CH6-Condamnée

Merci pour vos retours sur le précédent chapitre, on peut dire que vous avez adoré Crassus :p

Encore et toujours super Kouan à la relecture ;)

Je vous laisse sans plus attendre découvrir ce nouveau chapitre.


Après avoir été soignée, Lexa avait été conduite à sa nouvelle cellule. Elle n'était plus captive dans l'aile des esclaves mais dans le Ludus des gladiateurs. Situé sous terre, la chaleur était écrasante et le manque d'aération n'aidait pas l'odeur nauséabonde de sueur et d'urine à disparaître. A travers les barreaux de la porte, elle pouvait distinguer la lumière d'une torche éloignée et éclairant à peine sa cellule.

Plongée dans la pénombre, elle n'avait plus aucune notion du temps. Assise à même le sol alors qu'il n'y avait pas de lit dans la petite pièce, Lexa somnolait une main protectrice posée contre sa blessure qui avait été recousue. Elle n'avait pas mangé et se sentait encore faible à cause du sang qu'elle avait perdu. Le moindre mouvement éveillait une douleur lancinante mais il était hors de question qu'elle se plaigne donc elle serrait les dents en silence.

Des bruits de pas l'alertèrent soudainement, la sortant dans un léger sursaut de sa somnolence. Ils semblaient se rapprocher alors elle se releva contre le mur. Elle grimaça de douleur mais ne laissa plus rien paraître lorsque deux personnes s'arrêtèrent devant sa cellule.

Une torche se dressa vers l'intérieur de la cellule, l'aveuglant de ses flammes tandis qu'un bruit de clés tournant dans la serrure se fit entendre.

La porte s'ouvrit puis elle discerna Clarke qui s'avança, restant sur le seuil de la porte, se méfiant d'elle. Lexa se fit la réflexion que la romaine avait raison de garder ses distances car si elle en avait eu la force, elle se serait jetée sur elle. Elle était partagée sur l'idée : tenter de fuir de nouveau ou se venger d'elle... Elle n'était sûre de rien. Affaiblie, elle se contenta de rester adossée au mur en ne laissant rien paraître de sa douleur.

- Je t'ai apporté une tunique propre et une couverture, lui dit Clarke tout en les lui tendant.

Lexa ne fit pas un geste pour les prendre, se contentant d'y poser un regard méprisant.

- Tu me condamnes à l'arène et ensuite tu m'apportes une couverture ? Cracha-t-elle, haineuse.

Clarke soupira lourdement et entra franchement dans la cellule pour déposer la tunique et la couverture au sol.

- Ne vois-tu pas que je m'efforce de t'aider ? Lui retourna-t-elle, agacée.

- Tu n'as fais que repousser ma mort, claqua Lexa.

- Je t'offre une chance de survie, asséna-t-elle en retour.

- Je n'ai pas plus de chance contre un gladiateur entraîné que sous le fouet ! S'emporta-t-elle ce qui la fit grimacer de douleur.

Clarke esquissa un pas pour venir l'aider mais l'esclave la stoppa d'une main levée et d'un regard tranchant.

- J'aurais dû te tuer… Souffla-t-elle froidement entre la douleur tout en s'appuyant un peu plus contre le mur en quête de soutien.

Clarke recula comme si elle venait de se prendre une gifle. Elle aurait pu quitter la cellule à l'instant face à tant d'ingratitude car après tout elle n'avait aucune raison de se battre pour elle, surtout si elle ne voulait pas de son aide. Cependant son regard s'arrêta à sa blessure et elle ne put repousser la soudaine tristesse et la culpabilité qui vinrent remplacer son énervement actuel. Peu importe que cette esclave refuse son aide, elle s'efforcerait de la lui proposer car dès l'instant où elle l'avait achetée, elle était devenue sa responsabilité. Elle était sous sa protection et pour le moment elle avait failli à son devoir mais elle n'était pas prête à abandonner.

- Tu n'es pas une gladiatrice, c'est vrai, lui accorda-t-elle calmement. Mais je t'ai vu te défendre contre ce garde... Sans compter ce que tu as fait à Crassus…

- Un coup de chance, la coupa Lexa qui n'était pas dupe quant à ses talents de combattante.

Elle n'avait agi que par réflexe, uniquement guidée par son instinct de survie. De plus Crassus n'était pas un combattant entrainé à tuer, sans doute habitué à n'avoir que peu de résistances face à ses délires pervers. L'effet de surprise lui avait permis de tuer le garde ensuite, tout simplement... Elle n'avait aucune chance dans l'arène face à des guerriers aguerris. Cette romaine se berçait d'illusions.

- Un coup de chance peut-être mais provoqué par ta soif de vivre, la contra Clarke. Alors s'il y a la moindre chance de reproduire cela dans l'arène tu dois la saisir, tu dois te battre.

Un rire amer résonna alors dans la cellule.

- Et pourquoi ? Déjouer la mort encore et encore ? Autant mourir tout de suite, claqua-t-elle durement.

Ses paroles sonnaient comme un abandon, pourtant Clarke n'en vit aucune trace dans son regard. Malgré ce que l'esclave disait, elle ne voulait pas mourir mais il était également vrai qu'elle n'avait rien à gagner à survivre. Du moins elle se refusait à le voir.

- Si tu survis, ta condamnation sera effacée et je pourrais t'offrir ta liberté, lança-t-elle sans réfléchir.

- Tu n'es qu'une gamine jouant dans la cour des grands, souffla Lexa tout en secouant la tête.

