Bonjour à tous,

Oh la la, ça fait si longtemps ! Pourtant, cette histoire n'a même pas été en pause, j'ai juste eu si peu de temps à lui consacrer jusqu'à récemment...

Déjà, merci à Eryalk, Spherebleue, Hoviseu, Little wolf of snow, RoseCvx et CupcakesCult II, pour vos reviews, vous êtes tous des petits choux à la crème. Et merci évidemment aux invités qui ont fait de même et à qui je n'ai malheureusement pas pu répondre par MP. La fin arrive. Pas très vite, mais elle arrive. Ne vous inquiétez pas. Pas trop. Un peu quand même. Parce que, comme le dit Spherebleue, ils sont pas sortis des ronces.

Ensuite, eh bien, pas grand chose de plus, si ce n'est "bon anniversaire, moi". Vous avez de la chance, c'est moi qui vous offre un cadeau :D Parce que comme c'était mon anniversaire, je me suis accordé de passer une journée tranquillou sur mon projet "récréation", et j'ai enfin pu finir ce chapitre. Ce n'est peut-être pas le plus maîtrisé, mais je suis contente des personnages qu'on y voit (j'ai un gros faible pour l'un d'entre, je vous laisse spéculer sur lequel).

Sur ce, bonne lecture.


Chapitre 17 :

Des Espoirs

Le soleil filtrait entre les volets baissés et venait dessiner des lignes d'or sur le dos dénudé de Nina. Alors qu'il émergeait doucement d'une nuit de sommeil sans rêve, Mark tendit le bras pour venir parcourir l'un de ces chemins brûlants. Sa peau d'ébène apporta un contraste bienvenu au tableau lumineux devant lequel il venait de s'éveiller. Tableau qui sombra dans l'oubli lorsque le contact de sa paume réveilla Nina à son tour, et qu'elle remonta la couette pour recouvrir sa pâleur frissonnante, avant de se blottir contre lui.

« Bonjour, murmura-t-elle, le nez désormais enfoui contre son cou.

- Bonjour, » répondit-il en noyant son visage dans ses boucles blondes.

Il sentit avec dépit le corps chaud et doux de Nina s'éloigner du sien, tandis qu'elle se reculait pour le regarder.

« Ça ne va pas ? demanda-t-elle, en le dévisageant de ses grands yeux bleus inquiets.

- Quoi ? Si ! Bien sûr, que ça va ! »

Elle reposa la tête sur l'oreiller, sans cesser de l'observer. Mark voulut lui dire qu'elle était magnifique. Qu'il l'aimait. Que tout ne pouvait qu'aller bien, puisqu'elle était avec lui. Il baissa les yeux sans un mot.

Nina était magnifique et il l'aimait, mais elle avait beau être avec lui, tout n'allait pas bien.

Tout n'allait pas bien, parce que Mei, Micro-Ice et les Galactik Kids étaient toujours perdus quelque part dans la nature. Tout n'allait pas bien, parce que Thran et les autres se détruisaient la santé à essayer de les retrouver. Tout n'allait pas bien, parce que, depuis qu'il avait retrouvé Nina, Mark se sentait plus heureux que jamais, et qu'il se détestait pour ça.

Il risqua un regard inquiet dans sa direction, en espérant qu'elle aurait fermé les yeux, qu'elle se serait rendormie, même, avec un peu de chance. La chance n'était pas vraiment de son côté, ces derniers temps, malheureusement. Nina ne s'était pas rendormie et elle n'avait pas refermé les yeux. Elle n'avait même pas cessé de le dévisager, à vrai dire.

« Je t'assure que ça va ! » insista-t-il avec un sourire qu'il voulait rassurant.

Elle le regarda encore quelques instants avant de se glisser vers lui pour l'embrasser. Avec douceur, elle le fit basculer sur le dos, et le poids de son corps sur le sien, la pression de ses lèvres sur les siennes, la chaleur de sa peau sur sa peau, l'apaisèrent plus efficacement que n'aurait pu le faire n'importe quelles paroles.

Il aurait aimé que ce baiser dure pour toujours. Ce ne fut pas le cas, évidemment. Nina finit par s'écarter pour se rallonger sur le côté, ses grands yeux bleus de nouveau rivés sur lui.

« Ne fais pas ça, Mark, s'il te plaît. Si tu ne veux pas m'en parler, je comprendrai, mais ne me dis pas que tout va bien. Je vois bien que ce n'est pas vrai. »

Le jeune homme ouvrit la bouche par réflexe, pour répéter qu'elle se trompait et qu'elle n'avait pas de raison de s'inquiéter. Il se retint à la dernière seconde. Elle lui avait demandé de ne pas lui mentir. Elle connaissait déjà la vérité, de toute façon. Il roula sur le dos en soupirant.

« Disons que tout devrait aller bien, alors, finit-il par avouer.

- C'est à cause des Snowkids ? »

Mark laissa échapper un rire sec, sans joie.

« Désolée, c'était une question stupide, s'excusa immédiatement Nina, d'une petite voix triste.

- Non ! Non, le prends pas pour toi, c'est juste… Je ne sais pas. Je crois que tous mes problèmes ont toujours été liés aux Snowkids, en fait. »

Les yeux braqués sur le plafond, il repensa aux dernières années. Sa joie d'avoir été sélectionné pour jouer en tant que pro dans la Galactik Football Cup, trop vite remplacée par l'amertume de n'être qu'une rustine dans une équipe vérolée par le scandale et la défection de Rocket. Son sentiment de ne jamais avoir trouvé sa place en tant que joueur, d'avoir gardé son poste uniquement parce qu'il était déjà là. Parce que les autres n'étaient pas fiables, aussi, et qu'ils « partaient avec les pirates à la première occasion ». Un bouche-trou c'est toujours pratique, après tout.

Et puis il y avait toutes les catastrophes, tous les complots intergalactiques qui leur étaient tombés dessus et dans lesquels ils s'étaient impliqués. Il était footballeur, lui, pas flic !

« Je devrais peut-être quitter l'équipe.

