Cette fic est écrite dans le cadre de la 123ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Xylophage". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !

Note de l'auteur : La xylophagie consiste à manger du bois, certains insectes sont donc xylophages. Elle est également associée à des troubles alimentaires et du comportement, et en lisant cela, Milou m'a suppliée de m'emparer du terme pour parler d'Adrien. Voilà donc cette oeuvre 100% Mistou et comme je n'ai rien relu parce que pas le temps avant de rembaucher, Milou si tu passes par là, je te laisse me dire ce que tu en penses :D

ENJOY !


Gabriel frappe et entre dans la loge où Adrien finit de se préparer. En voyant son père, celui-ci se redresse face à lui, le laissant inspecter silencieusement sa tenue. Gabriel est forcé de reconnaître qu'Adrien a de la prestance, une classe naturelle qui fait de lui son meilleur mannequin, surtout pour les tenues chics comme celle qu'il porte aujourd'hui. Mais un détail attire son attention. D'un geste, il lui prend la main et la lève à sa hauteur.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

Adrien ne semble pas comprendre et demande :

- Ma bague ? Je l'ai depuis un moment et…

- Tes ongles, coupe Gabriel.

Ses ongles sont courts, beaucoup trop courts. Et rongés. Beaucoup trop rongés.

- Tu ne peux pas te permettre de te ronger les ongles Adrien, ça donne un résultat déplorable sur ton image ! Tes mains sont dans un état lamentable, tu ne peux pas défiler en donnant une vision aussi négligée de toi !

- Vous ne voulez pas que je…

- Il te reste dix minutes avant d'entrer en scène, je te conseille de trouver rapidement un moyen de camoufler ce carnage !

Gabriel ressort sans un mot de plus. Adrien aurait pu tenter de lui expliquer, que c'est plus fort que lui, que seul le moment où il se ronge les ongles lui permet de se relaxer, d'apaiser un peu le stress qui le dévore continuellement quant à ses obligations de mannequin, ses obligations d'écolier, de sportif, de Chat Noir… Que seul le moment où ses dents se referment frénétiquement sur ses mains le calme et l'apaise. Il n'a même pas eu envie d'essayer. Parce qu'il sait qu'il n'a pas d'excuse, qu'aucune explication ne pourra rattraper le fait que c'est une image négligée de lui qu'il donnera aux journalistes et photographes s'il ne trouve pas une solution.

Les applaudissements retentissent de plus belle quand il entre en scène pour la présentation de ce costume final. Il a aperçu son père froncer les sourcils mais celui-ci ne l'a pas interrompu avant son entrée – il ne pouvait pas espérer meilleure validation. Ses mains sont négligemment rentrées dans ses poches et, parce qu'il est mannequin depuis suffisamment longtemps pour savoir l'assumer, il sait que ce mélange de costume classe et d'attitude négligée va être convaincant. Qu'elle va mettre en valeur plus que jamais la création de son père, que tous les critiques de mode présents jugeront que son attitude a été savamment calculée et orchestrée. Que le résultat va fonctionner et qu'il ne peut rien espérer de mieux. Quand il sort de scène, son père l'attend derrière le rideau. Son regard est fermé, intransigeant, légèrement réprobateur.

- Que ça ne se reproduise plus.

Définitivement. Il s'en est sorti. Pour cette fois-là.


