Pdv : Minami
- Je crois que nous sommes prêts. Normalement, Mlle Hills est avec les garçons. Ils devaient lui parler de ce qu'il s'est passé. Je propose que tu l'appelles ?
Je me retournai vers mon père pour avoir son avis. Nous avions passé ces deux derniers jour à réveiller de vieilles faveurs pour nous occuper de l'entraînement de ce qu'il restait de l'équipe. Le plus long avait été d'obtenir les autorisations de quitter le collège. Parce qu'on ne pouvait plus partir en se justifiant à l'aide de l'équipe de foot.
- Tu veux t'amuser à leur dépends.- Moi ? Je n'oserais pas...
Hum... Si, j'oserais. J'en avais le droit à partir du moment où ils voulaient me demander des choses qui me mettaient dans des positions délicates. Et ils l'avaient fait ! Plusieurs fois.
- Sol va t'attendre si tu reste plus longtemps. Et...
- Avoir Sol en colère contre toi n'est jamais une bonne chose, je sais. J'aurais tellement aimé voir la réaction des garçons quand tu leur diras tout ce qu'on a prévu pour l'entraînement. Mais bon, il faut parfois faire des sacrifices...
- En effet, Sol ne serait pas ravi que tu décides finalement de ne pas venir le voir.- Pas ravi est un euphémisme comme j'en ai peu entendu. Je dois y aller. Bon chance avec Raimon !
Je saluai mon père d'un geste de la main avant de me mettre en route. L'hôpital n'était qu'à quelques rues du parc où devait se tenir la petite réunion avec Raimon, mais ça ne m'empêcha pas de mettre mes écouteurs pour me faufiler dans l'une des ruelles exiguës qui me permettrait de passer par les toits.
Je ne mis que quelques minutes à rejoindre le bâtiment, là où les rues encombrantes de la ville m'auraient sûrement ralentie pendant une bonne dizaine de minutes. Parfois, savoir se déplacer dans les airs avait vraiment ses avantages. Je devrais penser à remercier Tezcat pour ça.
L'infirmière de la réception ne prit pas la peine de me demander les raisons de ma visite, depuis longtemps habituée à me voir arpenter les couloirs de l'hôpital, mais elle eut un sourire en coin en me voyant arriver. Après de simples salutations d'usages, elle me laissa partir à la recherche de mon meilleur ami tout en continuant de me regarder avec ce drôle de sourire. Je montai jusqu'au deuxième étage, où se trouvait la chambre de Sol.
Je savais qu'il y avait de fortes chances que je le trouve en train de tenter de s'échapper ou en train de réfléchir à un plan pour le faire. Au moins Camélia serait soulagée de pouvoir souffler un moment. Sol tentait rarement de sortir quand j'étais avec lui, j'étais une source de distraction suffisante apparemment.
- Sol ?
Je passai ma tête par la porte après avoir toqué deux fois. Le manque de réponse n'était pas normal. Le capitaine du Collège Universel avait plutôt tendance à vouloir me sauter dessus avec de grands cris. Un simple regard dans la pièce me permit de savoir qu'il n'y était pas.
Bien, il avait donc réussi à fausser compagnie à Camélia. Devais-je la prévenir ou aller le chercher moi-même ? Chercher Camélia prendrait sûrement autant de temps que de chercher Sol lui-même, on va donc partir sur un deux en un. A commencer par une visite à Vlad pour savoir s'il avait vu l'un ou l'autre.
Avant de commencer à quitter la pièce, mon regard se posa sur le lit de mon meilleur ami. Je connaissais Sol et il n'aimait pas dessiner. Alors pourquoi y aurait-il un carnet à dessin sur son lit ? Je m'approchai, intriguée par l'objet qui n'avait pas sa place dans cette chambre. Il y avait quelque chose d'écrit sur la couverture. Quelque chose que Sol avait écrit lui-même. "Emouvoir"
Pourquoi ce carnet de dessin était là, avec écrit Émouvoir dessus ? Parmi tous les mots qu'il aurait pu choisir, il s'était décidé pour celui-là. J'aurais bien voulu dépasser la couverture, mais je n'allais pas fouiller dans les affaires d'autrui, même si c'était mon meilleur ami. Pourtant Emouvoir sonnait dans ma mémoire sans que je puisse me rappeler pourquoi.
Un grincement dans le couloir me fit sursauter, mais ce n'était qu'une infirmière qui poussait un chariot de soin. Bon, ça ne servait à rien de rester ici, je devais aller voir Vlad. Tout en refermant la porte, je me fis la réflexion que c'était la même infirmière que celle que j'avais croisée à la réception.
