Pdv : Minami

Je tenais aussi fort que possible la petite fille. Bien sûr, j'étais toujours aussi intangible qu'à chacune de mes visions, je ne tenais que de l'air. Mais j'avais l'impression que ma petite double pouvait le sentir. Du moins, ces frissons avaient cessé de soulever la poussière.
Il faisait nuit, mais la lune éclairait suffisamment la pièce pour que tout puisse être discernable. La poussière qui s'était envolée s'était collée à ses joues, entrecoupée des lits des ruisseaux de ses larmes passées.

Elle se leva, le bandage de fortune qu'elle avait enroulé autour de son bras pendant doucement. La neige s'amassait à la fenêtre dans un silence froid. Elle se tenait là, à regarder ses petits morceaux d'eau cristallisée, immobile. Puis elle étendit les bras. Et elle dansait. Et son énergie violette dansait avec elle.

C'était beau, c'était paisible et empli de peine. C'était douloureux et une fleur d'espoir, c'était solitaire.

La première chose que j'entendis, ce fut de la musique. Je voulais rire, parce qu'elle était si douce, comme les mouvements que je venais de voir, mais ma respiration se bloqua sous l'effort brusque et la douleur qui s'ensuivit. J'essayais de respirer doucement, et ne sentis qu'un léger tiraillement. C'était inconfortable, mais je pouvais vivre avec ça pour le moment.

J'aurais voulu me lever, mais je pouvais deviner au vu de la douleur de mes côtés que je ne voulais pas vraiment tenter l'expérience. Maintenant ce qui me rendait curieuse, c'était qu'il n'y avait personne pour attendre mon réveil. C'était déjà arrivé, mais pas depuis la fin du 5ème. Tant pis, j'allais devoir attendre.
Mais je n'avais pas grand-chose à faire en attendant, et pas assez de souffle à ma disposition pour appeler quelqu'un. Je n'avais donc qu'une seule chose à faire, du moins selon moi, méditer pour essayer de calmer mes capacités.

Pourtant, j'allais faire face à une difficulté. Celle-ci étant que chacune de mes respirations me faisait mal, et me distrayait. À peine avais-je le temps de finir ma pensée, qu'une lueur violette éclata le long de mes hanches, dans un halo de chaleur. Et puis, elle reflua, une lueur persistante comme unique preuve de ce qu'il venait de se passer.

J'inspirais expérimentalement, de peur de la douleur, mais il n'y avait rien, pas le moindre tiraillement, par la moindre peine. J'y appuyais doucement mes doigts, pas réellement surprise d'y trouver un bandage. Mais je ne sentais absolument rien de plus que le contact de mes mains froides à travers le tissu.

Certes, mes capacités avaient toujours permis de guérir, mais j'avais toujours dû les guider consciemment, elles n'avaient jamais réellement pris l'initiative de cette manière.
Hé bien, si, peut-être depuis l'intervention temporelle d'Alpha, cette fois-là, dans l'océan.
La première fois que j'avais vraiment compris que je pouvais guérir, j'avais voulu jouer avec ce que je pouvais faire, découvrir ce qui me rendait différente. Jamais elles n'avaient agi sur une simple pensée, même pas encore formulée.

Elles pulsaient encore dans mon corps, pour la première fois synchronisées avec les battements de mon cœur, et ça paraissait si bien, à sa place comme jamais elles ne l'étaient auparavant. Et pourtant, je n'avais réalisé qu'elles ne l'étaient pas jusqu'alors.

Je regardais ma main, et sans aucun effort, cette lueur fascinante s'enflamma au bout de mes doigts. Je pouvais jouer avec mes capacités sans avoir besoin de tirer au plus profond de moi, parce qu'elles semblaient me parcourir, comme si j'avais un deuxième système sanguin.

La porte s'ouvrit doucement, puis le geste s'accélèra quand la lueur violette s'immisça de l'autre côté de la porte. Je croisais le regard de mon père, et je souris pour le rassurer.
Lorsqu'il me rejoint, nous ignorâmes tous les deux la fatigue que je pouvais voir dans ses yeux et les petites rides d'inquiétudes qu'il avait au coin des yeux.

- Je croyais qu'on n'avait dit pas de capacités quand tu viens de te réveiller ?

Le ton n'était ni réprobateur, ni même accusateur. Il n'y avait que de la curiosité. Et pourtant, je ressentis une pointe de culpabilité à l'idée de l'avoir un peu plus inquiété.

- Je ne l'ai pas fait exprès. C'est juste... arrivé ?

Cette fois, le regard que je reçus était franchement sceptique.

- Promis, c'est juste venu quand je pensais. Je n'ai pas tiré dessus, ni rien. Elles sont juste soudainement à leur place et si faciles à utiliser ! C'est tellement agréable.

