Bonne lecture !
Chapitre premier : Imprévu
Comme chaque matin, Malik se rendit au café du coin de la rue pour prendre son second café et acheter de quoi s'offrir une collation pour la pause. Il prit deux pains au chocolat, trois croissants et un beignet. Non pas qu'il mangerait plus d'une viennoiserie, mais depuis peu, le jeune cadre avait sous ses ordres un stagiaire nommé Clay Kaczmarek.
Ce dernier était une sorte de tire-au-flanc avec un estomac d'ogre. On aurait pu penser, au vu de son appétit, qu'il avait passé des années bloqué sur une île déserte. Même si, évidemment, la simple idée de cette éventualité était une idiotie, bien entendu.
Après avoir profité un peu de la tranquillité matinale du quartier, il traversa la rue et entra dans l'immeuble ou se trouvait son bureau. L'avantage qu'avait Malik sur beaucoup de travailleurs était d'habiter quasiment en face de son travail.
Vu de dehors, le bâtiment de trois étages ressemblait à un mur de verre incurvé, planté entre deux immeubles plus hauts. Sur la façade, au-dessus des portes à tambours, le logo de l'agence avait été placardé en grand : Da Vinci Incorporation.
La boite, tenue par le très en vogue Léonardo Da Vinci et son compagnon Ezio Auditore, était spécialisée dans l'évènementiel. Pas un mariage, une réception, un gala ne se faisait en ville sans que le jeune Italien de 26 ans ne soit intervenu partiellement ou intégralement dans son organisation.
Entre lui et Ezio, ainsi que toute leur équipe, les idées ne manquaient pas et permettaient à l'entreprise de toujours proposer du neuf. Sur les cent-seize évènements divers que la Da Vinci Inc. avait organisé ses trois dernières années, aucune n'était semblable aux autres.
Malik traversa le hall d'entrée, grand et lumineux, et salua l'hôtesse d'accueil en passant devant son comptoir. Assia lui rendit son sourire et replongea dans ses dossiers. Au-même moment, un jeune homme, de taille moyenne, assez musclé, cheveux noirs coupés courts, vêtu d'un jeans, d'un tee-shirt noir et d'un sweeter blanc passa en courant, un sac sur le dos. Il devait avoir environ la vingtaine.
- Bonjour Desmond, lui lança Malik avec amusement. Encore en retard pour tes cours ?!
- Salut Malik, pas le temps de discuter, bosse bien !
La jeune femme et lui le regardèrent sortir en catastrophe du bâtiment et courir après son bus pour l'intercepté à l'arrêt. Ils échangèrent un regard et éclatèrent de rire avant de se séparer. Ce qui venait de se produire était une scène tout à fait banale ici. Desmond vivait avec Léonardo et Ezio, qui était son cousin et à qui les parents du jeune homme, médecins partis en mission humanitaire, avait confié la garde malgré son âge. Cela permettait au noiraud d'économiser un loyer durant ses études de médecine.
En montant dans l'ascenseur au fond du hall, Malik constata qu'il se sentait déjà mieux qu'en se levant. Il aimait cet endroit, son travail, les gens qui l'entouraient ici. Être pris à cette place avait sans doute été la chose qui lui avait permis de ne pas sombré après l'acci...
Non ! Il se refusait à y repenser maintenant, il avait beaucoup de travail aujourd'hui.
Les portes s'ouvrirent au premier, là où étaient les bureaux. L'endroit était disposé comme n'importe quel desk à boxe, à la différence qu'ils n'étaient pas séparés les-un des-autres par de simple parois en carton-pâte. Il s'agissait de cubes vitrés, permettant de voir tous les autres secteurs de l'entreprise et 'avoir une communication constante pour que tout fonctionne.
Le jeune homme rejoignit ainsi rapidement le sien, près de la baie vitrée. Un de ses petits pêchés orgueilleux était la fierté qu'il éprouvait chaque fois qu'il voyait son nom sur la vitre de son bureau. Il passa à l'intérieur et s'installa confortablement, démarrant son PC.
Son travail dans l'agence était la supervision des projets dans leur intégralité. Une tâche des plus compliquées, mais qui représentait le cœur même du principe de la société et était sans doute la fonction la plus importante. Sans lui, les différents pôles feraient leur travail, mais sans être réunis. Autant dire qu'il était la colle de tout ce foutoir. Et le bras droit de la direction, en plus de cela.
Il sortit de la pochette de sa chemise une paire de lunettes carrées et les posa sur son nez. Il entra le mot de passe, consulta son agenda de la journée et commença le tri des tâches. Une cliente de la haute société leur avait commandé, trois jours plus tôt, une fête de fiançailles digne des rois pour sa fille et son gendre. Il fallait respecter une consigne simple : le thème donné était Versailles et faste français. L'après-midi même, il y aurait une réunion pour définir comment procéder. En théorie, ils pouvaient faire à peu près tout ce qu'ils voulaient, l'argent n'était pas un problème pour cette riche héritière.
Environs vingt minutes plus tard, un jeune homme aux cheveux blond comme le blé, vêtu d'un jean et d'une chemise kaki entra d'un pas nonchalant dans le bureau, les mains dans les poches. Sa coupe de cheveux – tirée vers l'arrière à l'aide de trop de gel – donnait à chaque fois une folle envie de rire à Malik, mais il savait garder contenance.
