Bonjour à tous,

Oh la la, ça fait longtemps, j'en suis désolée :/ Entre un déménagement, un nouveau travail, la finalisation de mon roman original et le démarchage de maisons d'édition (ça prend un tout fou, tout ça pour ne recevoir que des refus, damn !), cette fic est passée complètement au second plan. Je pensais la reprendre autour de septembre, mais elle a trainé jusqu'à janvier… Toutes mes excuses à ceux qui attendaient la suite avec impatience (s'il y en a :P).

Mais voilà enfin le chapitre 18 ! Pour être honnête, quand j'ai achevé le précédent, je pensais que celui-ci serait le dernier. Et puis j'ai commencé à l'écrire. J'ai pris la mesure de toutes les intrigues secondaires que je devais boucler. Je me suis rappelée à quel point j'avais foiré la fin de L'Étincelle (ne niez pas, on le sait tous x) ). Donc ce n'est pas le dernier chapitre ! Ce sera peut-être le prochain, peut-être pas, nous verrons bien. La seule chose de sûre, c'est que j'essaye d'améliorer mes fins et de ne pas vous laisser sur un brutal « ils sont revenus, on se revoit à ma prochaine fic ! ».

Donc n'hésitez pas à être critique si quelque chose vous déplaît. Oh, et si vous voulez, vous pouvez aussi me dire si une intrigue secondaire vous intéresse plus que les autres. Je ne promets d'y consacrer plus de temps s'il y en a une qui ressort (encore que, je suis très influençable, c'est pour ça que j'attends d'avoir entièrement fini une histoire avant de demander des bêta-lectures…) mais ça m'amuserait de savoir.

Un énorme merci à Little Wolf of Snow (allez lire ses fics ! Je ne les ai pas encore commentées faute de temps, mais elles sont GÉNIALES) et à RoseCvx pour leurs commentaires sur le dernier chapitre. Je suis touchée de savoir que j'ai réussi à vous faire trouver Mark intéressant. C'est dommage que les scénaristes n'aient pas plus travaillé ce personnage. Y avait moyen d'en faire autre chose qu'un bouche-trou dans l'attente du retour de Rocket, dont on ne savait plus quoi faire ensuite.

Et merci à tous ceux qui repasseront par ici malgré le délai de publication.

Sur ce, bonne lecture.


Chapitre 18 :

Le Retour

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Ça a marché ?

Ils sont… ILS SONT LÀ ! ILS SONT TOUS LÀ !

Ils vont bien ? Ils… C'est normal qu'ils aient perdu connaissance avec… le choc… et tout… ? Je veux dire… Ils ont seulement perdu connaissance, pas vrai ?

C'est du… c'est du sang, là-bas ?

Putain… APPELEZ UNE AMBULANCE !


La lumière trop blanche avait de quoi éclater les yeux de tous les imprudents qui s'aventureraient dans le hall de l'hôpital, qu'ils soient d'ethnies humaines de classe A ou non. Sinedd ruminait cette pensée en fusillant le mur jaunâtre du regard. Il haïssait cette lumière crue qui lui bousillait la tête, cette peinture crade qui lui filait la gerbe, ce sol grisâtre qui avait été choisi pour masquer les sécrétions des malades. Il haïssait tout cet hôpital qui le plongeait dans des états d'angoisse sans précédent.

Sonja et Mei étaient rentrées. Elles. Étaient. Rentrées. Il aurait dû être soulagé. Fou de joie. Au lieu de quoi, il attendait, la boule au ventre, la jambe agitée de tics nerveux, incapable de rester assis mais incapable de se lever.

Quand l'holotraineur s'était délité, les disparus étaient de retour. Sales, maigres, dans les pommes, mais de retour. Ils avaient dû s'y reprendre au moins cinq fois avant de réussir à les compter et d'être sûrs qu'ils étaient bien tous revenus. Puis ils avaient vu le sang. La flaque. La mare.

C'est là qu'ils avaient réalisé. Qu'ils ne savaient pas ce qu'avaient vécu les disparus. Qu'ils étaient peut-être blessés, peut-être au bord de la mort. Et qu'aucune assistance médicale n'était prévue. Quelqu'un avait hurlé pour qu'on fasse venir une ambulance. Il ne savait plus qui. Ses oreilles bourdonnaient trop fort. Le t-shirt jaune de Mei était barbouillé de rouge.

Après ça, il avait perdu la notion du temps. L'ambulance était arrivée. Les secours avaient pris les choses en main. D'Jok avait passé coup de fil sur coup de fil pour prévenir les parents. Ils avaient fini par tous se retrouver dans ce hall d'hôpital morbide, à attendre des nouvelles qui ne venaient pas, à pleurer l'euphorie qui s'était évanouie sitôt arrivée.