Adrien est appuyé contre sa table, presque couché, et note consciencieusement ce que Madame Bustier leur dicte. Instinctivement, sa main gauche se porte à sa bouche mais il grimace quand le goût du vernis amer sur ses ongles lui explose sur la langue. Il retire sa main. Ses dents rongent frénétiquement dans le vide et il aurait donné n'importe quoi pour ne pas avoir ce vernis, pour pouvoir ronger ses ongles, ou n'importe quoi d'autre même. Parfois, instinctivement, ses dents se referment sur ses propres lèvres qu'il mord également, mais il sait que des lèvres déchirées ne conviendront pas non plus à son père lors de sa prochaine apparition publique. Il ne peut pas se permettre non plus de manger compulsivement. La cloche sonne et il range ses affaires pendant que toute la classe part en récréation. Il reste seul dans la salle quelques secondes et, au moment où il va remettre dans sa poche son trousseau de clés, son regard s'arrête sur le minuscule carré de bois décoré accroché à son porte-clés. Il n'hésite que quelques secondes – entre ronger ça ou du vide, désormais… Ses dents se referment sur la plaquette en bois et aussitôt, son corps se détend et son esprit s'apaise. Un peu.


Marinette s'inquiétait d'être convoquée par Mme Bustier, mais elle comprend vite le sujet dont sa professeure veut lui parler. Adrien. Cela fait quelques semaines, mais c'est tout le temps, de plus en plus souvent. Au début il se cachait ou remettait rapidement la plaquette de bois dans sa poche quand quelqu'un le surprenait. Il ne s'en cache plus, plus maintenant. Le bois du porte-clés est rongé de traces de dents sur lequel il s'acharne compulsivement de plus en plus longtemps pour pouvoir par la suite se concentrer sereinement sur un sujet. Marinette ne comprend pas certains mots que lui dit sa professeure quand elle lui en parle – troubles obsessionnels compulsifs, xylophagie… Mais elle comprend qu'elle est déléguée, qu'elle a envie d'aider Adrien et qu'avant de faire un signalement aux médecins de l'école qui le feront forcément remonter à son père, elle est la seule à pouvoir peut-être encore tenter quelque chose. Marinette s'efforce de masquer sa jubilation quand Mme Bustier propose de l'asseoir à côté d'Adrien le temps qu'il aille mieux, lui promet qu'elle fera tout son possible pour l'aider à gérer son stress et ressort. Un coup de téléphone à Nino, une demande d'un billet de cinq euros à ses parents, un passage à la supérette du coin. Et elle espère que ça fonctionnera.


Ses dents se sont déjà acharnées machinalement une dizaine de fois sur la plaquette de bois et son corps commence à peine à se détendre un peu quand Marinette l'interrompt :

- Tu veux un chewing-gum Adrien ?

Il repose la plaquette sur son bureau et s'apprête à refuser poliment quand ses yeux se posent sur le paquet qu'elle lui tend. Des larges bandelettes de chewing-gum au goût cocktail de fruits. L'image d'orange, d'ananas et de fruits de la passion sur le paquet attire son regard. Il n'a jamais su résister à ce parfum. Est-ce que c'est un hasard, est-ce qu'il l'a un jour dit à Marinette et qu'elle s'en est souvenue ? Il ne se pose pas la question et accepte le chewing-gum avec un sourire. Le goût des fruits lui explose dans la bouche et il soupire de bien-être en savourant le parfum. Son corps se détend, son stress disparaît quand ses dents se défoulent frénétiquement sur la bille moelleuse et sa main laisse retomber la plaquette de bois sur la table.


Adrien monte dans la voiture de son garde du corps qui s'engouffre dans les rues de Paris aussitôt la porte refermée. Au collège, la présence constante de ses amis l'apaise et, quand il ressent trop le besoin de mâcher, Marinette lui propose un chewing-gum avant même qu'il n'ait fini de porter sa plaquette de bois à la bouche. Ça fonctionne, souvent, le goût agréable du bonbon l'apaise et ses professeurs ne lui font pas de remarque tant qu'il mâche discrètement. Est-ce que c'est un traitement de faveur, est-ce que eux aussi préfèrent le voir mâcher un chewing-gum que du bois ? Peu importe. Ils ne sont plus là, Marinette n'est plus là. Il attrapa la plaquette et la ronge quelques instants, sans en obtenir la satisfaction qu'il attend. C'est du bois. Trop dur, trop désagréable, trop culpabilisant. Il n'hésite que quelques secondes avant de demander à son garde du corps de s'arrêter devant la prochaine supérette pour qu'il puisse se racheter des chewing-gums.


