Bonjour à tous,

Merci à Alyssa et Eryalk pour leur commentaires sur le chapitre précédent. Alyssa, je suis touchée que ce chapitre t'aies autant plu, ça faisait un moment que j'avais envie de traiter du comportement de D'Jok dans la saison 3, mais j'avoue avoir eu du mal à manier le personnage, alors ça me rassure de savoir que les émotions sont bien rendues. Quant aux recherches, euh... Disons qu'elles sont en passe d'avancer, oui... Un peu... Eryalk, merci beaucoup pour ce long retour ! J'ai déjà répondu par MP, alors je vais juste revenir sur le fait que j'avais en effet envie de donner un peu plus de substance aux paradisiennes, qui ont surtout un rôle de figurantes dans la saison 3. Navrée que tu trouves la fin du chapitre un peu expéditives, c'est vrai qu'elle accélère beaucoup par rapport au reste du chapitre et, pour être tout-à-fait honnête, ça vient aussi du fait que j'avais envie de le finir, tout simplement.

Retour chez les Kids cette semaine, donc. J'aime bien ce chapitre, même s'il est encore une fois assez statique.

Pour ce qui est du neuf, j'en suis actuellement au quart. Malheureusement, je n'ai que peu de temps pour l'écrire en ce moment, et je prends des vacances à l'étranger ce mois d'août, ce qui ne va pas l'aider à avancer, donc il y a de fortes chances qu'il ne soit pas prêt pour septembre, désolée :/

Sur ce, bonne lecture.


Chapitre 8 :

À Croquer

Allongé sur le tapis de feuille qui constituait le sol de leur cabane et, par conséquent, leur matelas collectif, Micro-Ice repensait à la nuit qui venait de s'écouler. Outre le fait que ça lui donnait une excuse pour ne pas se lever alors qu'il était parfaitement réveillé, les dernières heures lui avaient donné… ben matière à rêver, en fait.

Lorsqu'ils s'étaient tous retrouvés dans le désert, ils avaient déjà constaté l'étrangeté de l'endroit où ils se trouvaient. Le ciel avait d'abord été entièrement noir, alors qu'on y voyait comme en plein jour, puis il s'était éclairci petit à petit jusqu'à devenir d'un bleu clair très soutenu, et ils en avaient déduit que c'était ce qui définissait l'alternance jour/nuit. Puis ensuite, ils s'étaient retrouvés en forêt, enterrés sous des arbres à la cime vertigineuse, et la couleur étrange du ciel était un peu passé au second plan avec tout ce qu'ils avaient à réaliser pour survivre en pleine nature.

Ce qu'il avait pris pour un début d'assombrissement venait sûrement du changement de couleur du ciel, et s'il s'était souvenu de ce qu'il avait observé le matin – si ces changements de luminosité correspondaient vraiment à l'avancée du jour, mais pour simplifier sa réflexion il ferait comme si -, s'il s'en était souvenu, donc, il se serait attendu à continuer de voir les feuilles rougeâtres autour de lui. Ça avait été le cas. Et en même temps, ça ne l'avait pas été.

Quand Mei avait parlé des autres, il avait laissé son regard s'égarer dans la verdure. La verdure rouge. La rougure ? Bref. Il lui avait semblé voir quelque chose d'étrange, au milieu des branchages. Comme une couleur qui n'aurait pas dû être là. Il avait froncé les sourcils, d'abord incapable de comprendre ce qu'il voyait. Puis ça l'avait frappé. La végétation autour d'eux… brillait. Il y avait comme un effet de phosphorescence. Les veinules dans les feuilles dégageaient une lueur orangée, douce et chaleureuse au milieu du rouge devenu plus sombre par comparaison. Puis petit à petit, au fur et à mesure de l'écoulement du temps – de la tombée de la nuit – la forêt toute entière s'était illuminée, les arbres devenant autant de torches qui éclairaient les ténèbres de leur lumière apaisante.