- Quoi ?! S'offusqua Clarke. Je te signale que tu n'es pas beaucoup plus âgée que moi et…

- Ce qui me suffit pour comprendre contrairement à toi que tu n'as aucun pouvoir dans ce jeu ! Tu ne m'as pas acheté, ton oncle a payé, donc en vérité je lui appartiens. Tu n'as aucune autorité pour me libérer et ton oncle ne me libérera pas, il me veut morte. Alors maintenant, laisse-moi tranquille, claqua-t-elle tout en se laissant glisser contre le mur pour s'assoir au sol afin de soulager son corps douloureux.

Un silence pesant s'installa tandis que Clarke accusait la cruelle vérité. L'esclave avait raison. Si Russel la considérait comme la propriétaire de la jeune femme, c'était uniquement car il n'avait que faire d'elle. A tout moment, il pouvait lui retirer ce droit en s'appuyant sur le fait qu'il lui avait avancé l'argent alors tant qu'elle ne l'aurait pas remboursée, l'esclave était à lui.

« Remboursée ! C'est ça ! » Pensa-t-elle soudainement, son visage s'illuminant d'espoir.

- Il te suffit de survivre jusqu'à ce que je me marie ! S'exclama-t-elle.

Lexa tourna la tête sur elle, en pleine confusion face à son enthousiasme soudain.

- Dans un an je me marierais au fils du magistrat et je toucherais l'héritage de mon père ainsi je pourrais te racheter et te libérer, lui exposa-t-elle son idée et attendant visiblement une réaction.

Lexa fixa un regard perdu sur la blonde. Cette romaine était-elle sérieusement en train de dire qu'elle allait utiliser son héritage pour pouvoir la libérer ? Sa propriétaire semblait y croire, l'espoir rayonnant autour d'elle et semblant contagieux alors qu'elle le sentait s'insinuer en elle.

- Je serais morte d'ici là, rappela-t-elle, la réalité étant trop puissante.

Elle se refusait de succomber au chimérique espoir que la jeune femme voulait lui donner.

- Pas si tu obéis aux règles.

- Que je laisse le prochain Crassus me violer, c'est ça ?! S'emporta brutalement Lexa et se relevant malgré la douleur pour la confronter.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire… Détourna-t-elle les yeux d'embarras face au regard vert épris de fureur.

- C'est pourtant ce qu'il m'arrivera pendant que tu continueras ta petite vie de riche romaine, cracha Lexa. Je ne suis pas une cause perdue que tu peux utiliser pour défier ton oncle, alors fiche-moi la paix !

- Si tu étais une cause perdue je t'aurais laissé mourir sur ce marché ! Retourna-t-elle vivement en plongeant son regard dans les yeux verts.

Clarke commençait franchement à en avoir assez de cette esclave qui refusait son aide. Souhaitait-elle réellement mourir ? Certes l'avenir n'était pas radieux et le danger serait omniprésent avant qu'elle ne puisse retrouver sa liberté mais cette détermination, cette rage de vivre qu'elle avait vue dans son regard au marché était bien réelle. Se pourrait-il que les récents évènements lui aient réellement fait perdre sa combativité ou s'obstinait-elle seulement à refuser son aide à cause de ses origines de naissance ? Cette seconde hypothèse semblait stupide mais l'esclave n'avait de cesse de lui renvoyé à la figure ses origines, la haïssant d'être romaine et la condamnant pour la richesse de sa famille sans même lui donner une chance. Elle réalisa alors qu'il était tout à fait possible que cela soit la raison de son refus.

- Refuses-tu mon aide uniquement parce que je suis romaine ? La confronta-t-elle sur cette absurdité.

Si la jeune femme resta silencieuse, son regard plein de mépris fut parfaitement clair pour Clarke. Elle la détestait pour ce qu'elle était, ce qu'elle représentait et si au fond elle ne pouvait lui en vouloir, elle ne comprenait pas qu'elle puisse s'obstiner au point de défier la mort. Clarke soupira de fatigue face à son obstination. Elle avait tout essayé et maintenant elle devait accepter qu'elle ne puisse rien faire. L'esclave avait son propre destin entre ses mains et c'était à elle de prouver qu'elle voulait continuer à vivre.

- Tu n'as pas lutté jusqu'ici pour rien… Tu as une raison de vivre, j'en suis sûre, affirma-t-elle avec certitude. Il ne tient maintenant qu'à toi de continuer à te battre, se résigna-t-elle tout en tentant de lui faire comprendre qu'elle était maintenant seule face à son destin.

Le bleu océan rencontra le vert forêt, s'affrontant une dernière fois dans un intense regard. Clarke la priant de se battre tandis que Lexa s'obstinait dans sa haine. La blonde fut la première à rompre le contact lorsqu'elle esquissa quelques pas vers la porte avant de s'arrêter.

- Si tu as besoin de quoi que ce soit…

L'esclave la coupa avant même qu'elle ne puisse terminer sa phrase :

- Je n'ai besoin de rien venant d'…

- … venant d'une romaine, la coupa à son tour Clarke pleine d'amertume.

Elle esquissa un sourire triste puis elle se détourna de l'esclave, quittant la cellule, le garde referma derrière elle puis ils s'éloignèrent, l'obscurité revenant au fur et à mesure que leur torche s'enfonçait dans les profonds et sinueux couloirs du Ludus.

Lexa se retrouva seule, le claquement de la porte lui faisant l'effet d'une gifle. Elle se laissa à nouveau glisser contre le mur crasseux de la cellule tandis que les paroles de la romaine tournaient dans son esprit telle une tempête. Elle porta à nouveau sa main à sa blessure, reconnaissant silencieusement que sa propriétaire avait raison : elle avait une raison de vivre et tout ne dépendait plus que d'elle. C'était à elle de faire en sorte de survivre si elle le voulait. Et malgré son apparent abandon, Lexa ne souhaitait toujours qu'une chose : retrouver Costia. Elle devait donc survivre dans l'arène.