Il descend les escaliers en vitesse pour rejoindre son garde du corps qui l'attend déjà dans la voiture, dans la cour du manoir Agreste. Mais son père est dans l'entrée et lui fait signe de s'arrêter d'un geste.

- Qu'est-ce que tu as dans la bouche, Adrien ?

- Un chewing-gum, répond-il sans sembler comprendre ce qu'on lui reproche.

- Jette-le. Je t'interdis d'en manger.

- Mais père ! Il est sans sucre et…

- Et il est bourré de produits chimiques et te fait gonfler le ventre à force d'avaler de l'air. Tu n'en as pas besoin. Jette-le. Et donne-moi ton paquet.

Adrien hésite mais le regard de son père est intransigeant. Il se résigne, jette son chewing-gum à peine commencé, pose le paquet dans sa main tendue et rejoint la voiture de son garde du corps. Ses dents continuent de mâcher dans le vide, son corps est tendu et il a envie de pleurer suite à la remontrance et la privation de la seule chose qui l'apaisait. En plongeant sa main dans sa poche, ses doigts tombent sur une plaquette en bois. Il ne résiste que quelques secondes avant de la grignoter plus frénétiquement que jamais, tout le long du trajet. C'est toujours aussi dur, désagréable, culpabilisant, le goût fruité lui manque. Mais c'est tout ce qu'il a et ça fait l'affaire. Même si ça ne lui enlève pas le pincement au cœur de devoir refuser le chewing-gum que Marinette lui propose à son arrivée à l'école.


Gabriel éteint son ordinateur en soupirant. Il a fini beaucoup moins tard que d'habitude et peut-être qu'Adrien n'a pas encore fini de manger. Il tient à lui parler. Pas seulement du chewing-gum de la semaine précédente, mais surtout de son regard déçu quand il le lui a confisqué. Il n'a pas eu l'occasion de recroiser son fils depuis, mais il y a réfléchi. Aux raisons qui l'ont poussé à commencer à en mâcher, à son stress et son regard hanté dès qu'il en a été privé, à Nathalie qui l'a informé que la professeure principale d'Adrien souhaiterait le rencontrer prochainement. Il a fait promettre qu'il la rappellerait quand il aurait le temps, sans s'empêcher de se demander ce qu'il y avait à lui reprocher. Il arrive dans la salle à manger au moment où Nathalie débarrasse l'assiette d'Adrien. Il a fini de manger mais reste assis sur sa chaise, les yeux dans le vague mais détendu, la main portée à sa bouche. L'espace d'une seconde, il croit que son fils a recommencé à se ronger les ongles, mais il remarque vite la plaquette de bois marquée de toutes parts par des traces de dents qu'Adrien ronge frénétiquement. Son fils ne l'a pas vu et Gabriel garde quelques secondes les yeux braqués sur lui. Et sur ce morceau de bois sur lequel ses dents se déchaînent. La première réaction qui lui vient est une remontrance, un sermon sur son comportement. Mais c'est déjà ce qu'il a fait la dernière fois qu'il l'avait vu, avec un chewing-gum à la bouche. Également ce qu'il avait fait la fois encore avant, avec ses ongles rongés. Gabriel soupire et une part de lui espérerait avoir plus de temps à lui consacrer. Il s'avance vers Adrien qui, en l'entendant, se redresse instinctivement vers lui en lâchant la plaquette de bois sur la table, l'air coupable et angoissé. Est-ce que vraiment Adrien s'attend à recevoir une autre remontrance ? Peu importe. Gabriel s'avance vers lui, plonge la main dans sa poche et en sort le paquet qui y est resté depuis la semaine précédente.

- Prends un chewing-gum.


En espérant que ça vous ait plu !

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