Ils avaient retrouvé leurs disparus. Ce faisant, ils les avaient peut-être tous perdus.

« Sinedd… »

L'interpellation lui noua les entrailles autant qu'elle le rassura. Son père lui passa un bras autour des épaules, la main de sa mère serrée dans la sienne. Ils avaient l'air… Il ne savait pas de quoi ils avaient l'air. Perdus, sans doute. Comme lui. À ne pas oser espérer, mais à ne pas pouvoir se l'interdire non plus.

Sinedd se jeta dans leurs bras, incapable de résorber les tremblements de son corps. Il était épuisé. Épuisé de se montrer fort, de faire semblant de croire que tout irait bien. Sonja était là, désormais, tout aurait dû être réglé. Il aurait dû pouvoir rire. Pouvoir sourire, au moins.

« Ça va aller, Sinedd. »

Ses mains se crispèrent sur le dos de ses parents. Il aurait dû être enfin convaincu que tout rentrerait dans l'ordre.

« Tout ira bien. »

Il enfoui le visage entre leurs bras. Il aurait dû être capable de supporter ses parents jusqu'au bout.

« Tout ira bien, maintenant. »

Jusqu'au bout de cette dernière ligne droite qui n'attendant que l'aval d'un médecin pour prendre fin.

« Tout va s'arranger. »

Ses nerfs lâchèrent. Il éclata en sanglots. Pour la première fois, d'aussi loin qu'il pouvait s'en souvenir, il abandonna. Il abandonna sa posture, sa façade de force, sa morgue. Pour la première fois depuis qu'il avait été séparé de ses parents dans la catastrophe d'Akillian, il redevint un enfant.

Il ignora les regards choqués des autres Snowkids, qui ne l'avaient jamais vu dans cet état. Il ignora les autres parents qui les avaient rejoints et que son désarroi glaçait d'effroi. Il ignora le risque qu'un paparazzi se soit introduit dans l'hôpital et ne perde pas une miette de cette faiblesse qu'il avait toujours réussi à cacher. Il pleura. Il pleura vingt-deux ans de larmes qu'il avait toujours refusé de laisser couler.

Vingt-deux ans de larmes qui commençaient tout juste à se tarir lorsqu'un médecin s'avança enfin dans le hall pour leur annoncer que tous les disparus étaient hors de danger.

Ou plutôt, les retrouvés.


Les parents s'étaient tous effacés dans les chambres de leurs rejetons respectifs. Une bonne chose. Au moins, comme ça, D'Jok n'avait plus à subir le poids écrasant de leurs espoirs et accusations mêlés. Ce qui ne l'empêchait pas de rester comme un con dans le hall de l'hôpital, à se sentir mal et à ne pas savoir quoi faire.

Le rouquin balaya la pièce du regard. Thran, Ahito et Mark avaient l'air aussi paumé que lui. Tout comme Sinedd, qui serait peut-être resté planté sur son siège si ses parents ne l'avaient pas à moitié porté voir Sonja. Yuki et Zoelin se serraient l'une contre l'autre, alliées inattendues mais aussi incapables de rester sereines que les autres. Tia et Rocket avaient de la chance, d'être encore en chemin pour le Genèse. Ils arriveraient après la tempête. Après le flottement désagréable durant lequel ils n'osaient pas être tristes, mais ne parvenaient pas à être heureux.

Micro-Ice. Micro-Ice avait perdu sa main. Il allait bien. Mais il avait perdu son bras. D'Jok n'arrivait pas à l'appréhender. Il comprenait la phrase, il comprenait chaque mot, mais il n'arrivait pas à envisager sa réalité. Il ne savait même pas s'il brûlait de voir son meilleur ami ou s'il espérait s'enfuir avant son retour du bloc opératoire. Micro-Ice avait perdu sa main.

Et retrouvé son père.

D'Jok se renversa sur son siège en soupirant. Tout le monde était vivant. Les enfants allaient bien. Il serait encore poursuivi pour mise en danger d'autrui, mais échapperait aux accusations d'homicide involontaire. Il n'aurait pas à vivre avec la mort de quelqu'un sur la conscience. Juste avec le fait que son meilleur ami avait perdu une partie de lui à cause de sa négligence.

Alors pourquoi le docteur Darin occupait une place aussi importante dans ses pensées ? Pourquoi, au milieu de toutes les bonnes nouvelles et de toutes les horribles perspectives, la seule à laquelle il pouvait penser, c'était que Micro-Ice ne lui avait jamais parlé de son père ?

Le jeune homme se racla la gorge, mais le goût de bile ne partit pas.