Normalement, la réception était la dernière étape de leur service, elle ne refaisait pas un tour parmi les patients, sauf en cas d'urgence. Mais je l'aurai entendue s'il y avait eu une urgence, puisque ça faisait sonner une alarme particulièrement bruyante. Enfin, ça n'allait pas m'aider à trouver Sol ou Camélia.
Je me glissai jusqu'à l'autre bout du couloir pour atteindre la chambre de mon autre meilleur ami. La première chose que je me dis, c'était qu'il n'était pas normal que Vlad ne réponde pas non plus. La deuxième chose, c'était POURQUOI il y avait encore écrit "Emouvoir" sur une fichue feuille accrochée sur la fenêtre.
- D'accord, il y a clairement quelque chose de plus que ce que je pensais.
Je me décidai à ressortir pour essayer d'attraper l'infirmière et lui demander des informations. Étonnement, elle était toujours dans le couloir, à côté de son chariot tout en regardant fixement à travers la fenêtre. Bon, elle était visiblement dans le coup qu'avait créé Sol et Vlad. Peut-être même Camélia.
- Excusez-moi, sauriez-vous où se trouve l'infirmière Travis ?
- Il faut s'émouvoir pour trouver ce que vous cherchez.
C'était censé m'aider ?
- Merci ?
Ça sembla la satisfaire puisqu'elle prit son chariot et se dirigea vers l'un des espaces de stockage. Alors, il était clair que Camélia, Sol et Vlad m'avaient préparé une sorte de chasse à l'homme. Et ils avaient réussi à entraîner certains membres du personnel dans leur idée.
Visiblement la première énigme était le mot "émouvoir". Où est-ce que c'était le carnet de dessin ? Je ne voulais pas y toucher sans la permission de Sol.
- Réfléchis, où est-ce que tu peux en avoir entendu parler ? Ça a sonné dans ton esprit dans la chambre de Sol, ça doit être de sa faute.
Émouvoir. Sol. Sol et ses entrées en matière bizarres. Il n'avait pas écrit émouvoir mais emouvoir. Camélia était dans le coup, elle aurait écrit émouvoir avec un accent.
"Tu savais qu'émouvoir était l'anagramme de ouvre-moi ?"
C'était ça, Sol m'avait parlé des anagrammes pendant plusieurs mois après avoir découvert le principe. Ouvre-moi... Le carnet de dessin. Je retournai dans la première chambre, et attrapai l'objet. Sur la première page se trouvait non pas un dessin, mais encore une fois un mot de Sol : "velouter"
Cette fois, ce fut facile de voir l'anagramme maintenant que je savais qu'ils les utilisaient. Je mis une minute à remettre les lettres dans le bon sens, mais une fois parvenue, je ne savais pas vraiment ce qu'ils voulaient que je fasse. "Trouve-le".
Trouver quoi ? Je feuilletai rapidement les épaisses feuilles blanches du carnet, mais rien ne semblait d'écrit ou de dessiné. Ces feuilles vierges étaient exactement ça, vierges.
Donc, je devais trouver quelque chose. Sois logique. Ça avait peu de chance d'être dans la chambre de Vlad puisqu'il y avait de quoi m'orienter sur le carnet. Pas dans la chambre de Sol. Quel était le prochain endroit où je serais allée les chercher ? La cafet sûrement. Avant de faire les jardins parce qu'ils étaient plus loin.
Maintenant de quelle manière auraient-ils pu m'indiquer la cafet ? Velouter. Comme velouté peut-être ? Ça pourrait être ça, même si c'était tiré les cheveux. Enfin, avec eux, et surtout Sol, je devais m'attendre à tout. De toute façon sans indice supplémentaire, autant aller voir.
La cafet était un étage en dessous des chambres. Je ne croisai personne tout le long du chemin, ce qui était particulièrement étrange. Et en arrivant dans la cafet, il n'y avait personne. Il n'y avait jamais personne. Ce n'était clairement pas normal. Sauf si Camélia avait demandé à pouvoir l'utiliser pendant un certain moment. Tout le monde était toujours prêt à être d'accord avec Camélia, elle était si gentille.
Si je récapitulais, il y avait de fortes chances que l'indice suivant soit dans la cafet. J'avais le droit au mot "velouter" pour m'aider, et je devais trouver Sol, Vlad et Camélia. Plus toutes les personnes qu'ils avaient dû entraîner dans leur projet. Ce qui avait l'air d'être une grande partie de l'hôpital.
En fait, j'étais sûre que l'indice était ici. Sur une dizaine de table se trouvaient des bols remplis de ce qu'il me semblait être des veloutés. Très bien, il fallait maintenant que je comprenne leur nouvelle énigme. Ce n'était clairement plus des anagrammes, puisqu'il m'aurait fallut des lettres, que je n'avais pas. Sauf si je ne les voyais pas.