Mei et lui s'étaient émerveillés longtemps, détournés pour la première fois des lourdes responsabilités qui pesaient sur leurs épaules, enfin capables de réaliser que tout ce qu'ils voyaient n'était pas forcément hostiles, mais pouvait au contraire se révéler magnifiquement onirique. Puis son amie était partie se coucher tandis qu'il restait soi-disant pour monter la garde. Au final, il avait juste admiré la forêt jusqu'à ce qu'il se sente piquer du nez et qu'il la réveille pour prendre la suite alors qu'il s'écroulait comme une masse.

Oui, le spectacle avait été magnifique. Pourtant il l'aurait échangé sans hésiter contre un billet de retour pour la maison. Parce qu'une nouvelle journée commençait, pendant laquelle ils devraient veiller sur un groupe d'enfants, leur faire croire qu'ils seraient bientôt secourus et tâcher de se convaincre que ce serait effectivement le cas. Micro-Ice n'avait vraiment, vraiment pas envie que cette journée commence.

Ce fut finalement la faim qui le poussa à se lever, en soupirant à fendre l'âme. Le sommeil l'avait éloignée quelques temps, mais un gargouillis assourdissant la rappela à son bon souvenir. Peu désireux de réveiller en avance la bande de têtes blondes qui roupillait tranquillement sur le matelas de feuilles rouges, il se faufila hors de leur abri précaire et se dirigea vers le rocher où il avait abandonné Mei pour s'offrir quelques heures d'oubli.

« Hey, la salua-t-il joyeusement, mais d'une voix atténuée.

- Hey, bien dormi ?

- Je me plains pas, nous avons conçu un matelas particulièrement confortable. Il faut qu'on retienne la technique, on pourra se faire des millions une fois de retour sur le Genèse.

- Mon dieu, s'exclama-t-elle en riant. L'empoisonnement massif n'a pas fonctionné, alors tu cherches à empêcher définitivement la population de Zaelion de dormir ? »

Faussement boudeur, Micro-Ice marmonna que son incursion dans le monde des sodas s'était très bien passée, que le Mice Delight n'avait jamais empoisonné personne et qu'il était très satisfait de cette expérience, tandis que le fou-rire de Mei redoublait à chaque phrase. Puis il s'assit finalement à côté d'elle et, alors qu'elle se calmait doucement, il demanda :

« Tu n'as pas vu d'animaux ?

- Non. Rien à signaler pour ma moitié de la nuit.

- Tant mieux, je suppose.

- Enfin… »

Il lui retourna un regard interrogatif et la vit réfléchir.

« En fait si, reprit-elle. J'ai entendu un bruit à un moment, du côté de la cabane, mais quand je me suis approchée, je n'ai rien vu, et ça ne s'est pas reproduit ensuite. Je me suis dit que quelqu'un avait dû bouger en dormant. »

Micro-Ice hocha pensivement la tête. Après tout, peu importait les détails de la situation. On entendait des bruits, dans la forêt, la nuit, mais avant qu'il pousse davantage sa réflexion, Mei le surprit en enchaînant :

« Bon, on se le fait, ce tirage au sort ?

- Hein ? Ah, euh, oui. Oui, on se le fait. Mais bon, t'es quand même toute maigre…

- Fait attention, nabot, je pourrais me vexer.

- Mince, tu te mets à parler comme Sinedd. »

La brune éclata de rire à cette réflexion et Micro-Ice lui retourna un sourire taquin. Il aurait vraiment préféré prendre le risque lui-même, cela dit. Ça n'aurait sûrement aucune influence sur le résultat, mais il avait tellement abusé de la malbouffe dans sa vie qu'il ne pouvait pas s'empêcher de penser que son estomac était mieux préparé à un aliment mal adapté que celui de Mei, qui avait dû être bichonné aux petits légumes et autres crudités.

« Tu veux faire comment ?

- Pierre, feuille, ciseau, une manche gagnante ? »

Une manche gagnante. Bizarrement, ça lui mit encore plus de pression. Pourtant ça ne changeait rien, les statistiques restaient les mêmes.

Il hocha la tête en cachant un bras derrière son dos. Puis au signal de Mei, il brandit un V horizontal, formé de son index et de son majeur. En face duquel le poing de la jeune femme se dressait, triomphant.

Micro-Ice baissa le bras, dépité, tandis qu'elle lui tapotait l'épaule. Il savait bien que le coup de la manche gagnante n'était pas une bonne idée.