Le silence l'enveloppa et ses pensées tumultueuses finirent par céder à la fatigue, le sommeil l'emportant vers des souvenirs de liberté et les bras de Costia.


Pieds et poings enchaînés, Lexa était assise sur un vieux banc de bois dans une petite cellule de l'arène, une cage faite d'épais barreaux de métal. Une semaine s'était écoulée depuis sa condamnation et ce matin elle avait été transférée depuis le Ludus pour attendre l'heure de son exécution. Elle avait été isolée tandis que trois hommes partageaient la cellule voisine. Ils attendaient également leur exécution faussement déguisé en combat qui allait tourner au massacre et qu'ils allaient vivre tous ensemble.

Lexa laissait discrètement glisser son regard sur eux, les observant attentivement afin de déceler des faiblesses qu'elle pourrait exploiter une fois dans l'arène. S'ils allaient faire face ensemble au gladiateur venu pour les tuer, ils n'en étaient pas pour autant des alliés car à la moindre occasion ils s'entretueraient. S'ils voulaient sortir vivant de cette arène, il ne devait en rester qu'un debout.

Lexa releva que l'un des trois hommes boitait, ce qu'avait sûrement également remarqué les deux autres. Une faiblesse qui serait vite exploitée par ses adversaires. Les deux autres ne montraient aucun signe de faiblesse et étaient plutôt bien bâtis. Ils offriraient bien plus de résistances, surtout s'ils disposaient des prédispositions aux combats. Un point que Lexa ne découvrirait qu'une fois dans l'arène. L'un des hommes était assis dans un coin de leur cellule, il semblait serein comparé aux deux autres qui montraient des signes d'anxiété.

Lexa croisa son regard et un frisson la parcourut. Il était froid et sûr de lui. Elle ne serait pas surprise s'il s'agissait d'un meurtrier. Il esquissa un sourire malsain tout en la reluquant de bas en haut. Elle portait une tunique qui cachait son corps mais elle se sentit nue sous son regard. Elle détourna les yeux du pervers lorsqu'il passa une main sous son subligaculum, le tissu entourant sa taille ne cachant rien des mouvements qu'il commença sur son sexe.

Elle détourna le regard, serrant la mâchoire de dégoût et de rage. Lexa était soudainement soulagée d'avoir finalement enfilé la tunique que Clarke lui avait apportée, cette dernière couvrant bien plus son corps que sa précédente tenue. Elle se demanda brusquement si sa propriétaire serait présente parmi les spectateurs de l'arène. Elle ne l'avait pas revue depuis sa visite dans sa cellule au Ludus ce qui l'avait convaincue que la blonde avait finalement abandonné l'idée de la soutenir.

Ses seules visites avaient été celles du garde lui apportant ses repas et du guérisseur pour assurer ses soins. Ses blessures avaient plutôt bien guéries, elle ne ressentait presque plus de douleur alors que ses points de sutures commençaient à disparaître. Lexa fit bien attention à ne pas faire de faux mouvements qui pourraient révéler aux trois hommes cette faiblesse.

Le silence de leurs cellules fut brisé par les cris de la foule alors que le combat de gladiateur se déroulant au-dessus de leur tête semblait prendre fin. Elle sentit l'angoisse monter en elle alors qu'elle songeait qu'à tout moment elle partirait pour le sable de l'arène où sa vie se terminerait sans doute sous leurs cris de joie. Elle ferma les yeux pour se concentrer sur sa raison de vivre : Costia. C'était pour elle qu'elle se battrait aujourd'hui dans l'arène et même si elle n'avait aucune chance, elle n'abandonnerait pas. Elle refusait de mourir sans lutter.

Le bruit d'une porte puis des pas dans les escaliers alertèrent les prisonniers. Lexa se leva, prête à affronter la tête haute son destin, bien que ses mains soient tremblantes de peur. Quelle fut sa surprise de découvrir le visage de Clarke dont les mèches blondes étaient cachées par un châle, son corps emmitouflée dans une cape raffinée. Elle s'attendait à voir les gardes qui les conduiraient à l'exécution et pas une seule seconde à revoir sa maitresse.

- Que fais-tu là ? Demanda-t-elle surprise lorsque sa propriétaire s'arrêta devant sa cellule.

- Je me devais d'essayer une dernière fois de te convaincre, lui répondit-elle.

En vérité Clarke avait essayé de la revoir dès le lendemain, une nuit sans sommeil lui faisant comprendre qu'elle ne pouvait l'abandonner même si elle refusait son aide. Seulement son oncle avait eu vent de sa visite et lui avait interdit l'accès au Ludus. Elle avait donc dû attendre son transfert à l'arène où elle avait pu soudoyer les gardes qui n'étaient pas loyaux envers son oncle alors que les visites étaient interdites.

- Tu ne devrais pas être là, lui dit Lexa qui s'avança vers les barreaux se plaçant sans s'en rendre compte entre la blonde et les trois hommes qui s'étaient rapprochés de leurs propres barreaux pour les observer.

- Toi non plus, lui retourna-t-elle vivement.

Lexa secoua la tête d'agacement : par les Dieux, cette romaine ne la laisserait jamais partir en paix !

- As-tu décidé de te battre ? Demanda-t-elle avec espoir.

La brune resta silencieuse, refusant de lui répondre alors qu'elle ne comprenait pas pourquoi elle tenait tant à la sauver.

- Ils sont forts mais tu es intelligente. Utilise ta tête, lui conseilla-t-elle dans un murmure pour que les hommes ne l'entendent pas.