- Tu es sûr d'en avoir envie ? »

Mark sursauta. Il avait pensé à voix haute sans s'en rendre compte, mais ce n'était pas ce qui le surprenait le plus. Nina n'essayait pas de l'en dissuader. Il sentit son ventre se tordre d'une façon désagréable.

« Tu… C'est ce que tu voudrais ? bégaya-t-il en se tournant vers sa compagne.

- Ce que je voudrais ? Je veux ce que tu veux, moi. Si tu n'es pas heureux avec les Snowkids, je ne veux pas que tu y restes. Pourquoi tu penses que je voudrais que tu les quittes ? »

Elle était étonnée. Vraiment étonnée, ses grands yeux bleus écarquillés de surprise ne laissaient aucun doute quant à sa perplexité. Mark sentit le nœud dans son estomac se desserrer un peu.

« Parce que tu ne peux plus jouer au football, murmura-t-il, inquiet à l'idée de lui faire de la peine. Je me disais que, peut-être, ça te… blessait, que moi je sois toujours footballer… »

Nina éclata de rire, et ce fut à son tour de rester ébahi.

« Tu me confonds avec ma sœur, Mark. Moi, le football, la compétition, le fait de toujours être la meilleure… »

Elle haussa les épaules.

« Je n'ai jamais vraiment aimé tout ça.

- Mais alors… Pourquoi tu as rejoint Team Paradisia ?

- Parce que Nikki l'avait fait avant moi et que, comme nous sommes de vraies jumelles, on savait que je serai compatible avec le multifluide, » répondit Nina.

Mark écarquilla les yeux, pas certain de comprendre ce qu'impliquait sa réponse.

« Co… comment ça, que tu serais compatible ? bégaya-t-il.

- Je ne t'ai pas expliqué ? »

Elle le dévisagea pensivement tandis qu'il hochait la tête en signe de dénégation, avant de reprendre :

« Les filles de l'équipe et moi, nous sommes des cyborgs, ça tu le savais ?

- Ça, oui.

- Quand Lord Phénix a décidé de créer son équipe, il avait plusieurs critères en tête : il voulait des jeunes femmes, pour s'attirer l'affection du public, et il voulait des cyborgs, sur lesquels il pourrait implanter les extensions nécessaires à la maîtrise de son Fluide de synthèse. Il a attiré un certain nombre de candidates, avec son recrutement, dont Nikki. Moi je n'ai pas postulé, j'étais juste contente que ma sœur ait cette opportunité. Il l'a retenue, bien sûr, elle avait toutes les qualités qu'il fallait pour ce qu'il voulait mettre en place. Et si tu veux mon avis, son manque de scrupule à toutes épreuves a dû jouer en sa faveur. »

Elle accompagna ses paroles d'un sourire en coin et, pour la première fois, Mark réalisa que Nina était proche de sa jumelle.

« Enfin, peu importe les raisons, il l'a retenue pour faire partie de Team Paradisia, avec huit autres filles, et elles se sont tout de suite fait opérer pour se faire rajouter les extensions. Et sur les neuf candidates, il y a eu trois rejets.

- Comment ça, des rejets ? »

Le regard de Nina s'assombrit.

« Je ne sais pas exactement. Nina n'a jamais voulu être explicite. Je… J'ai un peu peur de ce que Lord Phénix a pu faire pour couvrir un incident médical, si tu veux tout savoir. Et… de ce que ma sœur a accepté de cacher… »

Elle garda le silence un moment. Mark vint lui caresser la joue, inquiet, et elle lui offrit un sourire d'excuse.

« La procédure coutait très cher, poursuivit-elle. Donc il a choisi de garder ses six joueuses, et de recruter un joueur externe. Je crois même que c'est pour ça que le tournoi de Paradisia était multi-fluide. Il n'aurait pas pris le risque de se faire interdire par le Cercle, sinon. Mais quand D'Jok a décidé de revenir chez les Snowkids, il était coincé, il devait absolument opérer une personne supplémentaire. Et c'est là que… Nikki lui a dit qu'elle avait une sœur jumelle… »

Mark retint l'insulte qui lui était spontanément montée aux lèvres. Nina n'avait pas l'air en colère. Seulement perdue dans ses souvenirs. Ce n'était pas à lui de décider de ce qu'elle devait ressentir pour sa sœur. Si ça l'avait été, cependant… Si ça l'avait été, il aurait sûrement cherché un terme plus violent que le « quelle garce » qui avait voulu se faire entendre.

« Enfin bref, reprit-elle si brusquement qu'elle le fit sursauter. Tout ça pour dire que, si je me suis retrouvée dans une équipe de football, c'était uniquement pour soutenir Nikki, alors cesse de t'inquiéter pour moi et pense plutôt à toi. Est-ce que quitter les Snowkids est vraiment ce que tu veux ? »

La gorge de Mark se serra. Il ne savait pas quoi répondre. Imaginer mettre fin à sa carrière de footballeur lui laissait un goût de plomb dans la bouche, mais imaginer disputer la prochaine Galactik Football Cup… Non. Imaginer disputer n'importe quel match, après tout ce qui s'était passé, lui donnait des sueurs froides.

Il ne voulait pas répondre à cette question. Il voulait qu'on y réponde à sa place. Tout aurait été beaucoup plus facile si Nina avait souffert ce qui lui était arrivé.

À peine la pensée lui effleura-t-elle l'esprit que Mark la repoussa, en se traitant de grand malade. Mais c'était trop tard. Le mal était fait. Il aurait voulu que Nina souffre pour ne pas avoir à souffrir autant. Il se dégoûtait.

Une violente tape sur le haut du crane le détourna de son auto-flagellation mentale.

« Aïe !

- Je ne sais pas à quoi tu penses, mais tu vas arrêter tout de suite, tu m'entends ? exigea Nina, intransigeante.

