Pdv : Minami

Je voulus ouvrir les yeux, mais je n'y arrivais pas. Ce n'était pas la première fois, mais je n'aimais pas ça. Je cherchais alors à attirer l'attention de quelqu'un. Je voulais lever la main. Je sentais mes muscles se contracter, mais je ne bougeais pas.

- Détends-toi, c'est normal. Tu devrais aller mieux dans quelques minutes.

La voix de Camélia me rassura. Jusqu'à ce que je réalise que pour que je l'entende, j'avais sûrement dû être hospitalisée. Encore.

Malgré les mots de Camélia, je luttais pour ouvrir les yeux. La satisfaction me remplit quand je réussis à les entrouvrir.

Je voyais encore flou, mais je voyais plusieurs personnes qui s'agitaient autour de moi. Maintenant que je pouvais voir, je restais immobile à regarder.
Je n'avais pas vraiment la notion du temps, et de manière impromptue, je me rendormais.

La prochaine fois que j'ouvrais les yeux, mon père lisait calmement. Je n'avais pas ouvert les yeux plus de quelques secondes que quelqu'un entrait dans la pièce.

- Min !

Je voulais répondre, mais je ne pus qu'émettre une sorte de grincement. Mon père m'aida à me relever et à boire. L'eau froide apaisa la douleur dans ma gorge.

- Combien de temps ?

- Deux semaines.

D'accord. Deux semaines. J'avais loupé encore deux semaines.

- Est-ce que ça va ?

- Oui. Que s'est-il passé ?

Je sentis un poids au pied de mon lit. Sol s'étala sans aucune grâce et une fois satisfait de sa place, il se retourna vers moi.

- Je pense que pour la première fois, je suis en meilleure santé que toi ! Camélia a dit que je pourrais bientôt quitter l'hôpital.

- C'est génial ! Je suis si heureuse pour toi !

Je m'appuyais sur mon père pour atteindre Sol. Je le serrais un instant dans mes bras avant de me rallonger. C'était sûrement la meilleure nouvelle que je n'ai jamais eue depuis très longtemps.

- Si tu veux des nouvelles des Raimon, ils sont en voyage temporel en ce moment d'après ce que m'a dit Jude. Une histoire de Nobunaga et d'équipe ultime.

- Pourquoi c'est si douloureux de bouger ?

Chacun de mes muscles me paraissait irradier de douleur au fur et à mesure que je me réveillais.

- Pour la même raison que tu t'étais perforé un poumon. Cependant, nous n'avons rien pu faire. Tu as géré le problème toi-même. Nous ne savons pas trop ce qu'il était. Sol, peux-tu ?

Axel n'eut pas besoin de finir sa phrase, il sautait déjà en direction de la porte. Je tournais légèrement la tête pour faire face à mon père. Les cernes sous ses yeux s'étaient accentués. Pourtant, il souriait, une lueur dans les yeux, comme si rien d'autre n'avait d'importance que moi. Il m'avait adopté quand j'avais 7 ans. Il m'avait pris comme sa fille. J'étais sa fille. Je serais toujours sa fille.

- Fais-moi la promesse que tu continueras même après.

Les yeux noirs rencontrèrent les violets. Je le voyais se refermer. Il me voyait attendre avec détermination. Il soupira.

- Je te le promets.

Sa prise se resserra, et même quand Camélia nous rejoignit pour un examen, il ne relâcha à aucun moment ma main. Les questions habituelles se succédaient et j'y répondis mécaniquement.

Il me fallut une autre semaine avant de pouvoir être considérée comme remise. Durant ce temps, j'avais été mise au courant de tout ce qu'il s'était passé avec Raimon par Jude, mais aussi Michael.
Avec leurs souvenirs de retour, l'attaquant était rapidement venu me rendre visite. Je ne savais pas si les autres leurs avaient raconté ce qu'il s'était passé au musée, mais aucun de nous deux n'en avait parlé. Ça ne m'avait pas dérangé, j'en avais déjà parlé avec mon père et Julia.
Et puis c'était bien de retrouver l'attaquant au sang chaud. Il n'avait pas arrêté de râler au sujet de l'autre joueuse de l'équipe. Bon là, je n'avais pas compris. Quelle autre joueuse ?

C'est là qu'il m'avait appris l'arrivée d'une dénommée Goldie Lemon. C'était assez inquiétant, malgré ce qu'il avait pu dire sur sa sympathie.
Elle n'était pas là dans notre lignée temporelle d'origine. Et le fait de ne pas savoir ce qu'il s'était passé pour qu'elle soit là aujourd'hui... Je n'étais pas forcément méfiante envers elle, mais plutôt envers la situation elle-même.

Et finalement, on avait demandé à mon père de trouver une relique pour l'époque de Jeanne d'Arc. Cette recherche nous avait pris la semaine entière, et ce, malgré les contacts que mon père avait dans le monde entier, mais nous avions finalement trouvé !

En arrivant au club de Raimon, on attend les dernières paroles des voyageurs du temps.

- Comme vous pouvez le constater, ces gens n'ont toujours pas renoncé.

L'équipe nous regardait avec une immense surprise. Ça me rappelait mes débuts à Raimon, et leur incrédulité à chacun de mes gestes.
Finalement, ils nous laissèrent entrer, ce qui me permit de déposer le sac contenant la relique.

- El dorado n'est pas satisfait de l'interdiction du football, ils veulent son éradication totale.

Comme à chaque fois que je donnais des informations à l'équipe, ils se regardaient, incertain sur la manière de réagir. D'un petit geste de la main, mon père m'invita à m'asseoir.

- Durant les dernières semaines, tous ceux qui aiment le football et continuent d'y jouer ont été défiés.