Lexa tourna son regard vers les trois hommes qui étaient clairement bien plus forts qu'elle. Si elle pouvait avoir une chance face au boiteux, elle n'en avait aucune face aux deux autres. Elle avait eu de la chance jusqu'à présent et elle doutait que cela continue. Elle irait dans l'arène avec l'envie de vivre, elle lutterait mais elle n'était pas dupe quant à l'issue.

- Hey, l'appela doucement Clarke tout en attrapant l'une de ses mains tremblantes, tu peux le faire, lui assura-t-elle lorsqu'elle croisa son regard océan.

Lexa se défit violemment de sa prise car elle ne voulait rien de cette romaine : ni sa pitié ni sa compassion et encore moins de son espoir alors que toutes les probabilités étaient contre elle car les condamnés survivants à l'arène étaient rares. Ses adversaires ne feraient qu'une bouchée d'elle.

Clarke l'observa se résigner à sa mort, visiblement abattue avant même de rentrer dans l'arène. Elle s'apprêtait à se détourner de la jeune femme lorsque sa voix l'arrêta :

- Si je meurs… Ramène mon corps à Poteidaia auprès des miens, lui demanda Lexa le cœur serré mais déterminée. Si tu veux vraiment m'aider c'est tout ce que je te demande.

« Si je meurs » répéta intérieurement Clarke tout en esquissant un petit sourire à ce qu'impliquaient ces quelques mots.

- Je te le promets, lui assura-t-elle.

Lexa n'avait toujours aucune confiance en elle mais au vu de ses faibles chances de survie, cela lui offrait le maigre espoir d'être enterrée auprès des siens et non brûlée dans une fausse commune ou dévorée par des chiens.

- Mais je n'aurais pas à le faire, ajouta-t-elle dans un petit sourire confiant avant de se détourner et s'éloigner.

Lexa la regarda disparaître à la fois agacée par sa persistance et touchée par sa détermination à croire en elle. Elle se détourna à son tour et retourna s'asseoir, l'interminable attente reprenant.


Les uns derrières les autres, les prisonniers avaient été conduits aux portes de l'arène. Ils entendaient la foule hurler son excitation et acclamer le vainqueur du précédent combat. Le silence tomba brutalement puis la voix de l'Editeur présidant les jeux s'éleva pour présenter le prochain spectacle : leur exécution. La foule répondit avec enthousiasme à son annonce alors que leurs chaînes tombaient une à une et qu'on leur mettait un glaive dans les mains.

L'épée lui sembla bien trop lourde pour ses mains tremblantes tandis que son cœur accéléra brusquement, enserré par la peur. Lexa pouvait voir que malgré leur posture bien droite, les trois hommes devant elle étaient dans le même état qu'elle, leur respiration rapide trahissant leur anxiété. Elle baissa les yeux sur sa lame légèrement émoussée et resserra sa prise dessus avant de relever un regard incertain sur les portes.

Ces dernières s'ouvrirent dans un atroce grincement, le bois souffrant avec les années et la chaleur. Le soleil pénétra au fur et à mesure de leur ouverture dans la pénombre des sous-sols de l'arène, les aveuglant de leur lumière. Lexa accueillit la chaleur des rayons avec réconfort alors qu'elle ne les avait pas ressentis sur sa peau depuis son arrestation, pas même lors de son transfert ayant eu lieu avant le lever du jour.

Les gardes de l'arène les poussèrent de leurs lances vers l'extérieur. Ils pénétrèrent sur la piste de sable et furent agressés par les huées de la foule, cris de dégout à leur encontre ainsi qu'une pluie de projectiles prenant la forme de légumes et fruits pourris. Ils furent conduits au centre de la piste, hors d'atteintes de la foule mais pas de leurs cris.

Cependant les spectateurs se turent lorsque les quatre prisonniers firent face à la loge surplombant l'arène où se tenait l'Editeur ainsi que toutes les personnes importantes. Lorsque Lexa leva les yeux, elle fut surprise de rencontrer un océan familier. A la droite de l'Editeur qui se tenait debout, Clarke était assise aux côtés de Russel et sa famille tandis qu'à sa gauche était installé le magistrat et d'autres personnalités locales.

Lexa ne décrocha pas de Clarke, se noyant dans son regard anxieux alors que Russel et le reste de sa famille se réjouissaient de la voir au centre de l'arène, prête à mourir. L'esclave n'entendit plus rien du discours de l'Editeur, trouvant un certain réconfort en Clarke car face à la mort il était bon d'avoir un visage familier près de soit, même s'il s'agissait d'une agaçante et détestable romaine.

L'Editeur qui annonçait les crimes des prisonniers arriva à Lexa et la foule la hua, cria sa haine envers elle pour ce qu'elle avait osé faire. Elle vit le regard de Clarke se détourner sur la foule, le dégoût déclenchant une tempête dans son océan. Et comme si quitter son regard signifiait la fin, Lexa sentit qu'on la poussait, la tournant vers l'autre côté de l'arène où leur bourreau fit son entrée.

La foule acclama le gladiateur entrant, un Provocator, la classe des combattants débutants. Il était armé d'un glaive et d'un bouclier rectangulaire. Lourdement casqué, une protection sur le torse et sur sa jambe gauche, ils n'avaient aucune chance de l'atteindre avec leurs glaives usés. Aucune présentation ne fut faite, l'Editeur donnant l'ordre de commencer. Le son d'un cor s'éleva et le gladiateur fonça sur eux.

Les quatre prisonniers restèrent figés sur place, attendant son approche. Lexa sentit la peur se saisir de tout son être, son corps se paralysant, sa prise sur son glaive faiblissant sous ses doigts tremblants.

« Tu as une raison de vivre… Il ne tient qu'à toi de continuer à te battre » Entendit-elle dans sa tête, la voix de sa propriétaire ne voulant pas s'effacer.

« Reviens-moi vite » Résonna la voix de Costia.

