Pdv : Minami

J'avais juste envie de me rouler en boule dans un coin sombre pour ne plus jamais bouger, pour ne plus jamais faire face au monde. À la place, je continuais de peindre la fresque du mur de ma chambre, m'arrêtant sur des détails qui, je le savais, n'avaient pas vraiment besoin de mon attention. Ce n'était que des mouvements mécaniques, mais apaisant.

Mon père s'était installé à même le sol derrière moi, tout en continuant de travailler sur une grande pile de dossiers. Il attendait que je me décide à lui parler de ce qui avait provoqué une telle instabilité émotionnelle. Je n'arrivais pas à trouver les mots pour lui expliquer ce qu'il s'était passé.

En réalité, tout c'était bien passé, nous avions pu sortir du musée sans encombre, ce qui nous avait tous surpris. Nous avions été si sûrs de nous faire prendre à un moment ou un autre, que réussir à finir notre effraction sans autre encombre n'avait même pas été envisagé. Nous étions retournés à notre époque aussi, dans la cour devant la maison d'Arion comme prévu.

À partir de là, j'avais commencé à me demander si j'avais pris la bonne décision en leur montrant mes capacités. Le silence était aussi pesant que lors de notre rencontre après la finale du 5eme secteur. C'était l'un des moments qui sera certainement parmi les plus angoissants de ma vie. Leur regard se posait sur moi les uns après les autres, sans pour autant me fixer véritablement.

- Qu'est-ce que c'était ?

Ceux qui n'étaient pas venus dans le musée nous fixaient avec incompréhension, mais j'étais plus concentré sur les garçons. Ils n'avaient plus peur, mais ils avaient aussi eu le temps de repenser à ce qu'il s'était passé. Visiblement l'inquiétude prônait sur l'admiration d'avoir obtenu le livre.
Riccardo nous poussa à nous asseoir à même l'herbe, et la tante d'Arion décida de nous laisser seuls en voyant nos airs sérieux quand elle passa la tête par la porte pour nous accueillir.

- En fait, on ne sait pas trop. Ce sont des choses que je peux faire. C'est une énergie, un peu comme les esprits guerriers.

Au fur et à mesure que je parlais, le volume de ma voix diminuait, pourtant même moi je pouvais entendre la légère note de panique et suppliante cachée derrière. Je ne pourrais certainement pas supporter qu'ils aient peur de moi, comme je l'ai longtemps été.
Parce que si elles font partie de moi, j'ai toujours su qu'il y avait de très fortes chances que ma maladie soit en partie de leurs fautes. Et je m'en suis voulu d'être née différente.
Elles causaient tellement de souffrance, à moi, mais surtout à ma famille. Jusqu'à ce que je découvre qu'elles pouvaient aussi faire du bien aux gens.
Quand j'ai réalisé que je pouvais soigner avec elles, j'ai enfin accepté cette énergie comme faisant partie de moi.
Alors que les Raimons aient peur de moi à cause d'elle n'était pas quelque chose que je pourrais bien prendre.

- Ça ne peut pas être juste de l'énergie. Je veux dire, elle doit venir de quelque part. C'est la première fois que je vois quelque chose comme ça.

- Heu, on parle de quoi là ?

Je m'appuyais sur la palissade derrière moi, laissant Ryoma expliquer en quelques mots ce que j'avais fait au musée. Il raconta exactement ce qu'il s'était passé, avant de se retourner vers moi quand les filles ne semblèrent pas vraiment convaincues par son explication.
Je jetais un œil sur mon bracelet, histoire de m'assurer que ça irait bien si j'utilisais une nouvelle fois mes capacités, et fûs surprise de me retrouver à un relativement haut nombre.
Il était devenu tellement rare que mes capacités ne me blessent pas quand je les utilisaient que j'avais commencé à les confiner en moi, les faisant exploser aléatoirement. Peut-être que ce n'était pas la meilleure solution.
Peut-être que je devrais les laisser libres autour de moi.
De toute façon, ça ne changerait pas grand chose sur l'issue des prochains mois, alors je pourrais au moins en profiter au maximum. Je relevais les yeux quand quelqu'un se racla la gorge. Ils me regardaient tous. Je grimaçai intérieurement en réalisant que je m'étais perdue dans mes pensées.

Je levais une main pour que les filles puissent voir, avant de tirer mes capacités hors de moi. Plus calmes que dans le musée, elles se contentèrent d'irradier lentement autour de mes doigts. Sachant qu'elles pouvaient facilement être confondues avec un esprit guerrier par la couleur, et cette fois par leurs auras apaisés, je les projetais vers une pierre que je fis venir à moi d'un geste. Cela sembla leur permettre de mieux comprendre, parce que les trois filles me fixaient, visiblement légèrement sous le choc.
Eh bien, elles devraient me connaître suffisamment pour savoir que je ne mens jamais, seulement, parfois, je dissimule ce qui m'arrange.

- C'est l'une des choses que je peux faire. Et non, je ne sais pas vraiment d'où ça vient. Personne n'est connu pour en avoir eu auparavant, et on pense que ça viendrait d'une mutation d'un gène, mais nous n'avons rien pu prouver.

- C'est totalement bizarre. Je crois que c'est cool.