Il accueillit avec soulagement la distraction que lui apporta sa sonnerie d'holophone.

« Allo papa ? Tout va bien ?

— Tout va bien, oui, ne t'inquiète pas pour nous. Et de votre côté ?

— Ça va. Les médecins ont dit que tout le monde était hors de danger, mais… »

Micro-Ice avait perdu sa main.

Il ne parvint pas à le dire. Son père dut le comprendre. Quand il devint évident qu'il ne finirait pas sa phrase, il ne le relança pas.

« Ça va aller, D'Jok. Je te le promets. On a résolu le problème le plus complexe. Le reste suivra. On fera tout pour.

— Ouais… Merci papa. Ça me fait du bien, d'entendre ça. »

C'était vrai. Il se sentait toujours mal, toujours coupable, toujours égaré, mais les mots rassurants de son père lui apaisaient le cœur. Quand Sonny Blackbones promettait que tout irait bien, on ne pouvait que le croire.

« À ce propos, reprit le chef des Pirates. Je ne sais pas si c'est le meilleur moment pour ça, mais passe sur Arkadia News, quand tu pourras. Ce qu'on y apprend ne va pas tout régler, mais ça devrait t'aider.

— M'aider ?

— Désolé, D'Jok, je ne peux rester en communication le temps de notre approche du Genèse. Je te recontacte dès que c'est sans danger, mais ça arrivera très vite, je te le promets. Regarde Arkadia News, tu verras. »

La conversation coupa et D'Jok en ressentit une désagréable contrariété. Il savait que son père devait prendre des précautions. Pour lui-même et pour tout son équipage.

Il aurait voulu qu'il ne les prenne pas. Pour eux deux. Pour lui seul. Juste pour cette fois.

Le même goût amer toujours implanté dans la bouche, il chercha le site d'Arkadia News sur son holophone. Ce qu'il découvrit le surprit tellement qu'il en oublia toutes ses tristes préoccupations.

Les Tigres Rouges : du sang sur leur fourrure ?

Nos fidèles lecteurs n'auront pas manqué de suivre LA grande actualité de ces dernières semaines : les emballements à répétition des Fluides sur diverses planètes de Zaelion. Eclipsée par celle-ci, une autre actualité s'est faite curieusement discrète en dépit de ses conséquences dramatiques : la disparition des « Galactik Kids », les jeunes pupilles de D'Jok, star de l'équipe des Snowkids, trois fois championne de la galaxie.

Lors de leur dernier entraînement à L'Académie, école de Galactik Football pour jeunes prodiges, tenue par D'Jok, avec le soutien des anciens entraîneurs Aarch et Artegor, l'holotraineur de l'institut s'est emballé. Les huit enfants inscrits, ainsi que deux membres des Snowkids, Mei et Micro-Ice, ne sont jamais réapparus suite à sa désactivation, plongeant les parents dans le plus grand désarroi.

Mis en cause pour grave négligence et mise en danger de personnes mineures, D'Jok n'a pu apporter ni explication, ni solution, à cette disparition préoccupante. Malgré un soutien de la Technoïde et des ressources conséquentes, les enfants sont toujours portés disparus à ce jour.

Alors que L'Académie et son propriétaire font face à des poursuites judiciaires, un nouvel élément pourrait venir perturber une culpabilité que tous pensaient bien établie : l'équipe des Tigres Rouges, équipe rivale des Snowkids depuis leur apparition, s'est présentée aux forces de l'ordre akilliennes. D'après une source proche de notre rédaction, ils auraient avoué que leur capitaine, Ezrel, serait responsable du dysfonctionnement de l'holotraineur de l'Académie et des disparitions qui en ont résulté.

Il atteignait tout juste la fin de l'article lorsque son holophone sonna dans sa poche pour la seconde fois. Persuadé que son père le rappelait après la fin de sa manœuvre, pour lui donner plus d'explications, il se rua sur l'appareil et décrocha sans regarder le contact affiché sur l'écran.

« Allo papa ? C'est sérieux, cette histoire avec les Tigres Rouges ?

- Bonjour D'Jok, désolé, ce n'est que Maître Rogers à l'appareil.

- Oh. Oui. Désolé Maître. Bonjour. »

Il se passa une main sur le visage. Parler à ses avocats n'était peut-être pas la dernière chose dont il avait envie à l'instant présent, mais figurait en bonne place en partant du bas du classement.

« Je vous appelais au sujet des Tigres Rouges, justement. Je suppose que vous avez aussi vu l'article dans la presse ?

- À l'instant, oui, confirma D'Jok à contrecœur.