« Tu es plus intelligente qu'eux, utilise ta tête » Entendit-elle à nouveau Clarke.

Quelque chose se réveilla en elle, un électrochoc réveillant son corps. Elle resserra sa prise sur son glaive puis releva un regard déterminé vers le Gladiateur, prête à se battre.

- Tous ensembles, hurla le boiteux à l'approche du Provocator.

Les trois hommes s'élancèrent à l'attaque tandis que Lexa resta figée sur place.


-On dirait que ton esclave est lâche, rit Joséphine en s'adressant à Clarke.

- Ce sera vite fini pour elle, ajouta Simone.

- Incapable jusqu'au bout en nous privant d'un bon spectacle, renchérit avec agacement Russel.

Clarke serra les poings sur son siège, retenant les paroles irrespectueuses qui menaçaient de s'échapper de ses lèvres. Elle fixait avec angoisse le combat se déroulant sous ses yeux alors que les trois hommes avaient attaqué le Gladiateur tandis que la jeune femme n'avait toujours pas bougé, pour finalement se contenter de reculer et s'éloigner des combattants.

Un comportement lâche qui agaça la foule, les spectateurs la huant pour son manque de courage. Cependant, au bout de quelques instants Clarke remarqua que l'esclave bien que s'éloignant, ne faisait que rester suffisamment loin des lames alors qu'elle aurait pu fuir à l'autre bout de l'arène pour tenter de fuir par l'une des portes. Même si cela aurait été totalement inutile car les gardes l'auraient repoussée ou bien tuée.

Non, l'esclave ne fuyait pas, elle laissait les hommes fatiguer le gladiateur et peut-être avec un peu de chance le blesser pendant qu'elle s'économisait et observait, attendant que les autres tombent pour affronter celui qui se tiendrait entre elle et son salut. Clarke esquissa un fin sourire, un espoir dans le cœur alors qu'elle lui accordait toutes ses prières.


Lexa évita l'un de ses camarades d'infortunes projeté au sol par le Provocator. Toujours tremblante, le cœur battant de peur et d'adrénaline, elle fixait le combat avec attention évitant de se mettre à la portée des glaives virevoltants près d'elle bien qu'elle se tenait prête à se défendre au besoin.

Les trois hommes combattaient de manière désordonnée, attaquant en même temps mais pas telle une équipe soudée car ils n'oubliaient pas qu'à tout moment ils pouvaient devenir adversaires. Le Gladiateur décocha un coup de bouclier dans la mâchoire du pervers, le sang giclant sur le sable tandis que le coup le projeta au sol. De son glaive il bloqua ensuite une attaque du boiteux avant de lui décocher un coup de pied dans l'abdomen le faisant reculer et lui permettant de trancher l'air jusqu'à sa gorge, la lui ouvrant en deux. Le sang éclaboussa les autres combattants, y compris Lexa qui entra dans le champ de vision du Gladiateur.

Ce dernier la prit immédiatement pour cible, ne faisant aucune différence entre elle et les deux hommes restants. Il marcha sur elle, prêt à abattre son glaive dans sa direction mais au lieu de l'attaquer ou de lever son propre glaive, elle recula, gardant ses distances sous les rires de la foule la prenant encore pour une lâche.

Le glaive du gladiateur se leva sur elle mais il fut brutalement poussé par le troisième prisonnier que Lexa avait vu s'élancer du coin de l'œil. L'homme s'écrasa violemment sur le bouclier du Provocator, ce qui le désarçonna suffisamment pour que le pervers revenant à la charge lui assène un coup de glaive dans le dos, le lacérant profondément.

Le troisième prisonnier voulut profiter de la surprise causée par sa blessure pour l'achever. Il leva son arme au-dessus de sa tête pour l'abattre sur le gladiateur mais se faisant, il offrit une parfaite ouverture au guerrier qui la saisit, plongeant son propre glaive dans son abdomen jusqu'à la garde.

La foule se leva de joie, exaltée par la tuerie. Avant d'hurler de plus belle lorsque le Provocator se retourna violemment en laissant son glaive dans le corps du prisonnier mais frappant avec force le pervers de son bouclier. Ce dernier tomba au sol, la mâchoire déboitée et en sang. Il voulut se relever mais le Gladiateur abattit son bouclier sur lui à plusieurs reprises, lui fracassant le crâne, l'ouvrant en deux jusqu'à répandre sa cervelle sur le sable.

Lexa manqua de vomir sous cet horrible spectacle alors que la foule acclama leur champion. Champion qui alla sereinement retirer son glaive du corps du prisonnier avant de se tourner vers elle, prêt à s'occuper d'elle sous les encouragements de la foule.

Lexa détourna son regard sur eux, écœurée, terrifiée et se sentant horriblement seule face à son destin. Alors que le désespoir était à nouveau proche de s'emparer d'elle, elle sentit un regard sur elle. Elle se tourna dans sa direction, se détournant imprudemment du gladiateur pour rencontrer le regard de sa propriétaire qui lui rappela qu'au moins une personne la soutenait parmi cette foule de monstres.

Elle la vit sursauter comme réagissant à un danger, ce qui ramena Lexa au combat et lui permit d'esquiver le glaive du Gladiateur de justesse mais le mouvement la fit tomber au sol, la mettant dans une dangereuse position.


- Ce sera vite terminé, rit Russel en voyant bêtement glisser l'esclave sur le sable.