- Mais je…

- Je ne veux rien savoir ! Tu arrêtes ! »

Il s'apprêtait à protester encore une fois, par réflexe davantage que pour la convaincre qu'il ne voyait pas de quoi elle parlait, lorsqu'elle le fit basculer pour venir s'installer à califourchon au-dessus de lui et qu'elle lui bloqua les mains de chaque côté de son visage. Mark crut d'abord qu'elle tentait le tout pour le tout pour lui changer les idées – et se dit tristement qu'il n'était pas du tout réceptif à sa tentative – mais les yeux bleu ciel qu'elle posa sur lui n'avait rien de séducteurs. Ils étaient noyés d'inquiétude et de détermination.

« Tu arrêtes, répéta-t-elle encore. Tu arrêtes de te trouver des excuses pour te punir. »

La phrase lui fit l'effet d'un coup dans le plexus, mais il ne chercha pas à s'en défendre. Il n'avait plus assez d'air dans les poumons pour ça.

« Je vois bien que tout le monde se démène pour retrouver vos disparus, alors je peux comprendre que tu te sentes coupable de ne pas participer, mais tu ne peux pas t'inventer des choses à faire ! Parfois, se mettre en retrait, c'est la meilleure attitude à adopter ! »

Ses derniers mots résonnèrent dans la chambre vide, tandis qu'elle le fixait d'un air sévère, ses doigts fins toujours crispés autour de ses poignets.

Se mettre en retrait. Est-ce que ce n'était pas ce qu'il avait toujours fait depuis qu'il était chez les Sn –

« Aïe aïe aïe aïe aïe, arrête, c'est bon, j'ai compris, tu ne me laisseras pas ruminer, arrête ! »

Nina cessa de lui pincer la pommette, une ombre de sourire sur les lèvres. Sourire qu'il lui rendit, même s'il n'avait rien de rayonnant.

« Tu as raison, soupira-t-il. Je m'en veux d'être aussi inutile…

- Si tu dis « comme toujours », je te promets que je te frappe.

- Je n'allais pas dire ça ! »

Elle lui fit les gros yeux.

« D'accord, j'allais peut-être dire ça. Mais c'est juste que… Je ne sais pas quoi faire. Je veux dire, je ne vois aucun moyen d'aider dans les recherches, mais j'aurais pu rester sur place ! J'aurais pu au moins essayer d'être un… un soutien moral ! Mais non, j'ai quitté les lieux, et maintenant je… j'ose pas revenir. J'ose pas retourner les voir. »

Il l'avait enfin avoué. S'il se sentait si mal, ce n'était même pas parce qu'il était inutile. C'était parce qu'il était lâche.

Nina le relâcha et revint s'allonger à côté de lui, une main posée sur son torse.

« J'avais prévu d'y aller aujourd'hui, murmura-t-elle.

- Tu… Quoi ? »

Mark pivota gauchement pour la regarder, perplexe. Nina ne connaissait pas les Snowkids, elle n'avait aucune raison de vouloir les rencontrer.

« Nikki m'a demandé de l'accompagner. Sa dernière rencontre avec D'Jok ne s'est pas exactement passée comme elle l'aurait voulu…

- Tu veux dire qu'il ne s'est pas roulé par terre en la suppliant de le pardonner d'avoir quitté son équipe ?

- Ma sœur n'est pas comme ça. »

La soudaine sècheresse de Nina le crispa. Il se sentit soudainement très bête. Encore un peu plus minable, si c'était possible.

« D… Désolé. Je n'ai pas réfléchi… »

Je me suis contenté de répéter toutes les saloperies qu'on pouvait dire sur ta sœur pendant la dernière Galactik Football Cup, avec les autres Snowkids, pensa-t-il amèrement.

Nina soupira, comme en réponse à ce qu'il avait dans la tête.

« Écoute, ma sœur a des défauts. Beaucoup. Et je ne suis pas du genre à me voiler la face ou à chercher à la défendre quand on me dit qu'elle est égoïste ou manipulatrice. Nikki est ambitieuse, elle pense que la fin justifie les moyens, et elle n'a pas de scrupule à se faire passer avant les autres. C'est vrai. Elle le sait, je le sais, et une grande partie de la galaxie a dû le remarquer, malgré ses grands yeux de biche et son talent pour pleurer sur commande et se faire plaindre. Mais elle n'est certainement pas sadique. Et elle est capable de se battre bec et ongles pour les gens qui comptent pour elle. Elle l'a fait pour moi, Mark. Plus que tu ne peux l'imaginer. Très franchement, même si ça m'arrive de désapprouver son comportement, ça ne me viendrait pas à l'idée d'essayer de le changer. Sans doute parce que je suis du « bon côté de la barrière » et que ce n'est généralement pas moi la victime des ses rêves de grandeur – je sais que notre épisode multifluide donne l'impression du contraire, mais crois-le ou non, c'est une exception dans notre vie. Mais Nikki a ses qualités. Quand je suis venue te retrouver à l'Académie, après l'opération, elle s'est juste servie de moi comme excuse pour venir. La vérité, c'est qu'elle voulait parler à D'Jok. Elle ne voulait pas vraiment s'excuser. Ce n'est pas son style et, la connaissant, elle considère sûrement qu'elle a été parfaitement honnête avec lui. Mais elle voulait lui expliquer ses raisons et sans doute lui dire que lui non plus, il n'avait pas d'excuse à faire. À personne.

- Ouais, on va pas vraiment être d'accord là-dessus, marmonna Mark. C'était notre capitaine, et il s'est barré sans prévenir, en plein tournoi…

- Ce n'est pas moi que tu dois faire changer d'avis, rétorqua Nina avec un rire qui lui fit chaud au cœur. On parle de ma sœur, là, et elle te dirait sûrement que quitter l'équipe sans prévenir était un moyen de déstabilisation très pertinent.

- Sauf que le Galactik Football est censé promouvoir le fair-play et la beauté du sport, hein.

- Va dire ça aux Rykers. Et à Sinedd, tant que tu y es.

- Touché. »

Son honnêteté lui valut un baiser sur la joue. Il se rendit compte qu'il souriait. Qu'il souriait vraiment.

« D'Jok n'a pas accepté ses fameuses raisons, alors ?

