Pdv : Minami

Les musées du futur étaient étonnamment similaires à ceux du présent. Et leur système de sécurité n'était pas beaucoup plus performant que ceux de notre époque... Visiblement la sécurité de notre patrimoine culturel n'était toujours pas une des priorités des gouvernements.
Tiens maintenant que j'y pensais, il serait intéressant de se renseigner sur la politique du futur. Après tout nous voulons mener une sorte de bataille avec eux, il fallait bien comprendre leur objectif.
En fait, j'avais comme l'impression que nous manquons quelque chose d'important dans cette histoire, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt sur l'origine du sentiment. Quelque chose qui ne concernait pas uniquement le foot. Mais j'avais sûrement d'autres problèmes à avoir en tête pour le moment, je me renseignerais plus tard.

Raimon se tenait à quelques mètres des portes du musée, sous la surveillance des filles et de Wunderbar, à attendre que l'ours bleu nous trouve une voie d'entrée qui ne risquait pas trop de nous voir finir en prison avant même que nous ayons fait les trois premiers mètres.
Pourtant, en dehors des informations que s'échangent les voyageurs du futur, je pouvais sentir quelqu'un autour de nous. J'avais beau essayer de regarder autour de moi pour essayer de découvrir ce qui pouvait bien m'alerter, les environs semblaient vides, comme ils devraient l'être à cette de la nuit, puisque le musée était fermé.

Je m'arrêtais de chercher quand je remarquais que Victor commençait à se tendre à son tour. Ce n'était pas mon objectif, et les mettre encore plus sur le qui vive n'allait certainement pas nous aider à récupérer ce qui nous était nécessaire.
J'aurais pu avoir des remords de fracturer un musée et de le voler, mais j'avais comme l'impression que ce livre était plus important que ce que nous pensions. Et puis, ça ne serait pas la première... Raimon semblait toujours trouver son chemin dans le local de tennis. Et, ils n'avaient qu'à avoir de meilleurs systèmes de sécurité. C'était une honte qu'on puisse même trouver le moyen de rentrer dans le bâtiment !
Il était vrai que cette opération était une sorte de dernier espoir, nous ne pourrons certainement pas déchiffrer le livre quand nous l'aurons entre les mains. Après tout, plusieurs dizaines de personnes avaient dû essayer avant nous, et s'y étaient visiblement mordus les doigts...

- J'ai terminé l'infiltration. Etes-vous tous prêt à agir ?

Un simple regard au groupe sembla convaincre Fey que nous étions déterminés à faire le nécessaire pour atteindre notre objectif, au détriment de la question morale derrière nos futurs actes. J'avais été assez étonné de réaliser que cela ne gênait aucun des Raimons. Certes, nous savions, ou au moins pensons fermement, que cela pourrait être notre seule chance face à El Dorado aujourd'hui, mais cela restait tout de même quelque chose qui nous a été inculqué comme étant mal. C'était contre tout ce que nos parents nous avaient appris.

- Oui, on est prêt.

- Alors que la mission commence !

Les indications de Fey et du coach bleu étaient précises, et nous pouvions avancer relativement vite. J'avais eu un peu peur que le fait d'être un si grand groupe nous désavantage, mais l'habitude de courir ensemble faisait des merveilles de cohésion et de compréhension ce qui nous permettait d'avancer en silence et rapidement.
Du moins, jusqu'à ce qu'on se retrouve devant une porte que nous ne pouvions pas ouvrir. Cela n'avait pas vraiment fait partie du plan qu'ils avaient mis en place avant de venir...

- Ils utilisent un autre code de sécurité pour celle-ci.

Après plusieurs essais infructueux, on commença à chercher un autre moyen d'entrée. Pourtant, je n'étais toujours pas convaincu que c'était normal. Cette porte, si je regardais bien le plan ne devait séparer que deux couloirs, il n'y avait aucune raison qu'elle soit spécialement verrouillée alors qu'elle ne devait mener à aucune salle importante...
Sauf si quelqu'un d'autre était dans le musée en même temps que nous, ou qu'on modifiait les codes, puisque sinon Wunderbar aurait prévu cette fermeture avant même qu'on ne rentre dans le bâtiment. Non, quelqu'un d'autre jouait dans le système informatique du musée. Il serait peut-être prudent de trouver qui ou au moins pourquoi. Il serait quand même dommage qu'on se fasse prendre à cause de ça.
Néanmoins, l'équipe continue sa course vers le livre, sans s'en préoccuper. Sûrement que ceux qui étaient restés à l'extérieur y jèteraient un œil. Et le seul passage praticable qu'il nous restait aurait presque pu me laisser dubitative. Parce que, vraiment, les tuyaux d'aération ?

- Soyez très prudent, d'accord ?

- Mais certainement, nous sommes bien connus pour ça, non ?