« Bravo, soupira-t-il. Mais ce sera tant pis pour toi si tu perds ta ligne.

- Oh, je vois, ce n'était donc pas moi que tu protégeais, mais ton petit plaisir des yeux ! Je comprends mieux. »

Le petit brun tira la langue à son sourire en coin et lui fit signe de le suivre jusqu'à la pile de réserves qu'ils avaient entassées à côté de leur cabane. Les enfants avaient commencé de se réveiller pendant leur échange et plusieurs d'entre eux leur adressèrent des bonjours calmes, parfois timides. Il leur répondit avec autant de gaîté qu'il se sentait capable de feindre et leur proposa de venir assister à leur exercice de goûteur. Si bien que ce fut finalement leur petite troupe au complet qui se retrouva bientôt autour de ce qu'ils supposaient tous être des fruits.

« Bon, commença Mei, faussement sûre d'elle. Inutile de trop réfléchir à celui qu'on choisit, pas vrai ?

- Attends… »

Micro-Ice regardait leurs réserves, les sourcils froncés. Il y avait quelque chose qui ne collait pas.

« Que se passe-t-il ? Tu essaies de trouver un dernier argument pour prendre ma place ? »

Mei lui avait posé la question avec un sourire taquin, mais il pouvait voir que sa réaction la laissait un peu inquiète.

« Non, répondit-il finalement, avec précaution. J'ai juste l'impression que le tas n'est pas dans l'état dans lequel on l'a laissé.

- Les fruits ont pu rouler.

- Ouais, mais… Tu vois ces gros trucs noirs brillants ? Je suis quasiment certain qu'on en avait ramené cinq, et je n'en vois que trois. Rochelle, tu en avais porté, non ? Tu te souviens combien tu en avais ? »

Il regretta presque d'avoir interpellé la petite xzionnienne en la voyant virer bleu roi, mais elle répondit rapidement :

« J'en avais deux.

- Moi aussi j'en portais, déclara Eolius en levant la main. Je sais plus combien j'en avais mais je suis sûr que j'en avais pas qu'un. »

Ce qui voulait donc dire qu'il y en avait plus de trois à la base. Micro-Ice fronça encore un peu plus les sourcils.

« L'un d'entre vous en a mangé ? demanda-t-il d'un ton tellement sérieux qu'il pouvait presque entendre D'Jok lui demanda qui il était et ce qu'il avait fait de son meilleur ami. Vous pouvez nous le dire, on ne va pas s'énerver, c'est promis, mais c'est très important qu'on le sache. »

Les enfants échangèrent des regards incrédules. Aucune voix ne se leva, et Micro-Ice commençait à craindre d'avoir à en conclure qu'une bête était venue piocher dans leur réserve, lorsqu'il nota le regard fuyant de Sharky.

« Sans déco… Sans rire. »

De toute évidence, Mei l'avait remarqué aussi, à en juger par son exclamation excédée.

« Bord… bon sang, c'est trop vous demander, de vous comporter en adulte pendant douze heures d'affilée ? »

À en juger par ses jurons retenus de justesse, elle n'était vraiment pas contente. Ce qu'il pouvait parfaitement comprendre. Cependant, mieux valait éviter de la laisser éclater. Il n'avait pas de leçon à donner vu son craquage de la veille au sujet d'Olukine, mais un conflit ouvert était la dernière chose dont ils avaient besoin. Aussi prit-il les devants lorsqu'il vit les joues de Sharky prendre une teinte vert bouteille, signe que sa réplique n'allait plus se faire attendre bien longtemps.

« Ça fait combien de temps que vous les avez mangés, ces fruits ? demanda-il par surprise.

- Je vous ferais remarquer que… »

D'abord plein de morgue, et probablement prêt à nier les faits et à jouer les persécutés, le cyclope parut se ratatiner sur place sous les regards noirs combinés des deux Snowkids. Il ouvrit la bouche une ou deux fois, incapable d'en faire sortir le moindre son. Ce fut finalement Mei qui prit sèchement la parole :

« J'ai entendu du bruit pas très longtemps après t'avoir relayé. Je suppose que c'était vous, et que vous vous êtes empressé de planquer vos miches quand vous m'avez entendue approcher, pas vrai ? »

Sharky hocha la tête en couinant une confirmation.