Je continuais de jouer avec cette petite flamme de lumière que j'avais fait apparaître. La sensation était agréable, et l'idée que mes capacités puissent répondre à mes pensées sans que je n'aie besoin de les y forcer était incroyable.

- Tu sais, je ne sens plus la fatigue que j'ai normalement, elle a totalement disparu. Et est-ce que je me suis fait mal aux côtes ?

- Tu es tombée dans les escaliers. En te rattrapant, Aitor a épargné ta tête.

- Je dois penser à le remercier alors. Mais en tout cas, je n'ai plus mal. Elles ont réagi à mes pensées.

Je n'avais pas besoin de dire plus précisément ce qu'il s'était passé, je savais que mon père comprendrait. Il souleva doucement mon haut et commença à dérouler le bandage. Ma peau était vierge de toute trace.

- Tu avais une ecchymose importante, tu ne sens rien ?

Je secouais la tête pour confirmer.

- Tant mieux.

Axel avait l'air en conflit, soulagé que je ne sois plus blessé, mais incertain face à mes capacités et ces nouvelles facilités. Mais je ne voulais pas qu'il soit inquiet.

- D'où vient la musique ?

- Ta tante a retrouvé la flûte traversière que notre mère lui a transmise, il y a deux jours. Elle va sûrement continuer de jouer pendant une semaine avant de changer de lubie...

On échangea un sourire, parfaitement conscient des passions éphémère de Julia, elle pouvait du jour au lendemain changer de loisir, sans autre raison que son envie... Au moins, elle animait la maison.

- Vas-tu te reposer encore ?

Je n'avais pas besoin de répondre à cette question. Nous savions tous les deux que je n'allais pas continuer à dormir. Bien que je ne comptais pas partir à l'aventure avec Raimon tout de suite...

- Sol voulait passer aujourd'hui, il devrait venir dans une demi-heure. Maintenant, tu restes au lit, je vais t'amener de quoi t'occuper.

- Merci.

Axel hocha la tête, souriant.

- D'ailleurs, as-tu regardé les documents du 5ème ?

Mon père soupira.

- Bien sûr que tu allais demander après ça dès ton réveil. Non, pas encore. J'ai demandé à Austin de regarder ce qu'il pouvait trouver.

Je savais qu'Austin était la meilleure personne à qui demander ce genre de travail. Il n'était rien sinon déterminé et méticuleux. Et totalement dévoué à nous.

Finalement, mon père m'amena de quoi dessiner. Je le remerciais, avant de me décider à représenter Jeanne et le futur Charles VII après la bataille du siège d'Orléans. Raimon n'allait pas être loin d'eux, tous dans leur armure qu'on nous avait remise à notre arrivée.
Juste pour m'amuser, je fis en sorte que les deux principaux conseillers du roi se retrouvent derrière Jeanne, celle qu'ils n'avaient pas voulus suivre parce qu'elle n'était qu'une pauvre bergère, et pire encore, une femme.

- Sol est arrivé.

Je remerciais Julia qui venait de passer sa tête par la porte. J'essayais de ranger un minimum, ayant étalé des crayons un peu partout autour de moi. Je n'avais pas réalisé qu'autant de temps s'était écoulé depuis que j'avais commencé à dessiner.

- Bonjour ma joueuse préférée !

- Je suis la seule joueuse que tu connaisses, Sol...

Il agita vaguement la main, dédaignant totalement mon argument. Je le laissais attraper mon carnet de dessins, ayant appris depuis longtemps qu'il ne servait à rien de s'opposer à lui. Surtout quand il n'y avait pas vraiment de raison de s'opposer à lui.

- Comment vas-tu ?

Il me jeta un regard du coin de l'œil, son sourcil commençant à se lever et je savais sans le moindre doute qu'il allait éviter ma question. Je pinçais les lèvres, attendant dans l'expectative.

- Bien, tu n'es pas drôle. Mais tout va bien. Même mieux que bien.

- D'accord, qu'as-tu prévu ?

C'était juste dans le ton de sa voix, tout en lui criait l'amusement.

- Si je te le dis maintenant, je ne pourrai pas m'amuser.

J'aurais voulu pouvoir dire que je préférais savoir, mais non. L'entendre raconter ses farces et autres amusements faisait partie de mes meilleures distractions ces jours-ci.

- Très bien, ne me le dit pas, je le saurais bien d'une manière ou d'une autre un jour.

- Parfait, alors comme ça, je peux te dire à quel point Vladimir est devenu impatient de rejouer, il a dit qu'il y arriverait avant que l'interdiction du football ne soit levée. Il a même tenu tête à Camélia. À Camélia. Je veux dire, on parle de Vlad. Et de Camélia. Jamais ce que j'ai vu n'aurait dû se passer. C'est moi normalement qui embête notre infirmière.