Visiblement mon ironie était perdue pour Fey, mais le reste de l'équipe me jeta un regard noir. Je ne vois pas pourquoi ils protestent. Franchement, à partir du moment où on décide de laisser deux batailles contre des organisations ultra-puissantes en l'espace d'un peu moins d'un an, on ne pouvait plus vraiment nous qualifier de prudent.

- On dirait que c'est la seule voie d'accès.

Placé à la fin de notre procession, je ne vis pas immédiatement ce qui avait surpris le reste de l'équipe. Cependant la vue du vide à moins d'un pas fit augmenter la tension que je ressentais. Heureusement que je n'avais pas le vertige ! Je descendais l'échelle pour rejoindre l'équipe avant de me délester de mon sac à dos.

J'y sortais une très longue corde parmi tous les objets que j'avais pris au cas où. Je la nouais rapidement, mais solidement aux derniers barreaux de l'échelle qui nous avait permis de descendre avant de me retourner vers le reste de l'équipe qui continuait de contempler le chemin que nous allions devoir parcourir pour atteindre l'autre côté de l'immense puits.

- Je me fiche de ce que vous dîtes, tout le monde va s'attacher à cette corde.

L'équipe sembla ravie de voir ce que j'avais sorti, et aucune protestation ne fut prononcée. Nous étions peut-être fous de voler un musée dans le futur, mais nous n'étions certainement pas suicidaires.
Par mesure de précaution j'attirais à moi mes compétences particulières, juste pour être prête à agir. Je n'étais pas vraiment sûr de pouvoir retenir un corps tombant, je n'avais jamais essayé, mais je le ferais si nécessaire. Sans hésitation. Je mettais après tout fixer comme objectif de les ramener tout entier à la fin de la journée.

Bien, bien, bien... Une échelle à attraper. Cela n'allait certainement pas être simple.

- Tu n'as rien d'autre dans ton sac qui pourrait nous aider, par hasard.

Je me retournais vers Arion. Je n'étais pas vraiment sûre de ce que je pourrais utiliser. Je jetais un œil à ce que je tenais encore entre les mains, essayant différentes combinaisons pour trouver une solution. Finalement, une d'entre elles me sembla pouvoir parvenir à notre objectif.
Je regardais une dernière fois la distance entre le sol et l'échelle avant de sortir une vieille écharpe qui trainait au fond du sac. Je ne me souvenais même pas qu'elle y était avant d'y regarder attentivement, mais j'étais presque certaine qu'elle pourrait nous aider de ce cas précis.

- Laisse-moi trente secondes, le temps que je finisse ça.

Je déchirais soigneusement le bout de tissu dans sa longueur pour pouvoir le prolonger par la suite. Une fois satisfaite de la taille de cette nouvelle corde, je remets la main dans le sac pour y sortir plusieurs bouts de métal. Je trouvais rapidement un bout de la nouvelle corde autour des morceaux de métal.

- C'est ce que je pourrais faire de mieux pour m'approcher d'un grappin.

- Je suis persuadé que ce sera toujours mieux que de faire une pyramide pour l'atteindre.

Le constat froid de Victor m'aurait sûrement fait rire, si je ne pensais qu'ils avaient vraiment envisagé l'idée avant de voir ce que j'avais dans mon sac. Je passais l'outil que je venais de créer à Fey et Arion, plus près de l'échelle, ils avaient de meilleure chance que le reste d'entre nous. Ryoma semblait marmonner des choses à propos des compétences apprises au 5eme secteur.
Mais pour une fois, je n'avais pas appris à fabriquer des grappins là-bas. En fait, je ne crois pas me souvenir de n'avoir jamais appris ça quelque part. En même temps, il était rare de croiser des gens qui enseignaient ce savoir-faire particulier...
Mon grappin artisanal sembla fonctionner assez bien, puisque après quelques essais, les deux garçons réussirent à faire descendre l'échelle. On entendit Jade réprimandait Wunderbar, et c'est avec un certain amusement que nous continuâmes notre route vers la troisième salle, celle des enseignements du Maître.

Finalement, avec de nouveaux codes d'ouverture et quelques détours pour éviter les robots de sécurité, nous réussissons à atteindre cette fameuse salle. À ce stade, juste le fait de l'atteindre était plus satisfaisant que de faire face à l'objet que nous venons récupérer. Principalement parce que cet objet était totalement en sécurité derrière des lasers de sécurité qui semblaient bouger de manière aléatoire toutes les quelques secondes et ce qui devait être un champ magnétique. On préféra rester sur le seuil de la porte, de peur de se faire toucher par malheur, et de faire échouer notre petite expédition.

- Les enseignements du Maître, c'est ici que se trouvent les secrets de l'équipe ultime.

- Je crois que ça risque de nous poser quelques problèmes, non ? dis-je en agitant vaguement la main vers les lumières rouges.