« Du coup ça fait quand même plusieurs heures, nota Micro-Ice, en renonçant à empêcher la jeune femme de le fusiller du regard. Par contre, je n'y connais rien du tout sur le métabolisme des cyclopes…

- Il est comme celui des humains de classe A. »

L'ensemble de la petite troupe se tourna vers Millicent, qui avait parlé en levant le bras, comme pour répondre en classe. La petite rousse rosit légèrement, mais fit face à l'attention qu'elle soulevait sans avoir l'air trop gênée.

« Mes parents sont médecins, expliqua-t-elle, et j'ai entendu mon papa dire ça, une fois.

- Les enfants, déclara alors Micro-Ice, un immense sourire sur les lèvres, vous êtes parfaits ! »

Il crut voir Sylphe lever les yeux au ciel tandis qu'Olukine ricanait, mais choisit de ne pas y prêter attention et enchaîna :

« Bon, Sharky, vous ne vous sentez pas malade ?

- Non, grommela le cyclope, apparemment mal à l'aise.

- Super, dans ce cas on va tous tester ce truc noir bizarroïde.

- Sauf qu'on en a que trois, souleva Mei. Pour dix personnes.

- On n'est pas onze ? s'étonna le petit brun en regardant autour de lui.

- Oh, et bien, puisque Sharky semble déjà très investi pour nous éviter des empoisonnements, je me disais qu'on pourrait le désigner goûteur et lui faire tester les fruits jaunes, là. »

Elle désigna quelques formes vaguement coniques qui arboraient une jolie couleur moutarde. Micro-Ice avait souvenir qu'elles dégageaient une odeur très sucrée, mais il n'aurait pas su dire si c'était réellement bon signe ou pas. Bien qu'il ne partageât pas complètement l'animosité de Mei envers le journaliste, lui faire tester ces fruits étranges, qu'ils avaient ramassés en quantité, lui paraissait acceptable, compte tenu des circonstances. Il ouvrit la bouche pour approuver, lorsque le cyclope prit les devants, apparemment touché dans son orgueil de voir qu'on décidait pour lui :

« Je vous ferai savoir que je les ai déjà goûtés ! s'exclama-t-il d'un ton pompeux. Heureusement que certains d'entre nous sont prêts à prendre des risques pour faire avancer les choses, sinon ces pauvres têtes blondes auraient largement le temps de mourir de faim ! »

Étonnamment, il ne tressaillit même pas lorsqu'une Mei excédée s'écrasa une main sur le visage. Micro-Ice lui-même resta figé quelques instants devant une mauvaise foi si aberrante, avant de se reprendre :

« Ouais… ok, on va dire ça. Bon, on va se partager les fruits noirs, et tout le monde peut prendre deux fruits jaunes. Ça ne fait pas beaucoup, je sais, mais autant commencer doucement.

- Vous Sharky, vous testez un rouge. Et rien qu'un rouge, pas de mélange. Si un truc vous rend malade, il faut qu'on sache à coup sûr ce que c'est. »

Le cyclope eut l'air de vouloir protester, mais Mei avait de toute évidence retrouvé son pouvoir d'intimidation puisqu'il se ratatina sur place avant de prendre, l'air piteux, une sorte de patate rouge sombre.

« Et bon appétit tout le monde ! » s'exclama enfin le petit brun, pour dissiper un peu l'atmosphère lourde que les frasques de Sharky ne cessaient d'installer.

Il mordit à pleines dents dans un premier fruit. S'il avait été seul, malgré sa réputation de gros mangeur et de petit impatient, il y serait sûrement allé du bout des lèvres. Seulement, les enfants le regardaient et puisque leur nourriture était à priori comestible sans danger, il tenait à leur éviter toute inquiétude non-nécessaire. Micro-Ice craignait un peu le goût qu'il allait découvrir, aussi écarquilla-t-il les yeux lorsqu'une saveur sucrée et rafraichissante lui emplit la bouche.

« C'est super bon ! annonça-t-il spontanément, tandis qu'un filet de jus brun dégoulinait le long de son menton.