Pdv : Aitor

Sol venait d'interrompre notre entraînement quotidien, avant probablement une nouvelle aventure dans le temps. Certes, on ne devrait pas appeler ça juste des aventures, mais hé ? C'est un peu ça en même temps, juste une immense quête pour sauver notre coach des mains d'El Dorado.
D'un seul coup, je sentis comme une présence froide dans mon monde. Je voulais presque fuir tellement l'aura était sombre. Je me retournais lentement pour découvrir Minami toujours tranquillement installée sur le banc, un crayon encore tenu dans les airs, ses yeux fixaient sur Sol qu'Arion essayé de présenter à Fei.

Elle se leva, et je pris qu'un instant de réflexion pour décider que je ne voulais pas spécialement me tenir dans sa ligne de mire pour le moment, j'avais d'autres soucis à gérer, comme... Oh, je sais pas ! Ce que j'allais manger ce soir ? Ou pourquoi les poissons n'avaient pas de paupière ?

Pourtant, dès qu'elle m'eut dépassé, je la suivis, curieux de savoir qui avait bien pu la mettre en colère. J'étais presque sûr que nous n'avions rien fait pour que quelque chose de ce genre se produise, et pourtant voilà bien qu'elle n'était pas d'humeur joyeuse...

- Je sais. Fei Rune s'est bien ça ? On m'a beaucoup parlé de toi...

Bizarrement, Minami s'arrêta quand Sol écarquilla les yeux. Jusqu'à présent, il s'était concentré sur Arion et le reste de l'équipe, Fei s'était tenu à l'écart. Sol releva la tête vers nous, et j'étais à peu près certain que Minami lui fis un petit signe de tête. On ne pouvait même pas dire que c'était réellement une indication, il n'y avait rien de significatif dans le geste. Pourtant, Sol sembla immédiatement se reprendre et continua la discussion sans montrer aucune indication de sa précédente surprise.

Minami avait perdu toute trace de colère aussi. C'était pour le moins étrange. Voilà qui me donnait certainement envie d'en savoir plus.

- D'ailleurs, tu connais Min ? Elle est à Raimon depuis un moment mais elle n'a pas joué lors de notre match.

Skie attira l'attention sur nous, et Sol sourit, et il y avait une pointe d'ironie qui ressortait pour qui y prêtait attention.

- Oui, je suis tombée sur elle quelques fois auparavant.

Le reste de l'équipe sembla soudain se souvenir que Sol avait fait partie du 5ème tout autant que Victor ou Min, et qu'il y avait, en effet, beaucoup de chance qu'ils se soient déjà rencontrés, mais certainement pas des circonstances très joyeuses. Et que donc ce n'était peut-être pas la meilleure entrée en matière qu'ils auraient pu trouver...
Mais je ne pensais pas que c'était réellement le cas. Je veux dire, il n'y avait aucune raison pour que ces deux-là se soient suffisamment rencontrés dans le cadre du 5ème pour arriver à avoir cette étrange compréhension.

Et Minami confirma mon intuition très rapidement.

- Sept fois, en tentant de fuir Camélia, si je me souviens bien ? Dont une particulièrement colorée. Et une autre fois en dérapant sur le ballon...

- Hé ! Je pensais qu'on s'était mis d'accord pour ne plus jamais reparler de ça ? Ce n'était pas ma faute si je ne savais pas que Vlad avait décidé de tester ses capacités en peinture et de ne prévenir personne...

Je n'étais pas sûr que la dernière partie soit faite pour que l'on puisse l'entendre, mais maintenant que nous l'avions tous fait, je crois que nous étions impatients d'en savoir plus sur ce que l'un pouvait nous dire au sujet de l'autre.

- Bref, sur un autre sujet, mon père à trouver une nouvelle relique selon les demandes, je cite : atteignant "le paroxysme du ridicule". Il devrait arriver d'ici une petite demi-heure.

Minami rangea son portable dans sa poche, son devoir accompli.

- Parfait, je propose que vous vous prépariez pour un nouveau voyage dans le temps, nous partirons avec nos trois manageuses, Victor, Arion, Riccardo, Gabi, Aitor, Fei, Royama, Michael, Aitor, Goldie, Sol et J-P !

Gabi semblait beaucoup plus serein, ces derniers temps au sein de l'équipe, ce qui était une bonne nouvelle, sinon je n'allais plus pouvoir m'amuser. Je veux dire, quel plaisir il y avait à tourmenter quelqu'un qui ne répond pas ? Au moins, Gabi riposte, le reste me laisse faire ce que je veux avec seulement parfois un froncement de sourcil ou deux.
Hé bien, sauf Minami, elle avait juste ce regard qui te faisait faire demi-tour sans même une seconde d'hésitation.
Et Arion aussi, il pouvait être le plus effrayant de tous. Peut-être pour ça qu'il était le capitaine. Parfois, quand on le mettait en colère, le démon Arion sortait et faisait des ravages. Ces fois-là, même Samguk ne bougeait plus dans l'espoir de ne pas attirer son attention.