- Je suis sûr que ces attaques sont l'œuvre d'El dorado !

Alors que toute l'équipe confirmait l'avis d'Arion, je focalisais mon attention sur la petite pierre orange qui parcourait la pièce jusqu'à nous.

- As-tu amené ce que je t'avais demandé, Axel ?

Je sortis la relique du sac.

- Un casque français de l'époque de Jeanne d'Arc, dont on suppose lui appartenir.

Alors que l'équipe se réunissait autour du casque, je me décalais. J'avais remarqué que Gabi était à l'écart aujourd'hui. Et j'avais passé suffisamment de temps autour de lui pour savoir que quelque chose le troublait.
Pourtant, l'explication d'Aitor me prit au dépourvue, je n'avais jamais réellement envisagé que ce genre de sentiment se véhiculait chez les Raimon. Surtout que Gabi n'était certainement pas en reste dans ses capacités de joueur.

- Bien, je vais maintenant vous partager la composition de l'équipe qui fera partie du voyage : Arion ; Riccardo ; Victor ; Fei : J-P ; Ryoma ; Aitor ; Addé ; Lucien : Eugène ; et pour finir Goldie !

Je savais que j'allais intervenir avant même de venir ici, et j'avais demandé l'accord de mon père. Je n'avais pas prévu d'inclure un autre joueur, mais pour le bien de l'équipe, je le ferais.

- Gabi et moi venons aussi. Vous allez certainement atterrir dans une France en guerre, et si El dorado intervient, vous allez avoir besoin de nous.

Je me tournais vers Fei et Von Wunderbar, sachant qu'ils seront certainement les plus déranger par cet imprévu.

- Je suis désolée si cela modifie plus la ligne temporelle, mais la sécurité de l'équipe l'emporte.

Après un échange de regard, les deux voyageurs du temps hochèrent la tête, donnant leur accord pour que nous les accompagnions.

- Très bien, nous partons dans deux heures, le temps que vous prépariez les affaires que vous voulez prendre !

Je clignais des yeux, n'ayant même pas pensé que les autres n'avaient pas déjà préparé leurs affaires. Ils savaient pourtant qu'ils allaient potentiellement faire un voyage dans le temps. Hum... C'est vrai que Raimon n'était pas vraiment connu pour sa prévoyance. Tant pis, puisque j'avais du temps, j'allais pouvoir appeler Quentin, depuis le temps qu'il essayait de me voir.

Au bout de deux sonneries, mon ancien gardien finit par décrocher. Pourtant, les insultes que j'entendais en fond me firent sauter de la table où je m'étais installée.

- Quentin, que se passe-t-il ?

- Ah, Min, tu ne tombes pas au moment idéal.

- Tu es où ?

- Devant ton lycée.

Hein ? Mais qu'est-ce qu'il venait faire là ? Tout en cherchant toutes les raisons pour lesquelles il pourrait être ici de tous les endroits, et il n'en avait pas beaucoup, je sortis en direction de l'entrée du lycée.

- Je t'accompagne ?

Je me retournais vers Gabi. Levant les yeux, je vis les regards inquisiteurs de mon père et de Michael. Je secouais la tête dans leur direction avant de faire demi-tour.

- Si tu veux m'accompagner, fais-le.

Je savais qu'il ne comprenait pas vraiment pourquoi je l'avais inclus dans mon intervention, et je savais aussi qu'il voulait me le demander loin des autres. Nous étions à peine sortis du bâtiment qu'il céda à sa curiosité.

- Pourquoi m'as-tu choisi ? Tu aurais pu dire Michael ou Samguk.

Si je n'étais pas inquiète pour Quentin, j'aurais ris.

- Non, tu étais le meilleur choix. L'équipe a besoin de retrouver tout le monde après ce qu'à fait Bêta, et tu es l'un des piliers de l'équipe. Et puis, tu avais l'air d'avoir envie, me suis-je trompé ?

- Non... Non, tu ne t'es pas trompé.

Je le laissais réfléchir à ce que je venais de lui dire, alors que nous arrivions au portail. Quentin se tenait debout, les bras croisés et dos au mur. Des raimons s'étaient rassemblé au cercle autour de lui, l'accusant d'avoir fait interdire le foot.
C'était ridicule... Je savais que personne à Raimon, n'avait vraiment accepté l'interdiction, mais de là à utiliser Quentin en bouc-émissaire.

- Excusez-moi, mais que faites-vous ?

La dizaine d'élèves se retournèrent, surpris de me voir. Pourtant, il n'y avait aucune remise en question.

- Ça va, c'est pas parce que vous avez joué ensemble que tu ne peux pas reconnaître que c'est de sa faute !

Sérieusement ? Il cherchait à me mettre en colère ? Je ne savais pas qu'on pouvait être si irréfléchis...

- Ce n'est certainement pas de sa faute, et vous nous faites honte. Nous devrons certainement le rapporter.

Finalement, l'intervention de Gabi derrière moi sembla leur faire peur. En plus de faire partie de l'équipe de foot, et d'en être une des principales figures, il était aussi le délégué de notre classe, ce qui lui donnait une autorité supplémentaire.

Un simple haussement de sourcil supplémentaire, et ils fuyaient les lieux aussi rapidement que s'ils avaient un démon aux trousses. J'inclinais rapidement la tête vers lui pour le remercier.
Non impressionné, Quentin s'avança vers nous et nous remercia d'un simple hochement de tête.
Même s'il avait rencontré une partie des Raimons lors des entraînements pour l'esprit guerrier au Sanctuaire, il n'était toujours pas à l'aise autour de l'équipe. Et l'équipe n'était pas forcément à l'aise autour de lui aussi. Hé bien, ça allait être une autre chose que j'allais changer !