- C'est une excellente nouvelle pour vous et pour votre école, D'Jok ! Si l'origine de la disparition vient d'un sabotage, nous avons de bonnes chances de –

- Excusez-moi, Maître, mais… Vous pourriez voir les détails avec Artegor, pour le moment ? Je… Je ne suis pas vraiment en mesure de vous parler longtemps, je… »

Il se pinça l'arête du nez, en tâchant de réprimer son envie furieuse de raccrocher au nez de son interlocuteur.

« Je suis à l'hôpital. On a réussi à ramener les disparus.

- Encore une excellente nouvelle. Je ne vous retiens pas plus longtemps, alors. Je vais préparer les éléments avec Artegor. Contactez-moi quand vous voudrez pour avoir les détails.

- Merci Maître.

- Courage D'Jok, vous allez bientôt voir le bout de cette affaire, faites-moi confiance. »

D'Jok le remercia encore avant de raccrocher, conscient que sa morosité ne s'accordait pas aux nouvelles qu'il recevait. Son avocat avait raison, toute cette histoire touchait à sa fin. Il ne comprenait pas pourquoi il n'arrivait pas à accepter que ça pourrait être une fin heureuse.


« …sistez pas. Mei a vécu une terrible épreuve, elle est épuisée physiquement et nerveusement, la soumettre à trop d'agitation d'un coup n'est pas un service à lui rendre. J'accepte de déroger à la règle et de laisser des amis extérieurs à la famille aller la voir parce que ses parents ne sont pas encore arrivés sur le Genèse, mais je ne laisserai pas plus d'une personne entrer dans sa chambre. »

Le ventre de Tia se serra lorsqu'elle entendit les derniers mots qu'un infirmier à l'air peu commode assenait aux Snowkids déjà sur place. Elle avait espéré pouvoir se fondre dans la masse de l'équipe et se servir de Mei comme prétexte pour ne pas leur parler. Le trajet jusqu'à l'hôpital avait déjà été une épreuve, passée à sentir le regard de Rocket peser sur ses omoplates. Si on lui demandait pourquoi elle tirait une tête de six pieds de longs, elle allait fondre en larmes. Pleurer – encore – à cause de Rocket était la dernière chose dont elle avait envie.

Elle hésitait à s'éclipser avant que les autres la voient pour s'enfermer dans les toilettes de l'hôpital jusqu'à nouvel ordre lorsque Thran remarqua sa présence. Leur présence.

« Tia, Rocket, vous êtes revenus, » déclara-t-il avec un sourire aussi doux mais plus pâle qu'à son habitude.

Tia se retint de froncer les sourcils. Thran avait retrouvé leurs disparus. D'après le suivi qu'on leur avait fait à distance, à Rocket et elle, ils étaient tous hors de danger, malgré les séquelles éventuelles. Pourtant, les traits du défenseur paraissaient davantage tirés. Il avait gardé son calme tout le long de cette histoire. Il n'avait aucune raison d'avoir l'air aussi… torturé. Tia sentit son ventre se serrer à l'idée d'un nouveau problème dont elle n'avait pas connaissance.

Elle balaya avec angoisse les visages de ses autres coéquipiers. Et ne retrouva aucune trace du malaise qu'elle sentait chez Thran. Ils la saluaient, avec fatigue, impatience, énervement aussi, suite au discours de l'infirmier. Rien d'autre. Peut-être que Thran se laissait juste rattraper par la pression qu'il avait ignorée jusque-là.

« Qu'est-ce que tu en dis ?

- Quoi ? réagit-elle en réponse à la question du défenseur. Désolée, je… j'ai eu une absence… Tu disais ? »

Le jeune homme l'excusa d'un sourire, l'air de dire « on connaît tous ça, ces derniers temps ».

« Je disais que Mei peut recevoir de la visite, mais d'une seule personne pour le moment. Comme tu es sa meilleure amie, je proposais que ce soit toi. Ça t'irait ? Tu te sens d'attaque ? »

Tia envisagea de refuser. De leur dire qu'ils avaient attendu ce moment plus longtemps qu'elle, à ronger leur frein sur le Genèse. Qu'elle était trop énervée pour être d'un quelconque soutien moral à Mei.

L'occasion de s'éloigner de Rocket était trop belle pour se montrer altruiste.

« Oui. Oui, si ça vous va à tous, j'aimerai bien aller la voir. »

L'instant d'après, l'infirmier lui désignait une porte anonyme au milieu de toutes les portes anonymes qui ornaient un couloir anonyme de l'hôpital. Tia avala sa salive et abaissa la poignée.

Derrière la porte, elle eut l'impression de découvrir une fée.