- Qu'est-ce que vous croyez ? J'ai du flair, moi, mons- »

La fin de sa phrase mourut dans la gorge du Cyclope et il s'empressa de planter les dents dans sa maigre pitance pour échapper à la rangée de regards désapprobateurs qui venaient de se lever.

Passée cette interruption, l'ersatz de repas se déroula dans un silence relatif. Personne n'avait vraiment le cœur à discuter, et les bouchées savoureuses étaient l'excuse idéale pour se passer de parler. Les fruits jaunes avaient un arrière-goût un peu salé, pas désagréable, mais un peu déstabilisant quand on s'attendait à trouver un goût proche de la mangue. Même Sharky resta finalement assez discret. Micro-Ice s'était attendu à un esclandre, ou simplement à un besoin impérieux de rappeler qu'il prenait un risque pour eux, mais peut-être qu'il commençait à comprendre qu'il ne pouvait plus vraiment se permettre d'être égoïste. Et stupide. Après tout.

Le petit brun cracha son noyau dans sa paume et le déposa sur la feuille qu'ils avaient mise entre eux. Il eut cette pensée un peu idiote qu'ils auraient dû organiser un concours de celui qui envoyait son noyau le plus loin. Ça les aurait occupés un temps. Maintenant, ils devaient à nouveau trouver quoi faire, histoire de ne pas se sentir totalement inutiles et perdus. Le problème, c'est qu'il n'avait aucune idée d'activité.

« À ton avis, Kaal, quand est-ce qu'on peut retourner lever les collets ? demanda-t-il, pris d'une inspiration subite.

- Euh, ben… Je crois qu'il faut y aller tous les jours, parce que sinon, les prédateurs risquent de voler les proies. Mais ça ne fait pas encore une journée.

- Je vois, ok, il faudra y aller dans la fin d'après-midi. Ou ce qu'on supposera être la fin d'après-midi.

- Si on allait se laver, en attendant ? »

Micro-Ice ne fut pas le dernier à se tourner vers Mei avec des yeux ronds.

« Eh bien ? Quoi ? s'étonna cette dernière devant la surprise évidente que sa proposition soulevait. Il faudra faire attention, mais le courant n'a pas l'air trop fort, et ça nous fera sûrement du bien à tous.

- Mais on fait comment pour le… la mixité ? s'inquiéta le petit brun.

- On fait deux groupes. La rivière est assez grande. Les filles et moi on s'installera plus en amont. Je sais que ça te fait plus de personnes à ta charge, mais… »

Elle soupira, avant d'achever presque à contrecœur :

« Disons que je compte sur Sharky pour prendre sa place d'adulte responsable. »

Le concerné leva les yeux de son dernier fruit. Il ne dit rien, mais Micro-Ice eut l'impression de voir comme une lueur de reconnaissance au fond de son énorme pupille jaune.

« Qu'est-ce que vous en dites, tous ? » demanda alors la brune.

Il n'y eut pas d'acquiescements enthousiastes. Micro-Ice supposait qu'aucun des enfants n'était particulièrement motivé par l'idée de se retrouver nu dans une forêt hostile – bon, pas si hostile que ça jusqu'à présent, mais quand même. Cependant, il n'y eut pas non plus de refus véhément et, faute d'autres propositions, la baignade fut finalement acceptée à l'unanimité.

Le petit brun ressassait le déroulement des événements en ôtant ses vêtements un à un, sur la berge de la rivière. Il était plus tôt content de pouvoir se débarbouiller. Il se serait juste passé des cinq pré-ados qui l'entouraient. Et du Cyclope. Mais surtout des pré-ados. Enfin, non, surtout d'Olukine et Sylphe. Ces deux-là étaient vraiment… Disons qu'il y avait définitivement des baffes qui se perdaient. Micro-Ice se demandait à quel point on pourrait lui tenir rigueur d'avoir frappé un gosse, compte tenu des circonstances particulières dans lesquelles ils se trouvaient. Il devrait sérieusement y réfléchir. Ça passerait peut-être, après tout.