Clarke se redressa sur son fauteuil, l'angoisse la poussant presque à se pencher sur l'arène alors que le gladiateur abattait son glaive sur l'esclave. Son cœur manqua un battement lorsqu'au dernier instant, la jeune femme roula sur le côté, esquivant le glaive qui se planta dans le sable. Profitant de la surprise de tous, elle se releva et abattit sa propre lame sur le bras du gladiateur portant son bouclier. Manquant de force elle ne le trancha pas en deux mais l'entailla suffisamment pour que le combattant ne puisse plus tenir son bouclier. Clarke se rassit au fond de son siège tandis que le gladiateur abandonnait son bouclier au sol et que les deux combattants se faisaient calmement face.

- Tu m'as l'air bien inquiète pour elle, pointa soudainement Joséphine en se penchant vers elle.

- Je m'inquiète seulement pour le spectacle, répondit-elle platement, si elle meurt trop vite, la foule sera déçue.

- Et toi aussi j'imagine, appuya sa cousine.

- Evidemment, cette esclave m'a retenue en otage et malmenée, grinça-t-elle en se tournant vers Joséphine pour appuyer ses dires d'un regard rancunier.

- A ta place j'aurais préféré la voir souffrir sous le fouet, cela est plus…

Elles furent soudainement coupées par les cris de la foule en joie, les deux femmes reportant immédiatement leur attention sur le combat.

- Oui ! C'est ça ! S'exclama Russel alors que le cœur de Clarke sembla exploser de peur.


Après quelques échanges de lame, glaive contre glaive, le gladiateur jouant clairement avec elle, Lexa reçut un violent revers de la main au visage qui la fit vaciller. Il profita de l'ouverture pour venir douloureusement et profondément lacérer sa cuisse. Sa jambe lui fit alors défaut, perdant l'équilibre avant qu'il ne lui balaye l'autre jambe, l'envoyant à nouveau mordre le sable sous les acclamations de la foule.

Il écrasa ensuite son poignet tenant son glaive avec sa lourde botte, forçant ainsi l'ouverture de sa main avant d'éloigner du pied sa lame, la projetant quelques mètres plus loin dans le sable. Lorsqu'elle voulut se redresser, il lui décocha un puissant coup de pied dans l'estomac qui l'envoya rouler sur le dos et qui lui coupa le souffle. Le gladiateur se mit à tourner autour d'elle, retirant son casque tout en attisant la foule qui demandait sa mise à mort.

Lexa reprenait laborieusement sa respiration, le regard braqué sur le ciel bleu et ensoleillé. Elle avait conscience que la prochaine attaque serait fatale car cette fois le gladiateur ne jouait plus. Et si ce dernier était fatigué, elle l'était encore plus. Cependant elle se redressa tant bien que mal, s'agenouillant face au gladiateur, prête.


Dans la loge, Clarke ne quittait pas des yeux l'esclave, ses mains serrant avec force les accoudoirs de son siège alors que la jeune femme venait de s'agenouiller devant le Provocator. Ce dernier la toisait de toute sa dangerosité, attendant à quelques pas d'elle les ordres de l'Editeur. Le président des jeux était debout, observant avec délice la scène et la foule en délire qui demandait la mise à mort de l'esclave.

« Relève-toi… bats-toi… bats-toi… » Entonna Clarke dans sa tête mais souhaitant ardemment le hurler à la jeune femme.

Son cœur s'emballa de panique lorsque l'Editeur se prépara à lever sa pancarte pour annoncer la sentence. Il n'y avait aucune chance qu'elle soit graciée, sans victoire un prisonnier mourrait. Il n'y avait aucune exception.

Lorsqu'il leva sa pancarte arborant « La mort », Clarke ferma les yeux, tout espoir anéanti alors que le Gladiateur avança sur l'esclave, positionnant son glaive dans la claire intention de la décapiter.


Lexa affronta le visage de son bourreau maintenant sans casque. Il avançait d'un pas lent et sûr de lui, étirant un sourire victorieux. Il la toisait d'un regard méprisant alors qu'elle gisait à genoux devant lui, les mains appuyées sur le sol, abattue. Elle inspira profondément, accompagnant la levée de son glaive pour la décapiter, ses poings se fermant sur le sable alors qu'autour d'eux un lourd silence tendu s'installait.

Tous attendaient de voir sa tête rouler sur le sol mais lorsque la lame amorça sa descente, Lexa jeta au visage du gladiateur le sable qu'elle avait saisi entre ses poings. Le provocator recula de surprise tout en portant une main à ses yeux tandis qu'elle en profita pour le contourner. Sa jambe blessée refusant de la soutenir, elle se releva à moitié, s'élançant désespérément à quatre pattes sur le sable, s'éloignant du gladiateur sous les huées causées par son geste jugé sans honneur.

Le gladiateur furieux se remit rapidement et se rua à sa poursuite. Il la rattrapa, la saisit par une jambe pour stopper sa fuite. Lexa s'écrasa de tout son long puis le provocator leva à nouveau son glaive pour la transpercer en parallèle des hurlements de la foule.

L'esclave se retourna brusquement en tranchant l'air de son glaive qu'elle venait de récupérer sur le sable. Elle le toucha à la cuisse, le sang jaillissant abondamment alors qu'elle avait sans doute touchée l'artère. Il tomba à genoux sous le coup puis c'est dans un cri de rage que Lexa s'apprêta à lui enfoncer sa lame dans la gorge. Son geste se stoppa lorsque l'homme leva son bras droit, main tendue vers l'Editeur pour réclamer la grâce. Les doigts crispés sur le pommeau du glaive, la brune s'était paralysée face au geste inespéré de son adversaire. Demander la grâce signifiait qu'elle remportait le combat dans les règles malgré son précédent mouvement. La respiration sifflante, elle ne rêvait que d'une chose : tuer ce monstre qui avait pris plaisir à les massacrer un à un. Sa lame était posée sur sa gorge transpirante et il ne suffisait que d'un geste pour la transpercer.