- Elle n'a pas pu les lui donner. Il n'était vraiment pas content de la voir, apparemment, et… Disons que « diplomatie » est un mot que ma sœur ne connaît pas. Au final, ils se sont plus ou moins juste envoyé des insultes à la figure, si j'ai bien compris. Et pour le coup… Nikki voudrait s'excuser. »

La révélation laissa Mark bouche-bée. Nina le vit, et il crut qu'elle allait encore se vexer. À la place, elle gloussa.

« À moi aussi, ça m'a fait cet effet ! expliqua-t-elle en riant. Mais je te l'ai dit, ma sœur n'est pas sadique, et elle aurait pu mieux choisir son moment. Avec la disparition de ses élèves, on aurait pu se douter que D'Jok vivrait assez mal le fait de se faire renvoyer à la figure un passé qu'il juge peu reluisant.

- C'est pas faux…

- Enfin, tout ça pour dire que Nikki veut retourner à l'Académie et qu'elle m'a demandé de l'accompagner pour l'aider à garder la tête froide. Et je pense que tu devrais venir aussi. Comme ça tu pourras prendre des nouvelles et demander si tu peux être utile. Je suis même prête à dire que si tu n'es pas venu avant, c'est parce que je fais des crises de panique depuis que je suis redevenue humaine et que j'avais besoin de toi à mes côtés ! »

Cette fois-ci, sa tentative pour lui arracher un sourire échoua. Sa proposition l'angoissait bien trop.

« Je ne sais pas…

- Plus tu attendras, plus ce sera difficile, tu sais. Ce serait l'occasion d'y aller sans trop cogiter.

- C'est possible, oui. »

Nina n'insista pas plus. Elle se contenta d'être présente et de l'envelopper de sa bienveillance. C'est peut-être pour ça que, quand elle lui dit qu'elle allait se mettre en chemin, il la suivit. Il le regretta dès qu'ils arrivèrent devant l'Académie. On ne lui laissa pas le temps de se morfondre, cependant.

« Va sonner, Mark. D'Jok serait capable d'exiger qu'on nous laisse à la porte, ma sœur et moi.

- Je me demande bien ce qui te fait dire ça. Tu es pourtant une jeune femme adorable, Nikki. »

La paradisienne lui adressa un sourire acide qu'il lui rendit de bon cœur, sous le regard atterré de Nina. Puis il se fit violence pour écraser son pouce sur le bouton de l'interphone. Son ventre se serra quand le visage inquiet de la mère de Micro-Ice s'afficha dans l'écran de communication. Il ne se détendit que légèrement quand elle se fendit d'un grand sourire.

« Ah, Mark, je t'ouvre ! »

Un instant plus tard, ils avançaient dans le couloir de l'Académie, Nikki en tête.

« Je vous laisse ici, annonça-t-elle en arrivant à un embranchement.

- Comment ça, tu nous… Nikki ! »

Sa jumelle trottina derrière elle pour lui attraper le bras, tandis qu'elle avançait déjà dans le couloir latéral d'un pas décidé.

« Je croyais que tu voulais que je vienne avec toi !

- Viens si tu veux, mais viens maintenant. Je n'ai pas l'intention d'attendre que ton cher et tendre fasse la bise à tous les occupants du bâtiment. »

Bizarrement, le regard éperdu que lui jeta Nina donna plutôt envie de rire à Mark.

« Tu peux y aller, t'inquiète pas, lui dit-il gentiment.

- Tu es sûr ?

- T'as entendu ta sœur, non ? Je vais seulement faire la bise à tous les occupants du bâtiment. C'est autrement plus facile que de présenter des excuses quand on se prend pour la reine du monde. »

Nikki leva les yeux ciel en poussant un soupir excédé, mais Mark eut l'impression de voir autre chose que de l'agacement, dans le regard qu'elle posa sur lui avant de se remettre en route. Comme un soupçon de reconnaissance. Il aurait pu en être touché. S'il ne s'était pas retrouvé seul dans les couloirs de l'Académie, à devoir aller voir des coéquipiers qu'il avait plus ou moins laissé tomber depuis un bon paquet de jours.

Les jambes flageolantes, il se força à avancer en direction de la salle d'entraînement. Si rien n'avait changé depuis qu'il avait déserté, elle constituait le QG des recherches. Il se figea lorsque la porte apparut enfin, au détour d'un couloir. Alors qu'il s'exhortait à continuer, à avancer, un pied après l'autre, jusqu'aux coéquipiers qu'il avait abandonnés, son corps refusa de bouger.

Mark respira calmement, profondément. Si seulement Nina avait été là. Si elle avait pu lui dire que les autres ne lui en voudraient pas. Qu'ils savaient tous que sa présence n'aurait rien changé, cette fois-ci. Qu'ils seraient juste contents de le voir venir aux nouvelles. Contents pour lui, peut-être, de savoir qu'il avait retrouvé la femme qu'il aimait.

Nina n'était pas là. Elle était aux côtés de sa sœur, qui traversait peut-être la même hésitation paniquée, le même sentiment d'illégitimité. Mais penser à elle suffit. Mark se remit en marche.

Et fonça dans la première pièce du couloir lorsqu'il vit la porte de la salle d'entraînement bouger devant lui.

Quand la panique qui l'avait submergé le laissa reprendre ses esprits, il était caché dans un placard, dans une pièce aveugle remplie de matériel. Il plaqua ses paumes glacées sur ses yeux en se traitant mentalement d'idiot. Avoir aussi peur était ridicule, et se cacher dans un placard encore plus ! Il posa la main sur la porte pour sortir lorsque quelqu'un entra dans la pièce.

La première pensée de Mark fut qu'on l'avait vu s'enfuir du couloir et qu'on venait lui demander des comptes, et son ventre se tordit à cette idée. Douloureusement conscient qu'il se rendrait encore plus ridicule si on le trouvait dans cette position, il s'agenouilla dans le réduit et plaqua son œil sur le trou de la serrure. Il constata bien vite qu'il avait encore paniqué pour rien et qu'on ne le cherchait pas du tout. Un jeune homme qu'il n'avait jamais vu, brun tout ébouriffé et dont les yeux étaient habillés par des lunettes impressionnantes, fouillait dans des casiers, de l'autre côté de la pièce.