Je me fixais Arion, levant un sourcil. Il était prêt à juste accepter que je fasse des choses physiquement impossibles, sans même d'explication de toutes mes capacités d'ailleurs.
Je savais qu'il était un peu ouvert, mais à ce stade ce n'est plus de l'ouverture aux autres, c'est un manque d'instinct de survie, lié à un manque de curiosité.

- Je veux dire, aller on joue avec elle depuis un an déjà. Capacités ou pas, elle reste Min.

Victor semble se ranger à cet avis immédiatement. Mais il fallait dire qu'il avait déjà constaté des choses étranges autour de moi au Sanctuaire, notamment ma capacité de guérison suite à certaines punitions.
Riccardo et Ryoma semblent moins convaincus. Je pouvais comprendre leur méfiance.
Si les rôles étaient inversés, je ne me ferais pas confiance non plus. Je leur avais caché pendant plus d'un an mes capacités, c'était quelque chose qui attirait les doutes.

- C'est quand même quelque chose de gros. Je veux dire, tu ne peux pas être la seule personne sur Terre à en être capable, c'est statistiquement impossible.

Voilà pourquoi je détestais les maths...

- A cette époque, elle peut être seule, mais pas dans la nôtre.

Je me retournais vers Fey. Il devait plaisanter, n'est-ce pas ? Il n'y avait aucune chance que cela soit possible.

- C'est quelque chose que certaines personnes du futur sont capables de faire. En général, c'est des dons très généraux, mais qui sont particulièrement puissants dans une branche. Lévitation, manipulation élémentaire, guérison, force mentale, ou d'autres.

Les mots de Fey avaient créé un vide en moi. Je ne comprenais pas réellement ce qu'il disait. C'était une chose que j'avais rêvé plusieurs fois, de trouver des gens qui comprendraient. Mais ça, c'était totalement irréel pour moi. Ces gens pouvaient peut-être m'aider.
C'était une braise d'espoir qui s'allumait.

- C'est un groupe restreint cependant, et leur durée de vie est généralement plus courte que celle des gens normaux. Ils représentent peut-être un centième de notre population.

Je ne vis pas l'accord de Wunderbar. Une seule chose tournait dans ma tête " leur durée de vie est généralement plus courte" En quoi était-ce juste ? Pourquoi devrait-on toujours me donner espoir avant de le retirer sans délicatesse ? J'avais cru qu'il y avait une solution, mais il fallait que j'arrête de nier la vérité, il n'y aurait pas de solution salvatrice.

- Min ? Toujours avec nous ?

Je clignais plusieurs fois des yeux, séparant mon esprit de la macabre réalisation.

- C'est quoi ta spécialité ?

- La guérison.

Je perçus plus qu'entendit Fey retenir son souffle quelques secondes avant que je me focalise sur les Raimons. Leur visage reflétait leur soulagement, et je sus qu'ils s'étaient inquiétés de ce que j'étais capable de faire. De leur faire.
Avec maladresse je me relevais, et me mis à parcourir les rues le plus rapidement possible. Pour fuir le désespoir et la douleur. Après un moment, je m'étais retrouvée devant chez moi. J'étais rentrée silencieusement.
J'avais trouvé mon père et l'avais serré dans mes bras pendant de longues minutes sans qu'aucun mot ne soit échangé. Il savait que je ne pourrais pas lui expliquer pour le moment, alors quand j'étais partie me réfugier dans ma chambre, il m'avait suivi.
Il avait observé, sans aucun jugement, quand j'avais sorti mon matériel de peinture. Pourtant je ressentais une attente qui mettait mes nerfs toujours plus à vif encore.
Alors quand j'entendis la légère alarme de mon bracelet, une vague de soulagement me frappa. Au moins je pourrais souffler loin de toute cette réalité, loin de cette angoisse, loin de cette attente pour l'inéluctable.

Pdv : Mehr

Je regardais Siméon parcourir la liste de tous les enfants de la seconde phase, mais mon esprit revenait sans cesse à la nuit dernière. Nous avions prévu de s'infiltrer dans le musée du football pour tester certains de nos membres, à la recherche des fuites.
Pourtant nous avions dû tout arrêter quand nous avions remarqué qu'un groupe de voyageurs temporels se baladait dans le musée.

Lorsqu'ils étaient repartis avec les enseignements du Maître, elle et Siméon c'était assurer de dissimuler le vol du mieux qu'ils avaient pu pour leur faire gagner du temps. Cela causerait certainement des problèmes à Eldorado quand ils se rendraient compte qu'ils ont perdu l'une de leurs plus célèbre œuvre. Ce qui nous donnerait un petit avantage pour la mise en place de futur plan.
Cependant quelque chose l'a travaillé. Pourquoi voler des écrits intraduisibles ? Elle avait passé le reste de la nuit à rechercher des pages publiées et à les étudier. Pourtant, elle ne trouvait rien. Alors que comptaient-ils en faire ?

- Séraphina a disparu juste avant que nous partions pour le musée.

- Je vais me renseigner.

Mehr se redressa, déterminé à oublier cet incident au profit de sa tâche. Elle devait se concentrer sur la sûreté de la New Gen. Il était hors de question de perdre l'un des leurs. Elle chercherait, enquêterait sur chacun de ceux qui avaient trahi avec de les traiter en conséquences de leurs actes.