-Quand est-ce que cette bande de *censuré* va cesser de te juger par rapport à lui ?!

Après cette tirade furieuse de Chopper, ensuite calmé par la réplique : "Il y en a de notre côté" venant de Nami, Ace avait froncé les sourcils.

Il détestait l'idée que son cher frère soit jugé pour les actes de quelqu'un.
Portgas avait vécu suffisamment cette expérience dans sa propre vie pour ne la souhaiter à personne, et encore moins à Luffy, bien qu'il ignore les actes qu'avait pu commettre le vice-amiral, à présent appuyé contre la rambarde devant la cabine désormais vide, ses subordonnés étant allés donner les ordres aux marines.

Cela devait faire une heure que les anges gardiens étaient arrivés, quand la cloche sonna et que la voix de Robin retentit sur tout le bateau, par des bouches qui... fleurirent un peu partout.

-Mes chers petits soldats, il est midi ! Ça veut dire que cinq heures et trente minutes ont passé depuis la dernière fois que vous avez mangé alors je vous incite à vous rendre au réfectoire. [temps de silence] Pas la peine d'être grossier, Will ! Vous embrasserez votre beau ténébreux plus tard !

Puis les bouches disparurent et la voix de la rose fût remplacée par la rumeur des soldats qui quittaient leur poste, leur cabine, désertaient le pont, les couloirs, pour se diriger vers la grande pièce d'où commençait à se dégager une délicieuse odeur.

Cependant, sous l'étonnement, la stupeur même, de Ace, Luffy ne se précipita pas vers le réfectoire.
En fait, il ne bougea même pas de sa place, se contentant de soupirer et de poser son menton sur ses bras croisés sur la rambarde, le regard au loin, fixant les vagues sans vraiment les voir.

Inquiet pour le jeune brun, Ace se décala pour tenter de le regarder de face, et...
il trébucha, basculant en avant, droit vers le pont.

-Ace ! s'écria Thatch en se penchant par-dessus la rambarde, main tendue vers son ami.

...

-Euh... Ace ? reprit-il en se levant et un sourcil, se redressant.

-Aucun commentaire, grogna Ace en battant des ailes pour remonter.

Des ailes, oui.
Parfaitement.
De grandes et belles ailes de plumes, dignes des anges stéréotypés, la couleur orange mise à part.

-Je savais pas que les ailes étaient inclues dans le job, fit Thatch en se retenant de rire.

-Nia nia nia... Et puis, si j'ai hérité de ces trucs, t'en as sans doute aussi, grogna le brun en revenant à son but initial : regarder le vice-amiral de face pour tenter de deviner à quoi il pensait.

Ce dernier n'avait pas bougé d'un cheveu, le regard sombre.
Portgas fronça les sourcils.
Ce regard, il le connaissait.
Avant que Luffy ne commence à illuminer sa vie en disant qu'il voulait qu'il vive, l'aîné le voyait souvent en regardant son reflet.

Exactement le même.

L'ange aux ailes oranges grogna, une nouvelle fois.
Il n'aimait pas ce regard sur le visage de Luffy.
Ça n'allait pas.
Il avait l'impression de revoir son vieux reflet, mais comme dans un miroir brisé.

-Salut chef.

Luffy ne se redressa pas, mais jeta un léger coup d'œil blasé à Sanji arrivé derrière lui, et qui tenait une assiette avec un steak... de soja ? et de la purée de tomate.

-J'ai pas faim, marmonna le jeune brun, affolant Ace.

-M'en fous, je resterai avec toi jusqu'à ce que tu m'avales ça, répliqua le blond en posant l'assiette à terre avant de s'adosser aux côtés de son supérieur, s'allumant une cigarette. Déjà qu'avec ton végétérianisme...

-IL EST VÉGÉTARIEN ?! hurla Portgas en manquant de s'évanouir et explosant les pauvres et innocents tympans de Thatch.

-... tu ne manges pas énormément, alors n'en rajoute pas.

Luffy se mordit la lèvre et don regard s'assombrit davantage.
Avant de lâcher quelque chose qui glaça le sang des fantômes, particulièrement celui de Ace.

-... Si je meurs de faim, ça arrangerait bien des gens...

CLAC !

Luffy ne réagit qu'à peine à la gifle que Sanji venait de lui administrer, se contentant de poser sa main sur sa joue.

Son ami blond avait la main encore en l'air, et son regard était furieux.

-Je refuse de t'entendre dire ça. Laisse ces cons se tromper sur ton compte si ils refusent d'ouvrir les yeux. Mais ne dis pas ça à ceux pour qui tu comptes. Ceux que tu as sauvé. Qu'est-ce qu'on deviendrait, nous, si tu disparaissais ? Qu'est-ce que deviendrais l'escouade Mugiwara ?