Un silence de mort s'était brusquement installé sur l'arène tandis que l'homme gardait le bras tendu. Incapable de réagir face à ce retournement inattendu, l'éditeur se tourna vers la foule qui commença à scander : "Grâce ! Grâce !" Il donna son accord d'un mouvement de tête ce qui fit approcher des gardes équipés de lances. Lexa appuya sa lame un peu plus sur la gorge du gladiateur qui lui dit :

-Tu es graciée... Si tu me tues ils te tueront.

Elle n'avait que faire des paroles de ce guerrier, elle sentait en elle cette haine, cette rage et elle voulait la libérer, montrer à tous ces monstres l'entourant qu'elle ne leur donnerait pas satisfaction. Ses doigts se resserrèrent un peu plus tandis que les gardes étaient proches. Elle sentit une nouvelle fois le regard de sa propriétaire peser sur elle ce qui lui fit tourner la tête vers elle. Le visage de la blonde la suppliait d'épargner le gladiateur, de ne pas commettre l'irréparable.

-Lâche ton arme ! Ordonna le Capitaine de la garde.

La brune laissa quelques secondes emplies de tension s'installer avant de finalement lâcher son glaive au sol. A ce geste la foule explosa de joie et d'excitation, scandant :" L'esclave ! L'esclave !" comme si elle était devenue une de leur championne. Les gardes la saisirent brutalement, la traînant sur le sable ce qui lui fit réaliser qu'elle était en vie et qu'on la sortait de l'arène.


- GRACIE! ELLE A ETE GRACIE! Hurlait de rage Russel dans les couloirs de l'arène.

Simone, Joséphine et Clarke marchaient silencieusement derrière lui alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie pour rentrer au domaine.

- Mon amour, calme-toi, le rattrapa Simona et l'arrêtant pour tendrement caresser son visage.

- Cette esclave est une vraie plaie, continua-t-il, furieux.

- Nous pouvons toujours l'offrir à McCreary, elle aura ce qu'elle mérite, lui proposa-t-elle.

Un sourire carnassier naquit sur le visage de Russel avant de brutalement s'effacer lorsque Clarke intervint :

- Ce serait du gâchis.

- Je ne vois pas de gâchis dans le fait de divertir notre champion, contra avec agacement Russel, mais éclaire-moi Clarke.

- Elle vient de remporter un combat contre un gladiateur, elle…

- Lâchement, la coupa sa tante.

- Ce jet de sable était un coup bas, confirma avec amusement sa cousine.

- C'est vrai… Concéda-t-elle à contrecœur…Elle aurait pu tuer ce gladiateur, elle n'a aucunement adhérée au règlement des gladiateurs et pourtant elle l'a épargné, elle commence à devenir docile... Elle a du potentiel, avec de l'entraînement elle pourrait devenir une bonne combattante et…

- Es-tu réellement en train de proposer d'en faire une gladiatrice ? Rit Simone accompagnée par le sourire moqueur de Joséphine.

- Oui, ne se démonta pas Clarke, ce qui fit taire les deux femmes.

De son côté Russel observait attentivement sa nièce tout en songeant que l'idée n'était pas si bête. Il ne comprenait pas les motivations de Clarke qui l'avait elle-même condamnée à l'arène et qui soudainement la sauvait du lit de McCreary mais il voyait finalement une utilité à cette esclave. C'était une épine dans son pied depuis son achat mais il ne pouvait nier qu'elle avait fait preuve d'une certaine détermination à vivre qui serait sans aucun doute un atout dans l'arène, comme elle venait d'ailleurs de le démontrer. Et si jamais il advenait à ce qu'elle meurt lors de l'entraînement, il en serait débarrassé.

- C'est d'accord, nous allons en faire une gladiatrice, accepta-t-il.

Clarke esquissa un discret sourire tandis que sa tante ne cacha pas sa surprise et son mécontentement.

- Nous pourrons donner d'autres filles à McCreary pendant que cette esclave nous rapportera de l'argent. Il est vrai qu'elle a un certain potentiel.

Simone acquiesça, suivant la décision de son mari tandis qu'il s'adressait à Clarke :

- Mais en plus de ma part sur ses gains, je prendrais les frais de son entretien ainsi qu'un dédommagement pour la mort de Crassus.

Clarke bouillonna intérieurement alors qu'elle savait qu'il ne resterait presque rien pour l'esclave, rendant quasiment impossible qu'elle puisse acheter sa propre liberté. Ce qui faisait de Clarke sa seule chance de liberté. Cependant, elle se garda bien de contester les termes de son oncle et acquiesça silencieusement.

Leur affaire réglée, ils rentrèrent au domaine.


Lexa fut ramenée au domaine par les gardes de Russel. Elle ignorait tout de son destin mais elle était déjà heureuse d'avoir quitté l'arène. Le soleil se couchait à l'horizon lorsqu'on la poussa à l'intérieur de la demeure mais au-lieu de la conduire à sa cellule, on l'emmena à l'étage. Elle eut un moment de crainte en songeant qu'on la servait à nouveau en pâture à un pervers. Cependant, elle se calma légèrement lorsqu'ils dépassèrent la chambre où elle avait tué Crassus.

C'est rythmé par le tintement de ses chaînes aux poignets et aux pieds qu'elle fut entrainée dans une autre chambre. Malgré sa condition, elle fut époustouflée par la vue qu'offrait le balcon sur Syracuse qui était lentement enveloppé par la nuit.

- Détachez-la et sortez, ordonna une voix familière mais ferme.

- Ce n'est pas…

- Obéissez ! Claqua Clarke en s'approchant des gardes et de l'esclave.