Mei était assise contre des oreillers blancs, ses jambes drapées dans des draps immaculées. Ses cheveux lâchés cascadaient autour de son visage diaphane. Même ses grands yeux bleus semblaient plus clairs qu'avant sa disparition lorsqu'elle pivota son buste délicat vers l'entrée de la chambre. Mei avait toujours été fine. Sa mésaventure lui avait encore fait perdre du poids. Ses os ne saillaient pas de sous sa peau, mais pas loin. Tia se demanda si elle risquait de lui briser les doigts en lui prenant la main.

« Salut.

- Salut. »

Le silence s'étira, inconfortable. Tia fut assaillie par une vision des premières soirées qu'elles avaient passées dans la même chambre, quand elles ne se connaissaient pas et qu'elles partaient toutes deux avec des préjugés sur l'autre. Mei, l'insupportable diva superficielle et pourrie-gâtée, et Tia, le garçon manqué morose et toujours en conflit avec tout. Un mince sourire étira ses lèvres pâles.

« Tu m'as manqué, Mei, souffla-t-elle en se décidant enfin à s'approcher.

- Toi aussi. »

La réponse sembla arriver un temps trop tard. Tia se demanda si son amie souhaitait être seule. Elle releva la tête, alors qu'elle s'asseyait dans l'unique fauteuil près du lit. Mei avait l'air éreintée. Aucun sourire ne se dessinait sur ses lèvres à elle. Tia songea à sortir de la chambre. Elle s'imagina rejoindre les autres – rejoindre Rocket – dans le hall. Elle renonça.

« J'ai loupé des choses intéressantes ? » demanda Mei.

Tia interpréta la question comme la preuve que sa présence ne la gênait pas, qu'elle voulait parler, avoir des nouvelles de tout ce qui s'était passé pendant son absence. Pas une seconde elle n'envisagea que son amie avait pris les devants pour qu'on ne lui demande pas ce qu'elle avait vécu.

« Oh, eh bien, répondit-elle sur un ton qu'elle voulait enjoué, les Paradisiennes se sont réveillées, les Fluides ont pété une durite, c'est le capitaine des Tigres Rouges qui est responsable de votre disparition et j'ai rompu avec Rocket. »

Sa voix se brisa sur le dernier mot. Avant qu'elle ne s'en rende compte, les larmes s'étaient mises à couler sur ses joues.

« E… Excuse-moi… je vou… lais pas, bafouilla-t-elle entre deux sanglots. Je sais que… c'est pas le moment… MERDE ! »

Tia cessa d'essayer des parler. Les mains plaquées sur ses yeux inondés, elle tâcha de contrôler sa respiration.

Si seulement ça n'avait pas été Mei, qui avait disparu. Si seulement elle avait pu passer un coup de fil à sa meilleure amie pour lui parler de tout ce qui se passait. Si seulement elle avait eu quelqu'un à qui parler du comportement de Rocket, sans risquer de se sentir ridicule, ou coupable. Si seulement Mei avait été là pour elle.

« Excuse-moi, répéta-t-elle en écartant les paumes de son visage, un peu calmée. Il s'est passé tellement de choses. C'était pas facile.

- Ah, vraiment ? C'était pas facile ? »

La réponse lui fit l'effet d'un coup de couteau glacé dans l'estomac. Interloquée, elle posa les yeux sur Mei. Il n'y avait aucune trace de compassion sur le visage de poupée de son amie. Ses traits de porcelaine étaient défigurés par une colère mal contenue.

Tia ouvrit la bouche, prête à se défendre. Ou à l'accuser.

Elles sursautèrent toutes les deux lorsque la porte s'ouvrit d'un coup.

« MEI ! Mei, je suis désolée, j'aurais dû venir tout de suite. J'ai pas réalisé, je – les médecins ont dit que les enfants pouvaient voir leurs parents, ils n'ont pas parlé de toi, j'ai cru qu'on t'opérait ou que tu allais trop mal ou je sais pas, et j'ai suivi mes parents sans réfléchir et – »

Les oreilles bourdonnantes, Tia cessa d'écouter la litanie que Sinedd dégoisait sans reprendre sa respiration.

« J'avais dit une personne ! » s'exclama l'infirmier que la capitaine des Snowkids avait vu dans le hall un peu plus tôt.

Il haletait, les joues trop rouges. Il avait dû courir après Sinedd pour l'empêcher de faire irruption dans la chambre dès qu'il s'était souvenu de l'existence de sa copine. Un pli amer barra la bouche de Tia.

« Ne vous inquiétez pas, je m'en allais. »

Sur un dernier regard de reproche muet échangé avec Mei, elle passa la porte.


Du blanc. Du blanc tout autour de lui, peu importe où il posait son regard hagard.

Il devait fuir. Il devait retrouver Mei et les enfants et fuir loin du blanc.