Il n'avait pas l'attitude d'un voleur, mais Mark commença à se demander s'il ne devait pas sortir de sa cachette pour le confronter, plutôt que de le laisser faire comme chez lui dans l'école de D'Jok par lâcheté et… peur du ridicule. Puis une nouvelle figure, connue cette fois-ci, se présenta sur le seuil du débarras.

« C'est bon, Lloyd, tu trouves ? demanda Thran. Tu as besoin d'un coup de main ?

- N...Non, ça va aller… »

À peine avait-il dit ces mots que les pièces d'électronique qu'il avait récupérées lui échappèrent des mains et s'écrasèrent avec fracas. Il s'accroupit immédiatement au sol et Mark eut l'impression que c'était bien plus pour échapper au regard de Thran que pour les ramasser au plus vite.

« Attends, je vais t'aider, proposa le défenseur en s'approchant.

- Ça va ! »

L'exclamation fit sursauter Mark, du fond de son placard. Il remercia l'absence d'étagère supérieure, contre laquelle il n'aurait pas manqué de s'éclater le crane.

Dans la petite pièce, l'inconnu passa la porte avec empressement, les mains crispées sur son matériel. Mark reporta son attention sur Thran, plein de l'espoir qu'il le suivrait sans attendre. Au lieu de quoi son camarade poussa un soupir malheureux qu'il n'aurait jamais cru entendre de sa part. Puis il se pencha et ramassa deux pièces d'équipement oubliées au sol et sortit enfin.

Mark attendit encore quelques minutes avant de s'extirper de son placard. Il n'était pas sûr d'avoir tout compris à la scène à laquelle il venait d'assister, mais il ne voulait pas s'attarder dessus. Il n'aurait pas dû être là. Il avait de la chance de n'avoir rien surpris de plus privé qu'un soupir de Thran. Il n'était définitivement qu'un lâche doublé d'un abruti.

Retenant un soupir à son tour, il se força à prendre la direction de la salle d'entraînement. Et à en pousser la porte, cette fois.

« Ah, Mark, te voilà ! Tu as du mal à te retrouver ? »

La mère de Micro-Ice l'accueillit d'une étreinte pleine de chaleur qui lui fit autant de bien que de mal.

« Non, je… J'ai fait un détour. »

Il se souvenait des après-midis qu'il avait passé chez elle quand il était en primaire avec Micro-Ice et D'Jok, avant qu'il ne déménage. Mana-Ice faisait les meilleurs jus de pomme chauds à la cannelle, même quand son fils la prenait de court et ramenait tous ses amis alors qu'elle sortait à peine de sa journée de travail. Malgré la fatigue, malgré le surplus de travail qu'ils lui imposaient tous involontairement, elle donnait toujours l'impression d'être aux anges en voyant le plus grand des sourires plisser les yeux bleus de son fils.

La gorge de Mark se serra douloureusement. Il aurait dû en faire plus pour la soutenir.

« Mark ! Ça fait plaisir de te voir. Tout va bien, pour Nina ? »

L'expression de Thran ne laissait aucun doute quand à la signification de sa phrase : un plaisir sincère doublé d'une vraie sollicitude pour Nina. Mark l'entendit quand même comme une accusation.

« Ça fait plaisir de te voir aussi, se força-t-il à répondre. Et Nina va bien. La Technoïde a fait des miracles, elle n'a aucune séquelle. Elle doit être dans le bureau de D'Jok, Nikki voulait lui parler et elle l'a accompagnée.

- C'est une bonne nouvelle ! Pas vrai, Lloyd ? »

L'inconnu du débarras se crispa à côté du défenseur, les pommettes très rouges.

« Lloyd est le scientifique de la Technoïde qui a encadré la guérison des paradisiennes, compléta Thran.

- Oh, euh, je te… vous ? dois des remerciements, alors ? bafouilla Mark, déstabilisé par la nouvelle.

- Tu, c'est très bien… Je veux dire… Vous pouvez me tutoyer… »

Un silence embarassé s'installa entre eux. Mark aurait voulu manifester un peu plus sa reconnaissance, mais il avait l'impression d'avoir raté sa chance. De plus, le scientifique qu'il découvrait en face de lui était si éloigné du génie dans le métier depuis une ou deux décennies qu'il avait imaginé à l'origine de la solution qu'il avait du mal à décider de la conduite à adopter. Thran vint à son secours, fidèle à lui-même, très probablement conscient de son malaise :

« Tu arrives au bon moment, Mark. Grâce à Tia et Rocket, on a trouvé une bonne piste pour retrouver tout le monde. On termine les derniers ajustements avant de les appeler et de lancer l'essai. »

Une boule de chaleur fleurit dans la poitrine de Mark.

« C'est vrai ? C'est… Enfin, c'est génial, bredouilla-t-il devant le sourire de son ami. Je… je vous laisse travailler, alors…

- Sinedd te fera un topo des derniers événements, le temps qu'on soit prêts. »

Sur un signe de la main de Thran, il repéra effectivement le dernier membre en date de son équipe, sur un gradin de l'autre côté de la pièce.

« Salut.

- Yo. Bienvenu du côté de ceux qui ne peuvent rien faire à part attendre en se tournant les pouces. »

Sinedd n'était pas vraiment agressif. Tendu aurait été un mot plus juste. Tendu comme un arc.

« Aux dernières nouvelles, ça s'appliquait bien plus à moi qu'à toi. »

Le ténébreux laissa échapper un rire amer.

« Tes dernières nouvelles datent un peu.

- … Je sais. Désolé. »

Mark baissa les yeux. Il fallait bien que quelqu'un lui renvoie ses conneries à la figure. Que ce soit Sinedd n'avait rien de très étonnant. Pourtant, ses excuses ne lui attirèrent qu'un froncement de sourcils dubitatif.