En soupirant, il se força à avancer dans l'eau. Elle était glaciale, il l'avait déjà constaté en buvant, mais la plupart des akilliens étaient habitués aux douches froides, et quand on utilisait le mot froid sur une planète de glace, ce n'était pas à la légère. Aussi, malgré la température un peu rude, se plonger dans la rivière n'était pas foncièrement désagréable. Pour lui.

Après quelques mouvements de brasse, il se retourna vers la rive. Il eut la surprise de voir qu'Ugo était le premier à l'avoir rejoint. Ce qui pouvait s'envisager, après tout, sa timidité maladive devait plutôt le pousser à se cacher le plus vite possible qu'à hésiter outre mesure sur le bord. Eolius suivait progressivement, une grimace sur le visage. Les deux petites teignes essayèrent de se pousser l'une l'autre et finirent par tomber dans l'eau en même temps, en aspergeant le pauvre blondinet, qui piailla de mécontentement. Micro-Ice se surprit à sourire. D'ailleurs, son sourire s'élargit lorsque Sharky décida de se jeter dans l'eau d'un seul coup, en éclaboussant l'ensemble de l'assemblée présente, avant de se mettre à battre des bras en hurlant que l'eau était trop froide. Kaal fut le dernier à entrer, l'air peu rassuré.

Mei avait supposé juste, le courant n'était pas trop fort, et bien que les enfants n'aient probablement pas pieds, le lit de la rivière n'était pas très profond, même en son milieu. De quoi leur permettre de s'amuser un peu sans risque. Étonnamment, avoir Sharky avec lui aida beaucoup Micro-Ice. Ses pitreries involontaires et ses crises de fierté qui suivaient chacun des moments où il se ridiculisait amusèrent beaucoup les garçons. Ils eurent ainsi l'occasion de le voir disparaître brutalement sous l'eau après avoir glissé sur un rocher en se déplaçant près de la berge, de l'entendre hurler aux sangsues quand une feuille égarée vint toucher son bras et de manquer se noyer en essayant de nager jusqu'à l'autre rive. Le petit brun le porta tant bien que mal là où il avait pied, en se retenant de rire de ses élans dramaqueenesques. Puis, alors qu'il vérifiait qu'aucun de ses pupilles n'étaient parti nager trop loin, il remarqua que Kaal était sorti de l'eau et attendait de sécher, roulé en boule sur la rive.

Intrigué, et vaguement inquiet, Micro-Ice s'extirpa de la rivière et le rejoignit, dégoulinant sur le sol. Avant d'arriver à sa hauteur, il s'ébroua comme un chiot pour ôter un maximum d'eau de sa toison brune, et vint finalement s'asseoir près du petit Xénon.

« Pas un grand fan de baignade ? demanda-t-il avec sollicitude.

- L'eau est trop froide, répondit le garçon, un peu gêné. Les Xénons ne supportent pas bien le froid…

- Oh, mince ! s'exclama le petit brun, en se souvenant brusquement que les lézards étaient des animaux à sang froid. Je n'y avais pas du tout pensé ! Ça va aller ? Tu n'aurais pas dû te forcer à venir ! »

Son début de panique décontenança Kaal, qui s'empressa de le détromper :

« Non, tout va bien ! C'est juste que mon père m'a toujours dit de bien faire attention avec l'eau froide. Parce que nous sommes le seul peuple de la galaxie à avoir évoluer pour avoir le sang froid et que les autres ne seraient pas vigilants à ma place sur ce point.

- Ah, oui. Ça donne de bons conseils, les papas. »

Micro-Ice porta machinalement la main à son cou, mais ne rencontra que sa chair. Il mit une seconde de pure angoisse avant de se rappeler qu'il avait lui-même cassé son collier pour laisser une trace de leur passage. Les morceaux restants étaient bien rangés dans une poche de son pantalon d'entraînement.