- Je vais désactiver le système de sécurité, ne bougez pas.

Fey s'agita autour de son écran et la sorte de champ magnétique qu'il y avait au-dessus du livre se désactiva. Mais pas les lasers. Et en voyant l'air inquiet sur le visage de Fey, je pouvais dire avec certitude qu'il n'arriverait pas à temps à trouver le moyen de contourner ce système de sécurité.
Je m'isole des informations que je recevais de l'extérieur pour pouvoir pleinement réfléchir à ce que nous allions faire ensuite.
L'un d'entre nous, sûrement Arion ou Fey d'ailleurs, allait certainement se proposer pour passer à travers les faisceaux de lumière. Seulement, et quoique j'aie finalement remarqué une sorte de routine dans les positions, il y avait très peu de chance que finalement nous ne touchions pas de lasers.
Ce qui voulait dire que je ne devais pas laisser quelqu'un faire cette proposition. Et donc suivre le plan qui venait de se former dans mon esprit.

- Est-ce que les caméras sont éteintes ?

- Je peux les basculer dans une boucle pour que, si quelqu'un surveille, il ne puisse voir uniquement la pièce dans son état normal.

La réponse de Wunderbar suivit quelques minutes de silence, avant qu'il ne finisse par confirmer que toutes les caméras du musée avaient été traitées. Je n'en avais pas demandé autant, mais je n'allais pas me plaindre. D'ailleurs je ne savais pas pourquoi on ne l'avait pas fait avant, le risque qu'on se fasse prendre aurait était beaucoup moins élevé.

- Pouvez-vous me promettre de ne pas crier, ni poser de question tant que nous sommes pas à notre époque ?

- Pourquoi ?

- Juste pour une fois Riccardo, ne pose pas de questions et fais-moi confiance, veux-tu ?

J'attendis d'avoir l'accord de l'équipe avant de commencer ce que j'avais prévu. Je ne voulais certainement pas être dérangé pendant que je travaillais à obtenir ce fichu livre. Et dire que je venais uniquement pour tous les garder entiers à l'origine...

L'énergie d'un violet sombre qui s'enroulait autour de mes doigts aurait pu rappeler celle des esprits guerriers si ce n'était la sauvagerie qui s'en dégage. Mais pour moi, elle me faisait réaliser à quel point cela faisait longtemps que je ne les avais pas utilisés aussi librement, et à quel point j'avais besoin de la faire. Elles roulaient presque en et autour de moi par vagues, attendant le moindre ordre pour obéir.

Je n'eus qu'à pousser mon désir vers elles pour qu'elles agissent. Je savais que les Raimons avaient reculé derrière moi, qu'ils étaient effrayés par ce que je faisais, mais je ne voulais pas m'en occuper tout de suite. Mes capacités avaient bondi à travers la pièce et évitaient les lasers avec facilité, aussi insaisissables que de la brume.
Elles s'enroulent autour des enseignements du maître soigneusement. Je tirais un plus d'énergie à moi pour en renforcer l'emprise, avant de me préparer mon dernier geste. Je comptais précisément les secondes, attendant de pouvoir prévoir parfaitement la fenêtre de temps que j'avais avant de faire un geste sec du poignet.

Le livre plus ou moins sacré se précipita vers nous au moment exact où les lumières rouges s'éteignirent dans leur rotation de position, et aurait atterri violemment sur nous si je n'avais pas lentement rappelé mes capacités en moi pour le ralentir.

Je me retournais pour faire face aux membres de l'équipe. La peur que j'avais ressentie d'eux semblait avoir disparu pour un étonnement profond et une certaine admiration qui me mis un peu plus mal-à-l'aise,
Le seul qui ne semblait pas partager ses sentiments était Fey. Il me regardait fixement avec un regard si intense que je n'arrivais pas à comprendre si sa réaction était positive ou négative. Autant je ne voulais pas laisser cela me toucher, autant je savais que je serais profondément affecté si Raimon décidait de me repousser après avoir appris plus précisément ce que j'étais capable de faire.

Le premier à se remettre de sa surprise fut Victor. Bien évidemment, il avait toujours été le plus rapide à s'adapter à ce qu'il se passait. Sûrement la faute au Sanctuaire. Mais pour une fois cela tombe plutôt bien puisque je ne comptais pas rester planté dans le couloir pendant une décennie à attendre que tout le monde s'en remette. Nous étions toujours illégalement dans un musée en train de voler l'une de leurs possessions après tout.

- Je sais que vous avez certainement des questions, mais je dois vraiment vous signaler qu'on doit bouger. Maintenant !

Ma dernière exclamation sembla au moins les faire sortir de leur léthargie, et le route vers la sortie de retour dans l'esprit de tout le monde, non sans certains regards lourds de sens en ma direction. Au moins on sortira d'ici sans ennui...