« T'excuse pas, c'est pas comme si t'avais pu faire un truc. Aider ta copine à reprendre pied avec la réalité, c'est bien plus constructif que de rester enfermé dans cet enfer. »

Estomaqué, Mark faillit lui demander s'il pensait ce qu'il disait, mais Sinedd enchaînait déjà :

« Tant que je pouvais aider le docteur Darin, ça allait, mais maintenant qu'il a fini tous ses tests, je peux rien faire à part rester assis sur ce putain de banc. Je devrais juste abandonner et aller filer un coup de main à D'Jok avec sa merde administrative, mais c'est plus fort que moi, j'arrive pas à sortir de cette pièce… Sans déconner, leur piste a plutôt intérêt à être la bonne, sinon je suis pas sûr de tenir le coup. »

Il avait parlé d'un ton calme, mais ses mains étaient si serrées sur ses genoux que ses articulations étaient devenues blanches.

« C'est quoi, exactement, cette fameuse piste ? »

Sinedd haussa les épaules.

« Je saurais pas te la refaire correctement, je suis un peu trop con pour comprendre quand Thran et les autres l'ouvrent. Mais en gros, Tia et Rocket ont découvert que Sharky s'est infiltré à l'entraînement avec un appareil photo qu'un Tigre Rouge avait bourré d'une matière qui devait faire planter notre holotraineur. Pas de bol, c'était pas nous, avec un seul Fluide bien normal, mais toute une bande de gosses avec des capacités issues des quatre coins de Zaelion. Résultat, ça a bien planté, mais pas comme prévu, et ils sont passés de l'autre côté des Fluides, dans une espèce de dimension parallèle ou je ne sais quoi. Maintenant, le docteur Darin pense pouvoir les repérer en déclenchant à distance le Fluide de Sonja grâce aux tests qu'il a faits avec moi. Et Thran et son pote pensent pouvoir inverser ce qu'a fait l'holotraineur grâce à leurs cervelles surdimensionnées. »

Mark le dévisagea avec des yeux ronds.

« En gros. »

Une soudaine envie de rire lui tordit les entrailles. Toute cette histoire n'avait aucun sens. Et sans doute pas uniquement parce qu'il n'y comprenait rien.

« Ok, on est prêts, j'appelle Tia et Rocket. Mana, vous pouvez allez chercher D'Jok et les autres ? »

L'appréhension submergea l'hilarité en un clin d'œil. Trop stressé pour penser à l'énorme coup de chance qui l'avait fait revenir à l'école de D'Jok juste au bon moment, Mark regarda la pièce se remplir. Il eut la surprise de voir Yuki et Zoelin arriver en même temps que D'Jok et Ahito et, si les deux filles le saluèrent avec chaleur, ses deux coéquipiers lui parurent un peu éteints. Il n'eut pas l'impression d'y être pour quoi que ce soit, cependant.

Etonné de ne pas être rejoint par Nina et Nikki, il ouvrit la bouche pour demander à son ancien capitaine s'il les avait bien vues, mais fut coupé par Tia et Rocket, dont les visages venaient de s'afficher en gros plan sur l'un des écrans de la pièce. Mark fronça les sourcils en les découvrant, et un rapide coup d'œil lui apprit qu'il n'était pas le seul à tiquer. Le teint de Tia était grisâtre, et les yeux de Rocket, rouges.

« Tout va bien ? leur demanda Thran, se faisant le porte-parole de la pièce.

- Tout va bien, répondit fermement Tia. C'est juste un peu dur d'assister en direct aux dégats sur Akillian. J'espère que le Cercle va vite trouver comment stabiliser les Fluides.

- C'est sûr, acquiesça le défenseur, un brin hésitant. Mais avec un peu de chance, d'ici la fin de la journée, les Fluides seront la seule chose qui nous inquiètera. »

Sa phrase arracha des sourires timides un peu partout dans la pièce. Personne n'osait trop y croire, mais personne n'était capable de s'empêcher d'espérer non plus.

« Docteur Darin, je vous laisse activer le Souffle de Sonja. »

Il n'y eut pas de grand flash. Juste le bruit de quelques touches sur un clavier. L'holotraineur de l'école se forma au milieu de la pièce, prêt à accueillir les disparus. Mark croisa les doigts s'en sans rendre compte.

Puis des cris éclatèrent. Depuis la communication avec Tia et Rocket.

« C'est le Souffle ! » hurla une voix en arrière-plan, que Mark identifia comme celle du père de D'Jok.

L'image tremblait, zébrée de filaments bleus opalescents.

« ARRÊTEZ TOUT ! »

Un choc violent dut faire tomber l'holophone de Tia au sol.

« THRAN ! IL FAUT TOUT ARRÊTER ! MAINTENANT ! »

Lorsque la communication se coupa, alors que l'holotraineur se délitait dans un silence de mort, Mark comprit que c'était Lloyd qui avait crié.

« J'aurais dû y penser avant, gémit-il en se tordant les mains. Pourquoi je n'y ai pas pensé avant ?

- Pensé à quoi ? demanda Thran.

- Ils sont de l'autre côté ! poursuivit-il sans l'entendre. C'était tellement évident ! Tout a commencé après leur traversée !

- Lloyd ! Pensé à quoi ? »

Thran lui avait saisi les épaules pour le forcer à le regarder. Le scientifique ouvrit la bouche plusieurs fois sans qu'aucun mot n'en sorte. Il avait l'air au bord des larmes.

« Les disparus, finit-il par articuler. C'est leur présence de l'autre côté, toutes leurs interactions avec l'écosystème, qui causent l'emballement des Fluides. »

Un silence de mort s'abattit sur la pièce, le temps que ses paroles se fraient un chemin dans l'esprit de tout le monde.

« La moindre utilisation du Souffle provoquera un incident planétaire. »

Une dizaine de minutes plus tard, Mark était dehors, devant l'école. Il n'en pouvait plus. Il n'en pouvait plus d'entendre Thran et Lloyd débattre du problème éthique que posait désormais une activation du Souffle à distance, il n'en pouvait plus des hypothèses qu'ils jetaient à tout va pour minimiser son impact, il n'en pouvait plus des montagnes russes d'émotions qu'ils déclenchaient à chaque fois que l'un d'entre eux ouvrait la bouche.