Lexa tendit ses chaînes aux gardes dans un petit sourire amusé de les voir ainsi courber l'échine devant sa propriétaire qui faisait preuve d'une étonnante autorité. Une fois ses poignets libérés, elle les frotta pour faire passer la douleur des fers tout en fixant Clarke qui portait une légère tunique blanche qui mettait en valeur ses atouts.

Les gardes tentèrent de dissuader une nouvelle fois sa propriétaire de rester seule avec elle mais elle les envoya attendre dehors sans plus de discussion.

- Tu as réussi, pointa Clarke une fois seule.

- N'espère pas un remerciement, la rembarra-t-elle.

Elle vit la tristesse passer dans ses yeux alors qu'elle prenait une nouvelle fois son rejet en plein visage mais sa propriétaire ne mordit pas en retour, acceptant simplement les choses.

- Comment te sens-tu ? S'enquit-elle sincèrement alors que son regard se posait sur sa cuisse proprement recousue et bandée.

- Que va-t-il m'arriver maintenant ? Répondit-elle par la question qui lui brûlait les lèvres et martelait son cœur de peur.

Clarke se détourna, s'éloignant sur le balcon pour observer le calme de la ville, savourant le calme avant la tempête qui allait sans doute s'abattre sur elle.

- Que va-t-il m'arriver ? Insista Lexa qui avait suivit Clarke sur le balcon.

- Tu vas combattre en tant que gladiatrice pour l'honneur de la famille Prime, répondit-elle dans un souffle qui s'envola en direction de la ville.

- C'est… c'est une farce… Répondit une Lexa choquée par la nouvelle… que je me batte pour votre honneur ? Vous n'en avez aucun ! Rit-elle amèrement. Je ne vais pas risquer ma vie pour de riches egocentriques qui n'ont aucune morale ! Vous m'avez torturez, violé, vendu à un malade ! Toi et ta famille pouvez allez vous faire voir !

- Ce n'est pas pour eux que tu te battras mais pour toi ! Se retourna vivement Clarke qui jusque-là avait pris les coups sans broncher. A chaque victoire tu gagneras de l'argent avec lequel tu pourras un jour acheter ta liberté.

- Ah nous y voilà… je risque ma peau, j'achète ma liberté et plus besoin de mariage, rit amèrement Lexa. Cela t'arrange bien finalement, sous tes grands airs tu ne vaux pas mieux que le reste de ta famille, cracha-t-elle en pensant que sa propriétaire l'abandonnait à l'arène pour éviter d'user de son mariage pour la sauver.

- JE NE SUIS PAS COMME EUX ! S'emporta brutalement Clarke avant de se stopper la main levée, prête à la gifler, le souffle rapide.

Les deux femmes s'observèrent dans un silence pesant, Lexa la défiant de la frapper pour prouver qu'elle avait raison mais Clarke abaissa sa main, reprenant son calme.

- Russel prélèvera sur tes gains : sa part, un dédommagement pour les problèmes causés par la mort de Crassus ainsi que les frais de ton entretien, il ne te restera presque rien. Tu n'arriveras jamais à acheter ta liberté alors mon mariage reste ta seule chance.

Clarke se détacha de son regard et retourna dans la chambre, allant servir deux coupes de vin posées dans un coin de la pièce.

- Pourquoi fais-tu ça pour moi ? Lui demanda soudainement Lexa qui l'avait suivie de ses yeux verts.

Sa propriétaire but une gorgée dans la première coupe tout en songeant à sa question puis elle tourna son regard océan sur elle, lui répondant sincèrement :

- Contrairement à ce que tu penses, tu n'es pas une cause perdue ou un moyen de me rebeller contre mon oncle… même s'il est vrai que je ne partage aucun des principes de cette famille, dit-elle amèrement. Cependant, je suis obligée de m'y plier, de jouer le rôle qu'ils attendent de moi, continua-t-elle tristement, mais toi, la pointa-t-elle de sa coupe, tu es une injustice que je peux corriger. Aucun être humain ne devrait être l'esclave de quelqu'un.

Elle but à nouveau une gorgée de son vin sous le regard de Lexa qui commençait à la regarder différemment.

- Mais d'habitude je me contente seulement d'offrir un peu de souplesse et de confort aux esclaves à mon service, ajouta-t-elle en tendant la seconde coupe à l'esclave, t'offrir ta liberté est d'un tout autre niveau et sans ta coopération je n'y arriverai pas.

- Ma coopération ? Demanda la brune en attrapant maladroitement la coupe de vin.

- Survivre à tes combats, répondit-elle.

- Qui me dit que tu me libéreras ? Que ce n'est pas un moyen d'obtenir mon obéissance et rien d'autre ? Ou encore plus d'argent si je gagne ? La testa-t-elle.

Clarke s'approcha d'elle, un feu dans le regard, se plantant à quelques centimètre d'elle, leur corps si proches de se frôler tandis que l'esclave pouvait sentir son souffle sur son visage.

- Parce que je te le promets, asséna-t-elle fermement, son océan de sincérité chassant le doute dans son regard.

La brune cligna des yeux, portant la coupe de vin à ses lèvres asséchées. Elle savoura le liquide dans sa gorge avant de dire :

- Lexa.

- Quoi ? Recula d'incompréhension Clarke.

- Mon nom est Lexa, répéta-t-elle, un léger sourire se dessinant sur son visage.

Clarke lui rendit son sourire alors que par cette simple révélation elle lui accordait enfin sa confiance.

A suivre…


Et voilà :p L'histoire prend un nouveau tournant et j'espère que ça vous plait, j'attends vos retours avec impatience ! :D

Comment avez-vous trouvé le combat ? Et le rapprochement clexa que vous attendiez tant ? :p Que pensez-vous du plan de Clarke pour libérer Lexa avec son mariage ?

Encore un grand merci pour tous vos retours :D Je vous dis à dans deux semaines !