Avec l'impression de chercher à déplacer une masse de plomb, Micro-Ice essaya de bouger les jambes. Elles se montrèrent d'abord récalcitrantes puis, petit à petit, elles répondirent aux appels de détresse de son cerveau embrumé. Incapable de trouver le sol, il donna des coups de pieds autour de lui. Il était empêtré dans quelque chose. Quelque chose de blanc.

Il essaya de crier, mais sa gorge ne lui répondait pas mieux que le reste de son corps. Des gémissements aigus et inarticulés s'échappèrent de ses lèvres, qu'il ne parvenait pas à ouvrir. Il laboura l'air de ses bras trop faibles pour le défendre, chassa une première vague de blanc, seulement pour se rendre compte qu'une seconde couche collait à sa peau en sueur. Des grognements de panique rauques s'élevèrent autour de lui, accompagné d'une alarme dont il ne comprenait pas l'origine.

Il griffa le blanc. D'une seule main. En lieu et place de la seconde, un moignon s'agitait dans le vent.

« Micro-Ice. Micro-Ice, calmez-vous. Tout va bien. Vous êtes en sécurité. Tout va bien. »

Il lui fallut un moment pour comprendre le sens des mots qui s'élevaient autour de lui. Pour cesser de lutter contre la poigne ferme qui le maintenait immobile. Pour réaliser qu'une personne qu'il n'avait jamais vu attendait qu'il reprenne suffisamment son calme pour croiser son regard. Un adulte. Un vrai adulte. Qui lui assurait qu'il était en sécurité.

« Mei ? murmura-t-il.

- Elle va bien aussi. Comme les enfants. Tout le monde va bien. Vous êtes rentrés. On s'occupe de vous. »

Ses yeux se remplirent de larmes. Il ne fit rien pour les retenir.

« Vous êtes à l'hôpital, sur le Genèse Stadium. C'est le milieu de la nuit, nous avons renvoyé vos amis, mais vos parents attendent dans le hall.

- Mes parents ? releva Micro-Ice.

- Oui. Vous voulez que j'aille les chercher ? Dans votre état, il vaudrait mieux vous rendormir, mais nous pouvons faire une exception, compte tenu des circonstances.

- Mes deux parents ? » demanda encore le petit brun, sans tenir compte du reste.

Le médecin tiqua, mais il ne s'en préoccupa pas davantage. Une pointe d'angoisse s'était insinuée dans le soulagement qui l'avait submergé.

« Vos deux parents, oui. Votre père et votre mère. »

La pointe se transforma en lame de couteau.

« Vous voulez les voir ?

- Non ! Je veux dire… Non, pas maintenant. Je suis très fatigué. Il vaudrait mieux que je me rendorme. Dites-leur juste que je vais bien. On… Je les verrai demain. »

Le médecin hocha la tête, le visage empreint de perplexité, mais n'insista pas et sortit de la pièce. Micro-Ice se laissa tomber sur les oreillers en soupirant. Il voulut essuyer ses larmes et une seule main vint frotter ses pommettes humides. La vision du moignon qui remuait à une bonne trentaine de centimètres de son visage lui arracha un gémissement désespéré, mais il refusa de se remettre à pleurer.

Ses deux parents. Son père et sa mère.

Qu'est-ce qu'il fichait là ?

Avant qu'il ne trouve une réponse à cette question, il entendit la porte de la chambre s'ouvrir. Un rayon de lumière timide s'insinua sur le plafond aussi blanc que tout le reste. Micro-Ice voulut se redresser. Il prit appui sur moignon et dérapa sur les draps avec un juron. Nauséeux, déprimé et furieux contre lui-même, il planta son coude sur le matelas pour faire face au docteur. Ce fut le visage de Mei qu'il découvrit dans l'encadrement.

Ses cheveux lâchés dégoulinaient sur ses épaules. Elle n'avait pas l'air elle-même, sans sa fidèle queue de cheval. Elle semblait plus fragile. Peut-être que ça n'avait rien à voir avec sa coiffure.

« Je peux entrer ? murmura-t-elle.

- Bien sûr, » répondit Micro-Ice sur le même ton.

Son sourire lui brisa le cœur. Comme si elle s'était attendue à ce qu'il refuse, et qu'une part non négligeable de ses angoisses venait de quitter ses épaules. Il se tortilla sur le lit pour lui laisser une place et elle vint se glisser sous la couverture blanche avec lui. Il la ramena un peu plus haut sur leurs épaules, comme pour les cacher sous un cocon chaud et douillet. En réalité, il avait profité du mouvement pour faire disparaître son bras incomplet sous les draps. Le regard de Mei tombait trop souvent dessus. Il ne voulait pas qu'elle y pense. Il ne voulait pas y penser.