-Vous êtes avant tout des soldats de la Marine, marmonna Luffy en se massant la joue. Ça prime sur l'escouade. Du point de vue de nos supérieurs, du moins.

-Pas de tous. Et souviens-toi de ce que nous avons tous dit quand nous sommes entrés dans la Marine, puis dans l'escouade, les uns après les autres.

Sanji laissa passer un silence, le temps de souffler une bouffée de fumée.

-Notre priorité, c'est toi.

Alors qu'Ace regardait la scène avec une sensation de chaleur dans le cœur au vu du dévouement des compagnons de Luffy envers ce dernier, le jeune gradé fixait le visage de Sanji.

Puis un sourire fleuri sur son visage.
Un vrai sourire.
Celui qui repoussait les limites physiques et achevait de le transformer en soleil humain.

-Shi shi shi ! fit-il alors que Portgas sentait son âme vibrer et un sourire naître à ses lèvres en entendant le rire de son petit frère.

Puis Luffy se laissa glisser au sol pour s'asseoir en tailleur afin de poser l'assiette que le cook lui avait apporté sur ses genoux et commencer à manger.

-Contre-amiral Sanji, lança-t-il avec un regard brillant pour la première fois depuis que Ace et Thatch étaient arrivés, vous pouvez disposer. Mais je vous rappelle que un gradé de votre rang ne devrait pas s'abaisser à préparer de la boustifaille. Tout aussi délicieuse qu'elle soit.

-Vous savez que vous ne pourrez jamais me faire renoncer à la cuisine, vice-amiral ? s'amusa le blond.

-Encore heureux ! Mais c'est toujours ça que Teach ne pourra pas me reprocher.

À l'entente de ce nom, les anges gardiens se tendirent, incrédules.
Si Teach pouvait reprocher des trucs à un vice-amiral...
c'est que cette ordure était dans la Marine, avec minimum un rang d'Amiral.


-Qu'est-ce qu'on s'ennuiiiiiiiiiit, se plaignit Thatch depuis la couchette où il faisait le cochon pendu.

Ace le foudroya du regard, puis repartit dans ses pensées, qu'il tentait de concentrer sur une tâche importante : comprendre et trouver une solution au problème de Luffy, actuellement assis, les pieds sur la table, à lire un rapport avec un désintérêt profondément marqué.

Portgas lui jeta un regard et esquissa un demi-sourire.
Il agissait comme le vice-amiral, lorsqu'il devait lire des rapports, à l'époque du Moby Dick.

Puis il ferma les yeux et activa ses neurones.

De ce que j'ai vu, Luffy est un peu comme moi à 10 ans.
Comme moi, cela lui vient du fait que les gens l'associent à quelqu'un et veulent le faire payer pour les crimes de cette personne. Dans mon cas, c'était Roger, dans le sien, je l'ignore encore.
Il songe même qu'il vaudrait peut-être mieux qu'il... meure.
C'est ça son problème ? Enfin, celui que je dois résoudre ? Non, parce que je veux bien, mais changer l'opinion de plusieurs centaines de gens à son sujet va prendre du temps.
J'en ai pour des années !
Et je veux rentrer le plus vite possible !

Désespéré, il plongea la tête entre ses bras en poussant un soupir.

Soupir qui fit se redresser Thatch, qui commençait à somnoler.
Sauf que, le châtain ayant oublié sa position de chauve-souris, il fût déséquilibré et heurta le sol avec une grimace douloureuse.

-Si après ce boulot, on doit remplir un questionnaire d'appréciation, rappelle-moi de me plaindre qu'on puisse passer à travers la matière, et pourtant se cogner, marmonne le blessé en se frottant le crâne.

Ace esquissa un sourire moqueur, qu'il perdit quand son compagnon lui demanda à quoi il pensait pour soupirer aussi fort.
Il lui livra alors ses conclusions, sous l'écoute attentive d'un Thatch exceptionnellement sage, assis en tailleur à même le sol.

Puis quand il eut fini et fût à deux doigts de replonger en dépression, le Quatrième Commandant prit la parole.

-T'es idiot ou tu en fait exprès ?

Ces mots piquants au vif l'orgueil et l'intérêt du D, il se redressa vivement.

-Hein ? fit-il très intelligemment.

Thatch le regarda avec une petite moue et en secouant la tête.

-Bon, écoute. Dans le monde des zombies, ça faisait un moment que les machins envahissaient les rues. Mais quel était l'autre problème ?

Ace se mordit la lèvre.

-J'avais fui.

-Exact ! Donc, tu penses vraiment que ce qu'on doit faire, c'est changer l'avis des gens au sujet de ton petit frère ? Non, parce que là aussi il y a un second problème ! Et qui sera sans doute moins long.

Portgas fronça les sourcils.
Puis se maudit, lui et son cerveau qui oubliaient les infos évidentes.