- Salut, lança le nouveau venu en venant s'assoir près de son mentor.
- Bonjour Clay, c'est seulement maintenant que tu arrives ?
- Hey, déconnez pas, je suis en avance par rapport à ce qui est marqué dans mon contrat.
- Certes, fit l'autre en souriant à moitié.
- Bon, je fais quoi aujourd'hui du coup ?
- Tu vas aller dans notre réserve de documentation….
- Ah non ! Pas encore trier des dossiers ! s'insurgea le stagiaire en se relevant d'un air dégouté.
- Laisse-moi finir, continua calmement Malik sans détourner les yeux de son écran. Tu vas aller dans notre réserves de documentation et me faire un dossier avec tout ce que tu trouveras sur les fêtes versaillaises, sers-toi d'internet s'il le faut, mais je veux le plus d'infos possibles pour dix heures.
Un éclat de profonde déprime passa dans les yeux du jeune homme, mais Malik savait comment le motiver. Il déclara en tournant la tête vers lui :
- Si ton travail me satisfait, tu pourras assister à la réunion de tout à l'heure.
La carotte eut l'effet escompté et il vit son stagiaire partir à bonne vitesse en direction des archives. Puis il se remit au boulot, c'est-à-dire, faire la planification du projet et l'imprimé pour tous les participants. Le temps qu'il finisse ce travail, il était déjà l'heure et Clay le rejoignit, déposant devant lui tout ce qu'il fallait. Malik consulta rapidement le tas de documents agrafés à la hâte et trouva qu'il avait fait du bon boulot.
Ils se rendirent à la cafétéria, un simple espace dégagé devant la baie vitrée, avec quelques tables-hautes et une machine à café. Le stagiaire dévora avec frénésie sa collation se goinfrant littéralement, arrosant le tout de thé menthe, ce qui horrifia son supérieur.
Ils furent rejoints par le comptable de l'entreprise, Shaun Hasting, la spécialiste des décors, Lucy Stillman, et la pyrotechnicienne Rebbeca Crane. Les discussions commençaient à s'animer et les rires à raisonner, lorsque le PDG et Ezio débarquèrent, descendant le petit escalier de verre qui menait sur la passerelle donnant accès à la salle de réunion et à leurs bureaux privés.
Léonardo avait des cheveux mi-longs, blonds, attachés en queux de cheval, et portait une chemise mauve, un jean noir stretch et des santiags marron. Comme accessoires, il arborait des lunettes à soleil à teinte rose-violacé, une boucle d'oreille simple (un petit anneau) et des bracelets de toutes les couleurs un peu fluo.
Malik se disait à chaque fois qu'il voyait son patron que même les producteurs hollywoodiens ne pouvaient pas rivaliser. Comme quoi, on pouvait très bien être le plus coté des entrepreneurs et avoir un très mauvais goût vestimentaire.
- Bonjour mes poussins, lança-t-il en arrivant vers le petit groupe, dodelinant en balançant les mains. Rebbeca ma chérie, tu es vraiment sublime aujourd'hui.
Non, elle portait juste une chemise neuve, mais elle s'était habillée comme chaque jour. Il lui fit la bise, passa à Lucy, serra la main à Shaun et prit Malik dans ses bras.
- Maliiik, mon chou, tu as une mine affreuse ce matin. Tu as encore mal dormi ?
- Encore ces cauchemar, Léo, que veux-tu, on y peut rien.
- Oui, je comprends, fit-il en lui tapotant l'épaule de manière compatissante avant de se tourner vers les autres en tapant deux fois dans ses mains. Bon, mes lutins, tous en réunion, zou !
Tous commencèrent à gravirent les marches pour se rendre en salle de conférence, mais Ezio retint Malik par l'épaule avaant qu'il ne monte à son tour.
- Attend, il faut que je te dise un truc.
Le jeune homme se tourna, intrigué, et interrogea son second patron du regard.
Ezio était un homme charismatique, au regard vif, une barbe bien entretenue encadrant son visage, une cicatrice traversant sa lèvre. Il était vêtu d'un pantalon blanc et d'une chemise rouge. À voir son visage, Malik fronça les sourcils, comprenant que quelque chose n'allait pas.
- Qu'y a-t-il ?
- Eh bien, comment dire...
- Parles, on va être en retard, lui lança l'autre en se dégageant avant de grimpant les escaliers quatre-à-quatre.
- Attends ! paniqua l'Auditore en le suivant le long de la passerelle. Tu sais la nouvelle recrue qu'on devait engager, il commence aujourd'hui.
- Oui, et alors ?
- Et bien, je ne suis pas sûr que le choix de Léo te plaise...
- Pourquoi ? demanda Malik en entrant dans la salle, se figeant immédiatement, bouche bée.
- Malllik, tu arrives à temps, je présentais le nouveau à tes collègues, lança Léonardo, debout à côté d'un autre homme. Je crois que tu le connais, non ?
- Désolé, chuchota Ezio dans son dos.
Malik resta un moment à contempler, l'autre, trop surpris pour réagir. Finalement, le nom s'insinua entre ses lèvres.
- Altaïr...
- Bonjour Malik.