« Comment tu te sens ? chuchota le petit brun, son nez à quelques centimètres du sien sur l'oreiller blanc.

- Mal, répondit Mei d'une voix étouffée. Ça devrait aller mieux. Commencer, au moins. On est rentré, on est en sécurité, on n'a plus à s'occuper des enfants. Pourtant, ça va plus mal que jamais. Comme si…

- Comme si on avait gardé la douleur à l'écart tant qu'on était en danger, et qu'on se prenait tout dans la figure maintenant que ce n'est plus le cas, » compléta Micro-Ice en la voyant chercher ses mots.

Mei hocha la tête. Son ami se fit la réflexion idiote qu'elle devait emmêler ses cheveux en bougeant comme ça.

« J'ai tellement peur, Mice. J'ai l'impression que je vais me réveiller là-bas, demain. Ou que les choses seront là.

- Moi aussi. J'ai cru que c'était le cas, en ouvrant les yeux dans cette pièce toute blanche. Qu'elles étaient en train de me dévorer vivant. »

Il serra son moignon contre son ventre sans s'en rendre compte.

« Je suis en colère, aussi, reprit Mei. Contre les autres. De ne pas avoir été balancés tête la première dans une situation comme la nôtre. D'avoir continué leur vie sans nous. Je leur en veux de souffrir de ce qui s'est passé alors que tout ce qu'ils avaient à faire, c'était nous chercher, bien au chaud sur des planètes qu'ils connaissent, entourés de gens qu'ils connaissent et de danger qu'ils connaissent et qui ne risquent pas de les ouvrir en deux pour dissoudre leur chair de l'intérieur. »

Micro-Ice l'entendit retenir un sanglot. Il voulut lui caresser les cheveux. Amorça un geste pour le faire. Elle était du mauvais côté. Il n'y avait plus de main à l'extrémité du bras qu'il pouvait bouger.

Il chercha comment agir à la place. Et frotta le bout de son nez contre le sien. La manœuvre se montra plus efficace que prévue. Il parvint à lui arracher un rire. Enfin, un souffle du nez.

« Je sais que c'est injuste, reprit-elle, un peu plus calme. Mais j'arrive pas à m'en empêcher. Tia est venue me voir, tout à l'heure. Elle et Rocket, c'est fini. »

Micro-Ice accusa le coup. Pas parce que la nouvelle le rendait triste. Parce qu'il ne comprenait pas pourquoi elle arrivait maintenant. Il ne comprenait pas ce que les prises de tête entre Tia et Rocket avaient à voir avec eux.

« Si Sinedd n'était pas arrivé juste après… Je crois que je me serais levée de mon lit d'hôpital pour la gifler. Et je crois qu'elle s'en est rendu compte. Et j'ai encore envie de le faire. De lui faire encore plus de mal. Elle avait pas le droit. De venir me réclamer de la compassion. Pas aujourd'hui. Je suis horrible, pas vrai ?

- Non… Non, je comprends. J'ai réagi pareil. J'ai pas compris pourquoi tu me parlais d'eux. Je voulais juste qu'on parle de nous. De… moi. »

Le silence s'installa entre eux. Micro-Ice se mordit la lèvre à s'en faire mal. Il n'aurait pas dû dire ça. Mei lui en voulait autant qu'à Tia, désormais.

« Tu me détestes ? »

La question le surprit. Parce qu'elle ne venait pas de lui.

« Pourquoi je te détesterais ? Tu es la personne la plus parfaite au monde ! »

Sa réplique ne la fit pas rire. Elle lui tira un sourire quand même. Un sourire timide. Qui s'effaça lorsqu'elle souffla une explication, si bas que Micro-Ice faillit ne pas l'entendre.

« À cause de ton bras. »

Son bras. La partie de son bras qui n'était plus là.

« Tu m'as sauvé la vie, Mei. Je te déteste pas. Je pourrais jamais te détester, même si tu me faisais vraiment un truc horrible. Et là c'est pas le cas. J'étais en train de mourir. Je le sais. Cette chose me bouffait. L'esprit autant que le corps. T'as eu le cran de me sauver. Je te remercierai jamais assez pour ça. »

Il entendit un bruit, aigu et étouffé. Il mit une seconde de trop pour comprendre que Mei s'était mise à pleurer.