Il n'était pas le seul. La pièce n'avait pas mis longtemps à se vider. En fait, elle s'était vidée dès que Tia avait ramassé son holophone et confirmé que tout le monde allait bien de leur côté. Même Sinedd avait fini par craquer et par quitter l'école en furie. Personne n'avait osé le retenir, Mark le premier. Personne ne l'avait retenu non plus, d'ailleurs. Parce qu'ils étaient tous enfermés dans leur angoisse.

Il avait été tellement centré sur lui-même, depuis le début de cette histoire. Personne ne lui en voulait de ne pas avoir été présent depuis le réveil des paradisiennes parce que, tous autant que lui, ils luttaient contre un raz-de-marée de sentiments contradictoires qui les bouffaient de l'intérieur et les empêchaient de voir autre chose que leur propre misère. Alors ils cherchaient à faire quelque chose, quoi que ce soit, aussi anecodtique que ce soit. Au final, les autres se sentaient bien plus tristes pour lui d'être aussi inutile que quoi que ce soit d'autre. Ce qui était peut-être encore plus déprimant.

Guidé par le seul besoin de ne pas rester juste devant l'école – que ce soit pour éviter ses coéquipiers ou les papparazzis qui essayaient de faire leurs choux gras avec la tempête de merde qui leur tombait sur la figure depuis… Depuis la création de l'équipe, en fait – Mark s'engagea dans la première rue qui se présenta à lui. Il n'avait aucune destination en tête, il voulait juste éviter de rester immobile, à défaut d'avoir une idée pour occuper son esprit.

Un soupçon d'espoir se présenta sous la forme d'une épaisse toison blonde au bout de la rue, mais il fut balayé par le vent dès qu'il s'approcha un peu. C'était Nikki, pas Nina, et sa petite-amie n'était nulle part en vue. Pire, sa sœur jumelle l'avait bien évidemment remarqué, alors qu'il courait vers elle par erreur.

« Hey.

- Hey.

- On peut faire comme si on ne s'était pas vus. Je comprendrais que tu n'aies pas envie de parler à une perverse narcissique.

- … J'en conclus que ta discussion avec D'Jok ne s'est pas passée comme tu l'espérais ? »

Nikki lui répondit d'un grognement agacé et Mark se surprit à ressentir une pointe de compassion pour elle.

« Si tu cherches ma sœur, elle est rentrée. Même elle, elle a fini par en avoir marre, de ma personnalité toxique.

- Je vais éviter de la rejoindre tout de suite, alors. Mes propres pensées toxiques finiraient sûrement de la pousser à bout. »

Le sourire qu'il parvient à arracher à la jeune femme lui fit davantage plaisir que ce qu'il aurait cru le matin même.

« Si tu ne veux pas aller pleurnicher dans les bras de ma sœur, tu m'accompagnes prendre un café ? »

Rien que la veille, Mark aurait refusé, ne serait-ce que pour la façon dont Nikki avait formulé sa question. Mais ce jour-là, dans cette rue, après cette matinée catastrophique, après cette semaine catastrophique, il eut envie d'accepter. Étonnamment, il ne regrettait toujours pas lorsque, quelques minutes de marche plus tard, l'odeur alléchante d'un capuccino lui caressa les narines.

« Envie de parler de ce qui s'est passé ce matin ? demanda-t-il en goûtant la première gorgée.

- Oh, mais oui, bien sûr. Je serais ravie de t'expliquer que, à peine entrée dans la pièce, D'Jok m'a très aimablement demandé de débarrasser le plancher. Il a ensuite ajouté quelque chose, comment c'était, déjà ? Ah oui, que j'étais une personne nocive et qu'il ne me laisserait plus le convaincre de sa propre médiocrité.

- Aouch.

- Attends, attends, tu n'as pas encore entendu le meilleur. Car comment a réagi Nikki, après avoir entendu ça ? A-t-elle gardé son calme ? A-t-elle présenté ses excuses comme elle prévoyait de le faire ? Noooon, bien sûr que non ! Elle a réagi d'une façon très mature, en affirmant à D'Jok qu'il n'avait pas besoin d'une personne toxique dans les parages pour être convaincu de sa propre médiocrité et qu'étant donné qu'il en était toujours à se trouver un bouc émissaire pour porter le poids de ses erreurs, il ne devait pas être bien loin de la vérité.

- Double aouch.

- Dans les grandes lignes, évidemment. En direct, le langage était autrement plus fleuri.

- Connaissant vos caractères emportés, à D'Jok et toi, je m'en doutais un peu.

- Évidemment, qu'avec mon caractère emporté tu t'en doutais un peu.

- Et ça va ?

- Je me suis fait insulter par la personne avec laquelle j'espérais arranger les choses, j'ai fini par l'insulter moi aussi, puis par insulter ma sœur, la seule personne qui m'a toujours soutenue, alors qu'elle essayait encore une fois seulement de me soutenir. À ton avis, ça va ? »

Ne sachant pas trop quoi ajouter, Mark but une nouvelle gorgée de son café, tandis que Nikki plongeait elle-même le nez dans son macchiatto.

« Désolée, finit-elle par souffler, sans le regarder.

- … Je te passerai la blague du « J'ai vraiment entendu ce que j'ai entendu ? C'est la fin du monde, ou quoi ? ». »

Nikki leva les yeux au ciel, mais Mark eut tout de même l'impression de la voir se détendre.

« T'es drôlement aimable, aujourd'hui. Tu as enfin remarqué que j'étais aussi canon que ma sœur, ou quoi ?

- Disons que j'ai vraiment réalisé ce matin à quel point tu comptes pour Nina. Ça motive à faire des efforts.

- Contente de voir qu'au moins l'un de nous deux arrive à lui rendre les égards qu'elle mérite… »

Le silence retomba entre eux, mais pour une fois, il n'était pas chargé d'électricité. Nikki avait pas mal de côtés désagréables, Mark ne reviendrait pas là-dessus, mais derrière ses manières brutes de décoffrage, il y avait peut-être bien quelque chose d'autre, qui méritait qu'on s'y attarde.