Micro-Ice soupira machinalement. Utiliser son collier avait semblé la meilleure chose à faire sur le moment, mais le poids des dents de requin lui manquait. Son père lui avait fait plusieurs cadeaux, il oubliait souvent ses anniversaires ou les fêtes de noël, mais quand il se souvenait qu'il avait un fils, il lui envoyait des petits paquets par la poste, sans trop se soucier de la date. Ça n'arrivait pas très souvent, mais ça arrivait quand même, et l'attention le touchait toujours, même si l'homme tapait souvent à côté. Mais ce collier, ils l'avaient acheté ensemble, à la seule fête d'anniversaire que Micro-Ice se rappelait avoir passée avec ses deux parents. Il n'était pas bien grand, c'était avant que sa mère décide que son compagnon était trop dans son monde pour faire partie d'une famille, mais il s'en souvenait encore bien.

Peu de temps après, ses parents s'étaient réellement séparés. Dans les faits, ça n'avait pas changé grand-chose, son père oubliait la plupart du temps qu'il avait un appartement en dehors de son labo, et que des gens essayaient parfois naïvement de l'attendre pour manger. Le gamin qu'il était avait commencé à avoir honte de lui, au point de n'en parler à personne, pas même à D'Jok, qui avait été son meilleur ami depuis ses six ans. Aujourd'hui, il n'avait plus honte de son père. Il s'en voulait même un peu de l'avoir laissé à l'écart de sa vie comme il l'avait fait, mais pour être tout-à-fait honnête, il doutait que l'homme s'en soit rendu compte… Cependant, il ne voyait pas vraiment comment renouer un lien qui n'avait cessé de se désagréger depuis tant d'années.

Le petit brun secoua la tête une nouvelle fois, pour se sortir de ses états d'âme inutiles, sans penser qu'il allait arroser les environs.

Il resta discuter avec Kaal, finalement. Le jeune adolescent faisait preuve d'une maturité qui l'impressionnait et parler avec lui était vraiment intéressant. À cela s'associait le fait qu'il avait lui-même plutôt froid et que le reste de garçons semblaient très bien s'en sortir à essayer de couler Sharky un maximum de fois consécutives. Puis, bien que le spectacle soit amusant, il leur fit signe de sortir. Le xénon était peut-être le seul à courir un danger immédiat lors d'une immersion prolongée, ils n'avaient tout de même vraiment pas besoin que quelqu'un prenne froid dans l'exercice. D'ailleurs, les enfants devaient commencer à trouver la température dure à supporter puisqu'aucun d'entre eux ne fit de difficultés et qu'ils rejoignirent tous immédiatement la rive en claquant des dents.

Ils attendirent de sécher en échangeant des blagues enfantines – les gamins aimaient vraiment les blagues qui tournaient autour du postérieur… Heureusement, la température extérieure était clémente et il n'y avait pas de vent pour les tourmenter. Puis ils se rhabillèrent tous et rejoignirent les filles sur leur camp, qui avaient dû avoir à peu près le même timing. Puisque la faim se faisait sentir, que la lumière avait pas mal changé d'orientation, et que Sharky avait toujours l'air d'aller bien, ils mangèrent une nouvelle salve de fruits en décidant qu'il devait à peu près être l'heure du déjeuner. Micro-Ice aurait bien proposé qu'une sieste lui fasse suite, mais il doutait que son idée ne remporte les suffrages des campeurs improvisés. Au lieu de ça, la première levée des collets fut décidée.

Kaal avança qu'ils devraient tous y aller ensemble, comme ça tout le monde repèrerait la position des pièges et les missionnés pourraient ensuite changer à chaque fois. Mei et Micro-Ice acquiescèrent. C'est ainsi que l'intégralité de leur petite troupe se trouva à portée d'oreille lorsque Rochelle poussa un hurlement strident.

Olukine et Sylphe commencèrent par ricaner, arguant qu'elle était trop impressionnable, mais leurs rires se firent moins bruyants en voyant à quel point sa couleur de peau s'était éclaircie. Une boule au ventre, Micro-Ice s'approcha du collet qu'elle était partie relever. Une bête était prise dedans, mais le petit brun doutait que ce soit ce qui l'avait fait hurler.

Son abdomen avait été déchiqueté. Les bords de la blessure donnaient l'impression d'avoir été carbonisés tandis que les… parties molles à l'intérieur avaient disparu. Les yeux et les joues aussi avaient été dévorés.

De toute évidence, ils n'étaient pas seuls, dans cette forêt.

Le prédateur venait de trouver la direction du garde-manger.