« Hé, hé, non non non ! Je vais pas réussir à faire bonne figure, si tu pleures ! Tiens, tu vois, je suis déjà en train de m'y mettre aussi ! »

Et c'était vrai. Lui qui avait eu tant de peine à refouler les sanglots, voilà qu'ils débordaient de sa poitrine sans qu'il ne puisse rien y faire. Alors il abandonna. Il continua à débiter des sottises, à se plaindre de l'effet qu'elle avait sur lui, tandis que les larmes coulaient à flots sur son oreiller. Mei vint le prendre dans ses bras. Il ne parvint pas à décider qui elle voulait réconforter. Eux deux, sans doute. Alors, avec une main en moins, il lui rendit son étreinte. Et, foutu pour foutu, il décida de tout laisser sortir. Quitte à ce qu'elle n'en comprenne pas la moitié au milieu de leurs pleurs.

« Je te déteste pas, Mei, je me déteste moi. Je me déteste moi parce que j'ai qu'une envie, c'est de retourner en arrière et de ne pas sauver ce sale petit con d'Olukine. J'aurais voulu ne jamais remarquer qu'ils nous avaient faussé compagnie, lui et Sylphe. J'aurais voulu ne pas les retrouver, ne pas le voir tomber et ne surtout pas utiliser le Souffle pour lui sauver la mise. Et tant pis si ça veut dire le laisser crever. Tant pis si ça veut dire que D'Jok pourrait être inculpé pour homicide involontaire. La seule chose dont j'ai envie là tout de suite, c'est de tabasser ce connard de gosse avec le poing que j'ai plus, parce qu'à cause de lui… J'ai pas seulement risqué mourir. J'ai voulu mourir. J'avais mal au point d'espérer crever pour que tout s'arrête. Si j'avais le choix, je voudrais que ça lui arrive à lui, pas à moi. Et je pourrais jamais oublier ça, parce que j'ai un putain de vide au bout du bras qui me rappellera toute ma vie non seulement ce qui m'est arrivé, mais aussi la façon abjecte que j'ai eu d'y réagir. Je veux qu'il ait mal. Je veux qu'il ait peur. Je veux qu'il passe sa vie à se réveiller en sursaut au milieu de la nuit, persuadé qu'il est en train de se faire dissoudre à l'acide, parce que je sais très bien que c'est ce à quoi je vais passer ma vie à moi. Je sais que c'est qu'un gosse. Qu'il se rendait pas compte. Que c'était à moi, l'adulte responsable, de l'encadrer correctement. Que c'est parce que j'ai pas réussi qu'on s'est retrouvé dans cette situation, lui et moi. Que j'ai de la chance, qu'il n'ait rien et que j'aie seulement dû payer un bras pour ça. Et ça me bouffe de penser que c'est ce qu'on me répètera en boucle à chaque fois que j'aurais le malheur de laisser voir à quel point j'en veux à cette sous-merde.

- Pas moi, le coupa Mei en le serrant plus fort contre elle. Je te dirai jamais ça, Mice. Parce que je pense pareil. Tu m'aurais dit la même chose pour un des autres gamins… Je pense que j'aurais compris quand même, mais j'aurais attendu que tu changes d'avis. Parce que les autres, ils ont tout fait pour que ça se passe bien et s'ils s'étaient retrouvés dans un danger pareil, ça aurait été par accident. Comme ce qui est arrivé à Sonja. Ça ne me viendrait pas à l'idée de lui en vouloir, parce que c'était pas sa faute, si son Fluide s'activait comme ça. Mais Olukine… Il a choisi de rendre les événements encore plus durs qu'ils ne l'étaient déjà. Il s'est mis en danger tout seul. Et ça t'ait retombé dessus, parce que t'es quelqu'un d'extraordinaire, Mice. Parce que t'as voulu l'aider instinctivement. C'est pas normal, que tu payes un prix pour ça. Et ça, je lui pardonnerai jamais. Je suis… soulagée d'avoir vu personne mourir. Mais je lui pardonnerai jamais ce qu'il t'a fait. »

Micro-Ice se blottit encore un peu plus contre elle. Il y avait plein d'autres choses qu'il voulait lui dire. Sur la terreur qui lui bouffait les tripes. Sur les regrets qui lui vrillaient la tête. Sur son père, qu'il n'avait pas revu depuis une dizaine d'années et qui attendait dans le hall de l'hôpital.

Ça attendrait. Ça attendrait, parce que, alors que Mei lui caressait doucement les cheveux, son désespoir se calmait un peu. Parce qu'elle avait cessé de pleurer et lui aussi. Parce qu'elle avait dit quelque chose de vrai aussi. Ils n'avaient vu personne mourir. Et ça méritait de compter dans la balance.

« Tu crois qu'on va s'en sortir, Mei ?

- Je sais qu'on va s'en sortir. Même si cette nuit j'en veux à la galaxie entière, on n'est plus tout seuls, Mice. Et plus encore : on est là l'un pour l'autre. »

Ça aussi, c'était vrai. Et ça comptait plus que tout le reste.