« Je peux te demander pourquoi tu es tombé amoureux de ma sœur ? »

La question prit Mark de court. Son regard ébahi poussa Nikki à développer :

« On se ressemble comme deux gouttes d'eau, pourtant tu n'as jamais essayé de m'adresser la parole. Note que je ne dis pas ça parce que je me crois suffisamment canon pour que tous les hommes me tombent dans les bras. Mais t'as flashé sur Nina dès que tu l'as vue, non ?

- Oh, euh… Non mais, c'est vraiment idiot…

- Allez, dis !

- … J'ai flashé sur sa gavroche, en fait.

- Sans déconner ?

- Ben oui, j'ai trouvé qu'elle avait vraiment du style, avec. Après, j'aurais pas spécialement essayé de lui adresser la parole non plus, mais l'occasion s'est présentée, c'est tout. Et c'est là que je suis tombé amoureux. »

Mark s'interrompit, l'ombre d'un sourire aux lèvres, en se rappelant de sa première rencontre avec Nina, totalement fortuite. C'est lui qui l'avait fait tomber, ce jour-là. Littéralement. En la percutant avec son sac. Ensuite, en quelques taquineries et deux clins d'œil, il était sous son charme.

« C'est vrai que j'ai tout de suite flashé sur elle. Mais je crois que je suis tombé amoureux d'elle le jour où elle m'a dit qu'elle pouvait être vraiment elle-même avec moi, et que j'ai réalisé que la réciproque était vraie.

- Être vraiment toi-même, hein… »

Nikki avait répété pensivement la phrase sans le regarder, les yeux perdu sur la mousse de son macchiatto. Saisi d'un doute, Mark ne put retenir sa question :

« T'es amoureuse de D'Jok ?

- Quoi ? Non ! Je… Pas du tout ! »

Mais sa rougeur soudaine répondit bien mieux que ses dénégations maladroites, et la voir plonger dans sa tasse apporta à Mark la confirmation dont il aurait encore pu avoir besoin.

« Tu crois que… Tu crois qu'il me détestera toujours ? »

Elle avait posé la question sans relever la tête, en la murmurant au-dessus de sa boisson, comme si elle espérait la noyer avant qu'il ne l'entende. Venant d'une personne aussi fière que Nikki, Mark la prit comme une démonstration de confiance non négligeable.

« Je suis désolé, je sais vraiment pas. D'Jok, il peut être sacrément borné, quand il s'y met. Et puis… Il a honte de la façon dont il s'est comporté sur Paradisia et t'es un rappel assez important de ce comportement, justement… »

Le soupir triste de la jeune femme lui fendit le cœur.

« T'as pensé à… lui écrire ?

- Lui écrire ?

- Oui, genre un mail ou… une lettre. Il pourra pas la supprimer sur un coup de tête, ce serait encore mieux. Je veux dire, si vous vous énervez l'un l'autre à chaque fois que tu essayes de lui parler, vous allez pas vous en sortir. Mais y a des choses que tu veux lui dire, non ? C'est important pour toi d'au moins les exprimer, même s'il reste buté de son côté ? Avec un message écrit, tu pourrais au moins sortir tout ce que t'as sur le cœur sans te laisser… distraire par vos mauvais caractères respectifs ? »

Nikki le dévisageait sans rien dire, l'air si incrédule qu'il eut envie de lui demander pardon d'avoir proposé quelque chose d'aussi stupide. Son holophone sonna avant qu'il ait eu le temps de la faire.

« Désolé… Oui, allo ?

- Mark ? C'est Thran. On a trouvé une solution qui pourrait marcher. On lance les derniers calculs avant de tenter de ramener les disparus, du coup je préviens tout le monde, en espérant pas vous refaire des faux espoirs comme ce matin. On t'attend, ou pas ?

- Ou… Oui ! Attendez-moi. Je suis pas loin, j'arrive dans dix minutes max !

- Ok, à tout'. »

Le cœur battant à cent à l'heure, il se tourna à nouveau vers Nikki :

« Ils vont refaire une tentative, je vais y aller. Tu veux… tu veux m'accompagner ? »

Elle hocha la tête en signe de dénégation.

« C'est votre moment, pas le mien. Je ne pense pas que je serais autre chose qu'une intruse. Mais c'est gentil de proposer. Je vais plutôt rentrer et… tenter de me faire pardonner auprès de Nina. Si j'y arrive… Peut-être qu'elle voudra bien m'aider à écrire cette lettre. »

Mark la fixa, ébahi, incapable de répondre.

« Merci d'avoir accepté mon invitation, Mark. Je crois que je comprends enfin ce que ma sœur te trouve.

- … Ravi de le savoir. »

Sur un dernier signe de la main, il quitta le café au pas de course, le cœur étrangement léger.

Malheureusement, ce même cœur lui tomba dans les talons dès qu'il passa à nouveau la porte de la salle d'entraînement. Tout le monde était là, à nouveau, Tia et Rocket sur le même écran. Au fond de la pièce, Sinedd était désormais encadré par ses parents.

« Mark, t'es là, super. Ok, on va lancer la procédure. Pour vous la faire courte, on a triangulé la position probable des disparus en fonction de la position des perturbations qui ont eu lieu de notre côté. Si on ne s'est pas trompés, on va pouvoir activer le Fluide de Sonja suffisamment peu de temps pour préciser leur position et les ramener, sans faire plus de casse sur Akillian. Mais si on dépasse le temps qu'on s'est imparti, on arrête tout et on contacte le Cercle des Fluides pour trouver une solution avec eux. Dans ce cas-là, ça prendra plus de temps, peut-être plusieurs jours, mais les membres du Cercle pourront sécuriser Akillian le temps qu'on fasse tourner la procédure pour ramener tout le monde. Tout le monde est prêt ? Lloyd ? Docteur Darin ? »

Les deux scientifiques hochèrent la tête.

« C'est le moment de vérité, alors. »