'il s'en occuper.

-Donc je m'en occupe aussi. Sinon on va finir sur le terrain de la rivière et le tout devant tout le monde, alors que c'est toujours illégal. Je t'enverrai un message pour te prévenir.

- Merci.

- Ne me remercie pas. Tu ne voudras plus le faire quand on commencera l'entraînement à ma façon. Je vous tiens au courant. Et assure-toi qu'Arion ne fasse pas de bêtises en attendant.