-Le trafic, prononça-t-il dans un son à mi-chemin entre le soupir et le marmonemment.

-Heee, tu vois que t'as encore des neurones !

Mais Ace n'écoutait déjà plus le cuistot.

Luffy était soupçonné d'être à l'origine d'un trafic interne dans la Marine.
Il faut déjà savoir quel est ce trafic.
Ensuite, il faut trouver pourquoi on le soupçonnait - à part pour son lien avec cette personne mystère.
Puis on mène l'enquête et on démasque le véritable responsable.

Ça devrait aller.
Après tout, qu'est-ce qui pouvait bien mal tourner ?

-A part à peu près tout ? s'enquit Thatch, apprenant à Ace qu'il avait parlé à voix haute. Rien, en effet.


-T'as réussi à avoir des infos ? interrogea Thatch quand, aux alentours de minuit, son ami revient dans la cabine.

-Non. C'est dingue ! Aucun des soldats ne sait pour quelle raison exactement ils rentrent au QG ! À part leur envoyé !

Le Quatrième Commandant eut un petit sifflement.

-Eh bien, on dirait qu'ils font entièrement confiance à ton frère !

Ace gronda.

-Pas tous. Ceux qui ont déjà été sous ses ordres depuis un moment, c'est le cas. Mais ceux pour qui c'est la première fois, et d'autres, ils se méfient de lui comme de la peste. Ils préfèrent couvrir leurs arrières et lui obéir, quitte à dénoncer le moindre petit écart à la hiérarchie.

Son aîné fronça les sourcils.

-Et tu sais pourquoi ?

-J'ai entendu les mots : pirate, ordure, honte, et cheeseburger au miel.

-... je suis pratiquement sûr que le dernier ne nous servira à rien dans nos recherches.

-Ouais, moi aussi...

Thatch couvait son compagnon d'un regard inquiet.
La situation de Luffy devait rappeler de très mauvais souvenirs à Ace, et les trois nouveaux mots qu'ils pouvaient relier à leur enquête accentuaient encore plus la ressemblance.
A vrai dire, il commençait même à avoir une théorie, mais il avait trop peur de la réaction d'Ace à son écoute pour oser la lui exposer.

Calme-toi, mon vieux... se fustigea-t-il en secouant la tête. Et puis, tu l'as dit toi-même : ce n'est qu'une théorie. Attends un peu avant de prendre des risques.

Se reconcentrant, il soupira.

-Donc si on veut des infos, on va devoir attendre jusqu'à 11h demain, que tu te retrouve dans ton corps ?

Le brun grimaça.

-Ouais...

Et il n'avait absolument pas hâte.
Il avait peur de voir sa version inversé, ainsi que celle des personnes qu'il connaissait.

Le temps allait être looonnng...


-Ace !

-Hum...

-Aaaaceuh !

-Mais qu'est-c'tu veux ? grogna le jeune brun en se redressant sur ses coudes.

-Je veux bouger !

-... 'l'est quelle heure ? bailla l'aîné.

-J'ai une tête de montre ? lui rétorque la boule d'énergie qui lui sert de petit frère en gonflant les joues avant de retrouver le sourire et de sauter sur le ventre de Ace. Alleeez, lève-toiiiiii !

-Bon sang Luffy ! protesta Portgas en tentant de le repousser avec une grimace. T'as 13 ans, tu peux aller où tu veux sans moi !

-Mais j'ai besoin de toi !

-Eh ben pas moi !

Ace sentit son petit frère se tendre et, l'instant d'après, le poids sur son corps disparu.

-Ok, j'te laisse tranquille.

Heureux de ce temps de répit, le brun se détendit et se laissa aller à ses rêves.

Quand il se réveilla, quelques heures plus tard, le soleil était haut dans le ciel.
Il fronça les sourcils.

Luffy n'était pas revenu le réveiller.

Ace se redressa aussitôt, les sens en alerte.

Il se remémora ce qu'il avait balancé, à moitié endormi, à son jeune frère.

-Mais j'ai besoin de toi !

-Eh ben pas moi !

Portgas commença aussitôt à paniquer.
Il n'avait pas voulu dire ça !
Il était crevé et de mauvais humeur !

-Être tout seul, c'est pire qu'être blessé !

-Luffy ! appela le brun en descendant de la cabane, avant de se mettre à courir dans la forêt. Luffy !

Personne ne répondit à son appel.
Le jeune homme de 16 ans commençait à s'inquiéter sérieusement.

Soudain, il se retrouva au beau milieu du Grey Terminal.
En flammes.

Les gens hurlaient, couraient, mourraient.
Et Ace avançait à contresens de cette vague de panique, la sienne augmentant sans cesse.

-Luffy ! LUFFY !

-Ace.