Commençons par le commencement. Un rapide décompte me permit de savoir qu'il y avait des bols sur treize tables. Mais pourquoi seulement treize ? Pourquoi pas trois, dix, ou toutes ? Douze devait être quelque chose d'important. Est-ce qu'il y avait autre chose qui n'avait pas sa place dans la pièce ? Il allait falloir que je sois sûre de ne rien manquer.
Je fis le tour de la pièce plusieurs fois avant d'être convaincue que la seule chose qui avait changé était ces bols, ainsi qu'une feuille de papier sur laquelle un tableau avait été tracé. Deux lignes de vingt-six colonnes. Mais je n'avais pas les informations pour pouvoir le remplir. Maintenant, il fallait juste que je trouve une logique particulière à ces bols, et avec un peu de chance je pourrais le remplir grâce à ça.
Donc, treize tables. Est-ce que chaque table avait un nombre précis de bols ? Je pris le temps de compter les bols. Les trois premières en avaient huit. Ce n'est qu'en arrivant au bout de la quatrième que je me rendis compte que les bols n'étaient pas placés de façon aléatoire comme je le pensais, mais avaient en fait un placement prédéfini. Du moins, je le pensais. Quant aux bols de la quatrième table, ils formaient un angle droit.
Enfin, plus précisément, un L. C'étaient des lettres !
Je ne les avais pas vues sur les autres tables, parce que les petites tables rendaient moins discernables les lettres qui avaient plus de traits. Donc je devais avoir treize lettres, mais le tableau contenait cinquante deux cases. Je pouvais remplir la première ligne avec toutes les lettres de l'alphabet, mais je ne comprenais pas l'utilité de la deuxième ligne. Bon, on va commencer par récupérer toute les lettres des tables.
En moins de 5 minutes j'avais toutes les lettres : L-Z-H-U-K-Q-Z-S-K-P-Y-H-L. Le seul problème que j'avais, c'est que je ne savais pas quoi en faire. Ni même si je les avais dans le bon ordre. J'avais évidemment regardé si c'était un autre anagramme, mais je n'avais rien trouvé. Ce qui n'était pas surprenant au vu du manque de voyelles.
La seule autre solution que j'avais, c'était le tableau. J'étais persuadée qu'il fallait compléter le début avec l'alphabet. Mais du coup, il en fallait peut-être un autre ? Sauf que je n'en connaissais pas d'autres qui pourrait remplir vingt-six cases. Et je doute que Sol et les autres le fassent.
Donc, ça voulait dire que c'était le même. Mais ce serait bizarre de compléter avec deux lignes identiques. Ce qui voudrait dire que je devais l'écrire, mais d'une autre façon.
Peut-être en décalé. Je devais par contre arriver à déterminer de combien je devais le faire. J'aurais pu dire treize pour les treize tables, mais mon esprit restait fixé sur le chiffre huit. Parmi tous ce qu'ils auraient pu faire, ils avaient choisi de créer leurs lettres avec toujours le même nombre de bols, toujours huit, ni plus ni moins.
Si j'avais bien compris, il suffisait de décaler l'alphabet de huit lettres. Ce qui voulait dire que A valait H, B égalait à I et ainsi de suite. Les lettres seraient en réalité E-S-A-N-D-B-J-S-L-D-I-R-A-Y. Bien, ça ne voulait rien dire de cette façon. Mais le jeu des anagrammes était toujours mis cette fois plus de temps à comprendre réellement ce qu'il y avait de caché derrière les lettres pour la simple et bonne raison qu'il y avaient en fait plusieurs Jardin d'alysse. J'avais donc ma prochaine destination. Je mis la feuille à tableau dans mon sac avant de me diriger vers les jardins.
En cours de route, je m'arrêtai. Ils s'attendaient à ce que je prenne le chemin le plus cours et donc à ce que j'arrive par la porte qui faisait face au jardin. Mais, si c'était la fin du parcours, ça voudrait dire qu'ils y seraient. Si je voulais les surprendre un peu, je devais faire le tour pour arriver par derrière. Et si ce n'était pas la fin, ça m'aura fait faire un peu d'exercice...
Je mis un peu plus de temps pour arriver à l'endroit voulu, mais je souris de satisfaction en les voyant s'affairer autour d'une table. Je pris une seconde pour essayer de comprendre la présence des autres personnes.
Sol, Camélia et Vlad n'étaient pas seuls, puisque de là où j'étais, je pouvais voir une grande partie de l'Alliance, deux ou trois uniforme de Raimon et ma famille. Et ça me frappa soudainement. Je savais pourquoi ils étaient là. Quentin fut le premier à me voir. Il se faufila discrètement à travers la foule pour parvenir jusqu'à moi.
- Joyeux anniversaire, Min.