Le futur Poing Ardent se figea.
Puis il tourna son regard vers la gauche.
Sur un Luffy de 7 ans.
Séparé de lui par un mur de flammes.

Mais ça n'empêchait pas l'aîné de voir distinctement le visage de son cadet, comme si il avait été devant lui.
Un visage dont la moitié était impassible, vide de toute émotion, et dont l'autre était tordu par la douleur, et la peur.
Une moitié de bouche fermée, une autre laissant échapper des sanglots.
Un œil fixe et vide, un autre larmoyant et terrifié.

Le petit garçon tendit un bras vers l'adolescent.

-Ace...! appela-t-il d'une voix sanglotante. J'ai peur ! J'ai mal !

Mais le jeune homme n'arrivait pas à bouger.

-Aide-moi.
Une voix vide.

-Aide-moi !
Une voix désespérée.

Bouge ! se fustigea le brun. Bouge !

Mais son corps était comme statufié, et il ne pouvait que regarder, écouter Luffy se lamenter et le supplier.

-J'ai besoin de toi !
Voix suppliante.

-Mais pas toi.
Voix vide.
-Je suis un poids.

-Non ! réussi à hurler Ace, son corps se débloquant finalement. Non, c'est faux !

Il se mit à courir pour traverser les flammes, mais ces dernières s'écartèrent sur son passage.

Le côté vide du visage de Luffy s'anima alors, et s'orna d'un sourire cruel.

-Trop tard Portgas.

Le petit garçon s'enflamma alors, et Ace aurait été incapable de dire qui, de lui ou Luffy, hurla le plus fort.

L'aîné tomba à genoux, les yeux écarquillés en regardant son petit frère brûler vif.

-Luffy ! s'époumona-t-il en tendant la main.

-Ace ! sanglota le petit garçon en l'imitant.

Le contact entre leurs mains aurait sans doute brûlé Ace.
Mais ils n'en eurent pas la confirmation, car Luffy finit de se consumer dans le brasier, la main à quelques centimètres de ce dernier, sous le bruit des flammes et le hurlement de désespoir de Ace.

-LUFFYYYY !

-LUFFY !

-Aïe !

Ce fût dans une mâtinée ensoleillée et bien avancée que le Second Commandant de Barbe-Blanche se réveilla en hurlant, cognant au passage le châtain qui était penché sur lui en tentant de le faire émerger.

Ace se mit alors à haleter en essayant de se calmer, des larmes coulant sur ses joues, l'image de Luffy en flamme toujours incrustée dans ses yeux, et ses hurlements continuant de résonner dans ses oreilles.

-Ace ? s'inquiéta Thatch en se rendant compte de l'état de son compagnon.

-Ça... va. Attends... juste un peu.

Portgas ramena ses genoux contre son torse et se força à respirer lentement.

Il n'avait pas fait ce genre de cauchemards depuis un bon moment.
Les premiers lui étaient apparus après son départ de Dawn. Luffy lui apparaissait en l'accusant de l'avoir abandonné, puis mourrait sans qu'il ne puisse rien y faire.

Ils avaient fini par se disperser puis disparaître, avant de s'insinuer de nouveau dans sa conscience après son entrée dans l'équipage de Barbe-Blanche.
Cette fois-ci, son petit frère lui reprochait de l'avoir remplacé par d'autres frères, avant d'encore et toujours mourir.

Il ne pensait pas avoir à de nouveau affronter ces cauchemards.

Thatch s'accroupit à ses côtés et se mit à lui frotter le dos.
Il était le seul à savoir pour ça.
Il avait surpris Ace, une nuit, à vomir dans une salle de bain du Moby Dick au beau milieu de la nuit, après un cauchemard particulièrement horrible où Luffy se suicidait sous les yeux de son grand frère.
Portgas avait tout expliqué à Thatch, entre deux sanglots.

Luffy est vivant.
Je suis mort pour le sauver.
Je l'ai laissé derrière.
Mais il est vivant.
Il me reste sept vies et je le retrouverai.
Il va bien.
Je ne l'ai pas abandonné.
J'ai besoin de lui.
Je vais tout faire pour le retrouver.

Lentement, le brun réussit à se calmer.
Ses sanglots se calmèrent, ses tremblements réduirent.

-Quel heure ? réussit-il à prononcer d'une voix rendue rauque par ses cris et pleurs.

Thatch le regarda d'un air sombre.

-Il est presque 11 heure. Tu vas bientôt y aller.


NdA : Salut !
Comment ça va bien ?
Moi...

...
Révisions + devoirs + rapport de stage + pleins de trucs = pas la moindre idée de quand le prochain chapitre pourra sortir !
Gomen...
Et oui, je sais que je me répète !
Continuez à me donner vos avis et théories, ça me fait plaisir !
Prenez soin de vous !